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Que lire sur l'histoire du Kazakhstan ?

Que lire sur l’histoire du Kazakhstan ?

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Neuvième pays du monde par sa superficie, le Kazakhstan s’étend sur près de 2,7 millions de kilomètres carrés entre la mer Caspienne, l’Altaï, la Sibérie et les massifs centrasiatiques. Pendant des millénaires, ses immenses steppes accueillent des populations nomades : Scythes (ou Saka) au premier millénaire avant notre ère, Huns puis tribus turques à l’origine de kaganats — empires nomades qui s’étendent par moments de la mer Jaune à la mer Noire — et enfin Mongols, qui intègrent la région à la Horde d’Or au XIIIe siècle. Au milieu du XVe siècle naît le Khanat kazakh : en 1465, deux chefs nomades, Janibek et Kerey, font sécession du khanat ouzbek voisin et entraînent avec eux quelque 200 000 personnes vers les pâturages du Jetyssou (sud-est de l’actuel Kazakhstan). Sous Kassym Khan, au début du XVIe siècle, le jeune royaume atteint son apogée et s’organise en trois jüz, ou hordes — la Grande, la Moyenne et la Petite — chacune dotée de son propre territoire de pacage et de ses lignages.

À partir du XVIIIe siècle, l’Empire russe entreprend une longue conquête des steppes, achevée vers 1891. Pour peupler ces vastes territoires, Saint-Pétersbourg encourage une colonisation paysanne massive : entre 1906 et 1912 seulement, plus d’un demi-million de familles russes et ukrainiennes s’installent sur les terres kazakhes que la nouvelle ligne ferroviaire Orenbourg-Tachkent rend accessibles. Les pâturages traditionnels reculent devant les champs cultivés, et l’élevage nomade — pilier économique et culturel des Kazakhs — entre en crise. La révolution bolchevique de 1917 produit ensuite une rupture plus radicale encore. La collectivisation stalinienne provoque entre 1931 et 1933 une famine sans précédent : pour intégrer de force les éleveurs aux fermes collectives (kolkhozes), le pouvoir confisque ou abat le bétail, interdit les déplacements saisonniers entre pâturages d’été et d’hiver, et impose la sédentarisation. Privés de leurs troupeaux et de leur mobilité, les Kazakhs meurent par centaines de milliers : près d’un tiers de la population — environ 1,3 million de personnes — succombe à la famine ; beaucoup d’autres fuient en Chine ou en Mongolie. La République socialiste soviétique kazakhe, formée en 1936, devient ensuite l’un des principaux lieux de relégation du régime. Staline y déporte des peuples entiers (Allemands de la Volga, Coréens, Tchétchènes, Tatars de Crimée) ; l’URSS y installe le site d’essais nucléaires de Semipalatinsk, où plus de 450 bombes explosent entre 1949 et 1989 ; le Goulag y établit un large réseau de camps.

En décembre 1986, Mikhaïl Gorbatchev remplace le dirigeant kazakh du Parti communiste local par un cadre russe sans aucune attache avec la république. Étudiants et ouvriers descendent dans les rues d’Alma-Ata (l’actuelle Almaty), la répression fait des morts. Ces événements, dits de Jeltoqsan (« décembre » en kazakh), deviennent le symbole d’un éveil national. Le 16 décembre 1991, le Kazakhstan déclare son indépendance, dernier des États soviétiques à le faire. Sous la présidence de Noursoultan Nazarbaïev (1991-2019), le pays s’appuie sur ses vastes réserves d’hydrocarbures, d’uranium et de minerais pour attirer les investissements étrangers et s’imposer comme la première économie d’Asie centrale. En 1997, la capitale quitte Almaty, située tout près de la frontière chinoise, pour Astana, plus au nord — un geste destiné à rapprocher le pouvoir des régions septentrionales du pays, où vit une forte minorité russophone, et à conforter ainsi la souveraineté kazakhe sur ces territoires.

En janvier 2022, une hausse brutale du prix du gaz GPL déclenche un mouvement de protestation qui dégénère en émeutes. Les troubles révèlent un mécontentement plus profond — inégalités, corruption — et conduisent à l’éviction politique de Nazarbaïev. Son successeur, Kassym-Jomart Tokaïev, engage des réformes pour limiter le pouvoir présidentiel et renforcer le Parlement. Aujourd’hui, l’invasion russe de l’Ukraine et le retour des Talibans en Afghanistan obligent le Kazakhstan à recomposer ses alliances : les pipelines kazakhs traversent la Russie pour atteindre l’Europe, dépendance que Moscou peut transformer en levier de pression ; en parallèle, la Chine, l’Union européenne et la Turquie s’efforcent d’occuper l’espace où l’emprise russe se relâche.

Pour suivre cette trajectoire, voici les principaux ouvrages disponibles en français, ordonnées du panorama régional de longue durée à l’analyse géopolitique la plus récente.


