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Que lire sur l'histoire du Sénégal ?

Que lire sur l’histoire du Sénégal ?

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Le Sénégal occupe une place singulière dans l’histoire de l’Afrique de l’Ouest. Situé à l’extrémité occidentale du continent, entre l’océan Atlantique, le Sahara et le Sahel, ce territoire est traversé depuis des siècles par les routes du commerce transsaharien — or, sel, esclaves — et par les voies fluviales qui relient l’intérieur du continent à la côte. Dès le Moyen Âge, des entités politiques structurées — l’empire du Djolof, les royaumes du Waalo, du Cayor, du Sine et du Saloum — gouvernent la région. Leurs sociétés reposent sur des systèmes de castes héréditaires (nobles, hommes libres, artisans, esclaves) et sur des monarchies où le roi est élu par un collège de notables parmi les membres de lignées dynastiques rivales.

L’arrivée des Européens, à partir du XVe siècle, change la donne : le commerce de traite, puis la colonisation française ébranlent les royaumes de la Sénégambie. La fondation du comptoir de Saint-Louis vers 1659, la traite négrière, le commerce de la gomme et de l’arachide reconfigurent les rapports de pouvoir entre élites locales, confréries musulmanes et administration coloniale. Au XXe siècle, la participation des tirailleurs sénégalais aux deux guerres mondiales, l’émergence d’une vie politique moderne dans les Quatre Communes (Saint-Louis, Dakar, Gorée et Rufisque) et les luttes pour l’indépendance — obtenue en 1960 sous la conduite de Léopold Sédar Senghor — façonnent un État dont la trajectoire postcoloniale est marquée par le poids des confréries religieuses, un multipartisme précoce et des alternances démocratiques rares sur le continent.

Voici sept ouvrages pour entrer dans cette histoire.


1. Le royaume du Waalo : le Sénégal avant la conquête (Boubacar Barry, 1972)

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Publié pour la première fois aux éditions Maspéro en 1972, avec une préface de l’économiste Samir Amin, ce livre est issu de la thèse de Boubacar Barry, historien né en Guinée et installé au Sénégal depuis 1964. Situé dans le delta du fleuve Sénégal, à l’embouchure même où les Français fondent le comptoir de Saint-Louis vers 1659, le Waalo est le premier royaume sénégalais à subir les effets du commerce atlantique. Barry retrace l’histoire de cette entité politique — ancienne province de l’empire du Djolof devenue un État féodal distinct — et montre comment les besoins commerciaux des Européens ont commandé la transformation de leurs relations avec les sociétés locales : du troc initial aux comptoirs fortifiés, de la colonisation agricole à la conquête territoriale directe dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Barry établit que les habitants du Waalo ne sont pas restés passifs face à ces bouleversements. Face à la déstabilisation provoquée par la traite négrière et le commerce de la gomme, la société du Waalo se réorganise : la monarchie se centralise, les rois s’appuient sur une armée composée d’esclaves de la couronne, et l’islam s’impose comme un levier de contestation du pouvoir aristocratique et de résistance à l’emprise étrangère. Barry a réédité l’ouvrage en 1985 chez Karthala (avec l’ajout de trois cartes) puis en 2014, avec une postface qui établit un parallèle entre le projet colonial d’exploitation agricole du Waalo et la politique contemporaine des barrages sur le fleuve Sénégal — comme si la logique d’extraction des ressources naturelles de la région n’avait pas fondamentalement changé de nature.


2. La Sénégambie du XVe au XIXe siècle : traite négrière, islam et conquête coloniale (Boubacar Barry, 1988)

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Avec ce second ouvrage majeur, Boubacar Barry élargit sa focale. Il ne s’agit plus d’un seul royaume, mais de la « Grande Sénégambie », un espace géopolitique qui englobe six États actuels en totalité ou en partie : le Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau, la Guinée-Conakry, la Mauritanie et le Mali. Barry refuse de se limiter aux frontières héritées du partage colonial et propose une lecture régionale, seule à même de saisir ce qui se joue sur plusieurs siècles à l’échelle de tout l’Ouest africain.

La thèse centrale porte sur une tension qui traverse toute la période : d’un côté, les grands ensembles politiques se fragmentent en royaumes rivaux ; de l’autre, des mouvements d’unification — portés notamment par l’islam — tentent de recomposer l’espace sénégambien. Du XVe au XIXe siècle, la Sénégambie passe d’une situation de dépendance par rapport aux empires soudanais (Mali, Songhaï) et aux réseaux commerciaux sahariens à une insertion forcée dans le commerce atlantique. Barry analyse la contradiction entre le pouvoir des ceddo et les mouvements musulmans. Les ceddo sont les aristocraties guerrières qui dominent les royaumes sénégambiens et tirent une part de leurs revenus de la traite des captifs ; face à eux, les réformateurs islamiques tentent de renverser ces élites, de moraliser le pouvoir et de résister à l’emprise européenne.

