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Girls’ Love : quels sont les mangas yuri cultes ?

Girls’ Love : quels sont les mangas yuri cultes ?

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Le yuri — du japonais 百合, « lys » — désigne les récits qui mettent en scène des relations sentimentales ou amoureuses entre femmes. Si le terme s’est imposé dans le vocabulaire des fans du monde entier, le genre a des racines bien plus anciennes qu’on ne le suppose. Dès l’ère Taishō (1912-1926), la littérature dite esu (pour S-class, abréviation de sister) s’intéresse aux amitiés passionnées — et parfois ambiguës — qui se nouent dans les pensionnats de jeunes filles. Ces textes, dont Hana monogatari (1916) de Yoshiya Nobuko reste l’exemple le plus célèbre, installent un terreau dont le manga finira par hériter.

Il faut attendre les années 1970 pour que le manga s’empare du sujet de façon plus frontale. En 1971, Shiroi heya no futari de Yamagishi Ryōko — publié dans le magazine Ribon Comic — représente pour la première fois une relation intime entre deux femmes dans un manga. L’histoire, tragique (les deux héroïnes finissent séparées par la mort), inaugure une longue période où les amours entre femmes, dans le manga, se soldent presque systématiquement par la souffrance ou la mort. Cette « ère sombre » s’étire jusqu’aux années 1980, et il faudra la ratification par le Japon de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (1985) pour voir émerger des récits où les couples féminins ne sont plus condamnés d’avance.

Le tournant décisif survient au début des années 2000. En 2003, les magazines Yuri Tengoku puis Yuri Shimai offrent au genre une visibilité inédite. En 2005, Comic Yuri Hime prend le relais et devient la revue de référence — elle paraît encore aujourd’hui sur un rythme mensuel. Les plateformes numériques comme Pixiv permettent à des autrices indépendantes de publier sans passer par les circuits éditoriaux traditionnels, et le lectorat s’élargit considérablement. Le yuri moderne ne se résume plus à un seul registre : il va de la comédie lycéenne au drame conjugal, du récit historique à l’autobiographie, sans oublier la fantasy et la science-fiction. Et les fins heureuses ne sont plus l’exception. Voici quinze titres qui ont compté — et qui comptent encore.


1. Bloom into You (Nio Nakatani, 2015)

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Yū Koito rêve du grand frisson amoureux, celui des shōjos, celui qui vous cloue sur place au premier regard. Problème : quand un camarade de collège lui déclare sa flamme, elle ne ressent absolument rien. Ni papillons, ni rougissement, ni la moindre accélération du pouls. À son entrée au lycée, Yū croise la route de Tōko Nanami, présidente du conseil des élèves, brillante et assurée — qui lui confesse ses sentiments. Là encore, rien. Et c’est précisément cette absence de réciprocité qui fascine Tōko : elle veut être aimée, mais refuse que l’on tombe amoureux d’elle. Le paradoxe, posé dès le premier volume, donne à la série sa tension singulière.

Publié dans le Dengeki Daioh entre 2015 et 2019, Bloom into You compte huit tomes (édités en France par Kana à partir de 2019). Le manga a dépassé le million d’exemplaires vendus au Japon et bénéficié d’une adaptation en anime en 2018 par le studio TROYCA, ainsi que de light novels signés Hitoma Iruma, centrés sur le personnage de Sayaka Saeki.

La vraie réussite de Nio Nakatani tient à un parti pris rare : traiter la difficulté de Yū à éprouver des sentiments amoureux non pas comme un problème à résoudre, mais comme une réalité à part entière. Yū n’est pas un personnage qui « n’a pas encore trouvé la bonne personne » — son rapport au sentiment amoureux est pris au sérieux, sans condescendance ni simplification. Cette représentation, souvent associée à la demisexualité ou à l’asexualité, a fait du titre une référence pour de nombreux lecteurs et lectrices en quête de récits où l’on n’est pas obligé·e de ressentir pour exister.