1. L’Asie centrale. Au carrefour des mondes (Catherine Poujol, 2013)

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Professeure d’histoire et de civilisation de l’Asie centrale à l’Inalco, Catherine Poujol parcourt la région depuis plus de trente ans. Dans ce livre paru chez Ellipses, elle replace le Kazakhstan dans le temps long : depuis l’Antiquité, l’Asie centrale connaît la succession des empires perse, hellénistique, turc, mongol, islamique, russe, soviétique. Plutôt que de subir passivement ces influences, soutient-elle, la région les absorbe et les recompose dans une culture qui les mélange et les réinterprète tour à tour.

Catherine Poujol y interroge un paradoxe : pourquoi cette zone, où ont vécu ou transité quelques-uns des plus grands conquérants et savants du monde — d’Alexandre le Grand à Avicenne, de Tamerlan à l’astronome Oulough Beg —, reste-t-elle si méconnue en Occident, perçue comme une terra incognita périodiquement redécouverte ? Pour y répondre, elle articule histoire, géographie humaine, économie et structures sociales des cinq républiques issues de l’URSS.

L’autrice y passe en revue les fondements de la société kazakhe : l’héritage du nomadisme, le rôle de l’islam transoxianais (variante développée autour de Boukhara et Samarcande, héritière d’une longue tradition mystique et savante), la mémoire des Routes de la soie, la coexistence d’une centaine de groupes ethniques et religieux. Une lecture recommandée aux étudiant·es comme aux curieux·ses, en préalable aux ouvrages plus spécialisés ou plus contemporains.


2. Histoire de l’Asie centrale contemporaine (Pierre Chuvin, René Létolle et Sébastien Peyrouse, 2008)

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Trois spécialistes aux profils complémentaires signent cette synthèse parue chez Fayard. Helléniste devenu fin connaisseur de l’Orient turcophone, Pierre Chuvin fonde l’Institut français d’études sur l’Asie centrale (IFEAC) à Tachkent en 1993. Géologue, René Létolle est l’un des rares experts français de la mer d’Aral. Chercheur en relations internationales, Sébastien Peyrouse est associé au Central Asia and Caucasus Institute de Johns Hopkins. Ensemble, ils couvrent les cinq républiques postsoviétiques et l’Afghanistan, du XVIIIe siècle au début du XXIe.

L’angle est résolument pluridisciplinaire : aux récits politiques s’ajoutent l’analyse économique, l’histoire culturelle et l’écologie. Les auteurs reviennent sur les dégâts laissés par l’URSS : la mer d’Aral amputée de plus de 90 % de sa surface par le détournement de ses fleuves vers les champs de coton ouzbeks, la contamination radioactive des steppes autour de Semipalatinsk, les anciens laboratoires de guerre bactériologique abandonnés sur l’île de Vozrojdenia. Vient ensuite la difficile transition à l’économie de marché des années 1990 : effondrement de l’industrie planifiée, chômage de masse, explosion de la pauvreté, départ d’une grande partie des minorités slaves vers la Russie. Ils retracent aussi le retour des puissances étrangères — États-Unis, Chine, Turquie, Iran, Russie — venues capter les hydrocarbures, vendre leurs technologies et étendre leur influence diplomatique. Les anciennes Routes de la soie cèdent la place à de nouveaux corridors : ceux des hydrocarbures, et ceux, parallèles, de l’héroïne afghane.

Pour le Kazakhstan, la mise en perspective régionale est éclairante. La trajectoire spécifique du pays — sa relative stabilité politique, son poids économique, sa diplomatie dite « multivectorielle », qui consiste à entretenir des liens équilibrés avec plusieurs grandes puissances sans s’aligner sur l’une — apparaît plus nettement par contraste avec ses voisins : l’Ouzbékistan et le Turkménistan, plus autoritaires et fermés, le Kirghizstan et le Tadjikistan, plus instables. Une référence pour qui veut comprendre la genèse contemporaine du Kazakhstan sans isoler son histoire de celle de ses voisins.


3. La sédentarisation des Kazakhs dans l’URSS de Staline : collectivisation et changement social, 1928-1945 (Isabelle Ohayon, 2006)

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Tiré d’un travail de doctorat préfacé par Nicolas Werth — historien spécialiste de la terreur stalinienne, co-auteur du Livre noir du communisme —, ce volume publié par Maisonneuve & Larose en partenariat avec l’IFEAC traite de l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire kazakhe. Historienne du CNRS spécialiste de l’Asie centrale russe et soviétique, Isabelle Ohayon y étudie comment la collectivisation forcée — imposée par Moscou sans soulèvement populaire, ce que les contemporains nomment la « révolution par en haut » — bouleverse une société pastorale fondée sur le nomadisme et l’organisation clanique. À l’instar de la paysannerie ukrainienne frappée par l’Holodomor, la population kazakhe subit entre 1931 et 1933 une famine d’une ampleur sans précédent : environ 1,3 million de morts, soit près d’un tiers des Kazakhs.

