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Que lire après Berserk de Kentarō Miura ?

Que lire après « Berserk » de Kentarō Miura ?

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Berserk est un manga de dark fantasy écrit et dessiné par Kentarō Miura, prépublié à partir de 1989 dans les magazines Monthly Animal House puis Young Animal de l’éditeur Hakusensha. On y suit Guts, un mercenaire solitaire armé d’une épée démesurée, à travers un monde inspiré de l’Europe médiévale où se côtoient intrigues politiques, horreur et surnaturel. Guts est d’abord un soldat de la Troupe du Faucon, une compagnie de mercenaires menée par l’ambitieux Griffith. Mais lors de l’Éclipse — un rituel sacrificiel —, Griffith offre la vie de tous ses compagnons à la Main de Dieu, un groupe d’entités démoniaques, en échange d’un pouvoir surnaturel. Guts survit, mais perd un œil, un bras, et tout ce qui comptait pour lui. Dès lors, il n’a plus qu’un seul objectif : retrouver Griffith et le tuer.

Avec plus de 60 millions d’exemplaires en circulation dans le monde, Berserk est l’un des mangas les plus vendus de tous les temps. La mort de Miura en mai 2021 a laissé la série inachevée, avant que le Studio Gaga, sous la supervision de son ami d’enfance Kōji Mori, ne poursuive la publication à partir des grandes lignes que l’auteur lui avait confiées.

Si vous êtes à la recherche de lectures du même genre, voici quelques recommandations.


1. Claymore (Norihiro Yagi, 2001)

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Dans un monde médiéval où des créatures appelées démons (yōma) prennent l’apparence d’êtres humains pour les dévorer de l’intérieur, les villages n’ont d’autre recours que de faire appel aux Claymores : des guerrières mi-humaines mi-démons, reconnaissables à leurs yeux d’argent et à l’immense épée qu’elles portent sur le dos. Une organisation secrète, simplement nommée « l’Organisation », les crée, les forme et les contrôle. Chaque guerrière se voit attribuer un rang de 1 à 47 selon sa puissance au combat. Classée dernière — la numéro 47 —, Claire n’en a pourtant cure. Accompagnée de Raki, un jeune garçon dont la famille a été tuée par un démon, elle va peu à peu forcer le respect de ses pairs par sa détermination et sa capacité à survivre contre des adversaires bien plus puissants qu’elle.

Ce qui rend Claymore si solide, c’est la façon dont Norihiro Yagi déjoue les attentes. Là où l’on pourrait craindre un schéma répétitif de chasse aux monstres, le récit bifurque vers des enjeux bien plus vastes : les secrets de l’Organisation, les Éveillés — d’anciennes Claymores dont la part démoniaque a pris le dessus et qui sont devenues des créatures d’une puissance terrifiante —, et surtout Priscilla, une ancienne numéro 2 devenue si puissante qu’aucune guerrière ne peut l’affronter seule. Norihiro Yagi refuse le manichéisme : les guerrières ne sont ni des héroïnes classiques ni des victimes passives, et beaucoup d’entre elles meurent sans crier gare, quel que soit leur rang. Cette tension permanente — personne n’est à l’abri — rappelle directement Berserk.

Publiée chez Glénat en 27 tomes, la série est terminée et offre une conclusion cohérente. Un casting quasi exclusivement féminin, des combats lisibles malgré leur chaos, et une atmosphère de dark fantasy poisseuse : Claymore est sans doute le titre le plus proche de Berserk par l’esprit, mais qui s’en écarte par son propos féministe, rare dans un shōnen.


2. L’Habitant de l’infini (Hiroaki Samura, 1993)

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Manji est un rōnin — un samouraï sans maître — qui a tué cent innocents. Pour expier ses crimes, une mystérieuse nonne a introduit dans son corps des vers sacrés (kessen-chū) qui referment ses blessures et le condamnent à l’immortalité. Le marché est simple : il ne recouvrera sa mortalité qu’après avoir sabré mille scélérats. Un jour, il croise la route de Rin, une jeune femme dont le père, maître d’un dōjō, a été assassiné par Kagehisa Anotsu, chef de l’Ittō-ryū — une école de sabre rebelle qui défie l’autorité des écoles officielles et n’hésite pas à tuer pour s’imposer. Rin veut venger ses parents ; Manji a besoin de cibles à abattre. Leur pacte est conclu.

