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Que lire sur l'histoire du Yémen ?

Que lire sur l’histoire du Yémen ?

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Le Yémen occupe une place singulière dans l’histoire du monde arabe. Situé à l’extrémité sud-ouest de la péninsule Arabique, entre la mer Rouge et l’océan Indien, ce territoire voit naître, à partir du VIIIᵉ siècle avant notre ère, une civilisation originale : celle des royaumes sudarabiques — Saba, Ma’in, Qataban, Hadramaout — qui tirent leur prospérité de la maîtrise de l’irrigation et du commerce caravanier de l’encens et de la myrrhe. Au IVᵉ siècle de notre ère, le royaume de Ḥimyar achève l’unification de la région sous sa couronne, puis rompt avec les cultes polythéistes pour adopter le monothéisme. Mais les rivalités entre judaïsme et christianisme, attisées par les convoitises du royaume éthiopien d’Axoum et de l’Empire perse sassanide, finissent par déchirer l’État himyarite : au début du VIIᵉ siècle, le Yémen n’est plus qu’une province perse lorsque l’islam s’impose dans la péninsule. Après la conquête musulmane, le pays passe sous l’autorité de califats successifs — Omeyyades, Abbassides — puis de dynasties locales, avant d’être intégré à l’Empire ottoman.

Au XXᵉ siècle, le Nord recouvre son indépendance sous l’autorité de l’imamat zaydite — un régime théocratique dirigé par un imam issu du courant chiite zaydite, en place depuis des siècles mais désormais souverain — puis bascule vers la république après la révolution de 1962 ; le Sud, colonisé par les Britanniques depuis 1839, accède à l’indépendance en 1967 et adopte un régime marxiste. La réunification de 1990 ne résout pas les fractures héritées de cette partition. Le soulèvement populaire de 2011 met fin aux trente-trois ans de pouvoir d’Ali Abdallah Saleh, mais la transition politique qui suit échoue et le pays bascule dans la guerre civile à partir de 2014, aggravée par l’intervention militaire de la coalition menée par l’Arabie saoudite en mars 2015. Depuis, le Yémen traverse l’une des crises humanitaires les plus graves du XXIᵉ siècle.

Les sept ouvrages présentés ici couvrent l’ensemble de cette histoire, de l’Antiquité sudarabique au conflit en cours.


1. L’Arabie heureuse au temps de la reine de Saba : VIIIᵉ-Iᵉʳ siècles avant J.-C. (Jean-François Breton, 1998)

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Archéologue au CNRS et directeur de plusieurs chantiers de fouilles au Yémen, Jean-François Breton propose une synthèse sur la civilisation sudarabique au Iᵉʳ millénaire avant notre ère. Le livre s’ouvre sur le cadre géographique : une région de hautes montagnes et de déserts où la rareté des pluies a poussé les populations à développer très tôt des systèmes d’irrigation — barrages, canaux, terrasses — sans lesquels aucune agriculture n’aurait été possible. Il reconstitue ensuite l’histoire politique des royaumes de Saba, Ma’in, Qataban et Hadramaout, dont les rivalités et les alliances dominent la vie politique de la région pendant près de sept siècles. Le commerce de l’encens et de la myrrhe, résines aromatiques très prisées dans le monde antique pour les rites religieux et la médecine, acheminé par caravanes vers la Méditerranée et la Mésopotamie, constitue la principale source de richesse de ces royaumes.

L’ouvrage accorde une place importante aux vestiges matériels : villes fortifiées, systèmes hydrauliques — dont la célèbre digue de Marib, qui permettait d’irriguer des milliers d’hectares —, temples monumentaux et nécropoles. Breton s’appuie sur les données recueillies lors de ses propres campagnes de terrain pour restituer l’organisation sociale, les pratiques religieuses et les formes artistiques de ces royaumes. Le dernier chapitre traite des transformations du tournant de notre ère : l’expédition romaine d’Aelius Gallus (en 25 av. J.-C., une tentative militaire pour contrôler les routes de l’encens), la pression des tribus nomades venues du nord et la montée en puissance de Ḥimyar, qui finira par absorber les autres royaumes. Publié dans la collection « La vie quotidienne » chez Hachette, ce bouquin reste l’une des rares introductions en langue française à l’Arabie du Sud antique, accessible à un lectorat non spécialiste.


2. Le royaume de Ḥimyar à l’époque monothéiste (Iwona Gajda, 2009)

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Épigraphiste et spécialiste de l’Arabie du Sud au CNRS, Iwona Gajda consacre cette monographie à un tournant de l’histoire yéménite : le moment où le royaume de Ḥimyar, après avoir unifié le Yémen, abandonne les cultes polythéistes pour adopter le monothéisme comme religion d’État. Ce basculement, qui s’opère à la fin du IVᵉ siècle de notre ère, répond à un problème politique : comment fédérer un vaste territoire peuplé de tribus qui vénèrent chacune leurs propres divinités ? Le culte d’un dieu unique offre un ciment commun. Les souverains himyarites s’appuient en particulier sur le judaïsme, auquel plusieurs rois accordent un soutien personnel, pour asseoir leur autorité et étendre leur domination jusqu’aux tribus nomades d’Arabie centrale.

