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Que lire après « Veiller sur elle » de Jean-Baptiste Andrea ?

Que lire après « Veiller sur elle » de Jean-Baptiste Andrea ?

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Veiller sur elle est le quatrième roman de Jean-Baptiste Andrea, paru en août 2023 aux éditions de l’Iconoclaste. Il a reçu le prix Goncourt et le prix du roman Fnac la même année, puis le Grand prix des Lectrices de Elle en 2024. Il retrace la vie de Michelangelo Vitaliani, dit Mimo, sculpteur de génie né dans la misère en 1904, et celle de Viola Orsini, héritière d’une puissante famille génoise. Tout les sépare — la naissance, la fortune, le rang — et pourtant leurs vies ne cessent de se nouer et de se défaire au fil d’un demi-siècle d’histoire italienne, de la montée du fascisme à l’après-guerre. Le roman s’est imposé comme le livre le plus vendu en France en 2023, juste derrière un irréductible Gaulois.

Si vous venez d’en tourner la dernière page et que l’Italie vous manque déjà, voici quelques suggestions qui en partagent les ingrédients : sculpture, amour contrarié, fresques historiques, personnages qui refusent la place qu’on leur assigne.


1. Des diables et des saints (Jean-Baptiste Andrea, 2021)

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Avant Veiller sur elle, Jean-Baptiste Andrea s’était déjà taillé un territoire bien à lui : celui des enfances abîmées et des vocations contrariées. Dans Des diables et des saints, récompensé par le grand prix RTL-Lire, un vieil homme nommé Joe joue du Beethoven sur des pianos publics, dans des gares et des aéroports, avec une aisance qui arrête net les voyageurs pressés. Mais il ne se produit jamais sur scène. Il attend quelqu’un.

Le récit remonte cinquante ans en arrière, dans un orphelinat sinistre perché dans les Pyrénées — « Les Confins », un nom qui résume à lui seul le programme. Joe y découvre la brutalité des adultes, mais aussi l’amitié indéfectible d’une bande de gamins surnommés Sinatra, Souzix, La Fouine, Grenouille et Momo. Et une certaine Rose, dont la présence change tout.

Si Veiller sur elle vous a touché·e par son récit de vocation artistique née dans l’adversité, Des diables et des saints emprunte un chemin voisin — la musique au lieu de la sculpture, les Pyrénées au lieu des Abruzzes — avec la même certitude que l’art peut naître là où personne ne l’attend.


2. Le Jardin des Finzi-Contini (Giorgio Bassani, 1962)

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Ferrare, fin des années 1930. Les lois raciales viennent d’exclure les Juifs des clubs sportifs, des bibliothèques et de la vie publique. La famille Finzi-Contini, riche et aristocratique, ouvre alors les portes de sa vaste propriété aux jeunes gens du quartier : on y joue au tennis, on y discute littérature, on y fait semblant que le monde extérieur n’existe pas. Le narrateur, Giorgio, tombe amoureux de Micòl Finzi-Contini, jeune femme libre et insaisissable, qui semble déjà savoir que le temps leur est compté.

Le roman de Bassani, récompensé par le prix Viareggio, est en partie autobiographique. L’auteur, lui-même issu de la bourgeoisie juive ferraraise, y dissèque l’aveuglement de toute une communauté face à la catastrophe en marche. Le jardin — immense, clos de hauts murs — fonctionne à la fois comme un refuge illusoire et comme un tombeau à ciel ouvert.

Adapté au cinéma par Vittorio De Sica en 1970 (Ours d’or à Berlin, Oscar du meilleur film étranger), Le Jardin des Finzi-Contini partage avec Veiller sur elle l’Italie fasciste comme toile de fond et un amour rendu impossible par l’Histoire. Avec cette même intuition : les murs d’un jardin, si hauts soient-ils, ne protègent de rien.