Hiroaki Samura avait 23 ans à peine quand il a créé Manji dans les pages du magazine Afternoon. Son style graphique est l’un des plus singuliers du manga : un trait à l’encre de Chine qui évoque le croquis, tantôt griffé et violent, tantôt d’une grâce presque picturale. Les combats, eux, sont brefs et d’une violence sèche — on est loin des affrontements à rallonge. Et les membres de l’Ittō-ryū, loin d’être de simples méchants de service, sont des personnages aux motivations compréhensibles, parfois plus attachants que certains alliés de Manji.

Publié chez Casterman (collection Sakka) en 30 tomes — avec une réédition au format double depuis 2023 —, L’Habitant de l’infini a influencé toute une génération, y compris Masashi Kishimoto, l’auteur de Naruto, qui a déclaré que Samura était son modèle. Un manga de sabre aussi poétique que brutal, relevé par un humour décalé : Manji n’est pas du genre à prendre la vie au sérieux — ce qui, pour un immortel, est une philosophie assez cohérente.


3. Vinland Saga (Makoto Yukimura, 2005)

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Au début du XIe siècle, le jeune islandais Thorfinn voit son père Thors — ancien guerrier légendaire surnommé le « Troll de Jom » — assassiné par le chef de guerre Askeladd. Dévoré par la soif de vengeance, l’enfant rejoint la bande de mercenaires de son ennemi, avec l’espoir de le vaincre un jour en duel loyal. Il se retrouve alors embarqué dans le conflit entre Danois et Anglo-Saxons pour le contrôle de l’Angleterre, aux côtés du prince Knut, futur souverain du Danemark. Le manga est librement inspiré des sagas islandaises — la Saga des Groenlandais, la Saga d’Erik le Rouge — et de la découverte de l’Amérique du Nord par les Vikings autour de l’an 1000.

Ce qui fait la force de Vinland Saga, c’est sa construction. Les huit premiers tomes forment un « prologue » d’une intensité féroce — batailles, pillages, machinations politiques. Puis Makoto Yukimura opère un virage radical : Thorfinn, qui a tout perdu, se retrouve vendu comme esclave dans une ferme du Jutland. Privé de son épée et de sa rage, il doit réapprendre à vivre. C’est là que le manga révèle son vrai sujet : non pas la guerre, mais la possibilité de la paix. Ancien tueur, Thorfinn choisit de renoncer à toute violence et rêve de fonder une colonie pacifique sur les terres lointaines du Vinland (l’actuel Canada). Un pari narratif courageux — et parfaitement cohérent avec la vision de l’auteur, déjà perceptible dans Planètes, sa précédente série de science-fiction.

Publié chez Kurokawa, Vinland Saga compte 29 tomes au Japon et s’est achevé en juillet 2025. La série a remporté le prix Kōdansha du meilleur manga général et le grand prix du Japan Media Arts Festival. L’adaptation animée par Wit Studio puis MAPPA a considérablement élargi son public. Les premiers tomes parleront immédiatement aux lecteurs et lectrices de Berserk par leur brutalité et leurs trahisons ; la suite les surprendra par le chemin qu’elle emprunte.


4. Vagabond (Takehiko Inoue, 1998)

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Adapté du roman La Pierre et le Sabre d’Eiji Yoshikawa, Vagabond retrace la vie romancée de Miyamoto Musashi, le plus célèbre escrimeur de l’histoire du Japon. Tout commence en 1600, au lendemain de la bataille de Sekigahara — l’affrontement décisif qui a instauré le shogunat des Tokugawa et unifié le pays sous un pouvoir militaire centralisé. Revenu du champ de bataille plus mort que vif, le jeune Shinmen Takezō se fait traquer comme déserteur et rejeter par son propre village. Rebaptisé Miyamoto Musashi par le moine zen Takuan, il entame une longue errance à travers le Japon, avec un objectif obsessionnel : devenir le plus grand sabreur du pays. Mais les adversaires qu’il rencontre en route — les frères Yoshioka, maîtres d’une école prestigieuse de Kyōto ; le moine-lancier Inshun du Hōzō-in ; le mystérieux sourd-muet Kojirō Sasaki — lui renvoient une question de plus en plus insistante : à quoi bon être le meilleur si cela ne mène qu’à tuer ?

