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Que lire sur l'histoire de la Palestine ?

Que lire sur l’histoire de la Palestine ?

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Au carrefour de la Méditerranée, du désert de Judée et du Croissant fertile, la Palestine relie depuis l’Antiquité l’Égypte à la Syrie et à l’Anatolie. Sur cette étroite bande de terre située entre Méditerranée et Jourdain naissent les trois monothéismes — judaïsme, christianisme, islam — dont les lieux saints (Mont du Temple/Esplanade des Mosquées, Saint-Sépulcre) demeurent l’objet de pèlerinages et de revendications jusqu’à nos jours. Tour à tour égyptienne, perse, grecque, romaine, byzantine, arabe, croisée, mamelouke puis ottomane, la région passe quatre siècles relativement stables sous la domination turque (1517-1917), où Arabes musulmans et chrétiens, juifs autochtones et Druzes cohabitent au sein de l’Empire.

À la fin du XIXe siècle, deux dynamiques émergent en parallèle. Dans les villes palestiniennes — Jérusalem, Naplouse, Jaffa, Haïfa —, des élites cultivées font naître une presse arabe, des cercles politiques et un patriotisme proprement palestinien. Au même moment, en Europe centrale et orientale, le mouvement sioniste prend forme. Fondé en 1897 par Theodor Herzl en réaction aux pogroms en Russie tsariste et à l’affaire Dreyfus en France, il choisit la Palestine comme territoire pour la création d’un foyer national juif. Pendant la Première Guerre mondiale, le Royaume-Uni multiplie les engagements contradictoires : il promet aux Arabes l’indépendance s’ils se révoltent contre l’Empire ottoman (correspondance Hussein-McMahon, 1915-1916), partage en secret la région avec la France (accords Sykes-Picot, 1916), puis s’engage en novembre 1917, par la déclaration Balfour, à favoriser un foyer national juif en Palestine. Ces promesses incompatibles posent les bases d’un conflit que le mandat britannique de 1922 ne fera qu’aggraver.

Sous le mandat britannique (1922-1948), l’immigration juive — qui s’intensifie dans les années 1930 sous l’effet de la persécution nazie — fait passer la part juive de la population de 10 % en 1922 à un tiers en 1947. Les Arabes, qui restent majoritaires, contestent l’achat des terres et la perspective d’un État juif : ils se révoltent en 1929 puis, plus durablement, entre 1936 et 1939. Cette Grande Révolte est écrasée par les Britanniques et fait des milliers de morts. À la veille de 1948, la société palestinienne se retrouve sans direction politique ni militaire organisée. En novembre 1947, le plan de partage adopté par l’ONU attribue 56 % du territoire au futur État juif — bien qu’à cette date les juifs ne détiennent que 7 % des terres — et 44 % au futur État arabe ; Jérusalem doit obtenir un statut international. La proclamation de l’État d’Israël, le 14 mai 1948, suivie de l’intervention des armées arabes voisines, ouvre la première guerre israélo-arabe. Entre 700 000 et 800 000 Palestiniens fuient ou sont expulsés de leurs villages, dont plus de 400 sont détruits. Cet événement fondateur du drame palestinien porte un nom : la Nakba, « la catastrophe ».

La guerre des Six Jours, en juin 1967, voit Israël battre simultanément l’Égypte, la Syrie et la Jordanie : la Cisjordanie, Gaza, Jérusalem-Est et le Golan passent sous occupation israélienne. La défaite des États arabes pousse la résistance palestinienne à se prendre en main : sous Yasser Arafat, l’OLP s’impose comme le porte-parole reconnu du peuple palestinien. Deux Intifadas (« soulèvement » en arabe) — révoltes populaires faites de jets de pierres, de grèves et de désobéissance civile — embrasent les territoires occupés en 1987 puis en 2000. Les accords d’Oslo de 1993 créent une Autorité palestinienne dotée d’une autonomie limitée sur des fragments de Cisjordanie et de Gaza, mais ne règlent ni le statut de Jérusalem, ni le sort des réfugiés, ni l’arrêt de la colonisation : aucun État palestinien souverain n’en sort. La colonisation s’amplifie au contraire ; le mur de séparation, élevé à partir de 2002, isole de fait la Cisjordanie ; après le retrait israélien de Gaza en 2005 puis la prise de pouvoir du Hamas en 2007, l’enclave subit un blocus permanent. Depuis le 7 octobre 2023 et l’attaque du Hamas contre Israël, suivie d’une guerre israélienne d’une ampleur inédite contre Gaza, la question palestinienne se trouve relancée avec une intensité sans précédent : manifestations massives dans le monde entier, saisine de la Cour internationale de justice par l’Afrique du Sud pour génocide, mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale contre des responsables israéliens.