Au prix d’un dépouillement d’archives jusqu’alors inédites, Isabelle Ohayon examine les phases successives de cette politique : expropriation et déportation des bai (les notables de la steppe, propriétaires des grands troupeaux), premières mesures de sédentarisation forcée, collectivisation massive, mise en place d’un élevage sédentaire, reconversion d’anciens nomades à l’agriculture céréalière ou à l’industrie minière. Loin de se limiter au récit d’une catastrophe humanitaire, elle analyse les logiques administratives et idéologiques qui sous-tendent l’opération, ainsi que l’ambition modernisatrice du projet soviétique et la violence de ses méthodes.

L’originalité de la démarche tient au choix d’une focale rapprochée : l’autrice place les acteurs autochtones au centre de l’observation et restitue leurs résistances — fuite vers la Chine ou la Mongolie, abattage volontaire des troupeaux pour ne pas les céder aux fermes collectives, refus de coopérer avec les autorités locales. Elle suit également la reconstruction d’après-famine — rapatriement des fugitifs, arrivée massive de déportés venus d’autres régions de l’URSS, naissance de l’aoul kolkhozien (l’ancien village nomade kazakh transformé en exploitation collective sédentaire) — et montre comment le système soviétique a dû s’adapter à une société qu’il avait lui-même déstabilisée. Une référence universitaire indispensable pour saisir l’ampleur de la rupture stalinienne dans la steppe kazakhe.


4. Kazakhstan – Jeune nation entre Chine, Russie et Europe (Lise Barcellini, 2017)

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Publié aux Ateliers Henry Dougier dans la collection « Lignes de vie d’un peuple », ce livre de 154 pages s’écarte des synthèses académiques. Lise Barcellini, journaliste indépendante diplômée de l’ESJ Lille (passée par France 24 et l’émission C dans l’air) et installée au Kazakhstan, donne la parole aux Kazakhstanais·es au fil d’une série d’entretiens : un chercheur, une artiste, un cavalier, une cuisinière, un écrivain, un cosmonaute, un élu local. Le portrait du pays prend forme par accumulation de témoignages individuels plutôt qu’à grands traits.

L’autrice organise le propos autour de quatre grands thèmes. Le poids des traditions d’abord : mémoire des ancêtres, place du cheval, musique, pratique discutée du kyz alyp qachu (« rapt » coutumier au cours duquel un homme enlève la jeune femme qu’il veut épouser). Les fractures linguistiques et ethniques ensuite, dans un pays de plus de 120 nationalités, où le russe domine en ville et le kazakh à la campagne. Puis le système politique centralisé hérité de la présidence Nazarbaïev. Enfin, la lente construction d’une identité kazakhe après l’indépendance, autour d’un moment fondateur : les événements de Jeltoqsan (décembre 1986), parfois comparés localement à un « Tian’anmen kazakh ».

Le format est celui d’une enquête journalistique accessible, appuyée sur de nombreux entretiens de terrain. Une lecture recommandée à qui souhaite dépasser le portrait géopolitique pour percevoir la texture quotidienne d’une société partagée entre plusieurs lignes de fracture : héritage soviétique (camps du Goulag, essais nucléaires de Semipalatinsk) face à la quête d’une identité propre, russophones des villes face aux kazakhophones des campagnes, modernité d’Astana face à la mémoire des steppes nomades.


5. Asie centrale : le réveil (Michaël Levystone, 2024)

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Dans cet ouvrage publié chez Armand Colin dans la collection « Objectif monde », Michaël Levystone — passé par l’Ifri (Institut français des relations internationales), russophone et fin connaisseur du terrain — propose le panorama le plus récent sur la région. L’analyse intègre les bouleversements de 2021-2022 : le retour des Talibans à Kaboul réveille la crainte d’une diffusion du djihadisme dans le sud de l’Asie centrale ; l’invasion russe de l’Ukraine affaiblit Moscou et permet aux anciennes républiques de s’émanciper davantage. Trois chapitres structurent l’ensemble : un parcours historique jusqu’en 1991, une présentation pays par pays des cinq républiques, et une étude des relations extérieures redessinées par les crises internationales.

Sur le Kazakhstan, l’auteur dépeint un « géant à la croisée des chemins » : doté de ressources considérables (pétrole, gaz, uranium, terres rares), le pays se rapproche prudemment des grandes puissances occidentales sans pour autant rompre avec ses voisins russe et chinois — un équilibre qualifié de « multivectoriel ». Michaël Levystone analyse cette stratégie, l’érosion partielle de l’influence de Moscou depuis 2022, la montée en puissance de Pékin via l’Organisation de coopération de Shanghai, et l’intérêt renouvelé de Bruxelles, Berlin, Tokyo, Séoul et Paris pour la région — avec en toile de fond la visite d’Emmanuel Macron à Astana en novembre 2023.

L’auteur conclut que l’Asie centrale n’est pas tant le théâtre d’un nouveau « Grand Jeu » — la rivalité du XIXe siècle entre l’Empire russe et l’Empire britannique pour le contrôle de la région — qu’une pièce maîtresse d’un ordre mondial où s’affirment plusieurs grandes puissances en compétition. Pour saisir la position du Kazakhstan d’aujourd’hui et anticiper la décennie qui s’ouvre, aucune lecture récente ne s’avère plus éclairante.