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Que lire sur Danton ?

Que lire sur Danton ?

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Georges Jacques Danton naît en 1759 à Arcis-sur-Aube, dans une famille de la petite bourgeoisie champenoise. Formé au droit, il exerce à Paris comme avocat aux Conseils du roi — une charge qui permet de plaider devant les juridictions royales supérieures. Sa carrière judiciaire reste sans éclat jusqu’en 1789. Il s’impose alors comme l’un des orateurs les plus redoutés du Paris révolutionnaire. À la tête du district des Cordeliers — l’une des soixante subdivisions administratives de la capitale, foyer du radicalisme révolutionnaire, sur la rive gauche —, il contribue à la chute de la monarchie lors de la journée insurrectionnelle du 10 août 1792, puis accède au ministère de la Justice au sein du nouveau gouvernement républicain. Son célèbre appel — « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! » — devient le mot d’ordre d’une République menacée d’invasion par les armées coalisées de l’Autriche et de la Prusse.

Mais Danton est aussi l’une des figures les plus controversées de la Révolution française. Son attitude lors des massacres de Septembre — ces tueries perpétrées dans les prisons parisiennes en septembre 1792, où plus d’un millier de détenus sont exécutés sommairement par des foules armées — reste ambiguë : s’il ne les a pas ordonnés, il ne les a pas non plus empêchés. Ses finances inexpliquées et ses liens supposés avec des milieux spéculatifs — notamment l’affaire de la Compagnie des Indes, une société de commerce au cœur d’un scandale de corruption — alimentent dès son vivant les soupçons de vénalité. Membre du Comité de salut public — l’organe exécutif qui concentre alors l’essentiel du pouvoir — au printemps 1793, il finit par réclamer un adoucissement de la Terreur et se range du côté des Indulgents, cette faction qui plaide pour la clémence et la fin des exécutions politiques. Ce virage lui est fatal : accusé de trahison par Robespierre et Saint-Just, il est condamné à mort et guillotiné le 5 avril 1794.

Depuis plus de deux siècles, sa mémoire jongle entre la légende dorée — celle du patriote généreux, du républicain courageux — et la légende noire — celle du politicien sans scrupule. Les cinq ouvrages qui suivent proposent chacun un éclairage différent sur cet homme, ses contradictions, et les légendes qu’elles ont nourries.


1. Danton. Le mythe et l’Histoire (Michel Biard et Hervé Leuwers, dir., 2016)

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Cet ouvrage collectif réunit quatorze contributions de spécialistes de la Révolution française, sous la direction de Michel Biard, professeur d’histoire moderne à l’université de Rouen et président de la Société des études robespierristes, et d’Hervé Leuwers, professeur à l’université de Lille et directeur des Annales historiques de la Révolution française. Si Danton suscite moins de polémiques que Marat ou Robespierre, son image publique n’en demeure pas moins profondément contradictoire. Tour à tour salué comme l’incarnation du courage national ou dénoncé comme un homme corrompu, il reste enfermé dans des représentations schématiques que les historiens peinent à renouveler.

Chaque chapitre aborde un aspect ou un moment précis de la trajectoire de Danton : son passage au ministère de la Justice au moment des massacres de Septembre, ses missions comme commissaire de la Convention en Belgique occupée, son rôle au Comité de salut public, ou encore la question centrale de sa corruption supposée. Danton et Robespierre formaient-ils vraiment le couple irréconciliable que l’on croit ? Cette opposition binaire — le corrompu face à l’Incorruptible — s’est largement cristallisée après la mort des deux hommes, et non de leur vivant. Hervé Leuwers rappelle à ce titre qu’avant le printemps 1794, aucun des deux ne considère l’autre comme un ennemi à abattre ; leurs désaccords, réels, n’ont pas la dimension du duel que la postérité leur a prêté.

Reste l’histoire de l’histoire. Plusieurs contributions reviennent sur la controverse célèbre entre Alphonse Aulard et Albert Mathiez, deux historiens du début du XXe siècle dont l’affrontement a structuré le débat universitaire sur Danton pendant des décennies : Aulard voyait en lui le grand homme de la Révolution, là où Mathiez dénonçait un politicien vénal et opportuniste. D’autres chapitres analysent la place de Danton dans le théâtre et dans l’imaginaire politique français. L’ensemble constitue un ouvrage de référence, indispensable à quiconque souhaite comprendre non seulement ce que fut Danton, mais aussi ce que l’on en a fait.