2. Fleurs bleues (Takako Shimura, 2004)

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Kamakura, ses temples, ses hortensias — et ses lycéennes. Fumi Manjōme, grande, timide, du genre à pleurer pour un rien, retrouve son amie d’enfance Akira Okudaira à l’occasion de leur entrée dans deux lycées voisins : Matsuoka, un établissement pour filles, et Fujigaya, son équivalent plus modeste. Fumi se remet à peine d’une histoire d’amour compliquée avec une femme plus âgée ; Akira, elle, est d’un naturel si solaire qu’elle semble n’avoir jamais connu le doute. Leur amitié reprend là où elle s’était arrêtée, avec une douceur qui ne verse jamais dans la mièvrerie, et la question de savoir si elle deviendra autre chose que de l’amitié constitue le fil rouge des huit tomes de la série (2004-2013).

Publié dans le magazine Manga Erotics F, puis édité en français par Asuka (les volumes sont aujourd’hui difficiles à trouver), Fleurs bleuesAoi Hana en japonais — a été salué par la critique anglophone : Anime News Network l’a qualifié de « meilleur yuri » dans une de ses rétrospectives, et le titre est régulièrement comparé à Maria-sama ga miteru pour son attention portée aux dynamiques sociales entre jeunes femmes. Une adaptation animée a été produite en 2009 par J.C.Staff.

Fleurs bleues tient sa force d’un refus : celui du spectaculaire. Takako Shimura n’a pas besoin de grandes déclarations ni de rebondissements artificiels — le quotidien suffit. Les sentiments de Fumi ne sont ni héroïsés ni dramatisés — ils sont simplement là, aussi naturels que la pluie sur Kamakura. Dans un genre alors encore marqué par les amours impossibles et les dénouements tragiques, cette banalité assumée de l’homosexualité féminine avait quelque chose de radical.


3. Girl Friends (Milk Morinaga, 2006)

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Mari Kumakura est le genre d’élève que personne ne remarque : lunettes, bons résultats scolaires, zéro vie sociale. Jusqu’au jour où Akko Ōhashi — populaire, extravertie, passionnée de mode — décide de la prendre sous son aile. Relooking, sorties, conversations téléphoniques interminables : Mari découvre ce que signifie avoir une amie proche. Puis elle découvre, avec beaucoup moins de sérénité, ce que signifie tomber amoureuse de cette amie.

Sérialisé dans Comic High!, un magazine seinen, entre 2006 et 2010, Girl Friends se compose de cinq tomes (publiés en France par Taifu Comics à partir de 2011). Le manga a aussi donné lieu à un drama CD en 2011. Milk Morinaga, qui a consacré l’essentiel de sa carrière au yuri, signe ici son titre le plus connu.

Pas de pouvoirs magiques, pas de monde parallèle, pas de rivale diabolique. Girl Friends mise sur un réalisme presque trivial : juste deux adolescentes qui apprennent — l’une plus vite que l’autre — que l’amitié et l’amour ne sont pas toujours des catégories étanches. Le manga ne fait pas du coming out son sujet principal : il se concentre sur la lente prise de conscience de Mari et sur la peur, très concrète, de perdre une relation si on la fait évoluer. C’est sans doute le meilleur point de départ pour qui n’a jamais ouvert un yuri — et un plaisir intact pour qui en a lu cinquante.


4. Si nous étions adultes… (Takako Shimura, 2019)

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Après Fleurs bleues et Errances, Takako Shimura s’attaque à un terrain encore peu fréquenté par le yuri : la vie adulte, avec ses compromis, ses silences et ses contrats de mariage. Ayano est enseignante en école primaire, mariée, installée dans une existence confortable — ou du moins fonctionnelle. Lors d’une soirée, elle retrouve Akari, une ancienne connaissance devenue barmaid. Le trouble est immédiat. Ce qui aurait pu rester un moment d’égarement devient le point de départ d’une remise en question totale pour Ayano, qui réalise que son mariage n’a peut-être jamais été qu’un arrangement social.

La série a paru dans le magazine josei Kiss entre 2019 et 2023, pour un total de dix tomes (édités en France par Akata entre 2021 et 2024). Sa parution au Japon avait suscité un vif intérêt : un yuri « adulte » signé par l’autrice de Fleurs bleues, c’était un événement.

Le manga aborde sans détour la difficulté du divorce au Japon, la pression sociale qui pèse sur les femmes mariées et la question de l’intégration des personnes LGBT dans une société où l’hétéronormativité reste la norme implicite. Shimura ne juge aucun de ses personnages — pas même le mari d’Ayano, dont l’incompréhension est traitée avec une forme de compassion lucide. Si nous étions adultes… prouve que le yuri peut très bien quitter les couloirs du lycée — et qu’il y gagne en tranchant.


