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Que lire sur le procès de Nuremberg ?

Que lire sur le procès de Nuremberg ?

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Le 20 novembre 1945, dans une Allemagne en ruines, s’ouvre à Nuremberg le premier grand procès pénal international de l’histoire. Vingt-et-un hauts dignitaires du régime nazi — parmi lesquels Hermann Göring, Rudolf Hess, Joachim von Ribbentrop ou encore Albert Speer — prennent place sur le banc des accusés. En face, les quatre puissances alliées (États-Unis, Royaume-Uni, France, URSS) ont constitué un Tribunal militaire international chargé de juger ces hommes selon quatre chefs d’inculpation : le complot, les crimes contre la paix (c’est-à-dire la planification et le déclenchement d’une guerre d’agression), les crimes de guerre et une catégorie juridique alors inédite — les crimes contre l’humanité, qui désigne pour la première fois les persécutions et exterminations de populations civiles comme un crime qui relève du droit international.

Pendant près d’un an, sous les yeux de la presse internationale, des accusés, des juges, des avocats, des témoins rescapés des camps et des centaines de journalistes se croisent dans le palais de justice d’une ville à moitié détruite par les bombardements alliés. Rendu le 1er octobre 1946, le verdict aboutit à douze condamnations à mort, sept peines de prison et trois acquittements. Mais ces sentences comptent moins que le principe qu’elles inaugurent : c’est à Nuremberg que s’impose l’idée que des dirigeants d’État peuvent être tenus pénalement responsables devant une juridiction internationale — un précédent sans lequel il n’y aurait eu, un demi-siècle plus tard, ni tribunal pour l’ex-Yougoslavie, ni tribunal pour le Rwanda, ni Cour pénale internationale de La Haye.

Les huit livres réunis ici abordent cet événement sous des angles complémentaires. Ils sont classés selon un ordre de lecture progressif : d’abord la synthèse historique d’ensemble, puis le reportage à chaud d’un écrivain présent dans la salle d’audience, puis le témoignage de l’intérieur livré par l’un des procureurs américains. On passe ensuite aux coulisses du procès vues par les journalistes, avant deux ouvrages consacrés à la dimension psychiatrique — les entretiens menés dans les cellules des accusés. La sélection se prolonge par une enquête sur l’origine des concepts juridiques nés à Nuremberg et se referme sur l’histoire de la mise en images du procès.


1. Le procès de Nuremberg (Annette Wieviorka, 1995)

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Historienne au CNRS et spécialiste de la Shoah, Annette Wieviorka propose la synthèse de référence en langue française sur le procès. L’ouvrage retrace d’abord la genèse du tribunal — depuis les premières discussions alliées sur le sort des dirigeants nazis jusqu’à la signature, en août 1945, de la charte de Londres qui fixe les règles de fonctionnement du futur Tribunal militaire international — puis déroule le fil des audiences, organisées selon les chefs d’inculpation : crimes contre la paix, crimes de guerre, crimes contre l’humanité.

Wieviorka ne se contente pas de résumer les débats. Elle restitue les tensions entre les quatre puissances alliées, dont les conceptions de la justice divergent fortement : les Soviétiques, par exemple, auraient préféré des exécutions sommaires ou un procès à verdict connu d’avance, tandis que les Américains tiennent à une procédure contradictoire avec droits de la défense. Le livre expose aussi les angles morts du procès. Le massacre de Katyn — l’exécution de plus de 20 000 officiers et civils polonais par le NKVD soviétique en 1940, que Moscou impute alors aux Allemands — embarrasse le tribunal au point que le sujet est écarté des débats sans qu’aucune responsabilité ne soit établie (la vérité n’est officiellement reconnue par la Russie qu’en 1990, sous Gorbatchev). De même, le génocide des Juifs, pourtant documenté par les preuves versées au dossier, n’occupe qu’une place secondaire dans les actes d’accusation, noyé dans la catégorie plus large des « crimes contre l’humanité ».

Enrichie d’un post-scriptum, l’édition la plus récente revient sur un autre paradoxe : le crime d’agression — c’est-à-dire le fait de déclencher une guerre en violation du droit international —, qui était le pilier central de l’accusation à Nuremberg, n’a quasiment jamais été invoqué depuis devant une juridiction internationale.


