Fire Punch est un manga écrit et dessiné par Tatsuki Fujimoto, prépublié sur le Shōnen Jump+ entre avril 2016 et janvier 2018, et compilé en huit tomes (Kazé).
Dans un monde recouvert de glace, Agni, un jeune homme doté de pouvoirs de régénération, est condamné à brûler pour l’éternité après avoir été frappé par des flammes inextinguibles.
Entre quête de vengeance, nihilisme, questionnements existentiels et références cinématographiques, ce manga brut et imprévisible a imposé Fujimoto comme l’une des voix les plus singulières du manga contemporain. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Chainsaw Man (Tatsuki Fujimoto, 2018)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Denji, un adolescent misérable criblé de dettes, fusionne avec un démon-tronçonneuse et intègre une brigade gouvernementale de chasseurs de démons. Comme dans Fire Punch, Fujimoto met en scène un protagoniste marginal, broyé par un système qui l’instrumentalise.
Mais là où Agni sombrait dans une spirale existentialiste glaciale, Denji poursuit des désirs d’une simplicité désarmante : manger correctement, toucher une poitrine, vivre normalement. La brutalité graphique et les ruptures de ton — du gore absurde à l’émotion la plus nue — se retrouvent ici avec davantage de maîtrise.
Fujimoto y affine sa narration cinématographique, ses hommages au cinéma d’horreur et sa capacité à éliminer ses personnages sans prévenir. Chainsaw Man représente l’évolution la plus directe depuis Fire Punch : même ADN chaotique, même refus des conventions du shōnen, mais avec un héros dont la naïveté rend la violence encore plus dévastatrice.
2. Adieu Eri (Tatsuki Fujimoto, 2022)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Ce one-shot de 200 pages suit Yuta, un collégien qui filme les derniers mois de sa mère mourante pour en tirer un court-métrage. Rejeté par ses camarades après une projection controversée, il rencontre Eri, une fille qui l’encourage à tourner un nouveau film.
Fujimoto brouille sans cesse la frontière entre réalité et fiction : le lecteur·ice ne sait jamais ce qui relève du vécu de Yuta et ce qui appartient à ses montages. On retrouve ici l’obsession du cinéma déjà présente dans Fire Punch — où Togata voyait l’après-mort comme une salle de projection — mais dans un registre intime et dépouillé.
Le deuil, la mémoire et le pouvoir de la fiction comme mécanisme de survie y sont traités avec une sensibilité rare. Adieu Eri condense en un seul volume tout le propos émotionnel de Fujimoto, loin de la violence spectaculaire, au plus près du cœur.
3. Le péché originel de Takopi (Taizan 5, 2021)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Takopi, un alien venu d’une planète du bonheur, atterrit sur Terre et rencontre Shizuka, une fillette de neuf ans harcelée à l’école et négligée par sa famille. Armé de gadgets censés répandre la joie, il tente de la sauver — en vain. Lorsque Shizuka met fin à ses jours, Takopi remonte le temps pour empêcher le drame, mais chaque boucle temporelle engendre des conséquences toujours plus atroces.
Sous ses airs de manga enfantin, cette série de deux tomes dissimule une noirceur suffocante qui rappelle le contraste brutal de Fire Punch entre apparences trompeuses et violence crue. Les thèmes du harcèlement, de la maltraitance et du cycle de la cruauté y sont abordés sans filtre. Comme chez Fujimoto, l’innocence des personnages ne les protège de rien : elle rend leur souffrance d’autant plus insoutenable.
4. A Journey Beyond Heaven (Masakazu Ishiguro, 2018)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Le récit suit deux fils narratifs parallèles. D’un côté, un groupe d’enfants vit dans un jardin clos, protégé par des scientifiques, sans rien connaître du monde extérieur. De l’autre, Maru et Kiruko traversent un Japon post-apocalyptique dévasté, peuplé de monstres dévoreurs d’humains, à la recherche d’un lieu nommé « Paradis ».
