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Quels sont les mangas les plus drôles pour se changer les idées ?

Quels sont les mangas les plus drôles pour se changer les idées ?

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Au Japon, le rire par le dessin ne date pas d’hier. Dès le XIIe siècle, les Chōjū-giga — caricatures d’animaux — prouvaient qu’on pouvait moquer l’ordre établi à coups de pinceaux et d’encre. Sept cents ans plus tard, les Hokusai Manga confirment que le croquis burlesque a la peau dure. Mais c’est après la Seconde Guerre mondiale que l’humour devient un pilier du manga moderne : Osamu Tezuka, le « dieu du manga », truffait déjà ses récits de gags visuels hérités du cartoon américain, et la tradition du manzai — ce duo comique fondé sur l’opposition entre le boke (le bouffon) et le tsukkomi (celui qui le recadre) — a durablement façonné l’écriture des dialogues dans la bande dessinée japonaise, du Weekly Shōnen Jump aux magazines seinen.

Le gag manga, depuis, s’est ramifié dans toutes les directions : absurde pur, parodie de genre, comédie romantique, humour scatologique, satire sociale, comique de situation. D’Akira Toriyama avec Dr Slump à Tatsuya Endo avec Spy × Family, chaque décennie a produit ses classiques. La sélection qui suit réunit quinze mangas dont la vocation première est de faire rire — et qui y parviennent avec une efficacité quasi suspecte.


1. Gintama (Hideaki Sorachi, 2003)

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77 tomes, 704 chapitres, et un titre — Gintama (« Âme d’argent ») — publié dans le Weekly Shōnen Jump de décembre 2003 à 2019. L’histoire se déroule dans un Edo alternatif, vingt ans après l’invasion de la Terre par des extraterrestres nommés les Amanto. Les samouraïs, privés de leurs sabres par l’occupant, doivent se reconvertir tant bien que mal. Gintoki Sakata, ancien combattant devenu homme à tout faire fauché, traîne sa nonchalance aux côtés de Shinpachi et Kagura, deux acolytes qui n’ont pas davantage trouvé leur place dans ce monde nouveau. Derrière cette série se cache un accident créatif : Sorachi devait écrire un manga historique sur le Shinsengumi. Son idée de départ s’inspirait plutôt de Harry Potter. Il a fini par détourner son propre script, et c’est de ce naufrage contrôlé qu’est sortie cette comédie pseudo-historique science-fictionnelle.

Gintama tient debout grâce à un équilibre entre épisodes comiques et arcs dramatiques qu’aucune autre série du Jump n’a reproduit à cette échelle. D’un chapitre à l’autre, Sorachi passe de la parodie frontale (Dragon Ball, One Piece, culture pop japonaise) au récit poignant, sans que la transition paraisse forcée. Il brise le quatrième mur, se caricature sous la forme d’un gorille, laisse ses personnages commenter leurs propres clichés de shōnen — puis, sans prévenir, plonge dans un arc où les passés tragiques refont surface et où le rire cède la place à un silence gêné. Classé 3e meilleur manga du Jump par les lecteurs du magazine Da Vinci en 2014 (derrière Dragon Ball et One Piece), Gintama est l’un de ces rares mangas qui peuvent vous faire pleurer de rire une page et vous nouer l’estomac la suivante.


2. Grand Blue (Kenji Inoue & Kimitake Yoshioka, 2014)

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Seinen scénarisé par Kenji Inoue et dessiné par Kimitake Yoshioka, Grand Blue paraît dans le magazine good! Afternoon de Kōdansha depuis avril 2014 et dépasse aujourd’hui les 25 tomes et 10 millions d’exemplaires vendus. Iori Kitahara emménage chez son oncle, propriétaire d’une boutique de plongée en bord de mer, pour y commencer ses études universitaires. Il rêve de filles, de soleil et de fonds marins. Ce qu’il trouve, c’est une horde d’étudiants nus, ivres et déchaînés qui l’enrôlent de force dans le club de plongée Peek a Boo.

Malgré son cadre balnéaire, Grand Blue parle assez peu de plongée — et énormément d’alcool, de nudisme et de catastrophes en série. Le dessin de Yoshioka fait la moitié du travail : ses expressions faciales passent en un quart de seconde du bishōnen séduisant au masque de démon grimaçant — un procédé simple, mais qui suffit à déclencher le fou rire à chaque page. La rivalité-amitié entre Iori et son camarade Kōhei — otaku reconverti malgré lui en fêtard — ne s’essouffle jamais. Nommée pour le 41e Prix du manga Kōdansha en 2017, la série brille par son humour frontal, cru et sans filet de sécurité, relevé par de rares moments de sincérité sous-marine où le silence des profondeurs fait oublier le vacarme de la surface.