2. Le procès de Nuremberg : reportage (Joseph Kessel, 2025)

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Envoyé spécial de France-Soir, Joseph Kessel assiste aux premières semaines du procès fin novembre 1945 et en tire cinq articles — cinq textes brefs et incisifs qui constituent un témoignage à vif depuis les bancs de la presse. Longtemps inaccessibles ou dispersés dans le recueil Jugements derniers, ces reportages font l’objet en 2025 d’une édition autonome aux éditions Bartillat, accompagnée d’une préface de l’historien Gilles Heuré.

Ce qui frappe d’emblée, c’est le regard que Kessel porte sur les accusés. Il observe Göring et son visage de « vieille femme méchante », note les sanglots de Hans Frank — gouverneur général de la Pologne occupée — quand le tribunal projette un film sur les camps de la mort, et constate qu’aucun de ces vingt hommes ne porte sur le front le moindre reflet de la puissance terrifiante qui fut la leur un an plus tôt.

Le texte est court — une centaine de pages — mais chaque portrait fait mouche. Kessel n’écrit pas en historien. Aviateur des Forces aériennes françaises libres et résistant, il est aussi juif et personnellement touché par la Shoah : il a lui-même aidé des familles juives à fuir les rafles. Quand il décrit les accusés, ce n’est pas avec la neutralité d’un observateur extérieur — c’est avec la colère froide d’un homme qui sait ce qu’ils ont rendu possible.


3. Procureur à Nuremberg (Telford Taylor, 1995)

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Telford Taylor est colonel de l’armée américaine et spécialiste du renseignement lorsqu’il rejoint, au printemps 1945, l’équipe de juristes chargée de l’accusation. D’abord assistant du procureur en chef Robert H. Jackson, il deviendra lui-même procureur principal des douze procès ultérieurs tenus à Nuremberg devant les tribunaux militaires américains — ceux, moins connus, qui jugeront les médecins nazis, les industriels, les juristes ou les commandants des Einsatzgruppen (les unités mobiles de tuerie responsables de l’assassinat de plus d’un million de personnes sur le front de l’Est). Publié à l’origine en anglais sous le titre The Anatomy of the Nuremberg Trials (1992), son livre constitue le témoignage le plus complet jamais livré depuis le banc de l’accusation.

En 700 pages, Taylor reconstitue la mécanique interne du procès : les négociations entre Alliés sur la définition des chefs d’inculpation, les stratégies de l’accusation face à des accusés souvent habiles (Göring, en particulier, se révèle un adversaire redoutable lors de son contre-interrogatoire), et les débats juridiques sur des questions inédites — par exemple, peut-on déclarer une organisation entière (la SS, la Gestapo, le parti nazi) comme « criminelle », de sorte que chacun de ses membres puisse ensuite être poursuivi individuellement ? L’ouvrage vaut autant par sa rigueur factuelle — Taylor a vécu chaque audience et connaît le dossier de l’intérieur — que par ses jugements personnels, souvent tranchants, sur les protagonistes. Un livre exigeant par sa densité, mais irremplaçable si vous voulez comprendre comment la justice a concrètement fonctionné (et parfois dysfonctionné) à Nuremberg.


4. Le Crépuscule des hommes (Alfred de Montesquiou, 2025)

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Grand reporter lauréat du prix Albert-Londres pour sa couverture de la guerre civile libyenne, Alfred de Montesquiou déplace le regard : ce qui l’intéresse, ce n’est pas tant le contenu des débats que ce qui se passe en dehors de la salle d’audience. Son livre — un « roman vrai » selon ses propres termes, couronné par le prix Renaudot de l’essai 2025 — fait revivre les journalistes, les photographes et les écrivains venus couvrir le procès : Joseph Kessel, Elsa Triolet, Martha Gellhorn, John Dos Passos, Rebecca West.

Le récit suit en particulier Ray D’Addario, photographe américain officiel du procès, et restitue la vie quotidienne d’un microcosme singulier : le château Faber-Castell (résidence du célèbre fabricant de crayons, réquisitionné pour loger la presse internationale), les soirées bien arrosées au Grand Hotel — l’un des rares édifices encore debout dans une ville dévastée —, les courses au scoop, les frictions entre Occidentaux et Soviétiques sur fond de guerre froide naissante. L’effroi que suscitent les témoignages de déportés cohabite avec les flirts entre envoyés spéciaux et les rumeurs de couloir — un contraste brutal, mais fidèle à la réalité d’un procès de dix mois où la routine finit par s’installer au milieu de l’horreur.

Reporter de guerre au Moyen-Orient et en Afghanistan, Montesquiou ne théorise pas ce décalage : il le restitue à travers des scènes concrètes, des dialogues reconstitués à partir d’archives et des portraits d’hommes et de femmes pris entre la gravité des débats et la trivialité du quotidien.


