Trouvez facilement votre prochaine lecture
Que lire après « Shutter Island » de Dennis Lehane ?

Que lire après « Shutter Island » de Dennis Lehane ?

Cette page contient des liens affiliés vers Amazon et la Fnac. Si vous achetez un livre en passant par l’un de ces liens, nous touchons une petite commission — sans aucun surcoût pour vous. Une façon simple de nous soutenir. En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Shutter Island est un roman de Dennis Lehane paru en 2003, traduit en français par Isabelle Maillet. Il se déroule en 1954, sur une île au large de Boston où se dresse Ashecliffe Hospital, un hôpital psychiatrique de haute sécurité réservé aux criminels atteints de troubles mentaux graves. Deux marshals fédéraux, Teddy Daniels et Chuck Aule, débarquent sur l’île pour enquêter sur la disparition inexplicable d’une patiente, Rachel Solando, volatilisée d’une cellule verrouillée de l’extérieur. L’enquête se referme sur eux comme un piège : le personnel refuse de coopérer, une tempête coupe l’île du continent, et rien — ni les patients, ni les médecins, ni l’institution elle-même — ne semble être ce que l’on croit. Le retournement final oblige à relire mentalement chaque scène sous un jour radicalement différent. Le roman a été adapté au cinéma par Martin Scorsese en 2010, avec Leonardo DiCaprio dans le rôle principal.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici des recommandations dans le même esprit — thrillers psychologiques, narrateurs dont la parole ne peut pas être prise pour argent comptant et hôpitaux psychiatriques où l’on ne sait plus très bien qui soigne et qui est soigné.


1. Mystic River (Dennis Lehane, 2001)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

En 1975, dans le quartier d’East Buckingham à Boston, trois gamins — Sean Devine, Jimmy Marcus et Dave Boyle — jouent dans la rue quand deux hommes qui prétendent être des policiers embarquent Dave sous leurs yeux. L’enfant réapparaît quatre jours plus tard. Ce qui s’est passé durant ces quatre jours — des violences que le roman ne laisse qu’entrevoir — ne sera jamais dit à voix haute, ni par Dave, ni par personne. Vingt-cinq ans après, le meurtre de Katie, la fille de Jimmy, âgée de dix-neuf ans, remet les trois anciens compagnons face à face : Sean est devenu flic, Jimmy un ex-taulard reconverti, et Dave un homme rongé par un traumatisme que le temps n’a pas effacé.

Mystic River est un roman sur la culpabilité, la vengeance et les dégâts que peut causer un secret d’enfance quand il finit par remonter à la surface. Lehane y dresse un portrait sans fard des quartiers ouvriers irlando-américains de Boston, où les loyautés familiales pèsent plus lourd que la loi. L’enquête policière, aussi solide soit-elle, reste au second plan : ce sont les trois destins parallèles qui portent le récit, chacun pris dans un engrenage de soupçons et de rancoeurs où la vérité importe moins que la conviction de l’avoir trouvée. Le roman a remporté le Prix Mystère de la Critique en 2003 et a été adapté par Clint Eastwood la même année, avec Sean Penn et Tim Robbins.


2. Gone, Baby, Gone (Dennis Lehane, 1998)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Les détectives privés Patrick Kenzie et Angela Gennaro, duo récurrent de Lehane, sont chargés de retrouver la petite Amanda McCready, quatre ans, disparue un soir d’automne dans un quartier défavorisé de Boston. (Précision utile : c’est le quatrième tome d’une série, mais il se lit très bien sans connaître les précédents.) La mère, Hélène, semble nettement plus préoccupée par la télévision et l’alcool que par le sort de sa fille — qu’elle avait laissée seule pour aller traîner dans un bar. Patrick et Angie découvrent vite qu’Hélène dealait pour un certain Cheddar Olamon et qu’elle aurait détourné deux cent mille dollars de sa dernière livraison.

L’enquête sur la disparition d’Amanda met au jour un réseau de mensonges, de corruption policière et de bonne volonté mal placée. Lehane ne se contente pas de résoudre une énigme : il force le lecteur·ice à se demander ce qu’il·elle aurait fait à la place de Kenzie face au choix terrible qui l’attend au dénouement. Faut-il respecter la loi ou protéger un enfant ? Et si les deux options s’excluent mutuellement ? Le roman ne tranche pas — c’est à vous de le faire. Ben Affleck en a tiré une adaptation remarquée en 2007, pour sa première réalisation.