3. Kaguya-sama : Love is War (Aka Akasaka, 2015)

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Lancée en mai 2015 dans le Miracle Jump de Shūeisha puis transférée dans le Weekly Young Jump, Kaguya-sama : Love is War s’est achevée en novembre 2022 au bout de 28 tomes. Éditée en français chez Pika, la série part d’un postulat simple : au sein du bureau des élèves (BDE) de la prestigieuse académie Shûchiin, Kaguya Shinomiya (vice-présidente) et Miyuki Shirogane (président) sont éperdument amoureux l’un de l’autre. Le problème ? Aucun des deux ne veut se déclarer en premier. Chaque chapitre devient alors une bataille psychologique où stratégie, manipulation et fierté mal placée servent un seul objectif : forcer l’autre à craquer.

Aka Akasaka a déclaré s’être inspiré du conte de Kaguya-hime pour nommer ses personnages, et vouloir parler de relations humaines plutôt que d’accumuler des gags. C’est précisément ce qui rend la série si solide : derrière le comique de répétition — les calculs absurdes de Kaguya, les plans foireux de Miyuki, les interventions involontairement dévastatrices de Chika Fujiwara — se dessine un groupe de lycéens dont on finit par connaître les moindres failles. Yû Ishigami, Miko Iino, Ai Hayasaka : le casting secondaire obtient ses propres arcs, souvent touchants, parfois douloureux. Rares sont les comédies romantiques qui parviennent à glisser vers le récit sentimental sans perdre en route ce qui les rendait drôles. Kaguya-sama est de celles-là.


4. GTO (Tōru Fujisawa, 1997)

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GTO (Great Teacher Onizuka) a été publié dans le Weekly Shōnen Magazine de 1997 à 2002, totalise 25 tomes et dépasse les 50 millions d’exemplaires en circulation. Eikichi Onizuka, 22 ans, ancien chef de gang de motards et éternel célibataire, se fixe un objectif que personne ne lui demande : devenir le meilleur professeur du Japon. Affecté à une classe réputée ingérable dans un lycée privé, il va affronter des élèves manipulateurs, des collègues hostiles et une administration qui rêve de le voir partir. Son arme ? Un passé de voyou, une résistance physique hors norme et un sens moral aussi bancal que sincère.

Tout le comique de GTO naît du décalage entre la brutalité d’Onizuka et son dévouement réel envers ses élèves. Là où tout enseignant conventionnel perdrait son poste en vingt-quatre heures, Onizuka résout les crises à coups de méthodes totalement illégales — mais étrangement efficaces. Les situations sont souvent graveleuses, parfois émouvantes, toujours excessives. Tōru Fujisawa avait déjà construit ce personnage dans Young GTO (31 tomes), récit de la jeunesse d’Onizuka et de son acolyte Ryūji Danma. Lauréat du Prix Kōdansha (catégorie shōnen) en 1998, GTO a engendré un anime, plusieurs dramas et de nombreuses suites, dont GTO: Paradise Lost. Si vous n’avez jamais vu un professeur sauver un élève après avoir sauté d’un immeuble sur une moto, c’est le moment de corriger cette lacune.


5. Dr Slump (Akira Toriyama, 1980)

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Avant Dragon Ball, il y a eu Dr Slump. Dix-huit tomes publiés dans le Weekly Shōnen Jump de janvier 1980 à août 1984, et le premier grand succès d’Akira Toriyama. Au village Pingouin, le professeur Senbei Norimaki — inventeur aussi génial que distrait — crée Aralé, un robot à l’apparence d’une petite fille de 13 ans. Dotée d’une force colossale et d’une naïveté abyssale, Aralé va semer le chaos dans un village déjà peuplé de personnages farfelus : Suppaman (parodie de Superman alimentée aux prunes aigres), le roi Nikochan (extraterrestre dont l’anatomie crânienne pose question) et Toriyama lui-même, qui s’incruste régulièrement dans ses propres pages sous forme de robot.

