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Que lire sur Missak et Mélinée Manouchian ?

Que lire sur Missak et Mélinée Manouchian ?

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Né en 1906 à Adıyaman, dans l’Empire ottoman, Missak Manouchian perd ses deux parents à l’âge de neuf ans, victimes du génocide des Arméniens de 1915 — l’extermination systématique de la population arménienne par le gouvernement jeune-turc, qui fait entre 1,2 et 1,5 million de morts. Recueilli par une famille kurde puis par des orphelinats, il quitte le Liban pour la France au milieu des années 1920, muni d’un passeport Nansen — un document créé en 1922 par le diplomate norvégien Fridtjof Nansen pour protéger les personnes devenues apatrides après la Première Guerre mondiale. À Paris, il devient ouvrier, s’inscrit en auditeur libre à la Sorbonne, fréquente l’Université populaire et se plonge dans la poésie française. Il adhère au Parti communiste et rejoint la Main-d’œuvre immigrée (MOI), structure qui regroupe les militants étrangers au sein du PCF. C’est dans le Paris du Front populaire qu’il rencontre Mélinée, elle aussi orpheline du génocide. Ils se marient en 1936.

Sous l’Occupation, Missak entre dans la clandestinité et prend la tête d’un des groupes armés les plus actifs de la Résistance intérieure : les FTP-MOI — les Francs-tireurs et partisans de la Main-d’œuvre immigrée — de la région parisienne. Sabotages de lignes ferroviaires, attaques contre des officiers allemands : les opérations se multiplient. Mais la police française, au service de l’occupant, traque le réseau. Filés, arrêtés, torturés, vingt-trois membres du groupe sont condamnés à mort par un tribunal militaire allemand. Le 21 février 1944, vingt-deux d’entre eux — dont Missak — tombent sous les balles au Mont-Valérien. La vingt-troisième, Olga Bancic, est guillotinée en Allemagne quelques semaines plus tard. Dans les jours qui suivent, les nazis placardent dans toute la France une affiche de propagande — la sinistre Affiche rouge. Sous le titre « l’armée du crime », y figurent les visages de dix des condamnés, choisis pour souligner leurs origines étrangères et juives — des terroristes au service d’une puissance étrangère, selon la propagande nazie. Mais l’opération se retourne contre ses auteurs : au lieu de provoquer la haine, l’affiche suscite la sympathie d’une partie de la population, qui reconnaît dans ces visages non pas des criminels, mais des combattants morts pour la France.

La dernière lettre de Missak à Mélinée, rédigée quelques heures avant l’exécution, inspirera à Aragon, en 1955, le poème Strophes pour se souvenir, mis en musique par Léo Ferré en 1959 sous le titre L’Affiche rouge. La chanson ne sera jamais diffusée sur les radios publiques françaises — qui disposent alors d’un monopole d’État sur les ondes — et ne sera véritablement entendue qu’à partir de 1982, avec l’apparition des radios libres. Le 21 février 2024, quatre-vingts ans jour pour jour après l’exécution, Missak et Mélinée Manouchian entrent au Panthéon.

Voici cinq livres pour aller plus loin.


1. Manouchian. Missak et Mélinée Manouchian, deux orphelins du génocide des Arméniens engagés dans la Résistance française (Astrig Atamian, Claire Mouradian, Denis Peschanski, 2023)

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Trois historien·ne·s, trois spécialités complémentaires. Spécialiste du mouvement communiste arménien en France, Astrig Atamian a contribué à plus d’une centaine de notices biographiques pour le dictionnaire Maitron (le grand dictionnaire du mouvement ouvrier). Claire Mouradian est historienne de l’Arménie et du peuple arménien. Denis Peschanski, directeur de recherche émérite au CNRS, est le co-auteur du Sang de l’étranger (1989), ouvrage de référence sur les FTP-MOI. Ensemble, ils retracent l’itinéraire du couple Manouchian sur le temps long — depuis la naissance dans les dernières décennies de l’Empire ottoman jusqu’aux débats mémoriels d’aujourd’hui. Chacun·e prend en charge la partie qui relève de son domaine : Mouradian restitue le contexte du génocide et de la survie ; Atamian reconstitue la politisation de Missak dans le Paris des années 1930 et son engagement au sein de la sous-section arménienne de la MOI ; Peschanski éclaire le travail de la police française qui a conduit au démantèlement du réseau.

