Vassal du royaume de León, le comté de Portugal accède à l’indépendance au milieu du XIIe siècle et devient un royaume — considéré comme la plus ancienne nation d’Europe. Ses frontières se figent dès le XIIIe siècle, après la prise de l’Algarve aux musulmans en 1249, et ne bougeront plus — fait rare en Europe. À partir du XVe siècle, ce petit royaume atlantique lance des expéditions maritimes qui en font une puissance internationale : Vasco de Gama atteint l’Inde par le cap de Bonne-Espérance en 1498, Pedro Álvares Cabral aborde le Brésil en 1500, et des comptoirs portugais essaiment de l’Afrique de l’Ouest jusqu’à Macao et Nagasaki. Pendant deux siècles, le Portugal contrôle une grande partie du commerce des épices et du sucre, et organise dès le XVe siècle la traite atlantique des esclaves entre l’Afrique et les Amériques. Cette expansion façonne durablement l’identité du pays et fournira à la dictature salazariste, quatre siècles plus tard, le matériau d’une propagande nationaliste fondée sur la nostalgie des grandes découvertes.
Le XIXe siècle voit l’effritement de cet empire. L’indépendance du Brésil en 1822 prive le Portugal de sa colonie la plus riche et ébranle la conscience nationale. Pourtant allié séculaire, le Royaume-Uni somme par ultimatum les Portugais, en 1890, de retirer leurs troupes de la zone située entre l’Angola et le Mozambique : Lisbonne plie, le rêve portugais d’un grand empire africain s’effondre, et l’humiliation discrédite la monarchie. Le mouvement républicain prospère sur ce terrain de mécontentement ; le roi Charles Ier est assassiné à Lisbonne en 1908 par des militants républicains, et la Première République est proclamée le 5 octobre 1910. Avec quarante-cinq gouvernements en seize ans, fragilisée par les rivalités entre factions républicaines, par l’anticléricalisme militant et par l’engagement coûteux du pays dans la Première Guerre mondiale aux côtés des Alliés, elle ne parvient pas à se stabiliser. Elle cède la place en 1926 à une dictature militaire qui, dépassée par la crise des finances publiques, fait appel à un professeur de finances de l’Université de Coimbra : António de Oliveira Salazar. Ministre des Finances en 1928, président du Conseil en 1932, il bâtit un régime autoritaire, catholique et corporatiste : les syndicats indépendants sont supprimés et remplacés par des « corporations » qui rassemblent patrons et ouvriers de chaque branche sous tutelle de l’État. Cet Estado Novo (« État nouveau »), scellé par la Constitution de 1933, gouverne le pays pendant près d’un demi-siècle, avec l’appui d’une police politique redoutée, la PIDE, et d’une censure systématique. À partir de 1961, il s’enlise dans des guerres coloniales en Angola, au Mozambique et en Guinée-Bissau qui mobilisent une part de plus en plus large de la jeunesse portugaise.
Le 25 avril 1974, las de cette guerre interminable, des capitaines de l’armée renversent Marcelo Caetano, successeur de Salazar depuis 1968 : un coup d’État militaire se transforme en quelques heures en révolution populaire — la Révolution des Œillets, ainsi nommée parce que la population offre ces fleurs aux soldats. S’ensuit la décolonisation rapide de l’Angola, du Mozambique, de la Guinée-Bissau, du Cap-Vert, de São Tomé-et-Príncipe et du Timor oriental, et une transition démocratique disputée entre la gauche révolutionnaire et les modérés socialistes, qui aboutit à une nouvelle Constitution en avril 1976. En 1986, le Portugal rejoint la Communauté économique européenne ; les fonds structurels européens, le tourisme de masse et l’arrivée d’investissements étrangers transforment un pays longtemps resté en marge de la modernité industrielle. Mais les mémoires d’un passé impérial et autoritaire continuent de traverser le débat public.