Takehiko Inoue, déjà connu pour Slam Dunk, déploie ici un travail graphique hors norme. Au fil des 37 tomes, le dessin passe du noir et blanc nerveux à un lavis à l’encre d’une beauté calme et assurée, où les paysages et les visages atteignent une qualité proche de l’estampe japonaise. Mais le manga ne se réduit pas à ses planches. C’est un récit sur un homme qui réalise progressivement que la voie du sabre, poussée à son terme, ne mène nulle part — sinon à la solitude et à la mort. Musashi finira d’ailleurs par s’éloigner du combat pour cultiver la terre, dans un arc narratif d’une sobriété inattendue.

Publié chez Tonkam/Delcourt, la série est en hiatus depuis 2015 — une situation que les fans de Berserk ne connaissent que trop bien. Inoue a déclaré ne pas vouloir laisser Musashi inachevé, mais l’absence de nouveau chapitre depuis plus de dix ans est difficile à ignorer. La lecture reste pourtant indispensable : les 37 tomes déjà publiés valent largement le détour — et le risque de frustration.


5. Übel Blatt (Etorōji Shiono, 2004)

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La légende officielle de l’empire de Szaaland raconte ceci : quatorze guerriers, armés de Lances sacrées par l’Empereur, furent envoyés repousser les forces de Wischtech, un empire maléfique. Trois moururent au combat — les « Glorieux guerriers sans retour ». Quatre trahirent leurs compagnons et furent exécutés — les « Lances de la Trahison ». Les sept derniers accomplirent la mission et revinrent en héros. Vingt ans plus tard, un jeune semi-elfe nommé Köinzell parcourt l’empire avec une idée fixe : tuer un à un les Sept Héros. Car la légende est un mensonge. Ce sont les sept « héros » qui ont trahi : incapables de poursuivre la mission, ils ont assassiné les quatre guerriers qui l’avaient véritablement accomplie, puis se sont attribué leur victoire.

Le parallèle avec Berserk saute aux yeux : un héros trahi par ses propres compagnons, défiguré, revenu sous une nouvelle identité pour se venger de ceux que le monde entier vénère comme des sauveurs. Übel Blatt (« lame du mal » en allemand) ne cache pas sa filiation, mais se taille sa propre place grâce à un univers d’heroic fantasy dense — forteresses volantes, magie noire, créatures chimériques — et une intrigue à tiroirs où chaque personnage avance masqué.

Publié chez Ki-oon en 23 tomes (la numérotation débute au tome 0), le manga s’est achevé en 2019. Le fan service, parfois envahissant, et quelques longueurs dans le dernier tiers ternissent l’ensemble ; la série n’atteint pas les sommets de son modèle. Mais pour qui cherche de la dark fantasy frontale, avec un héros à l’apparence d’enfant androgyne et au regard de tueur, Übel Blatt a de quoi satisfaire. Une suite, Übel Blatt II : L’Ordre du Roi Défunt, est en cours de publication depuis 2024 et une adaptation animée a vu le jour en 2025.


6. The Arms Peddler (Kyōichi Nanatsuki et Night Owl, 2010)

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Le monde a sombré dans le chaos. Démons, brigands et nécromanciens infestent des terres dévastées où la loi du plus fort règne sans partage. Au bord d’une route, le jeune Sona Yuki voit sa famille massacrée par des bandits menés par un certain Hydra. Marqué au fer rouge et laissé pour mort, il est recueilli par Garami, une marchande d’armes itinérante, froide et imprévisible. Elle lui offre un choix cruel : mourir paisiblement ou survivre à ses côtés — en tant qu’esclave, jusqu’au remboursement de sa dette. Sona choisit la vie, et découvre très vite que la route aux côtés de Garami n’est qu’une succession de dangers : chaque ville qu’ils traversent est un nouveau piège, chaque client un ennemi potentiel.

L’ambiance — fusils, diligences, déserts arides, créatures surgies de nulle part — évoque un croisement entre Mad Max et un film d’épouvante en costume. Le duo Sona-Garami fonctionne sur un ressort simple et efficace : elle est impénétrable, mortelle, et ne s’embarrasse d’aucun scrupule ; lui est un enfant avec des principes moraux dans un monde qui n’en a plus. Leur relation — mi-servitude, mi-compagnonnage — évolue au fil des tomes vers quelque chose de plus complexe, nourri par le mystère qui entoure les origines et la véritable nature de Garami.

Publié chez Ki-oon en 7 tomes, The Arms Peddler souffre d’un défaut frustrant : la série est en pause depuis 2015 : le dessinateur Night Owl (Park Joong-gi) a été victime d’une grave maladie. Malgré cette interruption, les tomes disponibles méritent l’attention, en particulier pour le travail graphique de Night Owl — un réalisme et une précision dans les visages et les scènes d’action que peu de séries du genre peuvent revendiquer.