Dr Slump est un gag manga sans frein ni garde-fou, nourri d’humour scatologique, de jeux de mots et de clins d’œil à la culture populaire japonaise et américaine. Toriyama a raconté que son éditeur, Kazuhiko Torishima, l’avait poussé à transformer son robot géant initial en petite fille — intuition commerciale de génie, puisqu’Aralé est devenue l’un des personnages les plus populaires du Japon. La série a remporté le Prix Shōgakukan en 1982, a été adaptée en un anime de 243 épisodes et a même fait l’objet d’un crossover avec Dragon Ball (volume 7), où Aralé se révèle plus forte que le jeune Son Goku. Si Dragon Ball a fait de Toriyama une légende mondiale, c’est Dr Slump qui a révélé la nature de son humour — un humour auquel le regretté mangaka, disparu en 2024, tenait tout particulièrement.


6. One-Punch Man (ONE & Yusuke Murata, 2009/2012)

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Né en 2009 sur le blog personnel de ONE sous forme de webcomic au dessin volontairement rudimentaire, One-Punch Man a changé de statut à partir de 2012, lorsque Yusuke Murata — reconnu comme l’un des meilleurs dessinateurs de sa génération — en a proposé une adaptation dans le webmagazine Tonari no Young Jump. La série dépasse aujourd’hui les 35 millions d’exemplaires vendus (36 tomes en mars 2026). Le concept tient en une phrase : Saitama est si puissant qu’il écrase n’importe quel adversaire d’un seul coup de poing — et cette omnipotence l’ennuie à mourir. Chauve, le regard vide, vêtu d’un costume de super-héros discount, il erre dans un monde infesté de monstres en quête d’un combat qui l’exciterait enfin.

L’humour fonctionne par inversion systématique des codes du shōnen de combat. Là où d’autres séries construisent une tension autour de la montée en puissance du protagoniste, ici, la tension vient de tout ce qui l’entoure : la bureaucratie absurde de l’Association des héros (où Saitama, surnommé « le Chauve Capé », est classé parmi les plus faibles faute de charisme), les héros de Classe S qui se prennent terriblement au sérieux, et son disciple Genos, cyborg surarmé qui voue à Saitama un respect quasi religieux. Le contraste entre l’épique et le trivial produit l’essentiel des gags : des monstres titanesques tombent sous un coup distrait, tandis que Saitama s’inquiète des promotions au supermarché. ONE fournit le rythme et le sens de la chute ; Murata offre des doubles pages d’une virtuosité graphique absurde, puisqu’elles servent de prélude aux punchlines les plus plates.


7. Spy × Family (Tatsuya Endo, 2019)

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Un espion, une tueuse à gages et une télépathe de six ans : voilà la famille Forger. Prépubliée depuis mars 2019 sur le Shōnen Jump+ de Shūeisha et éditée en français par Kurokawa, Spy × Family doit tout à ce trio aussi dysfonctionnel qu’adorable. L’agent secret Twilight, alias Loid Forger, doit infiltrer une école d’élite et se fabriquer pour cela une couverture familiale de toutes pièces. Il adopte Anya, une fillette qu’il croit ordinaire (elle est télépathe), et contracte un mariage de convenance avec Yor Briar, qu’il croit banale fonctionnaire (elle est tueuse à gages). Aucun des trois ne connaît le secret des deux autres, et c’est de cette ignorance croisée que jaillit l’essentiel du comique.

Tatsuya Endo, dont les précédents travaux (Tista, Gekka Bijin) avaient un ton nettement plus sombre, a suivi les conseils de son éditeur Shihei Lin, qui lui demandait un manga « plus lumineux ». Le résultat est porté par des quiproquos permanents et par le personnage d’Anya, petite fille de six ans dont la télépathie lui permet de percevoir l’absurdité des adultes — sans toujours la comprendre. La série joue sur un registre double : d’un côté, l’action et la tension d’un thriller sur fond de Guerre froide fictive ; de l’autre, les situations domestiques les plus ordinaires — préparer un dîner, aller au parc d’attractions, gérer un chien télépathe (oui, lui aussi) — transformées en opérations commando. Lauréat du Manga Taishō 2020, Spy × Family prouve qu’on peut être tendre, drôle et haletant dans un même chapitre — et qu’une fausse famille peut toucher plus juste qu’une vraie.


