Monster est un seinen manga de Naoki Urasawa, prépublié entre 1994 et 2001 dans le magazine Big Comic Original de Shōgakukan et compilé en 18 tomes. Il raconte l’histoire du Dr Kenzō Tenma, un neurochirurgien japonais en poste à l’hôpital Eisler Memorial de Düsseldorf. Un soir, il choisit de sauver un jeune garçon, Johann Liebert, plutôt que le maire de la ville. Des années plus tard, Johann est devenu un tueur en série insaisissable, et Tenma, accusé de meurtres qu’il n’a pas commis, le traque à travers l’Europe de l’après-Guerre froide. En toile de fond : les expériences psychologiques menées sur des enfants en RDA et la question de savoir si un être humain peut naître fondamentalement mauvais. Monster a reçu le Grand Prix du prix culturel Osamu Tezuka en 2001.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques recommandations qui devraient vous occuper un moment.
1. 20th Century Boys (Naoki Urasawa, 1999)

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En 1969, Kenji Endō et sa bande de copains consignent dans un Cahier de Prédictions un scénario de fin du monde inventé de toutes pièces. Près de trente ans plus tard, Kenji, devenu gérant d’un modeste konbini, découvre qu’un gourou mystérieux appelé Ami reproduit point par point les événements de ce cahier d’enfance. Il réunit alors ses anciens amis pour tenter d’empêcher la catastrophe annoncée.
La narration saute de 1969 à 1997, puis à 2000 et 2014, et chaque époque redistribue les rôles : des personnages secondaires passent au premier plan, d’anciens alliés changent de camp, des morts supposés réapparaissent. Derrière le complot, Urasawa décrit une société japonaise vulnérable aux gourous — un écho direct à l’affaire Aum Shinrikyō. Prix du manga Kōdansha en 2001. Le titre fait référence à la chanson 20th Century Boy de T. Rex.
2. Pluto (Naoki Urasawa, 2003)

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Pluto est une réinterprétation de l’arc « Le robot le plus fort du monde » tiré d’Astro, le petit robot d’Osamu Tezuka, réalisée sous la supervision de Makoto Tezuka. L’inspecteur Gesicht, robot détective d’Europol, enquête sur une série de meurtres dirigés contre les sept robots les plus puissants de la planète et contre des scientifiques humains, tous vétérans de la 39ᵉ guerre d’Asie centrale.
En huit tomes, Urasawa prend une histoire de science-fiction destinée aux enfants et en fait un polar hanté par la guerre. Chaque robot — Mont Blanc, North N°2, Brando, Hercules, Epsilon, Atom — a une vie civile, une famille ou un deuil, là où Tezuka n’en faisait que des combattants. Gesicht lui-même porte un secret lié au conflit, et c’est la révélation progressive de ce secret — pas l’identité du tueur — qui donne aux derniers tomes leur force. Grand Prix du prix culturel Osamu Tezuka en 2005 ; adaptation anime par Netflix en 2023.
3. L’Histoire des 3 Adolf (Osamu Tezuka, 1983)

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Berlin, 1936. Le journaliste Sōhei Tōge couvre les Jeux olympiques d’été lorsque son frère est assassiné. Ce dernier détenait un document susceptible d’ébranler le IIIᵉ Reich : la preuve supposée des origines juives d’Adolf Hitler. En parallèle, à Kobe, deux enfants prénommés Adolf — Adolf Kamil, fils d’immigrés juifs allemands, et Adolf Kaufmann, métis germano-japonais fils d’un diplomate nazi — nouent une amitié que l’Histoire va peu à peu détruire.
La série couvre un demi-siècle, des Jeux olympiques de Berlin jusqu’au conflit israélo-palestinien, en quelque 1 200 pages. Ce qui frappe est la rigueur avec laquelle Tezuka montre comment l’idéologie déforme les individus : Kaufmann, enfant doux, devient par endoctrinement un agent fanatique du Reich, tandis que Kamil, victime de la persécution, finit par exercer lui-même la violence une fois installé en Israël. Personne n’est épargné, personne n’est réduit à un rôle. Prix du manga Kōdansha en 1986.
4. MW (Osamu Tezuka, 1976)

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Michio Yuki est un employé de banque au charme désarmant et aux manières irréprochables — en apparence. La nuit, il enlève, tue et fait chanter, puis va chaque fois se confesser auprès du père Garai, un prêtre catholique auquel le lie un passé inavouable. Quinze ans plus tôt, tous deux ont survécu à une fuite de gaz chimique militaire sur une île près d’Okinawa, un accident qui a tué la population locale et laissé Michio sans aucune capacité d’empathie.
Le personnage est un monstre au sens clinique : il ne ressent ni remords ni culpabilité, et le lecteur ne dispose d’aucun point d’identification rassurant. Tezuka, surtout connu pour Astro, le petit robot et Le Roi Léo, livre ici son manga le plus délibérément dérangeant — corruption d’État, abus sexuels, chantage diplomatique, le tout en trois tomes d’une sécheresse inhabituelle chez lui.
5. Death Note (Tsugumi Ōba et Takeshi Obata, 2003)