L’étude suit les règnes successifs qui précipitent le déclin du royaume. Vers 500 de notre ère, le royaume chrétien d’Axoum (dans l’actuelle Éthiopie) impose sa tutelle sur Ḥimyar. En réaction, le roi Yūsuf Asʾar Yathʾar, de confession juive, lance une répression violente contre les chrétiens de Najrān (dans l’actuelle Arabie saoudite), ce qui provoque une nouvelle intervention militaire d’Axoum vers 525. Un demi-siècle plus tard, c’est l’Empire perse sassanide qui s’empare du Yémen. Au début du VIIᵉ siècle, le pays n’est plus qu’une province perse lorsque l’islam s’impose. Gajda pose alors la question qui donne à l’ensemble sa portée : cette expérience de plusieurs siècles d’un État unifié, voué au culte d’un dieu unique dans la péninsule Arabique, a-t-elle préparé le terrain à l’émergence de l’islam ?

Fondé sur un vaste corpus d’inscriptions en langue sudarabique et préfacé par Christian Robin, l’ouvrage s’adresse en priorité aux historiens et aux antiquisants, mais cette interrogation sur les conditions préislamiques du monothéisme en Arabie intéressera un public bien plus large.


3. Yémen. Terre d’archéologie (Guillaume Charloux et Jérémie Schiettecatte, dir., 2016)

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Cet ouvrage collectif couvre plus de quarante années de recherches archéologiques françaises au Yémen, coordonnées à partir de 1982 par le Centre français d’études yéménites, devenu le Centre français d’archéologie et de sciences sociales de Sanaa (CEFAS). Il paraît à un moment critique : les fouilles sont à l’arrêt depuis 2011, d’abord en raison de l’instabilité politique née du soulèvement, puis de la guerre civile. Le livre a donc aussi valeur de bilan : il rassemble des décennies de découvertes sur un patrimoine que la guerre menace directement de destruction.

Les contributions embrassent un arc chronologique très large, de la préhistoire à la période islamique. La civilisation sudarabique — celle des royaumes de Saba, Qataban et Hadramaout évoqués dans le livre de Breton — fournit l’essentiel de la matière, avec ses inscriptions, ses temples et ses dispositifs d’irrigation. Mais l’ouvrage s’étend aussi à des périodes moins traitées dans la littérature francophone, en particulier la préhistoire (sites paléolithiques et néolithiques) et l’époque médiévale islamique (mosquées, fortifications, ports).

Préfacé par Christian Robin et accompagné de treize cartes et d’une abondante iconographie en couleur, il est publié conjointement par le CEFAS et la Librairie orientaliste Paul Geuthner. Pour quiconque souhaite prendre la mesure de ce que l’archéologie a révélé sur le Yémen avant que l’accès au terrain ne devienne impossible, c’est le livre de référence.


4. Le Yémen vers la République. Iconographie historique du Yémen (1900-1970) (François Burgat et Éric Vallet, dir., 2012)

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Dirigé par François Burgat et Éric Vallet, ce recueil bilingue français-arabe rassemble des photographies et documents en grande partie inédits sur le Yémen du XXᵉ siècle, de l’indépendance conquise sur les Ottomans à la chute de l’imamat et à la naissance de la République dans les années 1960. La collecte de ces images n’avait rien d’évident : la photographie s’est répandue tardivement dans l’imamat zaydite du Nord — un régime qui cultivait l’isolement — et les clichés de cette période sont rares et dispersés. Les fonds réunis proviennent de personnalités politiques, de militaires, de diplomates, mais aussi de voyageurs arabes et occidentaux.

Aux photographies s’ajoutent des extraits de récits de voyage et de mémoires, des reproductions de pages de journaux yéménites des années 1940-1950, une chronologie et la liste des premiers ministres de 1948 à 1970. Publié une première fois en 2004 par le CEFAS sous la direction de François Burgat seul, l’ouvrage a fait l’objet d’une seconde édition revue et augmentée en 2012, co-dirigée avec Éric Vallet. On y observe comment un pays longtemps fermé au monde extérieur se transforme en l’espace de quelques décennies : apparition de la presse, mouvements réformistes des années 1940 (les « Yéménites libres »), coups d’État, proclamation de la République en 1962. Pour le lectorat francophone, c’est l’un des rares moyens d’accéder visuellement à cette période de l’histoire yéménite, d’ordinaire cantonnée aux archives spécialisées.


5. Le Yémen : de l’Arabie heureuse à la guerre (Laurent Bonnefoy, 2017)

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Laurent Bonnefoy, chercheur en science politique au CNRS et spécialiste de l’islamisme dans la péninsule Arabique, livre la synthèse la plus complète disponible en français sur le Yémen contemporain. Son ambition est de dépasser les représentations réductrices qui dominent la couverture médiatique — le pays comme simple repaire terroriste, comme « État failli », comme victime passive de la géopolitique régionale — pour montrer que le Yémen a été directement impliqué dans les grands bouleversements du XXᵉ siècle : colonisation britannique au sud, guerre froide (le Nord monarchiste soutenu par l’Arabie saoudite, le Sud marxiste par l’URSS), puis « guerre contre le terrorisme » après le 11 septembre 2001. Le livre s’ouvre sur un rappel historique qui remonte à l’imamat zaydite, puis traite de la réunification de 1990 — un moment d’espoir vite assombri par la marginalisation du Sud, la guerre civile de 1994, la montée du chômage et la concentration du pouvoir autour du président Saleh.

