City Hunter est un shōnen manga de Tsukasa Hōjō, prépublié entre 1985 et 1991 dans le Weekly Shōnen Jump de Shūeisha et compilé en 35 volumes. On y suit Ryō Saeba, nettoyeur d’élite basé à Shinjuku, et sa partenaire Kaori Makimura. Entre contrats musclés, gags grivois et moments de gravité qui prennent le lecteur ou la lectrice au dépourvu, le manga a trouvé un équilibre rare entre comédie et polar urbain — porté par une histoire d’amour qu’il a pris trente-cinq volumes à ne pas résoudre.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine.
1. Angel Heart (Tsukasa Hōjō, 2001)

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Après la fin de City Hunter, Tsukasa Hōjō revient à son univers avec Angel Heart, qu’il définit lui-même non pas comme une suite, mais comme un « monde parallèle ». Le postulat est brutal : Kaori est morte et son cœur a été transplanté à Glass Heart, ancienne tueuse à gages de la mafia taïwanaise connue sous le nom de Xiang-Ying. Hantée par les souvenirs de la défunte, la jeune femme rejoint Ryō Saeba à Shinjuku et reprend peu à peu la place de partenaire que Kaori occupait.
La gaudriole cède du terrain à des arcs plus douloureux : le deuil de Ryō, d’abord muet puis de plus en plus difficile à contenir ; la lente émancipation de Xiang-Ying, qui doit se construire une identité propre alors que le fantôme de Kaori occupe encore toute la place ; les liens de famille recomposée qui se forment autour d’eux. Umibōzu, Miki et Saeko y gagnent des arcs entiers — Hōjō profite du format long (33 volumes pour la saison 1, 16 pour la saison 2, tous chez Panini) pour développer ce que City Hunter n’avait qu’esquissé chez son casting.
Pour qui achève City Hunter et veut rester dans le même univers sans relire la même série, Angel Heart est le prolongement le plus évident — et aussi le plus âpre.
2. City Hunter Rebirth (Sokura Nishiki, 2017)

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Ce spin-off officiel, supervisé par Tsukasa Hōjō, adopte un angle inattendu : une femme de 40 ans, fan inconditionnelle de City Hunter, se retrouve propulsée dans l’univers du manga à la suite d’un accident. Elle y prend l’identité d’une lycéenne dans le Shinjuku des années 1980 et trace le fameux message XYZ sur le panneau de la gare pour rencontrer Ryō.
L’idée — proche de l’isekai — permet de relire les événements de la série originale à travers les yeux d’une spectatrice qui connaît la suite, ce qui crée une tension inédite : doit-elle intervenir ou laisser l’intrigue suivre son cours ? Sokura Nishiki reproduit fidèlement le style graphique de Hōjō, parfois avec un trait plus fin et des mises en page repensées, et le manga s’émancipe peu à peu de la trame d’origine pour développer ses propres arcs. La série, publiée chez Ki-oon, est encore en cours avec plus d’une douzaine de volumes.
On retrouve l’humour, les scènes d’action et le mokkori de City Hunter, mais vus à travers les yeux d’un personnage qui, comme le lecteur ou la lectrice, connaît déjà la série — et qui mesure, de l’intérieur, l’écart entre la fiction telle qu’on la lit et la fiction telle qu’on la vit.
3. Cat’s Eye (Tsukasa Hōjō, 1981)

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Avant City Hunter, Tsukasa Hōjō s’est fait connaître avec Cat’s Eye, sa première série majeure. L’intrigue repose sur trois sœurs — Hitomi, Rui et Aï Kisugi — qui tiennent un café à Tokyo le jour et volent des tableaux la nuit. Leur objectif : rassembler les toiles de leur père, un artiste disparu dans des circonstances mystérieuses. Le ressort comique central est un quiproquo qui dure dix-huit volumes : le fiancé d’Hitomi, l’inspecteur Toshio Utsumi, est justement chargé de capturer Cat’s Eye — et ne se doute de rien.
Le registre est plus léger que celui de City Hunter, plus proche de la comédie romantique à rebondissements que du polar. Le dessin évolue de façon spectaculaire au fil des 18 volumes d’origine : on voit Hōjō apprendre son métier en temps réel, et les derniers tomes n’ont plus rien à voir graphiquement avec les premiers. La Perfect Edition chez Panini, en grand format, est l’édition de référence pour une (re)découverte aujourd’hui.
Cat’s Eye n’est pas seulement la série précédente du même auteur : on y trouve déjà le goût de Hōjō pour les doubles vies, les romances empêchées par le secret et un humour qui naît de l’écart entre ce que les personnages savent et ce qu’ils se dissimulent les uns aux autres.
4. Cobra (Buichi Terasawa, 1978)

