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Que lire sur l'histoire du pays de Galles ?

Que lire sur l’histoire du pays de Galles ?

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Le pays de Galles — Cymru en gallois — occupe la péninsule occidentale de l’île de Bretagne. Son histoire se confond d’abord avec celle des Bretons insulaires, ces populations de langue celtique brittonique qui peuplent l’ensemble de l’île avant la conquête romaine. Lorsque les légions se retirent au début du Ve siècle, les royaumes bretons subissent les incursions des peuples germaniques — Angles, Saxons, Jutes — qui s’établissent dans les plaines orientales. Repoussés vers l’ouest et le nord, les Bretons perdent le contact les uns avec les autres ; le pays de Galles se constitue peu à peu, séparé de la Cornouailles et de la Cumbrie par l’avancée anglo-saxonne. Le roi Offa de Mercie érige à la fin du VIIIe siècle un talus frontalier, Offa’s Dyke, qui matérialise la limite entre le monde anglais et le monde gallois.

Le Moyen Âge gallois est rythmé par les rivalités entre royaumes — Gwynedd, Powys, Deheubarth, Morgannwg — et par les tentatives d’unification politique. Le roi Hywel Dda (mort vers 950) codifie les lois galloises et dote le pays d’un droit propre, distinct du droit anglais. Au XIe siècle, Gruffudd ap Llywelyn parvient brièvement à régner sur l’ensemble du pays de Galles avant d’être tué en 1063. L’arrivée des Normands après 1066 bouleverse cet équilibre : les barons anglo-normands installés dans les Marches galloises — cette zone frontière entre l’Angleterre et le pays de Galles où ils jouissent d’une large autonomie féodale — grignotent les terres galloises et les verrouillent par un réseau de châteaux. Face à cette pression, les princes de Gwynedd — en particulier Llywelyn ab Iorwerth puis son petit-fils Llywelyn ap Gruffudd — tentent de fédérer la résistance galloise. Mais la campagne militaire d’Édouard Ier d’Angleterre met fin à l’indépendance galloise en 1282-1283. Le statut de Rhuddlan (1284) place le pays de Galles sous l’autorité directe de la couronne anglaise et efface les structures politiques galloises au profit d’un découpage administratif importé d’Angleterre.

Le soulèvement d’Owain Glyndŵr (1400-1415), dernière grande révolte galloise, échoue à restaurer un État indépendant. Prince lettré, diplomate et stratège, Glyndŵr n’a jamais quitté la mémoire galloise : le 16 septembre, date de sa proclamation comme prince de Galles en 1400, est célébré chaque année au pays de Galles. Quelques décennies plus tard, c’est pourtant un Gallois, Henri Tudor, qui s’empare du trône d’Angleterre en 1485 sous le nom d’Henri VII. Les Laws in Wales Acts de 1536 et 1543 achèvent l’intégration juridique du pays de Galles au royaume d’Angleterre : le droit gallois est aboli, l’anglais devient la seule langue de l’administration et de la justice, et les divisions entre Marches et principauté disparaissent au profit de comtés calqués sur le modèle anglais. La Réforme protestante s’implante au XVIe siècle, et la traduction de la Bible en gallois par William Morgan en 1588 s’avère décisive pour la survie de la langue : en donnant au gallois un texte sacré de référence, lu chaque dimanche dans les paroisses, elle empêche la langue de se réduire à un simple dialecte oral et lui assure une forme écrite codifiée et respectée.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, le pays de Galles se transforme sous l’effet de la révolution industrielle : les mines de charbon du sud et les aciéries attirent des populations rurales vers les vallées industrielles et font émerger une classe ouvrière puissante. Parallèlement, le méthodisme calviniste puis d’autres courants protestants dissidents supplantent l’Église anglicane — dont les évêques sont nommés par la couronne et les offices célébrés en anglais — ; la chapelle (chapel) devient le lieu central de la vie sociale galloise, et la pratique religieuse en gallois contribue à préserver la langue face à l’anglicisation croissante. Au XXe siècle, la fondation de Plaid Cymru en 1925 et les campagnes pour la défense du gallois donnent corps à un mouvement nationaliste dont l’une des premières victoires est, en 1967, le Welsh Language Act — la première loi à reconnaître au gallois un statut officiel. En 1997, un référendum approuve de justesse la création d’une assemblée galloise, inaugurée en 1999 : le pays de Galles retrouve une forme d’autonomie politique pour la première fois depuis la conquête d’Édouard Ier, plus de sept siècles auparavant.