5. Kase-san & les belles-de-jour (Hiromi Takashima, 2010)

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Yamada aime les fleurs. Elle s’occupe avec dévotion du parterre de son lycée et passe ses pauses déjeuner à vérifier que les tulipes ne manquent de rien. Kase, elle, court. Vite. C’est la star de l’équipe d’athlétisme, une fille directe et déterminée qui, un beau jour, s’intéresse d’un peu trop près aux plates-bandes de Yamada — et, par extension, à Yamada elle-même. La romance qui s’ensuit est d’une légèreté assumée : aucun grand drame à l’horizon, aucun secret terrible, juste deux lycéennes qui apprennent à sortir ensemble et découvrent que c’est déjà suffisamment compliqué.

D’abord publié sous forme de one-shots dans le magazine Hirari, puis sérialisé dans Wings, le manga se compose de cinq tomes (édités en France par Taifu Comics à partir de 2019). Chaque volume porte un sous-titre floral ou gourmand (& les belles-de-jour, & le bento, & les shortcakes…). La série se poursuit avec Yamada to Kase-san, qui suit le couple après le lycée. Un OVA a été produit en 2018.

Kase-san est souvent décrit comme un feel-good manga — et c’est tout sauf un reproche. Dans un genre où les obstacles intérieurs et extérieurs sont légion, Hiromi Takashima fait le pari de raconter une histoire où le principal défi est de trouver un créneau commun pour un rendez-vous. Ce parti pris de la normalité joyeuse, s’il peut sembler anodin, dit quelque chose de politique : un couple de filles peut tout simplement être heureux, et cela ne mérite ni applaudissements ni justification scénaristique.


6. Citrus (Saburouta, 2012)

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Yuzu, gyaru flamboyante aux cheveux blonds et au maquillage impeccable, se retrouve du jour au lendemain dans un lycée privé pour filles d’une rigueur monacale — le genre d’établissement où le vernis à ongles est un acte de rébellion. Pour couronner le tout, la présidente du conseil des élèves, Mei Aihara, aussi glaciale qu’elle est belle, se révèle être… sa nouvelle demi-sœur. Le remariage de leurs parents respectifs les force à cohabiter, et la tension entre elles — un mélange de fascination, d’irritation et d’attirance — est le carburant principal de la série.

Sérialisé dans Comic Yuri Hime entre 2012 et 2018, Citrus compte dix tomes (publiés en France par Taifu Comics à partir de 2016). Une suite, Citrus+, est en cours de publication depuis 2018. Le manga a été adapté en anime en 2018 par le studio Passione.

Autant le dire : Citrus divise. La dynamique entre les deux héroïnes repose en partie sur des rapports de pouvoir ambigus — Mei embrasse Yuzu sans prévenir dès le premier chapitre, et la question du consentement flotte sur une bonne partie de l’histoire. Pour ses détracteurs et détractrices, c’est un défaut rédhibitoire ; pour ses fans, c’est le moteur d’un mélodrame sentimental efficace, porté par un vrai sens du cliffhanger. Le débat n’est pas près de se clore, mais les chiffres de vente, eux, ne prêtent pas à discussion : Citrus est l’un des plus gros succès commerciaux du yuri, et il a amené vers le genre un public qui ne s’y serait probablement jamais intéressé autrement.


7. Goodbye, my Rose Garden (Dr.pepperco, 2018)

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Angleterre, début du XXe siècle. Hanako, jeune Japonaise fraîchement débarquée en Grande-Bretagne, est engagée comme domestique au service d’Alice Douglas, une aristocrate recluse. Hanako nourrit un rêve : rencontrer Victor Franks, un romancier qu’elle admire par-dessus tout. Alice, de son côté, lui adresse une requête pour le moins inattendue — elle lui demande de la tuer. Derrière cette entrée en matière gothique à souhait se cache une histoire sur le poids des conventions victoriennes, la place des femmes dans une société corsetée et le prix à payer pour celles qui refusent de s’y conformer.

