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Que lire après « Tokyo Ghoul » de Sui Ishida ?

Que lire après « Tokyo Ghoul » de Sui Ishida ?

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Tokyo Ghoul est un seinen manga de Sui Ishida, prépublié dans le magazine Weekly Young Jump entre 2011 et 2014, suivi de Tokyo Ghoul:re entre 2014 et 2018. Il met en scène Ken Kaneki, un étudiant tokyoïte devenu hybride mi-humain mi-goule après la greffe des organes d’une de ces créatures anthropophages. Pris en étau entre le CCG (Centre de Contrôle des Goules) et l’Arbre Aogiri, Kaneki doit apprendre à vivre en goule sans cesser d’être humain. Éditée en France par Glénat, la série totalise 30 volumes (14 + 16) et dépasse les 47 millions d’exemplaires vendus dans le monde.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici des mangas qui partagent avec la série d’Ishida ses obsessions : transformation subie, perte d’humanité, violence viscérale, dilemmes sans bonne réponse.


1. Choujin X (Sui Ishida, 2021)

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En 1998, l’apparition d’êtres aux pouvoirs surnaturels — les choujin — a fragmenté le monde en provinces autonomes. Cinquante ans plus tard, deux lycéens, Tokio Kurohara et Azuma Higashi, sont pris pour cible par un choujin. Pour survivre, Tokio s’injecte un sérum qui le transforme à son tour. Il rejoint alors l’institut de Yamatomori, où des choujin dits « zen » apprennent à maîtriser leurs facultés.

Ishida reprend ici le socle de Tokyo Ghoul — un protagoniste passif projeté dans un monde hostile, la question de savoir où finit l’humain et où commence le monstre — mais le déplace sur un terrain plus léger et imprévisible. La série alterne humour absurde et accès de férocité. L’auteur, libéré du rythme hebdomadaire qui l’avait épuisé sur Tokyo Ghoul:re, publie à cadence irrégulière et y gagne en liberté graphique : certaines planches, à l’encre diluée, tiennent davantage de la peinture que du manga.


2. Parasite (Hitoshi Iwaaki, 1988)

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Une nuit, de mystérieuses sphères libèrent des organismes serpentiformes programmés pour coloniser le cerveau humain. Le lycéen Shinichi Izumi échappe en partie à ce sort : le parasite qui le visait, Migy, se retrouve confiné dans sa main droite. Les deux êtres, contraints de cohabiter, doivent affronter d’autres parasites qui ont pris le contrôle total de leurs hôtes.

Ce seinen, publié entre 1988 et 1994 dans le magazine Afternoon, pose avant Tokyo Ghoul la même question : que reste-t-il de soi quand on partage son corps avec une créature ? La symbiose entre Shinichi et Migy, d’abord utilitaire, se mue en un lien de dépendance mutuelle qui altère l’un autant que l’autre. Iwaaki en tire une conclusion glaçante : l’humanité n’est peut-être qu’une espèce parmi d’autres dans la chaîne alimentaire, et pas forcément celle qui mérite d’en occuper le sommet. Le récit, tendu et bouclé en dix volumes, ne relâche jamais sa prise. Réédité par Glénat en format original entre 2020 et 2021.


3. Chainsaw Man (Tatsuki Fujimoto, 2018)

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Dans un monde où les démons incarnent les peurs humaines, Denji, un adolescent criblé de dettes, survit grâce à la chasse aux démons qu’il mène pour le compte de la yakuza. Lorsqu’il fusionne avec son chien-démon Pochita, il devient Chainsaw Man — une arme vivante que Makima, l’énigmatique cheffe de la 4ᵉ section spéciale Anti-Démons, recrute pour servir ses propres fins.

La première partie, prépubliée dans le Weekly Shōnen Jump puis compilée en onze volumes, emprunte la grammaire du shōnen pour la retourner contre elle-même : humour noir corrosif, personnages liquidés sans préavis, héros dont les ambitions — manger à sa faim, toucher une poitrine — se heurtent à un univers qui broie tout sans distinction. Fujimoto injecte dans chaque chapitre des références cinématographiques (de Reservoir Dogs à FLCL) et un sens du cadrage qui donne à ses doubles pages la violence d’un montage-cut.


4. Fire Punch (Tatsuki Fujimoto, 2016)

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La Terre, figée sous une ère glaciaire, agonise. Parmi les survivants, certains — les « élus » — possèdent des pouvoirs surnaturels. Agni et sa sœur Luna font partie de ces élus : leur corps se régénère à l’infini. Lorsque Doma, un élu capable d’invoquer des flammes inextinguibles, massacre leur village et réduit Agni en torche vivante, celui-ci entame une quête de vengeance qui le consumera autant que le feu.