3. La Vie ardente de Michel-Ange (Irving Stone, 1961)

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Si Mimo est un sculpteur fictif, celui-ci est bien réel — et pas des moindres. Irving Stone a passé plusieurs années en Italie, consulté 495 lettres et documents d’archives, pour reconstituer la vie de Michel-Ange Buonarroti sous la forme d’un roman biographique. De l’atelier de Ghirlandajo à Florence aux carrières de marbre de Carrare, de la voûte de la chapelle Sixtine au dôme de Saint-Pierre, le récit couvre près de quatre-vingt-dix ans d’existence vouée à l’art.

Le livre dépeint un Michel-Ange orgueilleux, ascétique, en conflit permanent avec les papes qui le commanditent et les rivaux qui le jalousent — Léonard de Vinci et Raphaël en tête. Obsédé par le marbre au point d’en oublier le sommeil et la nourriture, il incarne une conception de la création comme arrachement : chaque bloc de pierre contient déjà la figure qu’il s’agit d’en libérer.

Mimo et Michel-Ange partagent cette idée que la sculpture est un acte de révélation plutôt que de fabrication — et que cet absolu dévore tout le reste. Stone a d’ailleurs aussi romancé la vie de Van Gogh dans La Vie passionnée de Vincent van Gogh, pour qui voudrait rester en compagnie d’artistes dévorés par leur vocation.


4. Une femme (Anne Delbée, 1982)

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Le sous-titre du livre dit l’essentiel. Nom : Claudel ; prénom : Camille ; sculpteur. Trente ans de création, trente ans d’asile. Anne Delbée, femme de théâtre et metteuse en scène, a écrit cette biographie romancée après avoir fréquenté les textes de Paul Claudel — le frère — et découvert, avec stupéfaction, l’ampleur du gâchis. Car avant d’être la recluse de Montdevergues, Camille fut une sculptrice dont le talent rivalisait avec celui de ses contemporains les plus célèbres.

Le livre retrace son parcours : la rencontre décisive avec Auguste Rodin en 1883, les quinze années d’une liaison passionnée et inégale, la lente descente dans l’isolement, et enfin l’internement en 1913, qui durera jusqu’à sa mort en 1943. Chaque chapitre s’ouvre sur une lettre que Camille a écrite depuis l’asile — des appels au secours restés sans réponse.

Ce récit, qui a révélé Camille Claudel à des centaines de milliers de lecteur·ices et inspiré le film de Bruno Nuytten avec Isabelle Adjani, résonne avec Veiller sur elle sur un point essentiel : le combat pour la reconnaissance artistique quand on n’a ni le bon sexe, ni le bon rang, ni les bonnes relations.


5. Les Bourgeois de Calais (Michel Bernard, 2021)

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Toujours la sculpture, mais on change de siècle et de pays. En 1884, Omer Dewavrin, notaire et maire de Calais, confie à un sculpteur encore peu connu — un certain Auguste Rodin — la réalisation d’un monument en hommage à six figures héroïques de la guerre de Cent Ans. Dewavrin ne se doute pas qu’il faudra dix ans avant que l’artiste, perfectionniste jusqu’à l’obsession, accepte de déclarer son travail terminé.

Michel Bernard raconte la genèse de ce groupe statuaire devenu l’un des plus célèbres au monde (douze exemplaires, de Calais à Tokyo), mais surtout l’amitié improbable entre un bourgeois provincial et un artiste indomptable. On croise au fil des pages Camille Claudel dans l’atelier, Monet à Giverny, et Rilke en admiration devant les bronzes. Le roman est aussi le récit des obstacles que Dewavrin dut affronter : goût académique, controverses politiques, crise financière et même épidémie de choléra.

Veiller sur elle montre Mimo aux prises avec les puissants qui veulent dicter sa vision. Les Bourgeois de Calais prend le problème par l’autre bout : sans un commanditaire assez obstiné pour y croire, certaines statues ne seraient jamais sorties de l’atelier.