Voici les principaux ouvrages disponibles en français sur l’histoire de la Palestine, de ses origines à nos jours.


1. La Palestine expliquée à tout le monde (Elias Sanbar, 2013)

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Né en 1947 à Haïfa et contraint à l’exil dès l’année suivante, Elias Sanbar a fait de la cause palestinienne le fil conducteur de sa vie : historien, écrivain, négociateur des accords d’Oslo en 1993, puis ambassadeur de la Palestine auprès de l’UNESCO. Il propose ici un dialogue sous forme de questions-réponses qui synthétise en une centaine de pages les enjeux fondamentaux du conflit israélo-palestinien. Le format court et la clarté du propos en font un bouquin idéal pour celles et ceux qui veulent comprendre le sujet sans entrer immédiatement dans de grandes synthèses universitaires.

Sanbar refuse les querelles d’antériorité (qui était là le premier ?) et préfère restituer la continuité d’une histoire que les commentaires médiatiques ont souvent fragmentée : la Palestine multiconfessionnelle d’avant le mandat britannique, où coexistaient musulmans, chrétiens et juifs autochtones ; l’expulsion de 1948 et la naissance d’un peuple en exil ; les tournants successifs de la résistance palestinienne ; les espoirs déçus depuis Oslo. Le livre présente clairement les forces politiques en présence — Fatah, Hamas, OLP — et explicite trois formes de résistance : la lutte pour l’égalité des droits en Israël, le sumud (la fermeté, la persévérance qui consiste à tenir bon sur sa terre) en Cisjordanie et à Gaza, et le retour (al-‘Awda) pour les exilés.

Sanbar n’élude rien : ni l’impasse du terrorisme, ni l’erreur de la militarisation de la seconde Intifada, ni les responsabilités des dirigeants palestiniens. Sa parole, certes engagée, reste appuyée sur les faits, et n’est pas si éloignée des conclusions des « nouveaux historiens » israéliens — ces universitaires qui, à partir des années 1980, ont rouvert les archives militaires pour réécrire l’histoire de la création d’Israël. Il livre une introduction éclairante à un dossier souvent réduit à des slogans.


2. Comprendre la Palestine. Une enquête graphique (Xavier Guignard, Alizée De Pin, 2025)

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Politologue et chercheur de terrain en Palestine depuis 2012, Xavier Guignard publie avec l’illustratrice Alizée De Pin un livre hybride entre enquête historique et bande dessinée. Le pari : raconter cent ans d’histoire palestinienne par un récit accessible doublé d’illustrations et d’infographies qui montrent ce que les mots seuls peinent à figurer.

Le livre repose sur dix années d’enquête et sur les recherches historiques et géopolitiques les plus récentes. Il déroule les grandes étapes : la fin de l’Empire ottoman, le mandat britannique, la Nakba, l’occupation de 1967, les Intifadas, les accords d’Oslo, la fragmentation territoriale, la colonisation, la situation à Gaza. Le point de vue palestinien, longtemps marginalisé dans le récit médiatique occidental, y est restitué avec rigueur. Guignard interroge frontalement la pertinence de la qualification d’apartheid — au sens du droit international, un régime de domination institutionnalisée d’un groupe ethnique sur un autre — pour décrire la situation présente, où colons israéliens et Palestiniens vivent sur un même territoire de Cisjordanie sous des régimes juridiques distincts. Il examine ensuite les options politiques qui demeurent envisageables : solution à deux États, État commun, ou troisième voie déjà en cours — l’absorption progressive du territoire palestinien par Israël, sans citoyenneté ni droits égaux pour la population palestinienne.