Pour Barry, l’impact du commerce atlantique, la perte progressive d’autonomie des sociétés locales et la conquête coloniale s’inscrivent dans une même séquence historique — et non dans des compartiments séparés. Le bouquin se démarque ainsi de la première synthèse sur la Sénégambie, celle de l’historien américain Philip Curtin, par son cadre géographique plus large et sa perspective résolument africaine.


3. Naissance du Sénégal contemporain. Aux origines de la vie politique moderne, 1900-1920 (G. Wesley Johnson, 1991)

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Paru en anglais en 1971 sous le titre The Emergence of Black Politics in Senegal et traduit en français par François Manchuelle (Karthala, 1991), ce livre est devenu un classique des études ouest-africaines. G. Wesley Johnson y étudie l’émergence d’une vie politique africaine dans les Quatre Communes du Sénégal — Saint-Louis, Dakar, Gorée et Rufisque —, ces villes où les habitants, dits « originaires », jouissent depuis le XVIIIe siècle du statut de citoyens français. Ce statut est une exception dans l’empire colonial : dès la Révolution française, Saint-Louis et Gorée ont des maires africains, et en 1848, le Sénégal envoie un député à l’Assemblée nationale.

Johnson retrace les luttes pour le pouvoir entre les élites créoles, les maisons de commerce bordelaises, l’administration coloniale et les nouveaux acteurs politiques africains. Il consacre des pages essentielles au mouvement des Jeunes Sénégalais — un groupe d’intellectuels formés à l’école française qui revendiquent l’égalité des droits —, à l’islam comme outil de mobilisation électorale et surtout à l’élection de Blaise Diagne en 1914, premier député noir à siéger au Palais-Bourbon, une victoire qui fracture le monopole politique des élites coloniales européennes. Les questions posées par Johnson sur l’articulation entre citoyenneté, assimilation et domination coloniale n’ont pas perdu de leur pertinence : c’est dans ces Quatre Communes que se forge, dès le début du XXe siècle, la culture du débat partisan et de la compétition électorale qui deviendra un trait distinctif de la vie politique sénégalaise.


4. Les tirailleurs sénégalais : de l’indigène au soldat, de 1857 à nos jours (Anthony Guyon, 2022)

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Coédité par Perrin et le ministère des Armées, ce livre propose la première synthèse globale sur l’histoire des tirailleurs sénégalais, de la création du premier bataillon par décret impérial en juillet 1857 à la dissolution du corps au début des années 1960. Agrégé et docteur en histoire, Anthony Guyon a consacré sa thèse à ces soldats durant l’entre-deux-guerres ; il s’appuie ici sur les fonds du Service historique de la Défense et sur de nombreux centres d’archives du sud de la France. Le terme de « tirailleurs sénégalais » est trompeur : ce corps regroupe en réalité l’ensemble des soldats africains recrutés dans tout l’empire colonial français, du Dahomey à la Côte d’Ivoire, de la Guinée au Soudan français.

Chaque chapitre chronologique se conclut par le portrait d’un tirailleur — Mamadou Racine Sy, premier capitaine noir dès 1883 ; Bakary Diallo, engagé au Maroc puis sur le front de 1914 ; le militant anticolonial Lamine Senghor ; le résistant Addi Bâ, exécuté par les nazis en 1943. Ces parcours individuels permettent de rompre avec le stéréotype du tirailleur réduit à sa condition d’« indigène ».

Guyon revient sur les faits de gloire — la défense de Reims en 1918, Bir Hakeim en 1942, l’opération Anvil en 1944 — comme sur les tragédies : les exécutions sommaires de prisonniers noirs par la Wehrmacht en 1940, le « blanchiment » des troupes coloniales (le remplacement des soldats africains par des soldats blancs au fur et à mesure de la Libération, pour des raisons politiques et raciales), le massacre de Thiaroye en décembre 1944. Il aborde également le traitement discriminatoire des pensions d’anciens combattants : après les indépendances, la France gèle les pensions versées aux anciens tirailleurs — c’est la « cristallisation » —, et il faut attendre 2007 pour que ces montants soient enfin revalorisés.


5. Thiaroye 1944 : histoire et mémoire d’un massacre colonial (Martin Mourre, 2017)

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Le 1er décembre 1944, dans le camp militaire de Thiaroye, aux portes de Dakar, des tirailleurs sénégalais démobilisés — qui réclamaient le paiement de soldes et d’indemnités dues — sont abattus sur ordre des officiers coloniaux. Le bilan officiel fait état de 35 morts et 46 blessés, mais le nombre réel de victimes demeure incertain. Longtemps qualifié de « mutinerie » par l’armée française, l’événement apparaît, à la lumière des archives, comme une répression préméditée. Docteur en histoire de l’EHESS et en anthropologie de l’Université de Montréal, Martin Mourre a consacré sa thèse à ce drame et à ses résonances dans la mémoire sénégalaise. Le livre, publié aux Presses universitaires de Rennes avec une préface d’Elikia M’Bokolo et une postface de Bob W. White, est issu de ce travail.