Paru d’abord sur MAGxiv puis chez Mag Garden entre 2018 et 2020, le manga se boucle en trois tomes (édités en France par Komikku Éditions à partir de 2020). Sa brièveté est un atout : rien de superflu, chaque chapitre fait avancer l’intrigue ou approfondit la relation entre les deux protagonistes.

Beaucoup de mangas utilisent un cadre historique comme papier peint ; Goodbye, my Rose Garden fait l’inverse. Dr.pepperco s’est visiblement documenté sur l’Angleterre édouardienne, et le manga ne se contente pas d’y poser une romance : il en fait le sujet même de l’histoire — les conséquences sociales et légales de l’homosexualité à cette période sont au premier plan, pas en toile de fond. Le lien entre Hanako et Alice se construit dans la retenue, presque en contrebande — et c’est cette économie de gestes qui donne aux rares scènes de vulnérabilité leur force.


8. Octave (Haru Akiyama, 2008)

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Yukino a dix-huit ans et une carrière ratée derrière elle. Ex membre d’un groupe d’idoles dont personne ne se souvient, elle traîne à Tokyo une estime de soi au ras du sol et un vague emploi de bureau. C’est dans cet état de flottement qu’elle rencontre Setsuko, vingt-deux ans, compositrice, qui a l’assurance de celles qui ont trouvé leur voie. Leur relation s’installe vite — trop vite, peut-être — et Octave ne prend pas la peine de romancer les choses : les scènes intimes sont franches, les disputes réalistes, les réconciliations jamais acquises d’avance.

Publié dans le magazine seinen Afternoon entre 2008 et 2010, le manga compte six tomes (édités en France par Taifu Comics à partir de 2019). Il reste l’un des rares yuris à proposer une histoire centrée sur de jeunes adultes — ni lycéennes ni femmes mûres, mais des femmes à ce stade inconfortable où l’on est censé·e avoir sa vie en main sans que personne ne vous ait expliqué comment faire.

Octave refuse d’idéaliser quoi que ce soit. Yukino n’est pas une héroïne sympathique par défaut : elle est jalouse, insécure, parfois égoïste. Setsuko n’est pas la partenaire parfaite : elle a ses propres démons et ses propres limites. Haru Akiyama ne cherche pas à rendre leur histoire « belle » — elle cherche à la rendre vraie. Cette honnêteté, rare dans le yuri de la fin des années 2000, explique pourquoi Octave touche autant quiconque a déjà tâtonné dans une relation sans savoir où elle mène.


9. Solitude d’un autre genre (Kabi Nagata, 2015)

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Ici, pas de fiction. Solitude d’un autre genreSabishisugite Lesbian Fūzoku ni Ikimashita Report en japonais, que l’on pourrait traduire par « J’étais si seule que je suis allée dans un établissement lesbien » — est un récit autobiographique. Kabi Nagata y raconte, avec une franchise brutale et sans fausse pudeur, sa dépression, ses troubles alimentaires, sa difficulté à fonctionner dans un monde qui lui semble hostile, et sa décision, un jour, de faire appel à une travailleuse du sexe pour comprendre si son attirance pour les femmes est réelle ou fantasmée.

Publié d’abord sur Pixiv — où il a dépassé les cinq millions de vues —, le manga a ensuite été édité en volume au Japon, puis en France par Pika en 2018. Le succès a été immédiat et inattendu : le manga a touché un public bien plus large que le lectorat yuri habituel, grâce à la franchise désarmante de son autrice.

Le ton de Kabi Nagata est celui d’une personne qui a décidé de ne plus mentir — ni aux autres, ni à elle-même. La santé mentale, l’acceptation de l’homosexualité dans une société japonaise peu encline à en parler ouvertement, le rapport au corps : tout est abordé avec une sincérité crue qui peut déstabiliser. Solitude d’un autre genre n’est pas toujours confortable à lire, mais c’est ce malaise même qui fait sa valeur. Nagata a depuis prolongé son travail autobiographique avec plusieurs suites — une sorte de journal intime en bande dessinée où chaque volume est un pas supplémentaire vers la réconciliation avec soi.


