Bâtard est un manhwa écrit par Carnby Kim et dessiné par Youngchan Hwang, publié entre 2014 et 2016 sur la plateforme Naver Webtoon. Ce thriller psychologique met en scène Jin, un lycéen fragile dont le père — P.-D.G. d’une grande entreprise et figure publique irréprochable — est en réalité un tueur en série qui l’a contraint à devenir son complice.
Éditée en France par Ki-oon en cinq tomes, la série a été saluée pour sa tension narrative et son traitement sans concession de l’emprise parentale. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Sweet Home (Carnby Kim & Youngchan Hwang, 2017)

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Retrouver le duo Kim–Hwang après Bâtard est un réflexe naturel. Dans Sweet Home, Hyeon-Su, adolescent reclus et suicidaire, se retrouve piégé dans son immeuble lorsqu’une épidémie transforme les humains en monstres nés de leurs désirs les plus enfouis. Là où Bâtard disséquait la terreur domestique à huis clos, Sweet Home élargit le cadre à un bâtiment entier où chaque résident lutte pour sa survie — et contre sa propre noirceur intérieure.
Le duo reprend ses thèmes de prédilection : l’isolement, la haine de soi et la monstruosité qui sommeille en chacun. Le glissement du thriller intimiste vers l’horreur apocalyptique ne dilue en rien la tension psychologique. Les dilemmes moraux posés à des personnages ordinaires résonnent avec la même acuité que dans Bâtard. Adapté en série Netflix, ce manhwa en douze tomes confirme la maîtrise narrative du tandem coréen.
2. The Killer Inside (Shota Ito & Hajime Inoryu, 2018)

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Eiji, étudiant timide et maladroit, tente de faire oublier au monde que son père défunt était le tueur en série LL, tristement célèbre pour les tortures infligées à ses victimes. Mais des trous de mémoire et un cadavre retrouvé dans son quartier font naître un doute : Eiji héberge-t-il lui-même un alter ego meurtrier ? The Killer Inside repose sur le dédoublement de personnalité et interroge la transmission héréditaire du mal.
Comme dans Bâtard, le protagoniste subit le poids d’une filiation criminelle, mais ici la menace ne vient plus du père — elle germe à l’intérieur même du fils. Le scénariste Hajime Inoryu, nourri par True Detective et le cinéma de David Fincher, tisse une intrigue où les faux-semblants s’accumulent et où l’on ne sait jamais à qui se fier. Le dessin réaliste de Shota Ito restitue avec précision les fêlures psychologiques d’Eiji, volume après volume.
3. Killing Stalking (Koogi, 2016)

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Yoon Bum, jeune homme isolé et mentalement instable, s’introduit par effraction chez Oh Sangwoo, un camarade d’université pour qui il nourrit une obsession. Il découvre dans le sous-sol une femme ligotée — et comprend trop tard que Sangwoo est un tueur en série. Dès lors, Bum devient son prisonnier dans une spirale de violence, de manipulation et de dépendance affective.
Killing Stalking pousse la question du lien toxique bien plus loin que Bâtard : ici, la relation bourreau-victime se teinte de syndrome de Stockholm et brouille sans cesse la frontière entre amour et emprise. Koogi dessine des visages d’une expressivité redoutable et refuse toute forme de rédemption. Ce manhwa n’est pas un récit d’amour : c’est une dissection froide des mécanismes de l’abus, qui laisse le lecteur·ice en état de sidération longtemps après la dernière page.
4. Route End (Kaiji Nakagawa, 2017)

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Taji travaille dans une société de nettoyage spécialisée dans les scènes de décès. Sa mère s’est suicidée lorsqu’il était enfant, et chaque intervention est pour lui une forme de catharsis. Son quotidien bascule quand un tueur en série, surnommé « End », sème dans le quartier des corps démembrés et disposés pour former ce mot sinistre.
Lorsque son patron — sa figure paternelle — disparaît, Taji est aspiré dans l’enquête. Comme dans Bâtard, le passé familial hante le présent et conditionne les actes de chacun. Kaiji Nakagawa construit un thriller sobre, dans la lignée de Seven, où les personnages sont tous fissurés par un traumatisme d’enfance.
Le récit interroge le rapport à la mort, au suicide et au deuil avec une gravité qui ne verse jamais dans le spectaculaire. Une série dense et maîtrisée, bouclée en huit tomes.
5. My Home Hero (Naoki Yamakawa & Masashi Asaki, 2017)

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Tetsuo Tosu, quadragénaire effacé et amateur de romans policiers, découvre que le petit ami de sa fille Reika est un yakuza violent. Pour protéger sa famille, il commet l’irréparable : il tue le jeune homme. Commence alors un jeu du chat et de la souris avec le clan mafieux, où Tetsuo doit mobiliser ses connaissances livresques pour maquiller son crime.
Là où Jin, dans Bâtard, est un fils écrasé par son père, Tetsuo incarne un père prêt à tout sacrifier — y compris sa moralité — pour sa fille. Le renversement de perspective est total. Naoki Yamakawa et Masashi Asaki signent un seinen qui mêle thriller domestique et récit de survie face au crime organisé, souvent comparé à Breaking Bad pour la trajectoire d’un homme ordinaire pris dans l’engrenage criminel. Les retournements narratifs maintiennent une tension constante sur vingt-six tomes.
6. Gannibal (Masaaki Ninomiya, 2018)

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Daigo Agawa, policier, est muté dans le village reculé de Kuge avec sa femme et sa fille. L’accueil semble cordial, mais la découverte d’un cadavre défiguré par des traces de morsures humaines éveille ses soupçons. Le clan Goto, famille dominatrice du village, dissimule-t-il des pratiques cannibales ?
Gannibal reprend le schéma du secret communautaire et de l’omertà rurale, dans la lignée de films comme Délivrance ou Midsommar. Le parallèle avec Bâtard est net : dans les deux cas, un individu se heurte à une violence cachée derrière une façade de normalité.
Masaaki Ninomiya déploie un trait expressif et nerveux qui restitue à merveille la tension qui règne dans ce village coupé du monde. La série, achevée en treize tomes, monte en puissance de bout en bout, et son dénouement glacial reste longtemps en mémoire.
7. Les Liens du sang (Shuzo Oshimi, 2017)

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La famille de Seiichi semble ordinaire : un père salarié, une mère au foyer, une maison de province. Mais Seiko, sa mère, le couve de manière excessive. Elle construit tout son univers autour de son fils, le traite comme un nourrisson et infiltre chaque recoin de sa vie. Ce que Seiichi prend pour de l’amour maternel est en réalité une emprise psychologique totale, et quand il commence à le comprendre, il est déjà trop tard.
Shuzo Oshimi, auteur de Les Fleurs du mal, signe ici un récit sur la toxicité du lien filial qui entre en résonance directe avec Bâtard. Si le père de Jin tuait des inconnus, la mère de Seiichi détruit son propre enfant à petit feu. La mise en scène, d’un minimalisme calculé, distille un malaise tenace sans jamais recourir à la moindre violence graphique. Dix-sept tomes d’une intensité rare.