2. Danton. Histoire, mythes et légendes (Serge Bianchi, 2021)

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Professeur émérite à l’université de Rennes 2, auteur notamment de Héros et héroïnes de la Révolution française (2012) et d’une biographie de Marat parue dans la même collection, Serge Bianchi consacre à Danton une biographie organisée en trois volets. Le premier retrace le parcours factuel de Danton — de sa naissance en Champagne à son exécution — à travers les différentes fonctions qu’il a occupées : agitateur au club des Cordeliers, ministre, membre du Comité de salut public, chef de file des Indulgents. Le deuxième volet rassemble les jugements portés à son égard par ses contemporains — amis, alliés, adversaires — afin de reconstituer l’homme tel qu’il a été perçu de son vivant, avec son charisme, ses failles et ses ambiguïtés.

C’est le troisième volet qui donne au livre son originalité. Bianchi y étudie la manière dont les mythes associés à Danton se sont formés et amplifiés, à travers l’historiographie, le cinéma, l’enseignement scolaire et l’opinion publique. Il montre que Danton a d’abord été héroïsé sous la IIIe République, qui lui a érigé des statues — dont celle du carrefour de l’Odéon, à Paris, à l’emplacement même de son domicile — et en a fait un symbole du patriotisme laïque et républicain. Puis, entre 1910 et 1930, les travaux d’Albert Mathiez ont sévèrement entamé cette réputation : l’historien dénonçait sa vénalité et ses compromissions. Cette oscillation permanente entre glorification et condamnation traverse tout le livre.

Bianchi entend dépasser ces jugements à charge ou à décharge, et revient pour cela aux archives et aux témoignages de première main. Doté d’une bibliographie substantielle, d’un glossaire et d’un index, l’ouvrage se prête aussi bien à une lecture suivie qu’à une consultation ponctuelle — une introduction rigoureuse pour qui veut distinguer les faits historiques de ce que la mémoire collective en a retenu.


3. Danton et Robespierre : le choc de la Révolution (Loris Chavanette, 2021)

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Historien spécialiste de la Révolution française, auteur de Quatre-vingt-quinze, la Terreur en procès (CNRS, 2017) et du Directoire, forger la Révolution (CNRS, 2020), Loris Chavanette adopte dans ce livre la forme de la biographie croisée, sur le modèle des Vies parallèles de Plutarque — ces portraits de grands hommes grecs et romains comparés deux à deux. Emmanuel de Waresquiel, qui signe la préface, salue la capacité de Chavanette à allier rigueur de la recherche et qualités d’écriture. Construit en trois parties — les enfances et les années de formation, la conquête du pouvoir pendant la Révolution, puis l’affrontement final —, l’ouvrage suit les deux hommes de la province à l’échafaud.

Deux tempéraments aux antipodes. D’un côté, Danton, jovial, sensuel, doté d’une énergie débordante et d’une éloquence improvisée ; de l’autre, Robespierre, solitaire, méthodique, attaché à la rigueur morale et aux idées abstraites. Chavanette montre que si tout semblait les unir — même origine dans la petite bourgeoisie de province, même profession d’avocat, même engagement républicain, même appartenance au parti de la Montagne (l’aile gauche radicale de la Convention) —, leurs caractères irréconciliables les conduisent à un affrontement dont ni l’un ni l’autre ne sort vivant. L’ouvrage retrace les étapes de cette rupture : l’alliance contre les Girondins (la faction modérée de la Convention, éliminée en juin 1793), les divergences sur la conduite de la Terreur, et la décision de Robespierre d’envoyer Danton à la mort en germinal an II (avril 1794).

Lecteur·ices et spécialistes relèvent toutefois un déséquilibre dans le traitement des deux figures : Danton bénéficierait d’une sympathie trop appuyée — sa joie de vivre, son goût des plaisirs, son attachement à sa terre natale d’Arcis-sur-Aube sont volontiers valorisés —, tandis que Robespierre serait réduit à un portrait plus sombre et plus rigide. La question de la corruption de Danton, notamment les fonds perçus lors de ses missions de représentant, est peu approfondie. Côté Robespierre, ses combats sociaux — les décrets de ventôse, qui prévoyaient de redistribuer aux indigents les biens confisqués aux suspects, ou sa lutte pour abolir le suffrage censitaire (un système de vote réservé aux citoyens qui paient un certain seuil d’impôts) — sont à peine effleurés. Malgré ces limites, le bouquin reste stimulant pour qui veut comprendre le tandem le plus célèbre — et le plus caricaturé — de la Révolution.