10. Adachi & Shimamura (Hitoma Iruma et Moke Yuzuhara, 2019)

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Adachi sèche les cours. Shimamura aussi. Elles se croisent un jour au deuxième étage du gymnase, là où personne ne va jamais, et commencent à passer du temps ensemble — jouer au ping-pong, discuter de tout et de rien, apprécier le silence partagé. C’est tout. Sauf que ce n’est pas tout, évidemment. Les sentiments d’Adachi pour Shimamura grandissent avec une lenteur qui ferait passer un slow burn classique pour un sprint, et la question qui structure tout le manga est moins « vont-elles finir ensemble ? » que « Adachi trouvera-t-elle le courage de nommer ce qu’elle ressent ? ».

Le manga, dessiné par Moke Yuzuhara et publié dans le Dengeki Daioh, est l’adaptation d’une série de light novels signée Hitoma Iruma (en cours depuis 2012, plus de treize volumes). Une adaptation en anime a été produite en 2020 par le studio Tezuka Productions.

Adachi & Shimamura parie tout sur la lenteur — et ne s’en excuse pas. Là où d’autres récits accéléreraient la romance, Hitoma Iruma s’attarde sur les monologues intérieurs, les hésitations, les micro-gestes — une main qui effleure une épaule, un message relu dix fois avant d’être envoyé. Cette approche introspective ne plaira pas à tout le monde, mais elle confère au manga une authenticité émotionnelle qui lui vaut une base de fans très fidèle. Prévoyez simplement de ne pas être pressé·e.


11. Notre été éphémère (Yuama, 2020)

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Shizuku vit repliée sur elle-même et poursuit une carrière d’écrivaine sans trop savoir si elle a du talent ou simplement besoin d’un refuge. Kaori, ancienne camarade de classe, resurgit dans sa vie avec une proposition étrange : elle lui demande de jouer le rôle de sa petite amie le temps d’un été. Ce qui ressemble au pitch d’une comédie romantique classique prend toutefois une direction plus sombre quand les chapitres révèlent les cicatrices que portent les deux protagonistes — harcèlement scolaire pour l’une, culpabilité et besoin de rédemption pour l’autre.

Sérialisé dans Comic Yuri Hime entre 2020 et 2024, le manga se compose de six tomes (édités en France par Meian à partir de 2023). Yuama, dont c’est le premier titre à connaître une publication française, sait doser ses effets et laisser de la place au silence.

Notre été éphémère joue sur un effet de bascule. Les premiers chapitres posent les bases d’une romance en apparence légère, mais le manga bifurque progressivement vers un traitement plus âpre des traumatismes passés. La relation entre Shizuku et Kaori sert de catalyseur : c’est à mesure qu’elles se rapprochent l’une de l’autre qu’elles parviennent — ou tentent — de faire face à ce qu’elles ont fui. Cette tension entre la douceur de surface et la gravité sous-jacente fait de Notre été éphémère un titre qui mérite mieux que le coup d’œil distrait qu’on accorde parfois aux nouveautés.


12. Yuri is My Job! (Miman, 2016)

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Hime Shiraki a un objectif dans la vie : que tout le monde l’adore. Souriante, serviable, impeccable en toute circonstance, elle cultive son image de fille parfaite avec une discipline de fer. Un enchaînement de circonstances la conduit à travailler dans un café à thème yuri — le Liebe Girls Academy — où le personnel joue le rôle d’élèves d’un pensionnat fictif et entretient des relations (tout aussi fictives) entre « sœurs ». Hime se retrouve en duo avec Mitsuki Ayanokōji, qui semble la détester cordialement. Tout le manga tient dans ce décalage entre la façade et les sentiments réels.

En cours dans Comic Yuri Hime depuis 2016, le manga compte plus de quatorze tomes et a été adapté en anime en 2023 par le studio Passione. En 2023, la série avait franchi le cap du million d’exemplaires en circulation. Après une pause en 2024 pour raisons de santé de l’autrice, la publication a repris en août 2025.

Ce qui sépare Yuri is My Job! de la masse, c’est son sujet secret : le yuri lui-même. Le café où travaillent les personnages met en scène une version idéalisée et performative des rapports entre femmes — avec ses codes, ses rituels, ses fans. Miman utilise ce dispositif pour brouiller la frontière entre sincérité et mise en scène : quand on joue un couple fictif huit heures par jour, à quel moment les sentiments cessent-ils d’être un rôle ? Cette dimension méta fait du manga bien plus qu’une comédie sentimentale à thème — c’est aussi, en creux, une réflexion sur ce que le public projette sur les relations entre femmes.