Les huit livres réunis ici sont autant de manières d’aborder ces siècles au cours desquels un petit pays de moins de dix millions d’habitants a longtemps tenu rang de puissance mondiale.
1. Histoire du Portugal (Albert-Alain Bourdon et Yves Léonard, 2019)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Pour qui souhaite saisir d’un seul tenant huit siècles d’histoire portugaise, ce livre publié aux éditions Chandeigne constitue la synthèse de référence en langue française. La trame initiale est due à Albert-Alain Bourdon, professeur de portugais à la Sorbonne et spécialiste du XIXe siècle ; chercheur au Centre d’histoire de Sciences Po, Yves Léonard l’a actualisée et refondue pour cette dernière édition, qui couvre l’arc complet — des Lusitaniens d’avant Rome jusqu’aux gouvernements les plus récents.
Le livre suit la chronologie politique : formation du royaume au XIIe siècle, expansion maritime des XVe et XVIe siècles, soixante ans d’union avec l’Espagne (1580-1640) sous la couronne des Habsbourg, siècle d’or brésilien au XVIIIe, reconstruction de Lisbonne après le tremblement de terre de 1755 par le marquis de Pombal, déclin du XIXe, république, Estado Novo, transition démocratique. Les cartes en couleurs ajoutées à cette édition donnent à voir la géographie d’un empire dispersé sur quatre continents et la succession des dynasties (Bourgogne, Aviz, Habsbourg, Bragance), souvent obscures pour le lecteur français. L’alliance pluriséculaire avec l’Angleterre, scellée par le traité de Windsor en 1386 et toujours en vigueur, y est également rappelée — il s’agit de la plus ancienne alliance diplomatique active au monde.
2. Histoire de la nation portugaise (Yves Léonard, 2022)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Publié chez Tallandier, ce livre s’éloigne de la chronologie suivie par Yves Léonard dans ses précédents ouvrages pour proposer une réflexion sur la construction du sentiment national portugais : ses récits fondateurs, ses figures tutélaires (Viriate le berger lusitanien rebelle à Rome, Vasco de Gama, le poète Camões qui chanta l’épopée maritime dans Les Lusiades en 1572), ses fractures politiques et culturelles. L’auteur prend appui sur le renouveau historiographique amorcé autour de l’Exposition universelle de Lisbonne en 1998 — l’Expo’98, qui célébrait les océans pour le cinquième centenaire du voyage de Vasco de Gama. Des historiens comme Sanjay Subrahmanyam (spécialiste indien de l’Asie portugaise) ou Francisco Bethencourt (historien portugais à King’s College Londres) ont depuis engagé une relecture critique de l’expansion maritime, longtemps présentée sous un jour exclusivement glorieux.
L’argument central est simple : la nation portugaise s’est bâtie comme les autres nations européennes du XIXe siècle, à coups d’historiographie patriotique, de service militaire et d’école obligatoire — et non par une providence médiévale. Léonard démonte la lecture essentialiste, popularisée sous Salazar, qui faisait remonter l’identité nationale à la légende de la bataille d’Ourique de 1139, où Afonso Henriques aurait été couronné premier roi du Portugal après une apparition christique. La célébration fastueuse du « huitième centenaire » de la nation, organisée par le régime salazariste en 1940, illustre la manière dont l’État autoritaire s’est approprié ce roman national.
L’auteur convoque également la diaspora — un Portugais sur cinq vit aujourd’hui à l’étranger —, le sport, la littérature et le rapport ambivalent à l’Europe et au passé colonial. Il affronte sans détour les zones d’ombre — traite atlantique, brutalité des conquêtes, séquelles du salazarisme — et éclaire les ambivalences du Portugal d’aujourd’hui, entre fierté impériale résiduelle et inconfort face à son histoire récente.