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Dans un futur lointain, un employé de bureau nommé Johnson découvre au cours d’un rêve artificiel qu’il est en réalité Cobra, légendaire aventurier de l’espace que tout le monde croyait mort. Sous son bras gauche se cache le Psychogun, une arme psychique sans équivalent. Flanqué de Lady, son androïde de confiance, il reprend du service à travers la galaxie, face à la Guilde des Pirates et à son adversaire Crystal Boy.
Buichi Terasawa a modelé Cobra sur Jean-Paul Belmondo — le physique, la désinvolture, le goût pour la provocation. Le résultat tient à la fois du space opera, du film de casse et du récit picaresque, avec un humour omniprésent et des situations volontiers absurdes (combats de catch galactiques, casinos orbitaux, courses de voitures sur des planètes-déserts). Le dessin, d’abord en noir et blanc, a fait l’objet de versions colorisées par ordinateur à partir des années 1990 — une démarche alors inédite dans le milieu du manga.
Si vous aimez City Hunter pour son héros gouailleur, son sens du spectacle et sa manie de jouer les séducteurs alors qu’il met sa vie en jeu pour protéger les autres, Cobra en est le pendant cosmique.
5. Lupin III (Monkey Punch, 1967)

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Le manga de Monkey Punch met en scène Lupin III, petit-fils autoproclamé d’Arsène Lupin, gentleman cambrioleur insaisissable que l’inspecteur Zenigata poursuit à travers le globe sans jamais parvenir à le coincer. Autour de lui gravitent Jigen, tireur d’élite flegmatique, Goemon, sabreur héritier d’une longue lignée de guerriers, et Fujiko Mine, voleuse opportuniste et objet de sa fascination.
Le manga original — prépublié dès 1967 dans le Weekly Manga Action — ne ressemble que de loin aux adaptations animées connues en France sous le titre Edgar de la Cambriole. Là où l’anime édulcore, Monkey Punch verse dans l’humour noir, le cynisme et la violence sèche ; l’influence de Mad Magazine se ressent dans le découpage comme dans les ruptures de ton. En France, Kana a publié en 2021 une Lupin III Anthology dans la collection Sensei, qui réunit onze chapitres représentatifs sélectionnés par le dernier éditeur de l’auteur.
City Hunter doit beaucoup à Lupin III : le duo héros-poursuivant, l’érotisme comique, l’alternance entre action et farce, le protagoniste séducteur que personne ne prend tout à fait au sérieux. Hōjō n’a jamais caché cette filiation — et la lecture du manga d’origine rend visible tout ce que City Hunter lui a emprunté, jusque dans la construction des gags et le rythme des poursuites.
6. Crying Freeman (Kazuo Koike & Ryōichi Ikegami, 1986)

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Yō Hinomura est un potier japonais enlevé par les 108 Dragons, une branche de la Triade chinoise, puis transformé en tueur d’élite par conditionnement mental. Après chaque assassinat, il verse des larmes — d’où son nom de code, Freeman. Le récit débute lorsque la jeune peintre Emu Hino, témoin d’un de ses meurtres, attend la mort que le protocole de l’organisation réserve à tout témoin. Mais Freeman tombe amoureux d’elle.
Kazuo Koike (également auteur de Lone Wolf and Cub) installe d’emblée une tension entre la brutalité du milieu — guerres de clans à l’échelle internationale, assassinats ritualisés, rapport au corps très cru — et l’histoire d’amour entre Freeman et Emu, qui occupe le centre du récit sans jamais l’adoucir. Le dessin de Ryōichi Ikegami, avec ses lignes nettes, ses anatomies travaillées et ses compositions en pleine page qui cadrent les personnages comme des plans de cinéma, prend le contre-pied exact du trait souple et caricatural de Hōjō. La Perfect Edition chez Glénat, en 5 volumes doubles avec pages couleurs, est la meilleure porte d’entrée aujourd’hui.
Le film de Christophe Gans (1995) a fait connaître la série en Occident, mais il ne couvre que le premier arc. Le manga, lui, s’étend sur neuf volumes et gagne en ampleur à mesure que les adversaires, les alliances et les retournements se multiplient — de quoi compenser largement le caractère un peu schématique des premiers chapitres.
7. The Fable (Katsuhisa Minami, 2014)