Parmi les ouvrages parus autour de la panthéonisation, c’est le plus complet et le mieux documenté. La matière première du volume, ce sont les archives jusqu’alors inexplorées que les trois auteur·ice·s ont exhumées : photographies de famille, correspondances, documents administratifs, dossiers policiers — le tout reproduit dans un grand format illustré publié chez Textuel, où les documents d’archives accompagnent le texte au gré des pages.

Atamian, Mouradian et Peschanski reviennent aussi sur l’« affaire Manouchian » des années 1980 : à cette époque, d’anciens résistants accusent le PCF d’avoir délibérément sacrifié le groupe — d’avoir su que la police était sur leurs traces et de n’avoir rien fait pour les protéger, voire de les avoir abandonnés pour des raisons politiques internes. Dans ses travaux antérieurs, Peschanski avait déjà contribué à éteindre cette polémique : il y démontrait que la chute du réseau tenait avant tout à la supériorité des moyens policiers, et non à une trahison du Parti. Il aborde enfin la question des conflits de mémoire autour de la panthéonisation, mais avec une concision que certains commentateurs ont regrettée — tant le sujet aurait mérité un chapitre à part entière.


2. Manouchian. Témoignage suivi de poèmes, lettres et documents inédits (Mélinée Manouchian, 2023)

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Ce témoignage est d’abord paru en 1974, sous le titre Manouchian, aux Éditeurs français réunis — trente ans après la mort de Missak. Mélinée y consigne ses souvenirs : leur rencontre en 1934 au sein du HOC (le Comité de secours pour l’Arménie, une organisation de la diaspora), la vie quotidienne du couple, les manifestations du Front populaire, la bascule dans la clandestinité, l’attente insoutenable après l’arrestation de Missak, la protection offerte par la famille Aznavourian — celle du futur Charles Aznavour, dont les parents hébergeaient des résistants et cachaient des armes chez eux. La réédition de 2023 chez les éditions Parenthèses, dans la collection « Diasporales », enrichit le texte original d’une préface de Katia Guiragossian, petite-nièce du couple, et de nombreuses annexes : manuscrits, extraits des carnets de Missak (1925-1934), quatre de ses poèmes, des correspondances, ainsi que des poèmes d’Aragon et d’Éluard.

Ce qui rend ce témoignage irremplaçable, c’est le va-et-vient de Mélinée entre deux registres : tantôt biographe — elle écrit alors « Manouchian » — tantôt amoureuse — elle dit simplement « Missak », ou « Manouche », son surnom intime. On y découvre l’homme par-delà le résistant : le poète, le passionné d’art et de musique, l’autodidacte épris de littérature française. « Après tout, je n’étais pas une femme exceptionnelle », écrit-elle. Mélinée revient aussi sur un épisode méconnu de l’après-guerre : fidèle au souhait exprimé par Missak dans sa dernière lettre, elle part en Arménie soviétique avec ses archives, carnets et poèmes — mais y reste bloquée près de dix-huit ans, prisonnière du régime stalinien, avant de pouvoir rentrer en France en 1963.


3. Missak et Mélinée Manouchian. Un couple en Résistance (Gérard Streiff, 2024)

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Correspondant à Moscou de L’Humanité, journaliste et romancier, Gérard Streiff propose ici la première biographie croisée de Missak et Mélinée, publiée chez L’Archipel à l’occasion de la panthéonisation. Le bouquin est préfacé par Didier Daeninckx — qui y voit « un encouragement à combattre les forces sauvages du présent » — et suivi d’une postface de Jean-Pierre Sakoun, président du comité pour la panthéonisation. En trente-sept courts chapitres, Streiff restitue des éléments souvent méconnus : l’inscription de Missak en auditeur libre à la Sorbonne, sa fréquentation de l’Université populaire de la rue Mathurin-Moreau — ouverte en 1932 à l’initiative de la CGTU (la Confédération générale du travail unitaire, un syndicat proche du PCF), sous le patronage de Romain Rolland et d’Henri Barbusse —, son engagement volontaire dans l’armée en 1939, à la faveur d’un décret qui autorisait l’incorporation des apatrides pour la défense du pays.