L’ouvrage a été salué par l’historien Vincent Lemire comme une lecture indispensable, et par la presse comme une introduction claire à un sujet sensible. Pour qui cherche une vue d’ensemble structurée, à la fois cartographique et visuelle, c’est l’un des meilleurs livres parus récemment sur le sujet.


3. Question juive, problème arabe : 1798-2001 (Henry Laurens, 2024)

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Professeur au Collège de France et titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe, Henry Laurens est l’un des plus grands spécialistes francophones du Moyen-Orient. Son livre paru en 2024 propose la synthèse condensée des cinq volumes de La Question de Palestine publiés chez Fayard entre 1999 et 2015, ainsi que des deux volumes des Crises de l’Orient parus en 2017 et 2019. Près de huit cents pages, deux siècles d’histoire et un fil chronologique d’une cohérence remarquable : depuis l’expédition de Bonaparte en Égypte en 1798 — souvent prise comme point de départ de la rencontre entre l’Occident moderne et le monde arabe — jusqu’à l’échec des négociations de paix de Camp David et de Taba (2000-2001), qui clôt la séquence ouverte par les accords d’Oslo.

L’ouvrage retrace minutieusement les étapes de ce qui devient le conflit israélo-palestinien : l’invention de l’État d’Israël, la montée du nationalisme arabe, la diplomatie internationale, les guerres entre États, mais aussi les tentatives répétées de paix. Laurens met en évidence deux logiques en tension permanente : celle de la diplomatie, qui cherche des compromis dans les chancelleries, et celle du terrain, où les rapports de force et les violences finissent par imposer leurs réalités. La langue est limpide, la documentation appuyée sur des décennies de recherche.

À qui souhaite disposer d’un seul ouvrage de référence sur le temps long du conflit, sans s’engager dans la lecture des sept volumes initiaux, ce livre s’impose. Il échappe à la polémique militante comme à la passion partisane, et propose les clés historiques nécessaires pour saisir les soubresauts contemporains, du Liban à Gaza. Une lecture exigeante par sa densité, mais très enrichissante.


4. L’Identité palestinienne. La construction d’une conscience nationale moderne (Rashid Khalidi, 2003)

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Rashid Khalidi, issu d’une grande famille de Jérusalem qui a compté plusieurs maires de la ville sous l’Empire ottoman et le mandat britannique, a été jusqu’en 2024 titulaire de la chaire Edward Saïd d’études arabes à l’université Columbia. Paru en anglais en 1997 et traduit en français en 2003 chez La Fabrique, ce livre s’attaque à un préjugé tenace : l’idée selon laquelle l’identité palestinienne ne serait qu’un produit secondaire et tardif du conflit avec le sionisme. Khalidi démontre, archives à l’appui, que la conscience nationale palestinienne s’enracine bien avant la Première Guerre mondiale, dans les milieux instruits de la fin de l’Empire ottoman.

L’auteur s’appuie sur les bibliothèques privées des grandes familles palestiniennes, sur la presse arabe du début du XXe siècle et sur les itinéraires de personnalités comme Yusuf Diya al-Khalidi (maire de Jérusalem et député) ou Ruhi al-Khalidi (intellectuel et diplomate). Ces notables se sentaient à la fois ottomans, arabes, musulmans et palestiniens, sans voir aucune contradiction entre ces appartenances multiples. Le livre s’inscrit dans le courant principal des études sur le nationalisme — dans le sillage d’Eric Hobsbawm, Ernest Gellner et Anthony Smith, pour qui les nations sont des constructions historiques relativement récentes, ce qui ne les rend ni moins réelles ni moins légitimes. Khalidi assume ainsi pleinement le caractère construit, multiple et évolutif de l’identité palestinienne, sans jamais en nier la consistance.