Premier feuilleton de Fujimoto, publié sur le Shōnen Jump+ en huit volumes, Fire Punch ne reste jamais longtemps le manga qu’on croit lire. Le récit bifurque sans cesse — vengeance, foi, cinéma, identité — au point de désorienter le lecteur·ice. Togata, obsédée par le septième art, débarque dans ce monde calciné avec une légèreté incongrue qui rend le désespoir plus aigu, jamais plus supportable. Le manga annonce tout le Fujimoto à venir — celui qui citera aussi bien le classique pour enfants Anpanman que le mangaka Hiroaki Samura.


5. Ajin (Gamon Sakurai, 2012)

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Renversé par un camion, le lycéen Kei Nagai ressuscite sous les yeux de ses camarades. Il est un Ajin — un être immortel, capable de se régénérer après chaque mort et de matérialiser une entité invisible : un fantôme noir (IBM). Considérés comme des spécimens précieux, les Ajin sont traqués par le gouvernement. Kei fuit, mais un autre Ajin, le vétéran Satô, prépare un soulèvement armé plus radical.

Comme Kaneki, Kei est un élève ordinaire devenu paria du jour au lendemain. Mais il n’a rien d’un héros classique : froid, calculateur, il ne se soucie guère d’autrui. Le manga, publié dans le magazine good! Afternoon entre 2012 et 2021 (17 volumes chez Glénat), fonctionne comme un thriller stratégique : chaque camp — Kei, Satô, les autorités — exploite les propriétés des Ajin dans des affrontements méthodiques. Sakurai construit des scènes d’action d’une lisibilité limpide, découpées plan par plan comme des story-boards.


6. Happiness (Shûzô Oshimi, 2015)

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Makoto Okazaki, lycéen effacé et souffre-douleur, est agressé un soir par une jeune fille spectrale, Nora, qui le mord au cou et lui laisse le choix : mourir ou devenir comme elle. Makoto choisit de vivre. Dès lors, la lumière du jour l’affaiblit, l’odeur du sang le rend incontrôlable, et son corps de vampire adolescent cesse de vieillir.

Oshimi, connu pour Les Fleurs du mal et Les Liens du sang, ne s’intéresse pas vraiment aux vampires. Ce qui l’occupe, c’est l’adolescence elle-même : pulsions incontrôlables, corps qui échappe à toute volonté, sentiment de ne plus se reconnaître. Le vampirisme n’est que la loupe. La série, publiée en dix volumes chez Pika, change de cap à mi-parcours pour recentrer le récit sur Yukiko, une camarade de Makoto, dix ans après les événements initiaux. L’approche graphique d’Oshimi — visages tordus, séquences oniriques aux contours flous — épouse la perception déréglée de son protagoniste, dont on finit par partager le malaise physique.


7. Jagaaan (Muneyuki Kaneshiro & Kensuke Nishida, 2017)

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Shintarô Jagasaki est policier de quartier à Buppa. Humilié par les voyous comme par ses collègues, il sourit en façade alors qu’il fantasme de tirer sur tout ce qui l’enrage. Après une pluie de grenouilles parasitaires, certains humains se transforment en monstres — les « détraqués » — à l’image de leurs pulsions refoulées. Choisi par l’étrange chouette Doku, Shintarô voit sa main droite se métamorphoser en arme à feu organique : il devient Jagaaan, un détraqué d’un genre nouveau.

La série confronte le lecteur·ice à un anti-héros abject dont les désirs les plus inavouables prennent une forme littérale. Achevée en 14 volumes dans le Big Comic Spirits (Kazé/Crunchyroll), elle doit son scénario à Kaneshiro (aussi scénariste de Blue Lock), qui décortique les frustrations de la vie salariée japonaise, et son dessin à Nishida, dont les planches atteignent une force graphique rare. Sous la brutalité jubilatoire, une question simple : sommes-nous autre chose que nos pulsions les plus laides ?


8. Devilman (Gô Nagai, 1972)

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Akira Fudô, adolescent craintif et pleurnicheur, apprend de son ami Ryô Asuka que les démons, enfouis dans les glaces depuis des millénaires, s’apprêtent à se réveiller. Pour les combattre, il fusionne avec le démon Amon mais garde son cœur humain. Il devient Devilman, un être mi-homme, mi-démon, seul rempart contre l’apocalypse.

Cinq volumes, prépubliés dans le Weekly Shōnen Magazine entre 1972 et 1973 (réédités en France par Black Box) : il n’en a pas fallu davantage à Nagai pour poser les fondations de tout ce qui figure dans cette liste. Transformation irréversible, violence graphique inédite pour l’époque, et surtout un pessimisme radical — la vraie monstruosité ne vient pas des démons. La dernière séquence du manga, d’une cruauté nue, n’a rien perdu de sa puissance de sidération. Hideaki Anno reconnaît l’empreinte de Devilman sur Neon Genesis Evangelion, et la filiation avec Tokyo Ghoul irrigue le récit d’Ishida. Réactualisé en 2018 par Devilman Crybaby de Masaaki Yuasa sur Netflix.