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Que lire sur le maréchal Juin ?

Que lire sur le maréchal Juin ?

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Alphonse Juin naît le 16 décembre 1888 à Bône, en Algérie, dans un milieu modeste — fils et petit-fils de gendarmes. Élève brillant, il intègre Saint-Cyr en 1910 et en sort major de la promotion de Fès en 1912, devant un certain Charles de Gaulle — le seul homme qu’il tutoyait encore lorsque celui-ci fut président de la République. Sa carrière se confond avec celle de l’armée d’Afrique, ces unités françaises stationnées au Maghreb — tirailleurs, zouaves, goumiers — qui forment alors le fer de lance de l’armée coloniale. Juin sert d’abord au Maroc sous les ordres du maréchal Lyautey, puis dans les tranchées de 14-18 où, grièvement blessé en Champagne, il perd définitivement l’usage de son bras droit. De retour au Maroc, il participe à la guerre du Rif (1925) et contribue aux dernières opérations de soumission des tribus du Haut Atlas.

En mai 1940, à la tête de la 15e division d’infanterie motorisée, il couvre le repli de la 1re armée française vers Dunkerque, combat jusqu’à l’épuisement de ses munitions et est fait prisonnier à Lille. Interné à la forteresse de Königstein, en Saxe, il est libéré en juin 1941 à la demande du gouvernement de Vichy, qui a besoin d’un officier rompu aux affaires nord-africaines pour remplacer le général Weygand à la tête des forces d’Afrique du Nord. En novembre 1942, après le débarquement allié en Afrique du Nord (opération Torch), il se rallie aux Américains. C’est en Italie, à partir de 1943, qu’il connaît sa consécration militaire. Les Allemands ont édifié en travers de la péninsule un réseau de fortifications, la ligne Gustav, pour bloquer l’avancée alliée. En mai 1944, à la tête du Corps expéditionnaire français (CEF), Juin perce cette ligne au Garigliano et ouvre la route de Rome. Résident général au Maroc de 1947 à 1951, commandant des forces terrestres Centre-Europe de l’OTAN, élevé à la dignité de maréchal de France en 1952 — le dernier à recevoir cet honneur de son vivant —, il est aussi élu la même année à l’Académie française.

Mais lorsque de Gaulle, revenu au pouvoir en 1958, s’oriente vers l’autodétermination puis l’indépendance de l’Algérie, Juin — Français d’Algérie de naissance — s’y oppose publiquement. Cette fronde lui vaut d’être privé de toutes ses prérogatives de maréchal et écarté de la vie publique par son camarade de promotion. Il meurt à Paris le 27 janvier 1967. André Maurois, au nom de l’Académie française, salue un homme qui a rendu à l’armée française « sa plus vieille amie : la victoire ». Malgré cette trajectoire hors du commun, Juin reste l’un des grands oubliés de l’histoire militaire française. Voici les principaux ouvrages pour le redécouvrir.


1. Maréchal Juin (Jean-Christophe Notin, 2015)

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Auteur de plusieurs biographies militaires qui font autorité (Leclerc, Foch), Jean-Christophe Notin consacre en 2015 chez Tallandier la biographie de référence d’Alphonse Juin (716 pages). Fort d’un dépouillement méthodique d’archives françaises, britanniques, allemandes, américaines et russes, il dresse le portrait de ce que le journaliste Jean-Dominique Merchet appelle un « militaire chimiquement pur » — un soldat à l’état pur, formé pour le terrain et le commandement, mais mal à l’aise dans les jeux de pouvoir. Notin ne se contente pas de restituer les faits d’armes : il s’attarde sur les périodes les plus controversées, à commencer par l’attitude de Juin sous Vichy — cette position attentiste : obéir au maréchal Pétain sans choisir clairement le camp des Alliés ni celui des Allemands, et ce jusqu’au débarquement allié en Afrique du Nord en novembre 1942.

Cette absence de complaisance fait la force de la biographie, récompensée en 2016 par le prix Erwan-Bergot de l’armée de Terre. Notin documente les compromissions de Juin pendant la Collaboration, son rôle ambigu lors de l’opération Torch — où il hésite plusieurs heures avant de rallier les Américains —, puis sa résidence générale au Maroc, durant laquelle il tente de faire déposer le sultan Mohammed V pour maintenir le protectorat français. L’auteur n’élude pas non plus les multiples soupçons de conspiration qui pèsent sur le maréchal dans les années 1950 : on l’accuse d’avoir fomenté pas moins d’une dizaine de complots contre la IVe République, voire d’avoir commandité un assassinat politique. Juin apparaît ainsi comme un homme traversé par des contradictions profondes — « pied-noir » intransigeant sur l’Algérie et soldat légaliste qui refuse le putsch des généraux en 1961, stratège d’exception mais politique maladroit.