Edward Saïd — théoricien des études postcoloniales et figure majeure de la pensée palestinienne, à qui le livre est dédié — l’a qualifié d’ouvrage pionnier. Le livre ne se limite pas à répondre aux dénégations sionistes (« Il n’y a pas de Palestiniens », disait Golda Meir) : c’est aussi une histoire intellectuelle qui n’épargne pas les élites palestiniennes ou arabes, dont les divisions et les échecs ont contribué à la défaite de 1948. Pour qui veut comprendre comment un peuple se forme une conscience nationale avant même que l’État ne lui soit refusé, il demeure la référence.


5. 100 ans de guerre contre la Palestine. Une histoire de colonisation et de résistance (Rashid Khalidi, 2026)

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Vingt-trois ans après L’Identité palestinienne, Rashid Khalidi propose une lecture frontale du siècle écoulé. Le titre annonce la thèse : non pas une tragédie symétrique entre deux peuples aux revendications concurrentes sur la même terre, mais bien un siècle de guerre coloniale menée contre une population autochtone, d’abord par le mouvement sioniste, puis par Israël, soutenus par les grandes puissances — la Grande-Bretagne hier, les États-Unis aujourd’hui. Le livre, paru en anglais en 2020 et traduit en français début 2026 chez Actes Sud, s’est imposé comme un best-seller mondial : trente-neuf semaines sur la liste du New York Times après le 7 octobre 2023, traduction dans vingt-cinq langues.

Le récit s’ouvre sur une lettre que Yusuf Diya al-Khalidi, maire de Jérusalem et arrière-grand-oncle de l’auteur, adresse en 1899 à Theodor Herzl. Il y reconnaît aux juifs un droit à un foyer national, mais supplie le fondateur du sionisme de renoncer à la Palestine, déjà peuplée. À partir de cette scène inaugurale, Khalidi déroule six moments-clés de la dépossession : la déclaration Balfour de 1917, la destruction de la société palestinienne en 1948, l’occupation des territoires en 1967, l’invasion israélienne du Liban en 1982 (suivie des massacres de Sabra et Chatila), l’échec des accords d’Oslo, enfin les guerres successives contre Gaza. Il s’appuie pour cela sur des archives familiales inédites et sur des sources arabes, hébraïques et occidentales.

Loin du récit victimaire, l’auteur n’épargne ni les responsables palestiniens, ni les autorités arabes, ni les divisions internes au mouvement national. Le livre n’est pas celui d’un militant, mais d’un historien qui assume une perspective : celle des vaincus de l’histoire officielle. Pour beaucoup de lecteurs et lectrices, il offre l’une des synthèses les plus accessibles et les plus rigoureuses de l’histoire palestinienne contemporaine.


6. Le nettoyage ethnique de la Palestine (Ilan Pappé, 2008)

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Israélien et l’une des figures de l’école dite des « nouveaux historiens », Ilan Pappé livre en 2006 (édition originale anglaise) puis en 2008 chez Fayard l’enquête la plus documentée sur la destruction délibérée de la société arabe palestinienne entre 1947 et 1949. À partir des archives militaires et politiques israéliennes, il démonte le mythe officiel selon lequel les 750 000 réfugiés palestiniens auraient quitté volontairement leurs villages à l’appel de chefs arabes. Au cœur de la démonstration : le « Plan Daleth » de mars 1948 — schéma opérationnel adopté par la Haganah, principale force paramilitaire sioniste, quelques semaines avant la proclamation de l’État d’Israël — qu’il analyse comme un plan systématique d’expulsion appuyé sur l’intimidation, les massacres et la destruction de plus de 400 villages.

Le livre est devenu une référence dans l’historiographie de la Nakba. Il a aussi nourri d’âpres controverses, en particulier autour du caractère prémédité ou non de l’expulsion. Pappé y répond avec méthode, à partir de minutes de réunions, de correspondances et de témoignages oraux. Il montre que les responsables sionistes, Ben Gourion en tête, savaient pertinemment ce qu’ils faisaient et l’avaient préparé bien avant le déclenchement des opérations militaires. La thèse n’est pas neuve, mais l’ampleur de la documentation et la précision du récit lui donnent une portée nouvelle.