3. Histoire du Portugal et de son empire colonial (António Henrique de Oliveira Marques, 1998)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Première grande synthèse traduite en français signée par un historien portugais, ce volume publié chez Karthala demeure un classique près de trois décennies après sa parution. António Henrique de Oliveira Marques (1933-2007), médiéviste de formation et auteur de plusieurs livres majeurs sur la fin du Moyen Âge portugais et la Première République, fait partie des historiens qui ont rénové la discipline après la chute du salazarisme. L’ouvrage couvre les huit siècles d’histoire portugaise et consacre une part importante à la dimension impériale du pays — Brésil, Goa et l’Estado da Índia, Angola, Mozambique, Cap-Vert, São Tomé, Macao, Timor.
La première édition française, parue en 1974, s’achevait sur la chute de Salazar ; cette version refondue, préfacée par Mário Soares (président socialiste du Portugal de 1986 à 1996), intègre la décolonisation, les bouleversements démocratiques des années 1980-1990 et l’adhésion européenne. L’auteur articule histoire politique, sociale, économique et culturelle, avec une attention particulière portée aux dynamiques démographiques (peste noire, vagues migratoires, métissages outre-mer) et religieuses (Inquisition installée en 1536, expulsion des juifs en 1496, missions jésuites en Asie et au Brésil).
Trois index facilitent la consultation. Pour celles et ceux qui veulent un ouvrage de référence à consulter régulièrement plutôt qu’à lire d’une traite, ce livre constitue probablement le meilleur point d’ancrage francophone.
4. L’expansion portugaise dans le monde, XIVe-XVIIIe siècles : les multiples facettes d’un prisme (Luís Filipe Thomaz, 2019)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Une telle synthèse manquait depuis longtemps en français. Luís Filipe Thomaz, professeur à l’Université catholique de Lisbonne, a consacré l’essentiel de sa carrière à l’expansion maritime portugaise, en particulier en Asie, et fait autorité sur la question. Le présent volume, issu d’une version espagnole parue en 2017 puis remaniée et augmentée pour les éditions Chandeigne, propose un panorama des cinq siècles d’aventure outre-mer, à l’échelle de trois océans (Atlantique, Indien, Pacifique) et trois continents (Afrique, Asie, Amérique).
Le sous-titre — « les multiples facettes d’un prisme » — résume l’intention. Les chroniqueurs médiévaux ne consignaient le plus souvent que la version officielle, royale et militaire de l’expansion. Thomaz refuse cette focalisation pour rendre justice aux autres modalités d’enracinement portugais : diaspora marchande, aventuriers individuels, missionnaires (jésuites, franciscains, dominicains), communautés métisses, comptoirs informels et négoces privés qui prospéraient hors du contrôle de la Couronne. L’empire qui en surgit n’a pas la cohérence d’une administration centralisée : il fonctionne par réseaux, alliances locales et improvisations. Il est aussi traversé par des malentendus considérables : les Portugais, longtemps convaincus que les hindous d’Inde étaient des chrétiens orientaux égarés dans l’idolâtrie, lisent les sociétés rencontrées à travers leurs propres catégories européennes et religieuses.
L’ouvrage intéressera particulièrement les lecteur·ices déjà familier·ères avec la trame chronologique du Portugal et qui veulent comprendre comment un royaume peu peuplé, peu structuré et sans tradition coloniale antérieure a pu produire l’un des plus vastes empires de l’ère moderne.
5. Histoire du Portugal contemporain, de 1890 à nos jours (Yves Léonard, 2016)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Avant qu’il ne rédige sa grande Histoire de la nation portugaise en 2022, Yves Léonard avait livré, six ans plus tôt chez Armand Colin, la synthèse francophone qui faisait défaut sur le long XXe siècle portugais. Le livre, plusieurs fois réédité, comble une lacune : à la veille de sa parution, aucun manuel récent ne proposait en français un parcours suivi depuis l’ultimatum britannique de 1890 jusqu’à la crise des dettes souveraines des années 2010, lorsque le Portugal est placé sous tutelle financière de la « troïka » (FMI, Banque centrale européenne, Commission européenne) en échange d’un plan de sauvetage de 78 milliards d’euros en 2011.