8. Mob Psycho 100 (ONE, 2012)

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Seize tomes, publiés dans le webmagazine Ura Sunday de Shōgakukan entre avril 2012 et décembre 2017. Mob Psycho 100 est l’autre série de ONE, l’auteur de One-Punch Man — et celle où il signe à la fois le scénario et le dessin. Shigeo Kageyama, surnommé « Mob » (l’anonyme), est un collégien doté de pouvoirs psychiques colossaux qui ne désire qu’une chose : vivre normalement, se faire des amis et peut-être, un jour, déclarer ses sentiments à sa camarade Tsubomi. Pour canaliser ses pouvoirs, il travaille comme assistant d’Arataka Reigen, un médium autoproclamé et parfait escroc qui l’exploite sans vergogne mais lui sert, involontairement, de boussole morale.

Là où One-Punch Man déconstruit la figure du super-héros, Mob Psycho 100 s’attaque à celle du protagoniste surpuissant façon shōnen. La jauge émotionnelle de Mob — ce fameux compteur qui grimpe jusqu’à 100 % — fait office à la fois de fil narratif et de bombe à retardement comique : chaque frustration quotidienne (un camarade moqueur, un club de musculation, une secte religieuse délirante) fait monter la pression vers une explosion spectaculaire. ONE y déploie son humour caractéristique, fondé sur la distance abyssale entre l’ordinaire et l’extraordinaire, mais y ajoute une charge émotionnelle inattendue. Lauréat du 62e Prix Shōgakukan (catégorie shōnen) en 2016, le manga a été adapté en trois saisons d’anime par le studio Bones, toutes saluées par la critique. Quant à Reigen, il a eu droit à son propre spin-off — preuve que le charlatanisme, poussé à ce degré de panache, mérite bien sa propre série.


9. Nichijô (Keiichi Arawi, 2006)

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Apparu dans le Monthly Shōnen Ace de Kadokawa Shoten en décembre 2006, mis en pause en 2015 (l’auteur, victime d’un burnout, s’est tourné vers d’autres projets), puis relancé en octobre 2021, Nichijô (« Quotidien ») porte le titre le plus trompeur de toute l’histoire du manga : il ne s’y passe rien de significatif — et pourtant, tout y est extraordinaire. La série suit le quotidien de plusieurs personnages dans la ville fictive de Tokisadame, notamment le trio de lycéennes Yūko (hyperactive), Mio (brillante mais explosive) et Mai (impassible et sadique), ainsi que Nano Shinonome, un androïde inquiet doté d’une grosse clé dans le dos, conçu par Hakase, une fillette de huit ans qui se trouve être un génie de la robotique.

Keiichi Arawi, originaire de la préfecture de Gunma, a remporté le 22e prix ACE pour nouveaux artistes grâce à cette série. Son humour tient à un seul principe, appliqué sans relâche : tout événement banal doit dégénérer hors de toute proportion. Le directeur du lycée lutte avec un cerf. Yūko se fait poursuivre par un ours. Nano découvre que Hakase a dissimulé des petits pains dans des compartiments secrets de son corps. Une partie de pierre-feuille-ciseaux se transforme en affrontement épique. Adapté en anime par le studio Kyoto Animation en 2011 — avec une qualité d’animation proprement somptueuse pour une simple comédie — le manga est édité en français par Noeve Grafx depuis 2023. Si vous ne connaissez pas encore Nichijô, c’est que votre quotidien manque cruellement de cerfs et de robots.


10. La Voie du tablier (Kōsuke Oono, 2018)

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La Voie du tablier (Gokushufudō) tient en un seul gag — mais quel gag. Paru dans le webmagazine Kurage Bunch de Shinchōsha depuis février 2018 et édité en français par Kana, le manga de Kōsuke Oono part d’un pitch imparable : Tatsu, surnommé « l’Immortel », ancien boss yakuza qui terrifiait le milieu, quitte la pègre pour devenir homme au foyer. Il prépare des bentō, traque les promotions au supermarché et maîtrise l’art du repassage — le tout avec le même regard de tueur qu’il réservait jadis à ses ennemis. Son épouse Miku, designer occupée, profite de ce confort domestique sans trop sourciller.

Tout le comique naît du gouffre entre l’apparence de Tatsu et ses activités. Couteau à la main ? Il découpe des légumes. Air menaçant devant un comptoir ? Il négocie une réduction sur le prix des œufs. Confrontation tendue avec d’anciens rivaux ? Ils échangent des recettes de gâteaux. Kōsuke Oono, dont c’est la première série, a remporté l’Eisner Award de la meilleure série humoristique et a vu La Voie du tablier adapté en anime sur Netflix et en drama. Le format en chapitres courts — de véritables saynètes — convient bien au registre, même si le ressort unique de la série pourra sembler répétitif à certain·es lecteur·ices. Mais avouez qu’un yakuza en tablier à fleurs qui court les ventes flash, c’est difficile à bouder.