En France, le livre a été retiré des ventes par Fayard en novembre 2023, peu après le rachat du groupe Hachette par Vincent Bolloré, puis repris par les éditions La Fabrique en 2024, dans la traduction de Paul Chemla. Ce retrait suivi d’une republication dit la sensibilité politique du sujet dans l’édition française d’après le 7 octobre 2023. Pour comprendre l’événement fondateur du drame palestinien, ce volume reste incontournable.


7. Histoire de Gaza (Jean-Pierre Filiu, 2012)

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Professeur d’histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po, Jean-Pierre Filiu signe en 2012 chez Fayard la première recherche historique d’ampleur consacrée à Gaza. Le livre couvre quatre mille ans, de la haute Antiquité égyptienne à la rupture entre Fatah et Hamas en 2007 — la nouvelle édition de 2024 inclut les développements jusqu’à la guerre en cours. Sa thèse de fond : Gaza n’est ni une marge oubliée ni un simple accident géographique de 1948, mais un foyer central du nationalisme palestinien et un carrefour millénaire entre le Levant et l’Égypte.

L’ouvrage articule histoire longue et histoire récente. Il rappelle que c’est en 1948 que bascule le destin de cette cité antique, réduite à une « bande » administrée par l’Égypte, puis occupée par Israël en 1967. C’est à Gaza que naît dans les années 1950 le mouvement des fedayines, ces combattants palestiniens issus des camps de réfugiés qui mènent des raids armés contre Israël. C’est là qu’éclate l’Intifada de 1987. C’est là enfin que la rupture violente entre le Fatah (mouvement nationaliste laïque qui domine l’Autorité palestinienne) et le Hamas (mouvement islamiste vainqueur des élections législatives de 2006) fracasse en 2007 le rêve d’un État palestinien unifié. Filiu reconstitue ces séquences au plus près des sources arabes, israéliennes et occidentales, et redonne sa place à Haydar Abdel Chafi, médecin gazaoui qui dirigea la délégation palestinienne à la conférence de paix de Madrid en 1991 : son pessimisme lucide à propos d’Oslo n’avait alors pas reçu l’écho qu’il méritait.

Au terme de cette traversée, Filiu propose un triptyque pour sortir de l’impasse : désenclavement, développement et démilitarisation. Le livre offre une matière indispensable pour comprendre que sans règlement de la question gazaouie, ni la sécurité d’Israël ni l’avenir d’un État palestinien ne sont assurés. Salué par la critique internationale, il reste, en français, l’ouvrage de référence sur le territoire devenu l’épicentre de la guerre actuelle.


8. Jérusalem. Histoire d’une ville-monde des origines à nos jours (Vincent Lemire [dir.], avec Katell Berthelot, Julien Loiseau et Yann Potin, 2016)

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Sous la direction de Vincent Lemire, maître de conférences à Paris-Est et directeur du grand projet de recherche européen Open Jerusalem, quatre historiens — l’antiquisante Katell Berthelot, le médiéviste Julien Loiseau, l’archiviste Yann Potin et Lemire lui-même pour la période contemporaine — relèvent un pari ambitieux : faire enfin de Jérusalem un véritable objet d’histoire, c’est-à-dire l’arracher aux mémoires concurrentes — juive, chrétienne, musulmane, israélienne, palestinienne — qui obscurcissent depuis longtemps tout récit raisonné. Le résultat, paru chez Flammarion en 2016, fait aujourd’hui autorité.

Sept grandes parties scandent une chronologie qui couvre quatre mille ans, de l’âge du bronze à la situation post-Oslo. Les auteurs croisent une grande variété de sources — archéologie, textes bibliques, talmudiques et coraniques, inscriptions épigraphiques, chroniques médiévales, archives consulaires, observations de terrain — sans jamais céder au jargon. Loin du « choc des civilisations » et des récits identitaires, Jérusalem y apparaît comme une ville-monde ouverte aux quatre vents, le berceau commun où se sont inventés tour à tour judaïsme, christianisme et islam.