Bonnefoy montre que le Yémen, loin d’être un territoire isolé, est pris dans un réseau dense d’échanges et de circulations : émigration massive vers l’Arabie saoudite et les pays du Golfe (plusieurs millions de travailleurs yéménites y vivent), diffusion de courants religieux venus de l’étranger (salafisme saoudien, Frères musulmans), trafics d’armes et de migrants dans le golfe d’Aden. L’offensive saoudienne de mars 2015 est replacée dans ce contexte : l’Arabie saoudite intervient pour contrer l’avancée des Houthis — un mouvement armé issu du nord du pays, d’obédience zaydite, que Riyad accuse d’être un relais de l’Iran dans la péninsule. Le livre a été traduit en anglais sous le titre Yemen and the World: Beyond Insecurity (Hurst, 2018). Il s’adresse à un lectorat déjà initié aux questions moyen-orientales, mais reste indispensable pour quiconque veut comprendre comment le Yémen en est arrivé là.


6. Yémen. Le tournant révolutionnaire (Laurent Bonnefoy, Franck Mermier et Marine Poirier, dir., 2012)

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Paru quatre mois à peine après la fin formelle du soulèvement de 2011, cet ouvrage collectif constitue une analyse à chaud de la révolution yéménite. Coédité par Karthala et le CEFAS, il réunit une équipe de chercheurs et chercheuses qui ont suivi les événements depuis le terrain. Le soulèvement, qui éclate en janvier 2011 dans le sillage des « printemps arabes » tunisien et égyptien, met fin aux trente-trois ans de pouvoir d’Ali Abdallah Saleh ; il débouche sur un accord négocié sous l’égide du Conseil de coopération du Golfe et sur l’accession à la présidence d’Abd Rabbo Mansour Hadi, candidat unique validé par référendum en février 2012.

Mais le livre ne se limite pas au récit de la chute de Saleh. Il remonte aux tensions qui ont rendu le soulèvement possible : les impasses électorales et institutionnelles de la décennie 2000, la renaissance d’un mouvement séparatiste dans l’ancien Sud à partir de 2007 (nombre de Sudistes qui n’ont jamais accepté les conditions de la réunification de 1990), et la guerre menée depuis 2004 par les Houthis contre le pouvoir central dans la région montagneuse de Saada, au nord du pays. Franck Mermier traite du conflit Nord-Sud ; Laurent Bonnefoy analyse la question djihadiste (Al-Qaïda dans la péninsule Arabique, implanté dans plusieurs provinces) ; Marine Poirier étudie la vie quotidienne des campements de protestation installés sur les places des grandes villes. Le livre permet ainsi de saisir pourquoi la transition politique de 2012 a échoué et pourquoi le pays a basculé dans la guerre civile deux ans plus tard.


7. La guerre et l’exil. Yémen, 2015-2020 (Alexandre Lauret, 2023)

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Géographe et anthropologue, Alexandre Lauret a recueilli entre 2018 et 2020 les témoignages d’une centaine de réfugié·es yéménit·es au camp Markazi d’Obock, au nord de Djibouti, de l’autre côté du détroit de Bab-el-Mandeb, face aux côtes du Yémen. Ce recueil, publié aux Belles Lettres dans la collection « Mémoires de guerre », constitue le premier livre en français qui donne directement la parole aux victimes de ce conflit souvent qualifié de « guerre oubliée ». Les personnes interrogées évoquent les bombardements de la coalition saoudienne, les combats entre Houthis, forces gouvernementales, milices séparatistes sudistes et groupes djihadistes, puis la traversée de la mer Rouge, l’arrivée au camp — ouvert en avril 2015, il a accueilli jusqu’à 7 000 personnes — et le quotidien dans le désert djiboutien : la chaleur, l’attente, les carences de l’aide humanitaire, les tensions entre réfugié·es.

Le bouquin est construit en quatre parties — la guerre, l’exil, vivre et survivre, l’errance — qui suivent le parcours des réfugié·es depuis le Yémen jusqu’à leur installation durable ou leurs tentatives de départ vers d’autres pays. L’une de ses contributions les plus notables tient à la collecte de témoignages de femmes yéménites, malgré la forte séparation des sexes qui prévaut dans cette société : certaines évoquent le mariage forcé de mineures, d’autres des situations conjugales qui contreviennent aux normes sociales. Anthropologue et spécialiste du Yémen, Franck Mermier a salué chez En attendant Nadeau un livre qui donne accès aux deux rives de la mer Rouge. Derrière chaque récit transparaît un Yémen d’avant-guerre — celui des villes, des familles, des métiers — qui a cessé d’exister et dont il ne reste, pour ces hommes et ces femmes, que la mémoire.