3. Une histoire de fous (John Katzenbach, 2004)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Francis Petrel avait à peine vingt et un ans quand sa famille l’a fait interner au Western State Hospital, un hôpital psychiatrique surpeuplé du Massachusetts, au début des années 1980. Le jeune schizophrène y a découvert un véritable purgatoire : des patients abandonnés par leurs proches, des aides-soignants débordés, des médecins enfermés dans leurs certitudes. Et puis, un soir, une infirmière a été retrouvée sauvagement assassinée. Vingt ans plus tard, Francis, toujours sous traitement, commence à écrire sur les murs de son appartement — faute de papier, faute de lucidité — le récit de ce qui s’est réellement passé.

Le roman frappe par sa capacité à restituer le quotidien d’un hôpital psychiatrique vu de l’intérieur — avec sa galerie de patients hauts en couleur, de Nappy qui se prend pour Napoléon à Cléo qui se croit reine d’Égypte. Il y a même quelque chose de presque comique dans ce petit monde clos, jusqu’à ce qu’on se souvienne qu’un tueur s’y cache — non pas un patient délirant, mais quelqu’un qui se fait passer pour fou. C’est Francis lui-même qui, depuis l’intérieur de l’hôpital, tente d’identifier le meurtrier. Toute la difficulté tient à ceci : comment mener une enquête quand on est soi-même considéré comme un aliéné, et quand personne — ni les médecins, ni la direction — n’a intérêt à ce que la vérité éclate ? Katzenbach, déjà auteur du redoutable L’Analyste (Grand Prix de littérature policière 2004), sait exactement jusqu’où tirer cette corde.


4. Dans son silence (Alex Michaelides, 2019)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Alicia Berenson, artiste peintre reconnue, vit à Londres avec son mari Gabriel, photographe de mode. Un soir, elle est retrouvée hagarde et couverte de sang devant le cadavre de Gabriel, défiguré par plusieurs coups de couteau. Arrêtée, jugée mentalement irresponsable, Alicia est envoyée dans une clinique psychiatrique. Avant de se murer dans le silence, elle a peint un ultime autoportrait qu’elle a intitulé Alceste — référence à un mythe grec dans lequel une femme accepte de mourir à la place de son époux, puis, sauvée des Enfers par Héraclès, refuse de prononcer un seul mot. Comme Alicia. Six ans de silence total, y compris devant le tribunal.

Le psychothérapeute Theo Faber n’a qu’une obsession : faire parler Alicia. Il se fait embaucher dans la clinique et entame avec elle une série de face-à-face où chaque séance est un bras de fer muet. Michaelides, qui a lui-même travaillé dans un établissement psychiatrique, structure son roman sur une alternance : d’un côté le récit au présent de Theo, de l’autre le journal intime d’Alicia, tenu avant le drame, qui laisse entrevoir une tout autre version des faits. Le lecteur·ice reçoit donc deux récits contradictoires et ne découvre lequel ment qu’à la toute fin. Premier roman de l’auteur anglo-chypriote, Dans son silence a dominé la liste des meilleures ventes du New York Times et remporté le Goodreads Choice Award 2019.


5. Avant d’aller dormir (S. J. Watson, 2011)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Chaque matin, Christine Lucas se réveille dans un lit qu’elle ne reconnaît pas, à côté d’un homme qu’elle ne connaît pas. Elle se croit jeune, célibataire, la vie devant elle — jusqu’au moment où le miroir lui renvoie le visage d’une femme de quarante-sept ans. À la suite d’un accident survenu vingt ans plus tôt, Christine est frappée d’une forme rare d’amnésie : chaque nuit, sa mémoire s’efface intégralement. Ben, son mari, lui réexplique patiemment le monde chaque matin. Son psychiatre, le docteur Ed Nash, lui a conseillé de tenir un journal intime pour reconstituer sa vie, bribe par bribe.