Élu meilleur manga de l’année par le Kono Manga ga Sugoi! en 2019, ce seinen mêle science-fiction et mystère avec un sens du rythme redoutable. Les résonances avec Fire Punch sont nombreuses : un monde en ruines, des créatures difformes, des personnages qui cherchent un sens à leur survie et un scénario qui distille ses révélations avec parcimonie. Le trait d’Ishiguro, influencé par Akira de Katsuhiro Otomo, confère au récit une lisibilité limpide malgré la complexité de sa structure à double temporalité.
5. Hell’s Paradise (Yûji Kaku, 2018)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
À l’époque d’Edo, Gabimaru, un ninja condamné à mort qu’aucune exécution ne parvient à tuer, se voit proposer la grâce s’il rapporte un élixir d’immortalité depuis une île surnaturelle. Il part accompagné de Sagiri, son exécutrice attitrée, aux côtés d’autres condamnés et de leurs bourreaux respectifs. L’île, paradis en apparence, se révèle un enfer organique peuplé de créatures cauchemardesques.
Yûji Kaku a été l’assistant de Tatsuki Fujimoto sur Fire Punch, et cette filiation se ressent : même goût pour le body horror floral, même tension entre beauté et carnage, même questionnement sur ce qui maintient un individu en vie lorsque tout le pousse vers la mort. Le thème central de l’ambivalence — le bien et le mal qui coexistent dans chaque personnage — donne à ce manga d’action sa profondeur inattendue.
6. Choujin X (Sui Ishida, 2021)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Tokio Kurohara, lycéen ordinaire, vit dans l’ombre de son meilleur ami Azuma, charismatique et athlétique. Lors d’une attaque par un choujin — un humain doté de pouvoirs surhumains —, Tokio s’injecte un sérum qui le transforme à son tour. Mais cette métamorphose s’avère aussi monstrueuse que libératrice.
Sui Ishida, créateur de Tokyo Ghoul, reprend ici ses thèmes de prédilection : l’identité fracturée, le body horror et la cohabitation forcée entre humanité et monstruosité. Le parallèle avec Fire Punch tient à la manière dont la transformation physique des protagonistes reflète leur déchirure psychologique.
Ishida publie Choujin X à son propre rythme, libéré des contraintes éditoriales qui avaient pesé sur Tokyo Ghoul, et cette autonomie se traduit par un dessin plus expérimental, un ton plus débridé, à mi-chemin entre horreur et burlesque.
7. Jagaaan (Muneyuki Kaneshiro & Kensuke Nishida, 2017)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Shintarô Jagasaki est un policier de quartier à la vie morne. Derrière son sourire de façade, il refoule de violentes pulsions meurtrières et s’imagine tirer sur tous ceux qui l’irritent. Lorsqu’une pluie de grenouilles s’abat sur la ville, certains humains se transforment en monstres — les « détraqués » — dont les formes incarnent leurs désirs les plus enfouis. Jagasaki, lui, voit son bras se muer en arme à feu.
La parenté avec Fire Punch est nette : un protagoniste aux pulsions sombres, propulsé dans un chaos surnaturel qui met à nu la monstruosité latente de la société. Le manga interroge sans relâche la frontière entre héroïsme et égoïsme, entre bonheur factice et violence authentique. Les dessins de Kensuke Nishida, d’une précision viscérale, donnent au body horror une dimension à la fois grotesque et saisissante, dans la lignée de Gantz ou de Parasite.
8. Dai Dark (Q Hayashida, 2019)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Zaha Sanko, un adolescent dont les os exauceraient n’importe quel souhait, fuit à travers l’espace les chasseurs de primes qui veulent le dépecer. Accompagné d’Avakian, un squelette-sac-à-dos, et de Shimada Death, une entité qui se nourrit de l’énergie des morts, il cherche celui qui a lancé cette rumeur mortelle.
Q Hayashida, connue pour Dorohedoro, déploie ici le même mélange de violence outrancière, d’humour absurde et d’esthétique crasseuse. Le lien avec Fire Punch se noue dans le traitement du corps comme malédiction : Sanko, comme Agni, est prisonnier de sa propre chair, condamné par une caractéristique physique qu’il n’a pas choisie.
Le ton oscille entre le macabre et le burlesque avec un aplomb déroutant, et l’univers spatial de Hayashida — sale, organique, hostile — rappelle que même dans les ténèbres les plus profondes, l’amitié et les spaghettis restent des raisons de survivre.