13. I’m in Love with the Villainess (Inori et Shimo Aono, 2020)

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Rae Taylor, employée de bureau ordinaire, se réveille un beau matin dans le corps de la protagoniste de Revolution, son otome game préféré. N’importe quelle héroïne d’isekai s’empresserait de séduire l’un des beaux princes prévus par le scénario — Rae n’en a cure : celle qui l’intéresse, c’est Claire François, la « méchante » du jeu, aristocrate hautaine et rivale attitrée de l’héroïne. S’ensuit une cour acharnée, unilatérale et souvent hilarante, où Rae accueille les piques de Claire avec une gratitude béate — au grand désarroi de l’intéressée.

Dessiné par Shimo Aono pour Comic Yuri Hime, le manga adapte un web novel puis light novel signé Inori (2018-2021). L’ensemble dépasse les onze tomes. Une adaptation en anime a été diffusée en 2023 (studio Platinum Vision). L’édition française est publiée par Meian depuis 2023.

Derrière l’humour et le dispositif isekai, I’m in Love with the Villainess aborde des sujets rarement traités dans le genre : discrimination envers les personnes LGBT, inégalités de classe, structures de pouvoir dans un monde pseudo-médiéval. Le roman original d’Inori est particulièrement explicite sur ces questions, et le manga en reprend les grandes lignes. On peut donc le lire comme une comédie romantique décomplexée — ou comme une réflexion sociale déguisée en fantasy. Les deux lectures sont valables — et c’est cette double casquette qui fait la singularité du titre dans le paysage isekai.


14. Tadokoro-san (Tatsubon, 2018)

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Tadokoro est discrète, réservée et dessine en silence dans son coin de la salle de classe. Nikaidō est populaire, lumineuse et, contre toute attente, absolument fascinée par les dessins de Tadokoro. Ce qui commence comme de l’admiration artistique glisse peu à peu vers quelque chose de plus trouble — un territoire que ni l’une ni l’autre ne sait très bien nommer.

Né comme un webcomic sur Pixiv, le manga a ensuite été sérialisé dans Comic Valkyrie entre 2019 et 2021 avant de connaître une publication numérique en anglais via Lilyka. Tatsubon a depuis lancé une série dérivée, Inko-sensei, en 2022. Le format court et la structure en saynètes donnent à l’ensemble un rythme vif, presque feuilletonesque.

Tout Tadokoro-san tient dans un mécanisme : le regard de l’autre comme révélateur. Nikaidō voit en Tadokoro quelque chose que Tadokoro elle-même ignore — ou refuse de voir. Cette dynamique entre la créatrice et son admiratrice, entre celle qui se cache derrière ses dessins et celle qui veut les montrer au monde, donne à Tadokoro-san une douceur sans naïveté. Le format est modeste ; l’émotion, pas du tout.


15. Coup de foudre dans ta face ! (Murata, 2018)

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Takebe et Soramori se sont connues au collège, à une époque où elles réglaient leurs différends à coups de phalanges. Des années plus tard, Takebe a rangé ses poings et mène une vie d’adulte sans éclat — jusqu’à ce que Soramori refasse irruption dans son quotidien et la défie en duel. L’enjeu ? Si Soramori gagne, Takebe devra sortir avec elle. Le pitch est aussi absurde qu’irrésistible, et le manga assume pleinement son côté bagarreur et décalé : les scènes de combat sont chorégraphiées avec autant de soin que les scènes de romance.

Prépublié dans le seinen Young Ace entre 2018 et 2022, Coup de foudre dans ta face ! se compose de quatre tomes (édités en France par Taifu Comics à partir de 2024). C’est le premier titre de Murata à bénéficier d’une publication française.

Le registre enemies-to-lovers n’est pas nouveau, mais Murata l’aborde par un angle inattendu : la violence physique comme langage affectif. Takebe et Soramori ne sont pas des lycéennes : ce sont des adultes, avec des emplois, des factures et des souvenirs qu’elles préféreraient oublier. La tension entre elles — physique autant qu’émotionnelle — imprime au manga un dynamisme rare dans le yuri, où la confrontation directe est souvent évitée au profit de la suggestion. Ici, on se cogne d’abord, on s’embrasse ensuite. Et ça fonctionne.