La mécanique du roman repose sur une angoisse fondamentale : à qui faire confiance quand on ne peut même pas se fier à sa propre mémoire ? Au fil des entrées du journal, Christine repère des incohérences entre ce que Ben lui raconte, ce que Nash lui révèle et les bribes de souvenirs qui remontent parfois à la surface — un visage, un lieu, une scène qui ne colle pas avec la version officielle. Chaque journée apporte une nouvelle pièce du puzzle — mais certaines pièces contredisent celles de la veille, et Christine n’a aucun moyen de savoir lesquelles sont fiables. C’est cette impuissance qui rend le roman si efficace : le lecteur·ice est aussi démuni·e que l’héroïne. Prix SNCF du Polar 2012 ; adapté au cinéma avec Nicole Kidman et Colin Firth.


6. Spider (Patrick McGrath, 1990)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Nous sommes en 1957. Dennis Cleg, dit Spider, s’installe dans une pension miteuse de l’East End de Londres, de retour dans le quartier de son enfance après vingt ans passés dans un établissement psychiatrique. Solitaire, émacié, il roule sans fin des cigarettes entre ses doigts et entreprend de tenir un journal pour reconstituer le drame familial qui l’a conduit à l’internement : un père alcoolique, une mère adorée, une femme inconnue qui aurait pris la place de cette dernière — et un acte horrible dont il rend son père responsable.

McGrath a grandi à proximité de Broadmoor, le plus célèbre hôpital psychiatrique de haute sécurité du Royaume-Uni, dont son père était le directeur médical. Spider est un roman entièrement filtré par la subjectivité d’un esprit schizophrène : le lecteur·ice épouse les convictions de Spider, partage ses peurs, voit le monde à travers ses yeux — pour découvrir, à mesure que le récit se disloque et se contredit, que tout ce qu’on nous a raconté pourrait être faux. Le procédé du « narrateur non fiable » — un personnage dont le récit, pour des raisons psychologiques, déforme la réalité sans que le lecteur·ice s’en rende compte — atteint ici un degré extrême : à la fin du roman, on ne sait toujours pas avec certitude ce qui s’est réellement passé dans la famille Cleg. David Cronenberg, le réalisateur de La Mouche et de Faux-Semblants, en a tiré un film en 2002 avec Ralph Fiennes et Miranda Richardson.


7. L’Asile (Patrick McGrath, 1996)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Dans l’Angleterre des années 1950, Stella Raphael est l’épouse du médecin-chef adjoint d’un hôpital psychiatrique de haute sécurité. Intelligente, belle, oppressée par les conventions et négligée par son mari Max, Stella s’ennuie. Quand elle croise Edgar Stark, un patient séduisant interné pour avoir tué et décapité sa femme qu’il soupçonnait d’infidélité, quelque chose bascule. Contre toute logique, Stella s’engage dans une liaison avec lui — une passion totale, irraisonnée, qui va la conduire à tout sacrifier : son statut, son fils, et finalement elle-même.

L’histoire est racontée par Peter Cleave, psychiatre de l’hôpital et supposé témoin objectif des événements. Mais au fil des pages, ses motivations deviennent de plus en plus troubles. Pourquoi raconte-t-il cette histoire ? Quel rôle a-t-il réellement joué ? La force du roman tient à cette incertitude sur celui qui tient la plume : on ne sait jamais si Cleave décrit ce qui s’est passé ou s’il réarrange les faits pour se protéger. McGrath, par ailleurs connu pour avoir contribué au renouveau du roman gothique anglais — ce courant littéraire né au XVIIIe siècle, hanté par les demeures sinistres, la folie et les passions destructrices —, raconte cette catastrophe sur un ton médical presque détaché, comme un rapport de cas. Et c’est précisément ce décalage entre la froideur du récit et la violence des passions décrites qui rend la lecture si déstabilisante. Adapté au cinéma en 2005 par David Mackenzie, avec Natasha Richardson et Ian McKellen.


8. Possession (Paul Tremblay, 2015)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

La famille Barrett vit à Beverly, une banlieue tranquille du Massachusetts. Le père est au chômage, la mère boit, mais on fait avec. Jusqu’au jour où Marjorie, quatorze ans, commence à manifester des symptômes alarmants — changements de voix, comportements erratiques, discours incohérents. Schizophrénie ou possession démoniaque ? Le père, en pleine crise de foi, se tourne vers un prêtre. Et comme les factures s’accumulent, la famille accepte l’offre d’une chaîne de télévision : filmer l’exorcisme en direct, dans le cadre d’une émission de télé-réalité.