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Fable est un tueur professionnel de génie, capable d’éliminer n’importe quelle cible en six secondes avec son pistolet Nighthawk. Un jour, son patron (sobrement appelé « Boss ») lui ordonne de tout arrêter pendant un an et de vivre incognito à Osaka, hébergé par un clan de yakuzas local. Interdiction formelle de tuer qui que ce soit. Pour un homme dont le seul talent connu est de donner la mort, la consigne est un casse-tête existentiel.
Le manga, lauréat du prix Kōdansha 2017 dans la catégorie « Général », repose sur un ressort comique simple mais efficace : la létalité de son héros face à la banalité de ce qu’il doit apprendre à endurer — un job dans un bureau de design, des interactions sociales qu’il ne sait pas décoder, une cohabitation tendue avec les yakuzas censés le surveiller et qui le soupçonnent sans jamais pouvoir en avoir la certitude. Le dessin réaliste de Katsuhisa Minami accentue le contraste : les scènes de la vie courante et les séquences de violence froide cohabitent dans le même cadre graphique, sans effet de style pour séparer les unes des autres. La série (22 volumes, terminée) et sa suite The Fable: The Second Contact sont publiées chez Pika Édition.
Ryō Saeba, lui aussi, est un professionnel de la violence coincé dans un quotidien qui ne lui ressemble pas — sauf que chez Ryō, la friction produit du gag ; chez Fable, elle produit du malaise autant que du rire. Si City Hunter vous a plu pour ce contraste entre compétence meurtrière et vie civile, The Fable en propose la version la plus aboutie côté seinen.
8. Sakamoto Days (Yūto Suzuki, 2020)

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Tarō Sakamoto était l’assassin le plus redouté de sa génération. Puis il est tombé amoureux, s’est marié, a eu une fille, a pris du poids et gère désormais une supérette de quartier. Sa femme Aoi lui a posé une condition non négociable : ne plus jamais tuer. Mais lorsque Shin, un jeune tueur télépathe, débarque dans sa boutique, le passé de Sakamoto le rattrape à toute vitesse.
Prépublié dans le Weekly Shōnen Jump depuis 2020, Sakamoto Days frappe d’abord par ses séquences d’action : Sakamoto se bat avec tout ce qui lui tombe sous la main — boîtes de conserve, caddies de supermarché, extincteurs — et chaque affrontement est l’occasion pour Yūto Suzuki d’inventer une chorégraphie inédite sur papier. Les pages se lisent avec une fluidité peu commune, le regard circule sans effort d’une case à l’autre, et l’humour physique (un colosse de cent kilos qui esquive comme un félin) ne ralentit jamais le rythme. La série, publiée chez Glénat, a été adaptée en anime en 2025.
Le postulat — un ex-tueur rangé que son passé rattrape — est le même que celui de The Fable, mais le traitement est résolument shōnen : plus spectaculaire, plus généreux en personnages (chaque arc en introduit de nouveaux, souvent mémorables) et porté par une énergie qui tient la comparaison avec les séries phares du Jump.
9. Black Lagoon (Rei Hiroe, 2002)

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Rokuro Okajima est un employé de bureau ordinaire — jusqu’au jour où le bateau sur lequel il transporte des données confidentielles est pris d’assaut par les pirates du Black Lagoon. Trahi par son propre employeur, il rejoint l’équipage sous le surnom de Rock et découvre la ville fictive de Roanapur, en Thaïlande — un port franc où cohabitent mafias russes, triades chinoises, cartels colombiens et mercenaires de tout poil.
La série de Rei Hiroe repose sur un contraste brutal entre Rock, homme ordinaire dont le sens moral reste intact, et Revy, tireuse d’élite volatile et autodestructrice, dont la violence est à la fois un gagne-pain et un symptôme. Les arcs narratifs fonctionnent souvent comme des huis clos où la moindre erreur se paie cher — un sous-marin nazi, une bonne colombienne traquée par les cartels, un affrontement entre mafias dans un hôtel de passe — et les dialogues, acérés, empruntent autant au film noir américain qu’au cinéma de John Woo. Publiée chez Kazé (désormais Crunchyroll), la série est toujours en cours avec 13 volumes.
Black Lagoon est sensiblement plus sombre que City Hunter, mais les deux séries fonctionnent sur les mêmes ressorts : un monde interlope où personne n’est tout à fait innocent, des fusillades chorégraphiées avec soin, un duo central fondé sur l’opposition des caractères — et beaucoup d’action.