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Light Yagami, lycéen surdoué de 17 ans, ramasse un jour un cahier abandonné par le shinigami Ryūk : le Death Note, qui tue toute personne dont le nom y est inscrit. Convaincu de pouvoir éradiquer le crime, Light entreprend une purge mondiale de criminels sous le pseudonyme de « Kira ». Son projet attire l’attention de L, un détective de génie dont personne ne connaît le visage, et s’engage alors un duel où chacun tente de faire commettre à l’autre une erreur fatale.
En douze tomes, la série fonctionne comme une partie d’échecs dont les règles changent à chaque chapitre : Light découvre de nouvelles propriétés du cahier, L ajuste ses pièges, et le lecteur est sans cesse forcé de réévaluer qui a l’avantage. La question morale (Light a-t-il le droit de tuer des criminels ?) s’efface vite derrière une question plus froide : jusqu’où ira-t-il pour ne pas être pris ? Le dessin d’Obata accompagne cette escalade par des cadrages serrés sur les visages, où chaque micro-expression trahit un calcul ou un bluff. Grand Prix des Japan Expo Awards 2007.
6. Old Boy (Garon Tsuchiya et Nobuaki Minegishi, 1996)

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Shinichi Gotō, un homme ordinaire, est enlevé sans explication et séquestré pendant dix ans dans une pièce close, avec pour seuls compagnons un lit et un poste de télévision. Le jour où ses geôliers le relâchent aussi soudainement qu’ils l’avaient enfermé, il ne poursuit qu’un seul objectif : découvrir qui l’a emprisonné et pourquoi.
En huit tomes, le manga emprunte au Comte de Monte-Cristo sa prémisse — un homme injustement enfermé qui cherche vengeance — mais s’en éloigne rapidement. Là où Dumas offrait à son héros la fortune et la certitude de son bon droit, Tsuchiya prive Gotō de l’une et de l’autre : la vengeance, ici, suppose d’abord de fouiller sa propre mémoire pour comprendre ce qu’on a bien pu faire de si grave. Le film de Park Chan-wook (Grand Prix du jury à Cannes, 2004) a fait connaître l’histoire au grand public, mais avec un dénouement et des motivations très différents.
7. Parasite (Hitoshi Iwaaki, 1990)

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Une nuit, des organismes extraterrestres en forme de vers s’infiltrent dans le cerveau de leurs hôtes humains pour en prendre le contrôle total. L’un d’eux s’attaque au lycéen Shin’ichi Izumi, mais échoue à atteindre son cerveau et fusionne avec sa main droite, qu’il baptise Migi. Contraints de cohabiter, l’humain et le parasite doivent coopérer pour survivre face aux autres créatures, qui ont pris possession intégrale de leur hôte.
Sur dix tomes, Iwaaki montre la frontière entre l’humain et le monstre non pas par des discours, mais par des comportements : Shin’ichi, à force de combats, perd peu à peu ses réactions émotionnelles — il pleure de moins en moins, hésite de moins en moins à tuer — tandis que Migi, purement logique au départ, développe des réflexes qui ressemblent à de l’attachement. Les deux personnages avancent l’un vers l’autre sans jamais se rejoindre, et c’est cette trajectoire croisée qui tient le lecteur sur la durée. Prix du manga Kōdansha 1993 ; adaptation anime en 2014.
8. Erased (Kei Sanbe, 2012)

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En 2006, Satoru Fujinuma est un mangaka dont la carrière stagne. Il survit grâce à un emploi de livreur de pizzas et possède un don involontaire qu’il appelle « Revival » : lorsqu’un accident se produit à proximité, sa conscience est renvoyée quelques minutes dans le passé pour empêcher le drame. Après l’assassinat de sa mère, un Revival d’une ampleur inédite le propulse dix-huit ans en arrière, à l’époque où trois de ses camarades de classe ont été enlevés et tués.
Piégé dans son corps d’écolier avec sa conscience d’adulte, Satoru tente de sauver Kayo Hinazuki, la première victime, une fillette isolée et battue par sa mère. Le manga tient en neuf tomes sur un double registre : il y a le suspense (identifier le tueur avant qu’il ne frappe), mais aussi le quotidien d’un enfant de dix ans qui essaie, avec une maladresse d’adulte, de tendre la main à une camarade que tout le monde ignore. C’est cette deuxième ligne, la plus discrète, qui reste en mémoire.
9. Ikigami, préavis de mort (Motorō Mase, 2005)

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Dans un pays sous régime autoritaire, une loi dite de « prospérité nationale » impose la vaccination de tous les enfants à leur entrée à l’école primaire. Une seringue sur mille contient une nanocapsule qui se logera dans le cœur et provoquera la mort de son porteur à une date précise, entre ses 18 et 24 ans. Vingt-quatre heures avant l’échéance, un fonctionnaire remet au condamné son « ikigami » — un préavis de mort.
Kengo Fujimoto est l’un de ces fonctionnaires. Chaque volume se concentre sur les dernières heures de deux jeunes condamnés — comment ils réagissent, ce qu’ils choisissent de faire, à qui ils parlent, ce qu’ils regrettent. Fujimoto observe, livre les préavis, et doute un peu plus à chaque fois. En dix tomes, le manga ne cherche pas à renverser le pouvoir : il demande simplement comment vivre quand il ne reste qu’une journée.