L’organisation, classique, suit les césures politiques majeures : chute de la monarchie en 1910, instauration de la dictature militaire en 1926, adoption de la Constitution de l’Estado Novo en 1933, fin de la Seconde Guerre mondiale, début des guerres africaines en 1961, Révolution des Œillets, adhésion à la Communauté économique européenne en 1986. Léonard réinterroge en particulier l’étonnante longévité du régime salazariste et restitue avec netteté les transformations des années 1960 — exode rural massif, émigration vers la France et l’Allemagne (près d’un million de départs sur la seule période 1957-1974, soit environ 10 % de la population), scolarisation, mécontentement des jeunes officiers, contestation étudiante, début d’industrialisation — qui rongeaient en silence les fondations du régime et préparaient la rupture du 25 avril.
Plusieurs thématiques transversales structurent l’ouvrage : poids des colonies dans l’économie et la diplomatie portugaises, place de l’armée dans la vie politique, débats autour de la lusophonie (l’ensemble des pays de langue portugaise, réunis depuis 1996 dans la Communauté des pays de langue portugaise — CPLP). Le manuel s’adresse aussi bien aux étudiant·es qu’aux lecteur·ices en quête d’un panorama récent et documenté du XXe siècle portugais.
6. L’Art de durer. Le fascisme au Portugal (Fernando Rosas, 2019)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Publié en portugais en 2012 et traduit aux Éditions sociales en 2019, ce livre comble une absence presque totale en français : aucun travail récent ne portait spécifiquement sur la nature du salazarisme. Historien et figure intellectuelle de la gauche portugaise, fondateur du Bloc de gauche, Fernando Rosas (né en 1946) fut arrêté et torturé par la PIDE durant ses années militantes. Il défend ici une thèse forte : l’Estado Novo ne relève pas d’un simple autoritarisme conservateur, c’est un régime fasciste, à classer aux côtés du fascisme italien et du nazisme.
L’argument prend à contre-pied une partie de la communauté scientifique qui, à la suite du politologue espagnol Juan Linz, classait le Portugal de Salazar parmi les autoritarismes au « pluralisme limité », distincts du fascisme italien ou allemand par leur moindre violence et l’absence de mobilisation de masse. Rosas démonte cette taxinomie — fondée selon lui sur un imaginaire « violenciomètre » qui mesurerait les régimes au nombre de leurs morts — et rappelle que la violence salazariste opérait à bas bruit : peur diffuse, censure préventive, délation, quadrillage policier, tortures pratiquées par la PIDE, camps de concentration au Cap-Vert (Tarrafal) où furent envoyés des centaines d’opposants, communistes pour la plupart. Il identifie plusieurs piliers caractéristiques d’un régime fasciste : projet d’un « homme nouveau », corporatisme érigé en système économique qui remplace les syndicats indépendants, confusion entre nation et État, exaltation impériale, culte du chef.
Le livre déborde la question portugaise. C’est aussi une réflexion sur les voies par lesquelles les régimes autoritaires conquièrent et conservent le pouvoir, à l’heure où les extrêmes droites progressent en Europe.
7. Salazar. Le dictateur énigmatique (Yves Léonard, 2024)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Publiée chez Perrin pour le cinquantième anniversaire de la Révolution des Œillets, la première grande biographie universitaire en langue française d’António de Oliveira Salazar (1889-1970) s’imposait depuis longtemps. Yves Léonard a appuyé son enquête sur des archives portugaises encore inexploitées, et le résultat — environ cinq cents pages denses — constitue désormais le travail le plus complet sur l’homme et le régime.
