Trouvez facilement votre prochaine lecture
Que lire sur les guerres du Golfe ?

Que lire sur les guerres du Golfe ?

Cette page contient des liens affiliés vers Amazon et la Fnac. Si vous achetez un livre en passant par l’un de ces liens, nous touchons une petite commission — sans aucun surcoût pour vous. Une façon simple de nous soutenir. En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Entre 1980 et 2003, le golfe Arabo-Persique est au centre de trois guerres qui redessinent la carte stratégique du Moyen-Orient. La première éclate le 22 septembre 1980 : Saddam Hussein lance son armée contre l’Iran de Khomeiny. Le dictateur irakien mise sur une victoire rapide, car la révolution islamique de 1979 a désorganisé l’armée iranienne — ses officiers les plus compétents ont été purgés ou exécutés par le nouveau régime. Le calcul se révèle désastreux. Il s’ensuit huit années d’une guerre d’usure effroyable, avec ses tranchées, ses gaz de combat et ses enfants-soldats, pour un bilan de près de 680 000 morts et un retour aux frontières d’avant-guerre. L’Irak sort du conflit exsangue mais surarmé — combinaison rarement synonyme de bonnes décisions.

La preuve en est donnée deux ans plus tard. Le 2 août 1990, Saddam Hussein envahit le Koweït. L’émirat refuse d’effacer la dette colossale que l’Irak a contractée pendant la guerre contre l’Iran et maintient des prix pétroliers bas, ce qui étrangle les finances irakiennes. Pour Saddam Hussein, qui commande une armée trois fois plus puissante que celles de tous ses voisins du Golfe réunis, la tentation est irrésistible. La communauté internationale réagit cette fois avec une rapidité inhabituelle : une coalition de plus de trente États, menée par les États-Unis, se met en place sous mandat de l’ONU. L’opération Desert Storm, déclenchée en janvier 1991, inflige en six semaines une défaite écrasante à l’armée irakienne — à coups de frappes aériennes massives retransmises en direct par CNN, qui inaugurent l’ère de la guerre télévisée. La coalition, cependant, ne marche pas sur Bagdad : son mandat se limite à la libération du Koweït, et le président George H. W. Bush redoute les conséquences d’une occupation. Saddam Hussein reste donc au pouvoir, et l’Irak entre dans une décennie d’embargo des Nations unies dont le poids tombe avant tout sur la population civile, tandis que le régime maintient sa poigne.

Le dernier acte se joue en mars 2003. Dix-huit mois après les attentats du 11-Septembre, l’administration de George W. Bush, aiguillonnée par ses néoconservateurs (le vice-président Dick Cheney, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld), envahit l’Irak sans l’aval du Conseil de sécurité, au prétexte d’armes de destruction massive qui ne seront jamais retrouvées. La chute de Bagdad est rapide ; la suite l’est beaucoup moins. L’administrateur américain Paul Bremer dissout d’un trait de plume l’armée irakienne et interdit le parti Baas (le parti unique de Saddam Hussein, au pouvoir depuis 1968), ce qui jette du jour au lendemain des centaines de milliers de soldats et de fonctionnaires dans le chômage et le ressentiment. Ce démantèlement de l’État irakien nourrit une insurrection multiforme ; une décennie plus tard, c’est de ce terreau que l’État islamique tirera une partie de ses cadres et de ses combattants.

Les sept ouvrages rassemblés ici offrent des éclairages complémentaires sur ces trois conflits : histoire militaire, analyse tactique, diplomatie, géopolitique régionale et sociologie politique. Ils sont classés selon un ordre de lecture progressif : on commence par la guerre Iran-Irak (le premier conflit chronologiquement), on passe à la libération du Koweït en 1991, on remonte ensuite le fil diplomatique et régional qui relie la deuxième à la troisième guerre, avant d’aborder l’après-2003 et ses impasses. Les deux derniers livres élargissent la focale — d’abord à l’Irak tel qu’il existe en dehors de ses guerres, puis à l’ensemble du Proche-Orient.