Mourre ne se limite pas à la reconstitution factuelle du massacre. Il retrace la manière dont Thiaroye est devenu un symbole central de l’injustice coloniale au Sénégal — à travers le film Camp de Thiaroye de Sembène Ousmane (1988), les discours officiels des présidents sénégalais, les commémorations annuelles et les tentatives de révision judiciaire, comme la demande de révision du procès du tirailleur Antoine Abibou, rejetée par la Cour de cassation en 2015. Le titre initialement choisi pour la thèse, De Thiaroye on aperçoit Gorée, résume la perspective de l’auteur : inscrire l’événement de 1944 dans la continuité de la violence coloniale, des esclaves embarqués à Gorée aux soldats noirs abattus par ceux-là mêmes qu’ils avaient servis. Mourre relève que les dirigeants sénégalais font régulièrement référence à Thiaroye dans leurs échanges diplomatiques avec Paris, et que cet épisode reste un point de friction dans les relations franco-sénégalaises.


6. La construction de l’État au Sénégal (Donal B. Cruise O’Brien, Momar-Coumba Diop et Mamadou Diouf, 2002)

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Ce livre naît d’une collaboration entamée en 1994 entre le politiste britannique Donal Cruise O’Brien, spécialiste de l’islam confrérique, et les universitaires sénégalais Momar-Coumba Diop et Mamadou Diouf. Publié chez Karthala, il couvre un arc temporel large : de la période coloniale à l’alternance de mars 2000, qui voit la défaite d’Abdou Diouf face à Abdoulaye Wade. Le fil directeur est ce que les auteurs appellent le « contrat social » sénégalais. De quoi s’agit-il ? Dès l’époque coloniale, une alliance implicite se noue entre le pouvoir politique et les chefs des grandes confréries musulmanes — la confrérie mouride et la confrérie tidjane, principalement. En échange de leur loyauté politique et de leur encadrement des populations rurales (notamment dans le bassin arachidier), les marabouts reçoivent de l’État des terres, des financements et une reconnaissance de leur autorité. Ce pacte, reconduit après l’indépendance par Senghor puis par Diouf, structure la vie politique sénégalaise pendant des décennies.

Les trois auteurs analysent comment ce système s’est progressivement érodé à partir de la fin des années 1970, sous l’effet conjugué des ajustements structurels imposés par le FMI et la Banque mondiale, de la crise de l’économie arachidière et de la montée de nouvelles forces sociales et politiques. Le bouquin permet de comprendre pourquoi l’alternance de 2000 ne représente pas seulement un changement de président, mais la fin d’un mode de régulation politique vieux de plusieurs décennies — celui dans lequel un parti dominant, le Parti socialiste, gouvernait grâce à l’intermédiation des confréries et à un clientélisme institutionnalisé.


7. Le Sénégal contemporain (Momar-Coumba Diop, dir., 2002)

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Publié chez Karthala la même année que La construction de l’État au Sénégal, cet ouvrage collectif de 656 pages, dirigé par Momar-Coumba Diop, constitue le premier volet d’une trilogie complétée par La société sénégalaise entre le local et le global et Gouverner le Sénégal. Aucun travail collectif n’avait jusqu’alors dressé un état des lieux aussi complet du Sénégal depuis l’indépendance. Le projet, né à la fin des années 1980 dans le cadre d’une collaboration avec le CODESRIA (Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique), réunit des chercheur·es de générations, de spécialités et de nationalités différentes autour d’une question directrice : le Sénégal est-il en déclin, en recomposition ou en renaissance ?

Les contributions couvrent un spectre large : politiques publiques, démographie, mutations du monde rural, reconfigurations urbaines, rapports entre l’État et les confréries, nouvelles formes de citoyenneté. Chercheur à l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN), Momar-Coumba Diop a dirigé depuis les années 1980 une série de recherches collectives sur le Sénégal qui font autorité dans le champ académique. Ce volume se veut un outil conçu par des chercheur·es africain·es, sur leur propre pays, à destination d’un lectorat aussi bien local qu’international. Les analyses y sont parfois hétérodoxes — c’est-à-dire qu’elles remettent en cause des grilles de lecture couramment admises sur l’État, l’économie ou la société sénégalaise —, de quoi comprendre les débats internes à la recherche sur le Sénégal contemporain.