11. Ranma ½ (Rumiko Takahashi, 1987)

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Troisième succès majeur de Rumiko Takahashi — surnommée « la princesse du manga », lauréate du Grand Prix d’Angoulême 2019 — après Urusei Yatsura et Maison Ikkoku, Ranma ½ a été prépublié dans le Weekly Shōnen Sunday de 1987 à 1996 et totalise 38 tomes. Ranma Saotome, un adolescent champion d’arts martiaux, est victime d’une malédiction depuis sa chute dans les sources maudites de Jusenkyo en Chine : au contact de l’eau froide, il se transforme en fille ; l’eau chaude le ramène à sa forme masculine. Son père Genma, lui, se change en panda. Fiancé de force à Akane Tendō par leurs pères respectifs, Ranma doit jongler entre combats, prétendantes multiples et quiproquos identitaires.

Takahashi, formée par le scénariste Kazuo Koike (créateur de Lone Wolf and Cub), a retenu de son maître un précepte fondamental : une bonne histoire repose avant tout sur ses personnages. Et ils sont ici légion : Shampoo (l’amazone chinoise qui se transforme en chat), Ryōga (l’éternel rival qui se change en porcelet), Ukyō (l’amie d’enfance spécialiste des okonomiyaki), Kōdachi (la gymnaste empoisonneuse), sans oublier Happōsai, le vieux maître pervers dont la seule apparition garantit le chaos. Les malédictions de Jusenkyo fournissent un prétexte à quiproquos sans fond : une simple éclaboussure suffit à relancer la machine. La série a marqué toute une génération de lecteur·ices occidental·es — en particulier via sa diffusion au Club Dorothée — et le nouvel anime de 2024 par le studio MAPPA prouve que la formule n’a rien perdu de sa vigueur, presque quarante ans plus tard.


12. Yotsuba&! (Kiyohiko Azuma, 2003)

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Plus de 9 millions d’exemplaires vendus au Japon, 16 tomes au compteur depuis mars 2003 dans le mensuel Dengeki Daioh d’ASCII Media Works — et zéro adaptation en anime. Yotsuba&! suit les aventures de Yotsuba Koiwai, une petite fille de cinq ans pleine d’énergie, qui vient d’emménager en ville avec son père adoptif. Chaque chapitre raconte une découverte du quotidien — la balançoire, le climatiseur, la chasse aux cigales, le réchauffement climatique — vue à travers les yeux d’une enfant pour qui le monde entier est neuf. À ses côtés, la famille Ayase (les trois sœurs voisines, Asagi, Fūka et Ena) et les amis de son père — notamment le colossal Jumbo — forment un casting de personnages ordinaires rendus irrésistibles par le regard de Yotsuba.

Kiyohiko Azuma, déjà connu pour Azumanga Daioh, a créé avec Yotsuba&! un manga qui fonctionne sans antagoniste, sans intrigue, sans enjeu dramatique — et qui, malgré cela, rend chaque page jubilatoire. L’humour naît de la candeur absolue de Yotsuba, de son incapacité à saisir les conventions sociales et de son talent pour provoquer le chaos avec les meilleures intentions du monde. Lauréat du Grand Prix des Osamu Tezuka Culture Awards en 2016 et traduit en plus de treize langues, le manga n’a pourtant jamais été adapté en anime. Azuma s’y oppose : il estime que le rythme et l’atmosphère de la série ne survivraient pas au passage à l’écran. C’est dire le degré de contrôle qu’il exerce sur ce qui reste, au fond, l’un des mangas les plus simples et les plus joyeux jamais dessinés.


13. Sakamoto, pour vous servir ! (Nami Sano, 2011)

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Quatre tomes. C’est tout ce que compte Sakamoto, pour vous servir ! (Sakamoto desu ga?), publié dans le magazine Fellows! (renommé Harta) de l’éditeur Enterbrain entre 2011 et 2015. Sakamoto est un lycéen en première année qui défie toute logique : il excelle dans toutes les matières, tous les sports, et sort de chaque situation avec une élégance si spectaculaire qu’elle en devient surréaliste. Un incendie dans le couloir ? Il l’éteint d’un geste gracieux. Un frelon géant l’attaque ? Il le neutralise au compas. Des délinquants tentent de l’humilier ? Il retourne la situation et leur rend service — avec classe. Toujours avec classe.