Salazar y apparaît comme un dictateur atypique : ni chef militaire à la Franco, ni tribun charismatique à la Mussolini, mais universitaire taciturne, célibataire endurci, misanthrope, formé au séminaire avant d’enseigner la finance publique à Coimbra et profondément marqué par le catholicisme social. L’image du « moine-dictateur » et du « marié à la nation », forgée à partir de 1933 par le propagandiste António Ferro à grand renfort d’affiches, de discours et de reportages, occulta longtemps l’ambition réelle d’un homme convaincu de sa mission providentielle. Léonard restitue les vies parallèles du personnage — origines paysannes pauvres dans la région de Vimieiro, attachements affectifs et amitiés féminines discrètes, cercles d’influence — et révèle comment Salazar fut le premier dictateur européen à gouverner par la technocratie : un pouvoir d’universitaires et de hauts fonctionnaires, ce que Miguel de Unamuno appela un « fascisme cathédratique » (de cathedra, la chaire universitaire).
Le livre éclaire enfin la mécanique d’une longévité hors norme. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Salazar maintient officiellement la neutralité du Portugal mais ajuste sa diplomatie au rythme du conflit : en 1943, lorsque la victoire alliée se dessine, il accorde aux Britanniques l’usage des bases des Açores. Son anticommunisme viscéral lui vaut, pendant la guerre froide, le soutien des États-Unis et l’entrée du Portugal à l’OTAN dès 1949 — alors même que le pays reste une dictature. Son intransigeance coloniale ensanglante le pays en Afrique pendant treize ans. Et la violence policière, calibrée et omniprésente, étouffe les contestations sans jamais déboucher sur la guerre civile qu’a connue l’Espagne entre 1936 et 1939.
8. C’est le peuple qui commande. La Révolution des Œillets : 1974-1976 (Victor Pereira, 2023)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Maître de conférences à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour et chercheur à l’Institut d’histoire contemporaine de Lisbonne, Victor Pereira a publié aux éditions du Détour, à la veille du cinquantenaire, un livre qui renouvelle la lecture de la Révolution des Œillets. Trop souvent ramenée à un coup d’État pacifique de quelques heures, illustré par les œillets glissés dans les canons de fusil par les passants, la journée du 25 avril 1974 ouvre en réalité une séquence de vingt-quatre mois de bouleversements politiques, sociaux et culturels qui font basculer le Portugal d’une dictature sclérosée à l’une des constitutions les plus démocratiques et sociales d’Europe occidentale, adoptée en avril 1976.
Pereira reconstitue la genèse du Mouvement des forces armées (MFA), parti d’une révolte corporatiste de jeunes capitaines — les « capitaines d’Avril » — lassés des guerres coloniales en Angola, au Mozambique et en Guinée-Bissau, et conscients qu’aucune victoire militaire n’est possible. Il décrit ensuite la dynamique populaire qui transforme leur coup d’État en révolution sociale : occupations d’usines abandonnées par leurs propriétaires en fuite, occupations de logements vides dans les bidonvilles autour de Lisbonne, grèves ouvrières, réforme agraire dans le sud (les latifundia de l’Alentejo passent aux mains des coopératives), effervescence culturelle et libération de la parole longtemps muselée par la censure. Cette période, désignée au Portugal par l’acronyme PREC (Processo Revolucionário em Curso), atteint son point culminant durant l’« été chaud » de 1975. Le 25 novembre 1975, un coup de force militaire de gauche échoue : le rapport de force bascule au profit des modérés, conduits par le socialiste Mário Soares et soutenus en sous-main par les États-Unis (qui redoutaient un « Cuba en Europe ») et par la social-démocratie ouest-allemande.
L’historien revient également sur les fractures internes du pays — opposition entre la Lisbonne ouvrière et le Nord rural et catholique, retour précipité de près de 500 000 retornados (Portugais rapatriés des anciennes colonies après leur indépendance, à intégrer en quelques mois — soit 5 % de la population du pays), peur d’une guerre civile — qui pèsent sur l’issue de ces deux années. Le livre se referme sur une réflexion mémorielle : depuis les années 1980, la droite et l’extrême droite portugaises ont travaillé à banaliser la dictature et à noircir la séquence 1974-1976, dans un contexte où le parti d’extrême droite Chega s’est hissé en 2024 au rang de troisième force politique du pays.