Streiff donne aussi de l’épaisseur à des figures moins connues du réseau FTP-MOI : il retrace les pseudonymes, les planques, les protocoles de la clandestinité, le travail de préparation des opérations — presque jour après jour. Une annexe présente individuellement chacun·e des vingt-trois condamné·e·s. Si certains lecteur·ice·s ont pu regretter que la part de Mélinée dans la lutte armée reste parfois dans l’ombre de celle de Missak, Streiff revient sur un fait trop souvent éludé : ce ne sont pas les Allemands, mais des policiers français qui ont pisté, traqué et arrêté ces résistants.


4. Anatomie de l’Affiche rouge (Annette Wieviorka, 2024)

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Historienne, directrice de recherche émérite au CNRS et spécialiste de la Shoah, Annette Wieviorka est l’autrice de l’essai de référence Ils étaient juifs, résistants, communistes (1986). Avec cet essai de soixante pages, publié dans la collection « Libelle » du Seuil — une collection de textes brefs et engagés —, elle prend une position qui tranche avec le consensus autour de la panthéonisation. Si Missak est « une magnifique figure digne d’être honorée », Wieviorka formule un double grief : une injustice à l’égard des vingt et un autres résistants fusillés le même jour et d’Olga Bancic, guillotinée à Stuttgart, dont les noms disparaissent derrière la seule figure de Manouchian ; un malaise devant un récit officiel qui, selon elle, déforme les faits pour construire une légende. En 2014, il avait été question de faire entrer les vingt-trois condamné·e·s au Panthéon : c’est cette option collective que Wieviorka et les signataires d’une tribune parue dans Le Monde auraient souhaitée.

L’historienne décortique la fabrication de l’Affiche rouge : elle montre comment les nazis ont falsifié l’identité et l’histoire des dix résistants dont les portraits figurent sur l’affiche, forgé des accusations et truqué les biographies pour attiser la xénophobie et l’antisémitisme. Elle analyse ensuite un phénomène plus inattendu : la manière dont le poème d’Aragon, puis la chanson de Ferré, ont certes sorti du silence le sacrifice de ces hommes, mais ont aussi imposé un récit littéraire — centré sur l’héroïsme et la grandeur tragique — qui a éclipsé la réalité historique, notamment la dimension juive du groupe et l’identité précise des autres condamnés. Pour Wieviorka, la mémoire collective se construit souvent aux dépens de la précision historique — et la panthéonisation d’une figure unique risque de faire oublier que vingt-trois résistants sont morts ensemble ce jour-là.


5. Missak, Mélinée & le groupe Manouchian. Les fusillés de l’Affiche rouge (Jean-David Morvan, Thomas Tcherkézian, 2024)

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Publiée chez Dupuis dans « Aire Libre », sa collection de BD d’auteur, cette bande dessinée est née de la collaboration entre le scénariste Jean-David Morvan, déjà auteur d’albums consacrés à Simone Veil, Irena Sendlerowa et la résistante Madeleine Riffaud, et le dessinateur arménien Thomas Tcherkézian, qui signe ici sa première BD. La mise en couleur est signée Hiroyuki Ooshima. Le récit s’ouvre par l’enfance de Missak et de son frère en Anatolie, la fuite du génocide, l’arrivée en France, la rencontre avec Mélinée, puis l’entrée dans la Résistance — le tout raconté à travers la voix de Mélinée, ce qui donne au récit le ton d’une confidence plutôt que d’un documentaire.

L’un des partis pris les plus frappants tient aux portraits en pleine page de chacun des membres du groupe, accompagnés d’une courte biographie — une manière de leur rendre un visage et une trajectoire, au lieu de les réduire à une liste de noms. Volontairement sombre, l’univers graphique réserve le rouge à des moments précis et lourds de sens : les scènes de massacre en Anatolie, la violence nazie, et enfin l’Affiche rouge elle-même. Le format — cent quarante-trois pages pour vingt-trois destins — contraint parfois à une succession rapide d’actions, sans toujours laisser de place à la psychologie ou aux motivations des personnages.