Le récit est livré par Merry, la petite sœur de huit ans, qui revient quinze ans plus tard sur les événements lors d’une interview. Ses souvenirs d’enfance sont lacunaires, déformés par le temps et par le traumatisme. En parallèle, un blog tenu par une fan de cinéma d’horreur passe au crible chaque épisode de l’émission et en pointe les ficelles, les mises en scène et les manipulations. Résultat : le lecteur·ice ne peut jamais trancher entre la maladie mentale, le surnaturel et la fabrication télévisuelle. Le roman est moins un récit d’épouvante qu’une critique féroce de la télé-réalité et de sa capacité à transformer la souffrance d’une famille en spectacle rentable. Stephen King a déclaré avoir « tremblé de peur » à sa lecture — ce qui reste le meilleur argument de vente qu’un roman d’horreur puisse espérer. Prix Bram Stoker 2015 (la principale distinction américaine en littérature d’horreur).


9. Je sens grandir ma peur (Iain Reid, 2016)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Un garçon et une fille roulent à travers la campagne canadienne enneigée. Jake conduit, concentré. La narratrice — dont on ne connaîtra jamais le prénom — est perturbée par des appels incessants qui proviennent de son propre numéro de téléphone. Elle a décidé de rompre avec Jake. Mais pas tout de suite : il faut d’abord dîner chez ses parents, dans une ferme isolée. La maison est glaciale, la mère entend des voix, le sous-sol recèle des peintures inquiétantes. Le malaise enfle, inexorable. Jake se lance dans des digressions philosophiques ; la jeune femme perd pied dans ses propres souvenirs.

Premier roman du Canadien Iain Reid, ce court texte de deux cents pages installe l’angoisse sans recourir à aucun des artifices habituels du thriller : pas de course-poursuite, pas de sang, pas de révélation fracassante à mi-parcours. Juste un sentiment d’étrangeté qui s’insinue dans chaque conversation, chaque silence, chaque détail en apparence anodin — une ferme trop reculée, un sous-sol trop sombre, un couple trop bizarre. Le dénouement est brutal et oblige à reconsidérer l’intégralité du récit sous un angle radicalement différent — y compris le titre, dont le sens se retourne comme un gant. Adapté par Charlie Kaufman (le scénariste de Dans la peau de John Malkovich) pour Netflix sous le titre Je veux juste en finir (2020).


10. La mort dans les bois (Tana French, 2007)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Un soir d’été, dans les années 1980, trois enfants s’enfoncent dans les bois de Knocknaree, en banlieue de Dublin. Ils n’en ressortent pas. La police finit par retrouver un seul garçon, Adam Ryan, terrorisé, agrippé à un tronc d’arbre, les chaussures pleines de sang. Il ne se souvient de rien. On ne retrouvera jamais ses deux amis. Vingt ans plus tard, Adam a changé de nom — il s’appelle désormais Rob — et il est inspecteur à la brigade criminelle de Dublin. Quand une fillette, Katy Devlin, est retrouvée assassinée sur un site archéologique dans ces mêmes bois, Rob est chargé de l’enquête avec sa partenaire Cassie Maddox, sans révéler à quiconque son lien personnel avec les lieux.

Tana French mène de front deux enquêtes : celle, officielle, sur le meurtre de Katy — et celle, intime, que Rob conduit malgré lui dans les trous de sa propre mémoire d’enfant, où ne subsistent que des fragments contradictoires. À mesure que l’affaire progresse, les deux pistes semblent converger, puis diverger, et Rob perd peu à peu le contrôle — de l’enquête comme de lui-même. Le duo Rob-Cassie, qui fonctionne comme un couple fusionnel sans être amoureux (ils finissent les phrases l’un de l’autre, partagent tout, se couvrent mutuellement), est mis à rude épreuve : Rob, incapable de révéler son secret, s’enferme dans le mensonge, et la confiance qui cimentait leur duo s’effrite. Couronné par le Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur premier roman en 2008, La mort dans les bois a donné naissance à la série télévisée Dublin Murders (2019) sur BBC One.