1. La guerre Iran-Irak 1980-1988 (Pierre Razoux, 2013)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Alors directeur de recherche à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), Pierre Razoux signe avec cet ouvrage la première synthèse de référence en langue française sur le conflit Iran-Irak. En plus de 700 pages, il retrace l’intégralité de cette guerre de huit ans — de l’offensive initiale de Saddam Hussein, persuadé de l’emporter en quelques semaines, jusqu’au cessez-le-feu de 1988, que Khomeiny accepte à contrecœur (l’ayatollah compare cette capitulation à « boire du poison »). Le récit couvre les opérations militaires sur terre, en mer et dans les airs, mais aussi les dimensions diplomatiques et économiques du conflit. L’ampleur de la compromission internationale y saute aux yeux : de la France à la Chine, de l’URSS à l’Afrique du Sud, tout le monde vend des armes — parfois aux deux camps simultanément, sans que cela ne semble troubler grand monde.

Ce livre tire une partie de sa force de l’utilisation de sources inédites, notamment les bandes audio des réunions entre Saddam Hussein et ses généraux, saisies par les Américains en 2003. Ces enregistrements donnent accès à la logique interne du régime baasiste, à ses calculs, ses erreurs et ses purges (les généraux qui déplaisent finissent mal). Razoux décortique par ailleurs les affaires parallèles liées au conflit : l’Irangate (la vente secrète d’armes américaines à l’Iran, en contradiction totale avec la politique officielle de Washington), le scandale Luchaire (un fabricant français d’obus qui livre clandestinement l’Iran), l’affaire Gordji (un diplomate iranien soupçonné d’avoir commandité des attentats à Paris en 1986), les enlèvements d’otages occidentaux au Liban. L’ouvrage rend enfin intelligible la mécanique qui conduit l’Irak, à la sortie de la guerre, à disposer d’un arsenal militaire surdimensionné et d’une dette colossale — deux ingrédients qui mènent droit à l’invasion du Koweït.


2. La guerre à ciel ouvert : Irak 1991, la victoire rêvée (Valéry Rousset, 2021)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Le 17 janvier 1991, à 2 h 38 du matin (heure locale), les premières frappes de la coalition s’abattent sur l’Irak. Consultant en stratégie et technologie, Valéry Rousset consacre à cette guerre l’étude la plus complète disponible en français sur les opérations aériennes de la guerre du Golfe. Il s’agit d’une réécriture de fond de son premier ouvrage paru en 1996, enrichie de vingt-cinq années de recherche supplémentaires, de documents américains déclassifiés et, fait notable, de sources irakiennes saisies lors de l’invasion de 2003. Le résultat est un livre de 416 pages organisé en vingt chapitres, abondamment illustré et accompagné de légendes si fournies qu’elles constituent presque un second ouvrage à elles seules.

Rousset montre comment Desert Storm inaugure un nouveau type de guerre, à la charnière entre les affrontements classiques de la guerre froide et les conflits du XXIe siècle où la maîtrise de l’information (satellites, guerre électronique, commandement en temps réel) compte autant que la puissance de feu. Il expose la doctrine du colonel américain John Warden, selon laquelle on peut paralyser un État ennemi par des frappes chirurgicales sur ses centres névralgiques (commandement, énergie, télécommunications) plutôt que par la destruction de son armée au sol. Il analyse la coordination des avions furtifs F-117 et des missiles de croisière Tomahawk, mais aussi les limites de cette approche : Saddam Hussein reste au pouvoir et la « victoire » est donc autant rêvée que réelle. Le duel entre Scud irakiens et missiles Patriot américains fait d’ailleurs l’objet d’un réexamen sans concession — les Patriot, présentés à l’époque comme un triomphe technologique, se sont en réalité révélés bien moins efficaces que ne l’affirmait le Pentagone. Pour la France, qui déploie ses propres forces dans le Golfe, Desert Storm sera aussi le point de départ d’une refonte en profondeur de son appareil de défense.


3. L’Orient arabe à l’heure américaine. De la guerre du Golfe à la guerre d’Irak (Henry Laurens, 2004)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Henry Laurens, titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, propose ici une chronique géopolitique de la période 1991-2003, c’est-à-dire les douze années qui séparent la libération du Koweït de l’invasion américaine de l’Irak. Il reconstitue avec minutie l’enchaînement des événements, des tractations diplomatiques et des reconfigurations régionales qui font du Proche-Orient un champ d’instabilité permanent.

La première partie couvre la décennie 1990 : l’ordre régional sous domination américaine (zones d’exclusion aérienne imposées au-dessus de l’Irak, bases militaires en Arabie saoudite, maintien de l’embargo), les blocages du dossier palestinien et l’échec des accords d’Oslo — ces accords signés en 1993 entre Israël et l’OLP, qui devaient mener à la création d’un État palestinien mais ont sombré dans les récriminations mutuelles et la poursuite de la colonisation. La seconde partie s’ouvre sur l’escalade de la violence en Palestine, les attentats du 11-Septembre et la décision de Washington de remodeler le monde arabe par la force — un tournant dont les conséquences sont au cœur des quatre livres suivants.