6. L’Amie prodigieuse (Elena Ferrante, 2011)

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Naples, fin des années 1950. Dans un quartier pauvre où l’on règle ses comptes à coups de poing et où les pères jettent parfois leurs filles par la fenêtre, deux gamines se lient d’amitié : Elena (Lenù), la sage, et Raffaella (Lila), la rebelle surdouée. Toutes deux brillent à l’école, mais seule Elena pourra poursuivre ses études. Lila, elle, rejoindra l’échoppe de cordonnier familiale — non sans avoir conçu, à douze ans, une paire de chaussures d’une perfection presque irréelle.

Premier tome d’une tétralogie devenue un phénomène littéraire mondial (classée meilleur roman des vingt-cinq dernières années par le New York Times en 2024), L’Amie prodigieuse suit les deux amies de l’enfance à l’âge adulte, sur fond de boom économique, de montée de la Camorra et de secousses politiques. Leur relation est un corps à corps permanent : jalousie, admiration, compétition, tendresse — jamais dans cet ordre, jamais dans les mêmes proportions.

Le lien entre Lenù et Lila rappelle directement celui de Mimo et Viola : deux êtres que leur milieu voudrait maintenir à distance, et un rapport de force ambigu où l’on ne sait jamais tout à fait qui tire l’autre vers le haut. La tétralogie a été adaptée en série par HBO et la RAI, et Elena Ferrante — pseudonyme d’une autrice dont l’identité fait toujours l’objet de spéculations — n’a jamais révélé son visage.


7. Le Guépard (Giuseppe Tomasi di Lampedusa, 1958)

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Sicile, 1860. Les troupes de Garibaldi débarquent à Marsala, et l’ordre ancien vacille. Le prince Don Fabrizio Corbera de Salina — colosse féru d’astronomie, dont la famille a pour blason un guépard — observe la révolution avec un mélange de lucidité et de résignation. Son neveu Tancredi, lui, a tout compris : il rejoint les insurgés et résume sa philosophie en une phrase devenue proverbiale.

Ce roman unique — au sens strict, puisque Lampedusa n’en a écrit qu’un seul — fut refusé par deux grands éditeurs italiens avant d’être publié à titre posthume grâce à Giorgio Bassani (oui, l’auteur du Jardin des Finzi-Contini — le monde littéraire italien est décidément un mouchoir de poche). Couronné par le prix Strega en 1959 et adapté par Luchino Visconti en 1963 (Palme d’or à Cannes), Le Guépard n’a jamais quitté le panthéon de la littérature italienne.

Les deux romans interrogent les mutations de la société italienne et le sort des individus pris dans une Histoire qui ne leur demande pas leur avis. Mais Andrea laisse une place à l’espoir ; Lampedusa, aucune — et c’est précisément ce qui donne au Guépard sa force intacte, près de soixante-dix ans après sa parution.


8. La saga des Florio (Stefania Auci, 2019)

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Cap au sud, toujours, mais côté affaires. En 1799, Paolo et Ignazio Florio quittent leur Calabre natale, ravagée par un tremblement de terre, pour tenter leur chance à Palerme. Avec pour tout bagage leur ambition et un sens redoutable du commerce, les deux frères ouvrent une modeste herboristerie. Les Palermitains les méprisent — ces étrangers dont « le sang pue la sueur » n’ont pas leur place dans la bonne société. Mais les Florio ne comptent pas en rester là.

En trois tomes, Stefania Auci retrace l’ascension, le triomphe et la chute de cette dynastie qui fut un temps la plus riche d’Italie : épices, soufre, thon, vin de Marsala, navigation maritime, banques — l’empire Florio finit par couvrir tous les secteurs de l’économie sicilienne. La saga, fondée sur des faits réels, a connu un succès considérable en Italie et a été adaptée en série par les producteurs de L’Amie prodigieuse.

Si Le Guépard racontait le crépuscule de la noblesse sicilienne, Les Florio en montre le revers exact : l’irrésistible ascension d’une famille de « rien du tout » résolue à forcer les portes du pouvoir. La preuve que, dans la Sicile du XIXe siècle comme dans l’Italie de Mimo, le sang n’est pas le seul critère — même si tout le monde fait semblant d’y croire.