Le livre est devenu, en quelques années, la synthèse universitaire de référence pour les étudiants, les chercheurs et un large public curieux. Il propose une cartographie et une chronologie entièrement renouvelées, et rend accessibles les dernières découvertes archéologiques. Pour comprendre pourquoi Jérusalem reste, encore aujourd’hui, au cœur de tensions géopolitiques et religieuses majeures, on ne dispose pas d’un meilleur guide.


9. Atlas des Palestiniens. Itinéraire d’un peuple sans État (Pierre Blanc, Jean-Paul Chagnollaud, Madeleine Benoît-Guyod, 2025)

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Pierre Blanc (Sciences Po Bordeaux), Jean-Paul Chagnollaud (président de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée-Moyen-Orient) et la cartographe Madeleine Benoît-Guyod livrent, dans la quatrième édition de cet atlas paru chez Autrement en février 2025, une synthèse cartographique mise à jour après le 7 octobre 2023. Une centaine de cartes et d’infographies entièrement redessinées articulent quatre grandes thématiques : l’histoire des Palestiniens depuis le XIXe siècle, la société palestinienne dans ses dimensions démographiques et politiques, le territoire fragmenté, et l’impasse diplomatique.

Le format cartographique fait ici la différence. Il permet de saisir ce que le texte seul peine à figurer : la stratégie israélienne de fragmentation de l’espace, l’emprise du mur sur la Cisjordanie, le réseau routier réservé aux colons, la dispersion des camps de réfugiés, l’enclavement de Gaza, le statut de Jérusalem, les ressources en eau, et les tracés successifs proposés depuis le plan Peel de 1937 jusqu’aux dernières négociations entre Israéliens et Palestiniens à Camp David et Taba (2000-2001). Chaque planche associe données chiffrées, repères chronologiques et visualisation synthétique.

Pour saisir d’un coup d’œil la dynamique d’effacement territorial subie par les Palestiniens depuis 1948, il n’existe pas de meilleur outil. Depuis quinze ans, les auteurs actualisent une publication qui s’est imposée comme la référence cartographique sur la question.


10. Palestine-Israël. Une histoire visuelle (Philippe Rekacewicz, Dominique Vidal, 2024)

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Si l’Atlas des Palestiniens propose une synthèse cartographique resserrée, ce volume paru au Seuil en 2024 procède différemment : un texte historique au long cours, en dialogue permanent avec un corpus visuel inédit. Philippe Rekacewicz, géographe et cartographe formé au Monde diplomatique, cofondateur du site visionscarto.net, et Dominique Vidal, journaliste et historien, rédacteur en chef adjoint du Monde diplomatique, ont conjugué leurs vingt années de réflexion sur la dimension cartographique du conflit pour produire un livre singulier : 256 pages denses, où cartes originales, archives rares et documents inédits dialoguent étroitement avec un récit chronologique.

L’ouvrage couvre la longue durée, depuis la fin de l’Empire ottoman jusqu’aux suites du 7 octobre 2023. Une attention particulière est portée aux projets non advenus — découpages territoriaux, plans de coexistence, propositions oubliées — qui jalonnent l’histoire des négociations sans avoir jamais abouti. Cette archéologie des futurs manqués est l’une des grandes originalités du livre. Elle permet de mesurer ce qui aurait pu être, et donc ce qui peut encore l’être, contre la tentation du fatalisme.

La cartographie est ici un instrument de pensée critique : elle rend visibles les villages détruits en 1948, les terres confisquées et les déplacements successifs de frontières — autant de réalités que les cartes officielles tendent à naturaliser. Si la cartographie n’existait pas, écrivent les auteurs en ouverture, il faudrait l’inventer pour comprendre ce qui se joue entre Méditerranée et Jourdain.