Le grand mérite de Laurens est de ne jamais isoler la question irakienne de son environnement régional : le conflit israélo-palestinien, l’évolution des régimes arabes et la montée du terrorisme y apparaissent comme des phénomènes solidaires, et non comme des dossiers séparés. L’ouvrage, dense et exigeant, s’adresse à celles et ceux qui veulent comprendre comment, en douze ans, on passe d’une coalition internationale victorieuse à une invasion unilatérale contestée par la moitié de la planète.


4. Histoire secrète de la crise irakienne. La France, les États-Unis et l’Irak, 1991-2003 (Frédéric Bozo, 2013)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Normalien, agrégé d’histoire et professeur à la Sorbonne Nouvelle, Frédéric Bozo est l’un des meilleurs spécialistes français des relations transatlantiques. Il se penche ici sur la crise diplomatique la plus grave entre Paris et Washington depuis de Gaulle : le bras de fer franco-américain autour de la guerre en Irak en 2002-2003, dont le point d’orgue reste le célèbre discours de Dominique de Villepin au Conseil de sécurité de l’ONU le 14 février 2003. Villepin y plaide pour qu’on laisse aux inspecteurs le temps de faire leur travail, et le discours est applaudi par une partie de l’assistance — ce qui n’est pas exactement la norme dans cette enceinte. L’ouvrage repose sur des archives inédites de l’Élysée et du Quai d’Orsay (le ministère des Affaires étrangères), ainsi que sur plus de soixante-dix entretiens avec des acteurs et témoins des deux côtés de l’Atlantique.

Bozo démonte avec rigueur les caricatures qui entourent cet épisode. La France ne se réduit pas à l’anti-américanisme atavique que lui prêtent les commentateurs de Washington, et les États-Unis ne sont pas l’empire cynique ayant planifié de longue date l’invasion de l’Irak, comme le veut le récit dominant à Paris. La réalité est plus nuancée : l’obsession irakienne des néoconservateurs (Cheney, Rumsfeld) grandit progressivement après le 11-Septembre, tandis que Jacques Chirac tente jusqu’au bout de défendre la voie multilatérale. Le président français prévient très tôt que l’invasion déstabilisera l’ensemble du Moyen-Orient et renforcera le terrorisme plutôt que de l’éradiquer — un diagnostic qui sera vérifié point par point. Troisième acteur et non des moindres : le régime irakien lui-même, qui se fourvoie complètement. Persuadé que la menace américaine est un bluff ou que le temps diplomatique jouera en sa faveur, Bagdad refuse de coopérer pleinement avec les inspecteurs de l’ONU, ce qui donne des arguments aux partisans de la guerre et rend la mécanique de l’intervention quasi inéluctable. Le résultat, fondé sur une documentation de première main, se lit avec la tension d’un thriller diplomatique.


5. Irak : les armées du chaos (Michel Goya, 2008)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Alors lieutenant-colonel, docteur en histoire et spécialiste des conflits au Moyen-Orient, Michel Goya livre ici l’analyse tactique la plus incisive sur l’enlisement américain en Irak entre 2003 et 2007. Le 1er mai 2003, George W. Bush proclame la fin des combats depuis le pont du porte-avions Abraham Lincoln, devant une bannière « Mission accomplie » devenue depuis un symbole d’hubris militaire. En réalité, tout commence. Goya décrit la dégradation rapide de la situation : le décalage entre la culture de guerre américaine — fondée sur la supériorité technologique et la puissance de feu — et la réalité d’un pays que la dissolution de l’armée et l’interdiction du parti Baas (décisions évoquées en introduction) ont fait basculer dans le vide institutionnel. Privés de leur emploi, de leur solde et de leur statut, des centaines de milliers d’anciens soldats et fonctionnaires, armés et humiliés, basculent dans l’insurrection.