4. Danton : bonhomme ou démon (Jean-Paul Desprat, 2026)

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Historien et romancier spécialiste des XVIIe et XVIIIe siècles, auteur de biographies consacrées à Henri IV, Mirabeau ou Mme de Maintenon et de la saga romanesque de la Manufacture de Sèvres (Bleu de Sèvres, Jaune de Naples, Rouge de Paris), Jean-Paul Desprat signe ici une biographie qui refuse le point d’interrogation dans son titre. Pas de point d’interrogation, donc : pour Desprat, Danton est à la fois bonhomme et démon, et cette dualité irréductible constitue le sujet même du livre. En quelque 460 pages, il couvre une existence brève, depuis l’enfance en Champagne — le jeune Georges est un fils de paysans aisés, costaud, le visage abîmé par des accidents — jusqu’aux derniers mots sur l’échafaud.

Les premiers chapitres sont consacrés à la jeunesse et à l’installation de Danton comme avocat à Paris : ses ambitions, son mariage avec Gabrielle Charpentier, son entrée dans la Révolution — relativement tardive, puisqu’il ne s’engage véritablement qu’après la prise de la Bastille en juillet 1789. Le récit se resserre à mesure que Danton prend une place centrale dans la République en guerre : son rôle lors de l’insurrection du 10 Août, sa position face aux massacres de Septembre, sa rivalité avec La Fayette puis avec Robespierre. Les fractures idéologiques et les haines personnelles se précisent au fil des chapitres, jusqu’au dénouement — le procès expéditif, la condamnation, l’exécution — qui apparaît comme l’aboutissement de ces tensions accumulées.

Desprat fait revivre le Paris révolutionnaire — ses assemblées houleuses, ses soulèvements de rue, son basculement progressif dans la Terreur — et, dans ce décor, campe un homme charismatique et sensuel, capable d’humanité comme de brutalité politique assumée. Un tempérament rabelaisien, attaché aux plaisirs de la table et de la vie privée, mais happé par une Révolution dont il ne maîtrise plus le cours.


5. Danton : le géant de la Révolution (David Lawday, 2012)

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Journaliste britannique formé à Oxford et correspondant de The Economist, David Lawday n’est pas historien de formation : il ne travaille pas sur des sources inédites et s’appuie sur la documentation existante. Son Danton, paru en anglais en 2009 sous le titre The Giant of the French Revolution et traduit en français en 2012 chez Albin Michel, est la première biographie consacrée au tribun en plus de quarante ans dans le monde anglophone. Le récit adopte volontiers le temps présent et se permet de reconstituer les pensées de son personnage — un choix qui rend la lecture fluide, presque romanesque, mais qui s’éloigne des exigences de la méthode historique.

Les premières années de la Révolution revivent ici avec force : les débats enflammés dans les clubs, la pression de la rue, les retournements d’alliances à la Convention. Lawday accompagne Danton de ses origines en Champagne jusqu’à son exécution, et insiste sur ce qui fait de lui une figure tragique : un homme qui, après avoir contribué à instaurer un régime de terreur pour sauver la République face à l’invasion étrangère, réclame la clémence — et se retrouve condamné par le système même qu’il a instauré. Le récit de son procès est éloquent : Danton se défend avec une telle véhémence que sa voix porte jusqu’aux quais de Seine et menace de rallier la foule ; la Convention, sur proposition de Saint-Just, vote alors un décret qui interdit aux accusés de poursuivre leur plaidoirie, et le Tribunal révolutionnaire le condamne dans la foulée.

On notera cependant une partialité nette en faveur de Danton, qui frôle par endroits l’hagiographie. Robespierre y apparaît avant tout comme un antagoniste froid et calculateur, Marat comme un agitateur sans vision politique. Les sources bibliographiques, très concentrées sur des auteurs favorables à Danton comme Louis Madelin, laissent de côté une partie de l’historiographie critique. Le bouquin n’en reste pas moins accessible à un public non spécialiste, et offre un regard anglo-saxon singulier sur l’un des acteurs les plus discutés de la Révolution.