5. Les entretiens de Nuremberg (Léon Goldensohn, 2005)

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Janvier 1946. Psychiatre américain de trente-quatre ans, Leon Goldensohn arrive à la prison de Nuremberg avec une mission : veiller sur la santé mentale des accusés et s’assurer qu’ils sont en état de comparaître. Pendant sept mois, il s’entretient jour après jour avec Göring, Ribbentrop, Frank, Dönitz, Rosenberg, Höss et une vingtaine d’autres — accusés ou témoins. Il consigne méthodiquement leurs réponses dans des carnets. Goldensohn meurt d’un infarctus en 1961, à cinquante ans, sans avoir publié ces notes. Ses carnets, égarés puis retrouvés par son frère en 1994, ne paraissent qu’en 2004 — soit près de soixante ans après les faits.

Le résultat est un document brut, unique en son genre, qui donne directement la parole aux accusés. Antécédents familiaux, vie sexuelle, carrière dans le parti, relations avec Hitler, rôle dans l’extermination des Juifs : Goldensohn pose les questions, note les réponses et laisse ses interlocuteurs se révéler — ou se trahir. Car le constat est frappant : presque tous nient, minimisent ou reportent la faute sur les morts (Hitler, Himmler — des coupables commodes puisqu’ils ne sont plus là pour contredire). Göring accable les autres accusés de son mépris et se pose en grand seigneur. Commandant du camp d’Auschwitz entre 1941 et 1943, Höss décrit froidement le mécanisme d’extermination et avance le chiffre de 2,5 millions de Juifs tués dans ce seul camp. Streicher débite ses délires antisémites. Ribbentrop, ancien ministre des Affaires étrangères du Reich, dit sa fascination pour Hitler dans une cellule jonchée de détritus.

Ce ne sont pas des interrogatoires judiciaires — Goldensohn n’a pas pour fonction d’obtenir des aveux — mais des entretiens cliniques, et c’est précisément ce cadre qui permet aux accusés de baisser la garde et de livrer, parfois malgré eux, des fragments de vérité.


6. Le nazi et le psychiatre (Jack El-Hai, 2013)

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Avant Goldensohn, un autre psychiatre américain a eu accès aux détenus de Nuremberg : Douglas Kelley, trente-deux ans, chargé de déclarer les accusés sains d’esprit afin qu’ils puissent être jugés — condition indispensable en droit pour qu’un procès ait lieu. L’historien Jack El-Hai s’est plongé dans les archives inédites de Kelley pour reconstituer le face-à-face entre ce jeune médecin ambitieux et Hermann Göring — numéro deux du régime, fondateur de la Gestapo, homme à la fois obèse, dépendant à la codéine (plus de cent pilules par jour à son arrestation) et redoutablement manipulateur.

Kelley fait passer aux accusés des batteries de tests psychologiques, dont le test de Rorschach — une méthode qui consiste à interpréter des taches d’encre symétriques et qui est censée révéler des traits de personnalité profonds. Sa conclusion va à l’encontre de ce que l’opinion publique veut entendre à l’époque : ces hommes ne sont pas des monstres cliniques et ne partagent aucun profil psychopathologique commun. Ce sont des individus d’une intelligence souvent supérieure à la moyenne, dotés d’un égocentrisme féroce, mais dépourvus de pathologie mentale identifiable. Autrement dit : n’importe qui, dans les mêmes circonstances et avec les mêmes dispositions de caractère, aurait pu devenir un criminel de guerre.

La thèse est dérangeante — elle rejoint, avant l’heure, celle de la « banalité du mal » qu’Hannah Arendt formulera en 1963 à propos d’Adolf Eichmann. Elle hantera Kelley bien après son retour aux États-Unis. Douze ans plus tard, il met fin à ses jours à l’aide d’une capsule de cyanure — exactement le même mode de suicide que Göring la veille de son exécution. Jack El-Hai ne prétend pas établir un lien de causalité direct entre l’expérience de Nuremberg et ce geste, mais il montre un homme rongé par une obsession : comprendre Göring l’a conduit à s’identifier à lui, et cette identification ne l’a jamais lâché.