7. Wolfsmund (Mitsuhisa Kuji, 2009)

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Suisse, début du XIVe siècle. Les cantons d’Uri, Schwyz et Unterwald, autrefois libres, sont tombés sous le joug des Habsbourg, la puissante dynastie autrichienne. Pour organiser une révolte, les résistants doivent faire passer des messages et des hommes vers les provinces alliées du sud — ce qui suppose de franchir le col du Saint-Gothard, seul passage à travers les Alpes dans cette région. Problème : le col est verrouillé par une forteresse surnommée « Wolfsmund » (la gueule du loup), tenue par Wolfram, un bailli d’une cruauté méthodique. Doté d’un talent quasi surnaturel pour percer les mensonges et les déguisements, il intercepte et supplicie tous ceux qui tentent de passer. Le récit s’organise d’abord en chapitres autonomes : chaque tentative de franchissement est une tragédie en soi, avec son lot de ruses, de sacrifices et de morts atroces.

Assistante de Kentarō Miura sur Berserk, Mitsuhisa Kuji a retenu de son mentor le goût des récits médiévaux sans concessions. La figure historique de Guillaume Tell et de son fils Walter traverse le manga, et la rébellion des cantons suisses — qui aboutira historiquement à la naissance de la Confédération helvétique — sert de toile de fond. Le refus de protéger les personnages est radical : des figures auxquelles on s’est attaché·e pendant plusieurs chapitres peuvent être exécutées à la page suivante. C’est éprouvant — mais le récit y gagne une tension que peu de mangas peuvent revendiquer.

Publiée chez Ki-oon en 8 tomes, la série est terminée. Courte, dense et implacable, elle convient parfaitement à qui cherche une lecture percutante plutôt qu’une saga au long cours. Et pour les amateurs d’histoire européenne, le plaisir est double : rares sont les mangas qui prennent la Suisse médiévale pour cadre.


8. Shigurui (Takayuki Yamaguchi, d’après Norio Nanjō, 2003)

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An 6 de l’ère Kan’ei (1629), au château de Suruga, au Japon. Le cruel prince Tadanaga Tokugawa, frère du shōgun Iemitsu, organise un tournoi de sabre interdit par la loi : les duels se feront au sabre réel, et non au bokken (sabre de bois). Le premier combat oppose deux hommes liés par un passé commun et une haine irréductible : Gennosuke Fujiki, qui n’a plus qu’un bras, et Seigen Irako, aveugle et boiteux. Comment en sont-ils arrivés là ? Le manga remonte des années en arrière pour raconter leur histoire au sein du dōjō de l’école Kogan-ryū, dirigé par le vieux maître Kogan Iwamoto — un épéiste d’une puissance absolue, mais dont la cruauté et la folie sénile contaminent tout son entourage. Disciple loyal promis à la succession du dōjō, Fujiki voit son avenir menacé par l’arrivée d’Irako, un bretteur brillant et ambitieux qui séduit la fille du maître et convoite sa place. La rivalité entre les deux hommes dégénère en une suite de trahisons, de mutilations et de vengeances dont aucun ne sortira intact.

Adapté du roman Le Tournoi du château de Suruga de Norio Nanjō — un écrivain considéré comme le père du « boom de la cruauté » dans la littérature japonaise des années 1960 —, Shigurui porte bien cet héritage. Le manga ne recule devant rien : mutilations, folie, sexualité déviante, codes d’honneur poussés jusqu’à l’absurde. Takayuki Yamaguchi livre un dessin d’une précision anatomique troublante. Les corps — tantôt sublimes, tantôt ravagés — sont représentés avec un soin qui tient de la planche médicale, et les scènes de combat sont d’une brutalité froide, presque clinique.

Publié en France chez Meian en 10 tomes (qui regroupent les 15 tomes du format japonais d’origine), Shigurui est une lecture éprouvante et parfois à la limite du soutenable. Ce n’est pas un manga pour tout le monde — mais c’est précisément ce qui en fait la singularité. Pour qui a survécu à l’Éclipse de Berserk, le territoire sera familier.