Le gag est toujours le même, et c’est justement ce qui fonctionne : quoi qu’il arrive, Sakamoto s’en tire de manière triomphale et absurde. Nami Sano prend les codes du manga scolaire à contre-pied : la perfection du héros devient elle-même la source du rire. Le manga a remporté le Comic Natalie Grand Prize 2013 (devant L’Attaque des Titans et Assassination Classroom) et s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires. La mangaka est décédée en août 2023 à l’âge de 36 ans, emportée par un cancer en un mois à peine. Sa dernière lettre contenait ces mots : « Cela s’est avéré être une vie amusante. » Quatre tomes, une carrière brève, et un personnage devenu l’incarnation même du mot « cool ».


14. Host Club, le lycée de la séduction (Bisco Hatori, 2002)

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Rares sont les shōjo qui peuvent se vanter d’être aussi drôles que touchants sur 18 tomes. Host Club (Ōran Kōkō Hosuto Kurabu), paru dans le magazine LaLa de Hakusensha entre septembre 2002 et novembre 2010, est de ceux-là. Haruhi Fujioka, élève boursière dans le très chic lycée Ōran (Cerisiers et Orchidées), pousse par erreur la porte de la salle de musique n°3, où six garçons fortunés tiennent un « cercle d’hôtes » — un club voué à divertir les lycéennes autour de thé et de gâteaux. Après avoir brisé un vase à 8 millions de yens, Haruhi se retrouve contrainte de rembourser sa dette : elle doit elle-même devenir hôte — déguisée en garçon.

Bisco Hatori a construit sa série comme une parodie affectueuse du genre shōjo. Tamaki Suoh, le président excentrique à moitié français, joue les princes charmants avec une sincérité qui frise la caricature ; les jumeaux Hikaru et Kaoru entretiennent une fausse complicité ambiguë pour faire fondre les clientes ; Honey-senpai semble avoir six ans alors qu’il est en terminale ; Mori, le colosse silencieux, ne parle que par monosyllabes. Face à cette galerie d’archétypes poussés à leur limite, Haruhi tranche par son pragmatisme, sa franchise et son indifférence totale aux jeux de séduction. La série aborde avec légèreté mais intelligence les questions de classe sociale, de genre et d’apparences. Adaptée en anime par le studio Bones en 2006, elle reste, vingt ans après ses débuts, l’un des meilleurs arguments pour convaincre quelqu’un que le shōjo ne se résume ni aux yeux brillants ni aux pétales de rose.


15. Prison School (Akira Hiramoto, 2011)

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Vingt-huit tomes, plus de 13 millions d’exemplaires vendus et un Prix Kōdansha en 2013 : Prison School (Kangoku Gakuen), paru dans le Weekly Young Magazine de Kōdansha de février 2011 à décembre 2017, n’est pas un manga discret. L’académie Hachimitsu, lycée exclusivement féminin ultra-strict, ouvre ses portes aux garçons pour la première fois. Cinq malheureux — Kiyoshi, Gakuto, Shingo, Joe et André — se retrouvent seuls face à un millier de lycéennes. Un jour, leur séance de voyeurisme tourne court : le Conseil des élèves, mené par l’inflexible Mari, les condamne à une incarcération dans la prison souterraine de l’établissement. Commence alors un jeu de survie où chaque tentative d’évasion atteint des sommets d’absurdité.

Prison School est un manga ouvertement ecchi — les proportions anatomiques des personnages féminins relèvent davantage de la physique quantique que de la biologie — mais c’est aussi une comédie de situation d’une efficacité redoutable. Akira Hiramoto possède un sens aigu du timing comique et de l’escalade : chaque plan d’évasion génère une chaîne de catastrophes toujours plus délirante, et le sérieux mortel avec lequel les personnages traitent des enjeux dérisoires (un rendez-vous à un tournoi de sumo, la fidélité envers un compagnon de cellule) produit un effet burlesque dévastateur. Prison School ne conviendra pas à tous les publics — mais pour celles et ceux qui acceptent ses excès, c’est un concentré d’humour où le mauvais goût est élevé au rang d’art.