7. Retour à Lemberg (Philippe Sands, 2017)

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Philippe Sands est avocat franco-britannique, professeur de droit international à l’University College de Londres, et praticien régulier devant les juridictions internationales. Invité à donner une conférence à l’université de Lviv, en Ukraine — ville qui s’est appelée tour à tour Lemberg (sous l’Empire austro-hongrois), Lwów (en Pologne), Lvov (sous l’URSS) selon les occupations successives —, il découvre une série de coïncidences historiques qui vont orienter six années de recherches.

C’est dans cette même ville que quatre destins se sont croisés. Leon Buchholz, le grand-père de l’auteur, y passe son enfance avant de fuir l’Holocauste qui décime sa famille. Hersch Lauterpacht y étudie le droit et deviendra le père du concept de « crime contre l’humanité » — une notion qui protège chaque individu contre les persécutions de son propre État. Lui aussi formé dans cette université, Raphael Lemkin inventera le mot « génocide » — un concept différent, qui vise à protéger non pas les individus mais les groupes (ethniques, religieux, nationaux) en tant que tels. Quant à Hans Frank, l’avocat préféré de Hitler devenu gouverneur général de la Pologne occupée, il prononcera en 1942 dans cette même université un discours qui annonce la mise en place de la « Solution finale ».

Le livre entrecroise ces quatre biographies jusqu’au procès de Nuremberg, où Lauterpacht et Lemkin, chacun depuis les coulisses de l’accusation, verront leurs concepts respectifs confrontés lors du jugement de Frank. Leur désaccord n’est pas qu’une querelle de juristes : si l’on retient le « crime contre l’humanité » (Lauterpacht), on juge des actes commis contre des individus, quelle que soit leur appartenance ; si l’on retient le « génocide » (Lemkin), on juge l’intention de détruire un peuple en tant que tel — ce qui exige de prouver un plan systématique, mais reconnaît la dimension collective du crime. Le droit international a fini par adopter les deux notions, et c’est cette coexistence, avec ses tensions non résolues, que le livre de Sands permet de comprendre.

L’ouvrage a reçu le prix du meilleur livre de l’année au British Book Awards en 2016 (édition originale en anglais sous le titre East West Street). C’est le livre à lire si vous voulez comprendre d’où viennent les deux concepts fondamentaux — crime contre l’humanité et génocide — que le procès de Nuremberg a légués au droit international, et pourquoi leur coexistence pose encore question aujourd’hui.


8. Nuremberg, la bataille des images (Sylvie Lindeperg, 2021)

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Historienne du cinéma à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Sylvie Lindeperg aborde le procès de Nuremberg par un angle rarement traité : celui de sa mise en images. Fin 1944, les Américains décident que le futur procès devra être filmé et diffusé dans le monde entier. La Field Photographic Branch de l’OSS (ancêtre de la CIA), dirigée par le cinéaste John Ford en personne, est chargée de rassembler les preuves filmées des crimes nazis. Budd Schulberg — le futur scénariste de Sur les quais pour Elia Kazan — parcourt l’Europe à la recherche de fragments de pellicule : films de propagande nazie, images tournées par les Alliés lors de la libération des camps, documents saisis dans les archives allemandes.

Le livre raconte cette course aux preuves visuelles avant le procès, puis la compétition féroce entre les équipes de tournage américaine et soviétique pendant les dix mois d’audience : chaque camp veut produire le documentaire de référence sur Nuremberg, avec sa propre lecture politique des événements. Lindeperg démonte au passage quelques légendes tenaces (non, John Ford n’a pas filmé le procès lui-même ; non, Nuremberg n’est pas le premier procès de l’histoire à utiliser des images animées comme preuves) et met en évidence un paradoxe troublant : alors que les documents écrits du procès — actes d’accusation, témoignages, plaidoiries — identifient explicitement les Juifs comme cibles principales de la politique d’extermination nazie, les films produits par les Alliés dans le cadre du procès effacent largement cette spécificité. Les victimes y apparaissent comme des « populations civiles » indifférenciées, un choix qui reflète la volonté politique des Alliés — Soviétiques en tête — de ne pas singulariser le sort des Juifs.

Or ce sont ces films, et non les minutes du procès, que le grand public a vus. C’est à travers eux que s’est construite, pendant des décennies, la mémoire visuelle de Nuremberg — une mémoire amputée dont les effets se font sentir jusqu’aux années 1990, quand les historiens commencent à rétablir la place centrale du génocide juif dans les archives du procès. Récompensé par le Prix du livre de cinéma 2022 du CNC, cet ouvrage est le seul de cette sélection à poser frontalement la question de ce que les images montrent, de ce qu’elles taisent, et de ce que ce silence a coûté à la vérité historique.