9. Monstress (Marjorie Liu et Sana Takeda, 2015)

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Monstress n’est pas un manga, mais un comics américain — et il figure dans cette liste parce qu’il partage avec Berserk bien davantage qu’une étiquette de dark fantasy. L’action se déroule dans un monde uchronique inspiré de l’Asie du début du XXe siècle, où une longue guerre a opposé deux camps : les Humains — menés par la Cumaea, un ordre de sorcières qui se nourrissent de l’énergie vitale de leurs ennemis — et les Arcaniques, un peuple hybride mi-humain mi-animal, doté de pouvoirs magiques. Maika Demi-Loup, une jeune Arcanique amputée d’un bras, abrite dans son corps un Ancien — une créature primordiale d’une puissance terrifiante qu’elle appelle « la Faim » et qu’elle peine à contrôler. Accompagnée de Kippa, une petite fille-renarde, et du chat érudit Maître Ren, Maika tente de comprendre le rôle que sa mère a joué dans le conflit — et pourquoi tout le monde semble vouloir mettre la main sur elle.

Le récit est écrit par Marjorie Liu (autrice américano-chinoise, également scénariste chez Marvel) et mis en images par l’illustratrice japonaise Sana Takeda. Le résultat est saisissant : chaque planche regorge de motifs Art déco, de costumes, d’architectures et de créatures, le tout dans une palette de couleurs tantôt somptueuse, tantôt sinistre. Mais Monstress n’est pas qu’un bel objet. La Cumaea traque les Arcaniques pour récolter le lilium, l’énergie magique contenue dans leur corps ; Maika est elle-même habitée par une entité qui peut prendre le contrôle de ses membres à tout moment. D’un bout à l’autre du récit, le corps de l’héroïne est un territoire disputé — par ses ennemis, par son propre monstre, par sa mère disparue dont l’ombre plane sur chaque révélation. Colérique, secrète et parfois brutale, Maika n’a rien d’une héroïne aimable — et sa crédibilité en sort renforcée. Comme Guts, elle porte en elle une force qui menace de la dévorer au sens propre.

Publié en français chez Delcourt (collection Contrebande), Monstress comptait neuf tomes en 2025 et la série est en cours. Elle a remporté sept prix Eisner, quatre prix Hugo et le Harvey Award du livre de l’année 2018. Si vous pensiez que seul le manga pouvait produire de la dark fantasy de ce calibre, Monstress prouve le contraire.


10. Lone Wolf & Cub (Kazuo Koike et Gōseki Kojima, 1970)

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L’ancêtre. Le manga sans lequel ni Berserk, ni Vagabond, ni L’Habitant de l’infini n’existeraient probablement sous cette forme. Dans le Japon du XVIIe siècle, sous le shogunat des Tokugawa, Ogami Ittō occupe la fonction de kogi kaishakunin — l’homme chargé de porter le coup de grâce aux condamnés lors du seppuku (suicide rituel par éventration). C’est un poste d’une importance considérable. Mais le clan Yagyū, qui convoite cette fonction, orchestre un complot : la femme d’Ittō est assassinée, son clan est exterminé, et il est accusé de trahison. Plutôt que de se soumettre au seppuku, Ittō choisit la voie du meifumadō — littéralement la « voie des enfers » — et se met à parcourir les routes du Japon féodal en tueur à gages, son fils Daigorō, à peine âgé d’un an, installé dans un landau truffé d’armes cachées. Leur but : accumuler l’argent et les forces nécessaires pour détruire le clan Yagyū.

Écrit par Kazuo Koike et dessiné par Gōseki Kojima entre 1970 et 1976, Lone Wolf & Cub totalise plus de 8 000 pages réparties en 28 tomes. Chaque épisode se lit comme un court récit autonome — un contrat, une rencontre, un piège —, mais chacun fait aussi progresser la trame principale vers la confrontation inéluctable avec Retsudō Yagyū, le chef du clan ennemi. La force de la série tient dans le contraste permanent entre la violence des combats — des lavis d’encre à couper le souffle, où la vitesse du sabre se traduit en traits furieux — et la tendresse muette du lien entre le père et son fils. Daigorō, qui ne prononce presque aucun mot dans les premiers tomes, est pourtant l’un des personnages les plus poignants de l’histoire du manga : sa seule présence, silencieuse et vulnérable, donne à chaque massacre un poids moral que le lecteur ne peut pas ignorer.

Publié en France chez Panini Comics — et disponible dans une édition prestige au grand format depuis 2021 —, Lone Wolf & Cub a influencé Frank Miller (qui a dessiné les couvertures de l’édition américaine), Quentin Tarantino (un extrait de l’adaptation cinématographique Baby Cart apparaît dans Kill Bill), et bien sûr Kentarō Miura lui-même. Le lire après Berserk, c’est remonter à la source.