Le livre cartographie avec précision la mosaïque des acteurs armés qui en résulte : guérilla sunnite issue de l’ancien appareil militaire, milices chiites liées à l’Iran, djihadistes étrangers (dont Al-Qaïda en Mésopotamie, ancêtre de l’État islamique), combattants kurdes, forces de sécurité irakiennes en reconstruction, sociétés militaires privées comme Blackwater. Goya montre comment les deux erreurs initiales des Américains — avoir sous-estimé les fractures d’une société que seule la poigne du régime maintenait ensemble, et n’avoir pas compris les attentes d’une population pourtant favorable à 80 % à la chute de Saddam — ont transformé une victoire éclair en bourbier. Il met aussi en lumière le tournant de 2007 : l’envoi de 30 000 soldats supplémentaires (le surge) sous le commandement du général Petraeus, qui privilégie la protection de la population et le renseignement de proximité sur la seule puissance de feu. Une inflexion tardive, et dont le succès restera fragile.


6. L’Irak par-delà toutes les guerres (Myriam Benraad, 2018)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Politologue et l’une des meilleures spécialistes francophones de l’Irak, Myriam Benraad prend ici le parti de s’attaquer aux idées reçues qui structurent la perception occidentale de ce pays. L’ouvrage, publié dans la collection « Idées reçues » du Cavalier Bleu (et réédité dans une version augmentée en 2023), passe au crible une douzaine de clichés tenaces : l’Irak serait une « création artificielle » vouée à l’éclatement ; le clivage entre chiites et sunnites serait « ancestral » ; l’embargo aurait affaibli le régime de Saddam Hussein ; la condition féminine se serait améliorée après 2003 ; les chiites seraient la « cinquième colonne » de l’Iran… Autant de raccourcis que l’autrice démonte avec méthode, à l’aide d’une connaissance du terrain nourrie par des années de recherche et de missions sur place.

Le fil directeur du livre est la réhabilitation du sentiment national irakien. Benraad rappelle que la Grande Révolution de 1920 — un soulèvement massif contre la tutelle britannique au cours duquel sunnites, chiites et Kurdes ont fait front commun — a fondé un véritable sentiment d’appartenance collective. La vie politique irakienne était d’ailleurs remarquablement pluraliste avant la prise de pouvoir du Baas en 1968 : on y trouvait un parti communiste actif, des mouvements patriotiques, des courants panarabes. C’est la dictature baasiste qui a fragilisé cette cohésion par ses purges, ses politiques d’arabisation forcée contre les Kurdes et sa mainmise sur tous les symboles de l’État. L’occupation américaine a ensuite achevé de dynamiter les équilibres : les lois de « dé-baasification » ont exclu la plupart des cadres sunnites de la vie publique, ce qui a nourri le ressentiment communautaire dont l’État islamique a su tirer profit. Si vous ne devez lire qu’un seul ouvrage pour comprendre l’Irak dans sa durée et ses contradictions, plutôt qu’à travers le seul prisme de ses guerres, c’est celui-ci.


7. Le Proche-Orient, miroir du monde (Ziad Majed, 2025)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Paru à l’automne 2025 aux éditions La Découverte, ce livre du politiste franco-libanais Ziad Majed — professeur à l’Université américaine de Paris et spécialiste reconnu de la Syrie et du Moyen-Orient — adopte la focale la plus large de cette sélection. Son ambition : montrer que les crises du Proche-Orient ne relèvent pas d’une fatalité régionale, mais reflètent les fractures d’un système international en pleine mutation — retour de la rivalité entre grandes puissances, érosion du droit international tel qu’il s’est construit après 1945, montée des extrêmes droites, affaiblissement des normes humanitaires. Majed identifie huit moments fondateurs entre 1915 et 2025 — du démantèlement de l’Empire ottoman à la guerre de Gaza — et montre comment chacun d’entre eux a été façonné autant par les rapports de force locaux que par les équilibres mondiaux.

L’invasion de l’Irak en 2003 et ses suites occupent une place importante dans cette analyse. Là où Laurens (voir plus haut) documentait le basculement de la politique américaine au Moyen-Orient entre 1991 et 2003, Majed en mesure les ondes de choc sur l’ensemble de la région et sur le long terme : effondrement de l’Irak comme État fonctionnel, renforcement puis recul de l’influence iranienne, embrasement confessionnel qui déborde les frontières. Il élargit le propos à la question palestinienne, à la révolution syrienne de 2011, à la chute du régime Assad et à ce que ces crises révèlent du fonctionnement — ou du dysfonctionnement — de l’ordre international. La largeur du spectre couvert (un siècle, une demi-douzaine de pays) impose une certaine concision sur chaque dossier, et c’est la limite assumée de l’exercice. Mais pour qui cherche à comprendre pourquoi ce qui se joue à Bagdad, à Beyrouth ou à Damas a des répercussions loin de ces capitales, c’est un point de départ solide.