2. La campagne d’Italie (Jean-Christophe Notin, 2002)

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Avant d’écrire la biographie de Juin, Notin avait publié en 2002 chez Perrin le premier ouvrage d’envergure sur la campagne d’Italie vue du côté français. Entre 1943 et 1945, plus de 100 000 soldats français — tirailleurs marocains et algériens, goumiers, zouaves, artilleurs, ambulancières — ont combattu en péninsule italienne dans des conditions effroyables : la boue, le froid, les pentes abruptes des Abruzzes, les défenses allemandes de la ligne Gustav. Or, cette campagne a été effacée de la mémoire collective presque en temps réel : le 4 juin 1944, les Alliés entrent dans Rome ; deux jours plus tard, le débarquement en Normandie monopolise toute l’attention du monde. Notin parle d’une « fille illégitime » de la mémoire nationale. Pour remédier à cet oubli, il s’appuie sur des archives françaises et américaines jusqu’alors inexploitées, ainsi que sur de nombreux témoignages de soldats de tous grades.

Outre le récit des opérations, Notin restitue le quotidien des troupes, les tensions entre états-majors alliés — les Français, rééquipés par les Américains, doivent constamment se battre pour ne pas être relégués au second plan —, et les rapports ambigus avec les Italiens, qui accueillent leurs libérateurs avec un mélange de soulagement et de méfiance. Notin traite aussi de la question des marocchinate — terme par lequel la mémoire italienne désigne les viols et les pillages imputés aux tirailleurs nord-africains, en particulier dans les régions du Latium et de la Ciociaria : à l’aide des dossiers confidentiels de la police militaire, il s’attache à départager les violences avérées de la part de fantasme et d’exagération. Car c’est en Italie, par les armes, que la France retrouve après la débâcle de 1940 une place parmi les vainqueurs.

Couronné par le prix du Maréchal-Foch de l’Académie française en 2003 et par le prix des Écrivains combattants, ce bouquin demeure, plus de vingt ans après sa parution, la référence sur le sujet. On y comprend pourquoi ses pairs — y compris ses adversaires — considéraient Juin comme le meilleur tacticien français de la Seconde Guerre mondiale.


3. Juin. Le maréchal africain (Guillaume Denglos, 2018)

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Docteur en histoire contemporaine (Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Guillaume Denglos propose chez Belin un éclairage très différent de celui de Notin. Là où ce dernier embrasse l’ensemble d’une vie, Denglos adopte un angle thématique précis : le rapport de Juin à l’Afrique du Nord et à l’empire colonial français. Sa thèse est que les victoires militaires de 1943-1944 ont occulté l’essentiel d’une carrière entièrement tournée vers la défense de l’empire — du Maroc de Lyautey à la résidence générale de Rabat. Juin est, selon lui, l’archétype de l’officier de l’armée d’Afrique : un homme dont la loyauté n’a pas suivi une ligne idéologique stable, mais a varié selon que ses supérieurs — Lyautey, Pétain, de Gaulle — servaient ou non la cause impériale qui avait structuré toute sa carrière.

Pour étayer cette lecture, Denglos a dépouillé des archives inédites françaises, espagnoles et marocaines, avec l’ambition d’écrire une histoire « à parts égales » — c’est-à-dire qui accorde autant d’attention au point de vue marocain qu’au point de vue français. Il ne verse ni dans l’hagiographie ni dans le réquisitoire : il reconstitue, pièce par pièce, les manœuvres politiques et diplomatiques par lesquelles Juin, devenu résident général à Rabat (1947-1951), a tenté de soumettre le sultan Mohammed V — avec l’appui du Glaoui, puissant pacha de Marrakech et principal seigneur féodal du Sud marocain — pour sauvegarder le protectorat français. Le paradoxe central est celui d’un « vainqueur sur les champs de bataille, vaincu de la mémoire » : un maréchal couvert d’honneurs militaires, mais que la décolonisation a privé de toute influence politique et que la postérité a progressivement oublié.

Récompensée par le prix d’encouragement à la recherche de l’Académie des sciences d’outre-mer, l’étude traite en revanche de façon plus sommaire la dimension proprement militaire du personnage — les batailles d’Italie, notamment, n’y font pas l’objet d’une analyse poussée. C’est la contrepartie d’un parti pris assumé ; le pendant colonial des travaux de Notin plutôt qu’un concurrent.