Les trois livres qui suivent éclairent cette histoire par des approches distinctes : une synthèse universitaire, un panorama chronologique et un témoignage médiéval de première main.


1. Histoire du pays de Galles (Hervé Abalain, 1993)

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Professeur émérite à l’Université de Bretagne occidentale et membre du Centre de recherche bretonne et celtique de Brest, Hervé Abalain (1934-2014) a consacré l’essentiel de sa carrière à l’étude des langues et des cultures celtiques. Pionnier de l’enseignement universitaire de la civilisation galloise en France, il a mis en place dès les années 1970 des échanges entre les universités de Brest et de Swansea, bien avant le programme Erasmus. Son Histoire du pays de Galles, publiée aux éditions Gisserot, est longtemps restée le seul ouvrage de synthèse en langue française sur le sujet. En 158 pages, il retrace le parcours du pays de Galles depuis les origines celtiques jusqu’à l’époque contemporaine et s’intéresse en particulier à ce qui sépare le pays de Galles de l’Angleterre voisine : la langue, le droit, les traditions culturelles, la mémoire historique.

Le livre aborde les grandes étapes de l’histoire politique — la résistance aux Normands, la conquête d’Édouard Ier, la révolte de Glyndŵr, l’intégration au royaume d’Angleterre —, mais il traite aussi de l’économie galloise, de l’essor minier et sidérurgique du XIXe siècle jusqu’à la désindustrialisation, ainsi qu’aux transformations sociales et religieuses qui ont remodelé la société galloise — la montée du protestantisme non conformiste, la naissance du mouvement ouvrier, la question de la langue à l’école. Les passages relatifs à la langue galloise — ses origines brittoniques, son recul face à l’anglais, les luttes menées pour sa défense — traduisent les préoccupations d’un auteur lui-même locuteur du breton et sensible au sort des langues minoritaires en Europe. Ce livre s’adresse aussi bien aux lecteur·ices qui découvrent le pays de Galles qu’à celles et ceux qui souhaitent le situer dans le cadre plus large des nations celtiques.


2. Une chronologie de l’histoire du pays de Galles (Glyn E. German, 2017)

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Historien franco-américain né en 1982, diplômé en histoire de l’Université de Bretagne occidentale, Glyn E. German a d’abord publié une version anglaise de cet ouvrage au pays de Galles en 2015 (Welsh History: A Chronological Outline, Y Lolfa). La version française, parue chez L’Harmattan en 2017, en est une adaptation augmentée qui intègre les avancées les plus récentes de la recherche. Le livre se présente comme un parcours chronologique qui va du Paléolithique inférieur jusqu’à 2016 — année où les Gallois, contrairement aux Écossais, votent majoritairement pour le Brexit — et couvre l’ensemble des aspects de la civilisation galloise : politique, religion, droit, littérature, économie, mouvements sociaux.

L’ouvrage replace systématiquement les événements gallois dans leur contexte européen. Les raids vikings, la Guerre de Cent Ans — avec les archers gallois à Azincourt en 1415 —, la Réforme protestante ou les guerres mondiales sont mis en regard de ce qui se déroule simultanément en Angleterre, en Irlande et en France. On y découvre, par exemple, que le catholicisme s’efface presque entièrement du pays de Galles au début du XVIIe siècle, que l’anglais ne devient la langue officielle de l’Angleterre qu’en 1362 (le français régnait jusqu’alors à la cour et dans la législation), ou encore que les méthodistes calvinistes ne rompent avec Canterbury qu’en 1811 pour fonder l’Église presbytérienne galloise. Des cartes, des arbres généalogiques et des reproductions de documents accompagnent le texte et éclairent les périodes les plus complexes — en particulier celle antérieure à 1536, lorsque la principauté, sous tutelle anglaise depuis le XIIIe siècle, est formellement rattachée à l’Angleterre.

Le bouquin fonctionne à la fois comme un outil de consultation ponctuelle — pour vérifier une date, identifier un personnage, repérer un enchaînement de causes et d’effets — et comme une introduction à part entière, grâce à un index des noms propres et à un répertoire biographique (Who’s Who in Welsh History) qui présente les figures clés de l’histoire galloise. L’ouvrage a été salué par le Dr Dafydd Johnston, directeur du Centre d’études avancées galloises et celtiques de l’Université du pays de Galles à Aberystwyth.


3. Voyage à travers la Cambrie & Description de la Cambrie : découvrir le pays de Galles du XIIe siècle (Giraud de Barri ; Jean-Charles Berthet, trad. et éd., 2023)

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Giraud de Barri (vers 1146 – vers 1223) est un clerc cambro-normand issu de deux lignages puissants : par son grand-père paternel, il descend du baron normand Gerald de Windsor ; par sa grand-mère, du roi Rhys ap Tewdwr de Deheubarth, l’un des principaux royaumes gallois. Formé à Paris où il étudie le droit, les lettres et la théologie de 1165 à 1174, il compose à la cour royale d’Angleterre ses textes sur l’Irlande et le pays de Galles, considérés comme des chefs-d’œuvre de la littérature latine médiévale. En 1188, il accompagne l’archevêque de Cantorbéry Baudouin de Forde dans un périple à travers la Cambrie — le nom latin du pays de Galles, tiré du gallois Cymru — pour prêcher la troisième croisade. De ce voyage naît l’Itinerarium Kambriae (1191), suivi peu après de la Descriptio Kambriae (1194). Ces deux textes, traduits à plusieurs reprises en anglais, en gallois et en allemand, n’avaient pourtant jamais été rendus en français avant la traduction de Jean-Charles Berthet, spécialiste de la littérature arthurienne, publiée aux UGA Éditions dans la collection « Moyen Âge européen ».

Le Voyage à travers la Cambrie suit l’itinéraire de Giraud étape par étape. Il y consigne le déroulement de la prédication, les réactions des populations locales, les curiosités naturelles des lieux traversés — sources, lacs, particularités géologiques —, mais aussi des anecdotes historiques et des récits merveilleux empruntés au folklore gallois. Il s’intéresse de près aux noms des lieux et aux langues parlées autour de lui, ce qui fait de ce texte un document précieux pour les linguistes. La Description de la Cambrie est d’une tout autre nature : il s’agit d’un traité de géographie et d’ethnologie, structuré en deux livres — le premier consacré aux vertus du peuple gallois, le second à ses défauts —, dans lequel Giraud dresse un portrait acéré de ses compatriotes. Il y décrit leurs usages alimentaires, leur organisation militaire, leur rapport à la musique et à la poésie, leur manière de vivre et de combattre. La position de l’auteur — admiratif de la culture galloise mais fidèle à l’ordre normand — crée dans le texte une ambiguïté permanente : Giraud renseigne autant sur les Gallois eux-mêmes que sur le regard que les élites anglo-normandes portent sur eux.

Berthet ouvre le livre par une introduction substantielle qui s’interroge sur le profil linguistique de Giraud (quelles langues parlait-il ? comprenait-il le gallois ?), retrace les circonstances de la rédaction des deux textes et recense les éditions et traductions antérieures. L’appareil de notes, la chronologie et le guide de prononciation du gallois font de ce livre un instrument de travail solide pour les médiévistes, mais aussi une lecture accessible pour quiconque souhaite découvrir le pays de Galles tel qu’un érudit du XIIe siècle pouvait l’observer.