Publié en 2016 aux États-Unis (Delacorte Press) et traduit en français par Christel Gaillard-Paris (éditions Anne Carrière), Girl in Pieces est le premier roman de l’autrice américaine Kathleen Glasgow. On y suit Charlotte « Charlie » Davis, dix-sept ans, du centre psychiatrique Creeley — où elle est internée après une tentative de suicide — jusqu’à son nouveau départ à Tucson, en Arizona. Best-seller du New York Times et phénomène BookTok devenu livre culte sur la santé mentale, Kathleen Glasgow y dresse le portrait sans fard d’une adolescente en morceaux — automutilation, deuil, addiction — qui tente, fragment après fragment, de se remettre à l’endroit.
Si vous êtes à la recherche de lectures similaires, voici quelques recommandations.
1. The Way I Used to Be (Amber Smith, 2016)

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Eden McCrorey a quatorze ans, joue de la clarinette dans l’orchestre du lycée et mène une vie sans remous — jusqu’à la nuit où Kevin, le meilleur ami de son frère, la viole dans sa propre chambre. Incapable de parler, Eden enterre l’événement et la fille qu’elle était. Le roman se découpe en quatre parties correspondant à ses quatre années de lycée, de la troisième à la terminale, et retrace la lente transformation d’une adolescente sage en une jeune femme en colère, autodestructrice, qui enchaîne les relations à risque et l’alcool pour tenir à distance une vérité impossible à formuler.
Le refus du raccourci fait tout ici. Amber Smith ne condense pas le traumatisme en un seul arc narratif bien ficelé : elle montre à quel point les répercussions d’un viol sont longues, imprévisibles et contradictoires. Eden n’avance pas en ligne droite ; elle avance, recule, s’effondre, recommence. Le livre a été salué par Kathleen Glasgow elle-même, qui l’a qualifié de « courageux et nécessaire » — et on comprend pourquoi : il reste au plus près de son personnage, même quand tout le reste s’est dérobé.
2. Je suis une fille de l’hiver (Laurie Halse Anderson, 2009)

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Lia et Cassie se connaissent depuis l’école primaire. Elles sont ce que le roman appelle des « filles de l’hiver » : prisonnières de corps glacés et fragiles, rivales dans une course mortelle à la maigreur. Mais Cassie est morte, seule, dans une chambre de motel — et Lia n’a pas répondu à ses trente-trois appels cette nuit-là. Rongée par la culpabilité, Lia sombre un peu plus dans l’anorexie — chaque calorie compte, chaque gramme perdu est une victoire —, persuadée que seul le chiffre zéro la satisfera.
Laurie Halse Anderson, déjà connue pour Vous parler de ça (Speak), finaliste du National Book Award et lauréate du prix commémoratif Astrid-Lindgren en 2023, a ici une façon singulière de rendre compte d’un trouble alimentaire de l’intérieur. Le monologue de Lia est haché, obsessionnel, saturé de chiffres barrés et de mots rayés — une forme qui épouse le chaos mental de son héroïne. Le roman ne décrit pas la maladie : il la fait éprouver, physiquement, page après page. Une lecture âpre, traversée par une question que Lia n’ose pas se poser à voix haute : à quel moment décide-t-on que la vie vaut le coup d’être vécue ?
3. Tiens bon (Nina LaCour, 2009)

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Cette nuit-là, Ingrid a promis à Caitlin qu’elle la suivrait où qu’elle aille. Le lendemain matin, elle était partie — pour toujours. Le suicide de sa meilleure amie laisse Caitlin seule avec une question sans réponse : comment quelqu’un peut-il dissimuler une souffrance aussi profonde à la personne qui lui est la plus proche ? Le seul indice qu’Ingrid a laissé derrière elle, c’est son journal intime, glissé sous le lit de Caitlin.
Le roman couvre une année entière, saison après saison, et suit Caitlin dans un deuil qui ne ressemble pas à celui des manuels. Il y a les amitiés nouvelles — notamment celle de Dylan, lumineux et solide —, la photographie comme refuge créatif, un premier amour hésitant, et les pages du journal d’Ingrid qui révèlent peu à peu ce que Caitlin n’avait pas su voir. Nina LaCour évite le piège du pathos systématique : son récit est ponctué de moments d’une douceur inattendue, voire de vrais éclats de joie, parce que le deuil n’est pas un bloc de tristesse uniforme. C’est aussi, parfois malgré soi, un retour à la vie.
4. Tous nos jours parfaits (Jennifer Niven, 2015)

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Quand Violet Markey et Theodore Finch se croisent en haut du clocher de leur lycée de l’Indiana, ils sont tous les deux au bord du vide — au sens propre. Violet, ancienne fille populaire, ne s’est jamais remise de la mort de sa sœur dans un accident de voiture. Finch, lui, est la « bête curieuse » du lycée : excentrique, impulsif, il oscille entre des phases d’énergie débordante et des gouffres d’accablement que personne autour de lui ne sait nommer. Un projet scolaire les amène à sillonner ensemble les sites les plus improbables de l’Indiana, et ce qui devait être un simple exposé de géographie se transforme en rituel amoureux.
Le roman alterne les voix de Violet et de Finch en courts chapitres, et tout se joue dans ce décalage : là où Violet revient lentement à la surface, Finch s’enfonce. Jennifer Niven, qui a puisé dans un deuil personnel pour écrire cette histoire, ne cherche pas à édulcorer la réalité des troubles bipolaires. Les citations de Virginia Woolf qui ponctuent le récit ne sont pas là pour faire joli — Woolf était elle aussi bipolaire, et le rappel est glaçant. Adapté par Netflix en 2020 avec Elle Fanning et Justice Smith, Tous nos jours parfaits reste avant tout un roman sur ce qui se dérobe sous les apparences — et sur l’impossibilité, parfois, de sauver quelqu’un malgré l’amour qu’on lui porte.
5. Le vide de nos cœurs (Jasmine Warga, 2015)

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Aysel a seize ans, un père en prison pour meurtre, une mère qui détourne le regard et des camarades de lycée qui l’évitent comme si la violence paternelle était héréditaire. Sa décision est prise : elle veut mourir. Mais elle doute d’avoir le cran d’aller jusqu’au bout seule. C’est sur un site nommé Smooth Passages — une plateforme de « partenaires de suicide » dont le concept donne froid dans le dos — qu’elle trouve Roman, alias FrozenRobot. Ancien basketteur populaire brisé par un deuil dont il se tient pour responsable, il est, lui, absolument déterminé à en finir le 7 avril.
Le roman est construit comme un compte à rebours : chaque chapitre est daté, et l’étau se resserre de jour en jour. Ce qui aurait pu n’être qu’un dispositif morbide devient autre chose grâce à Jasmine Warga, qui sait doser l’humour d’Aysel (son côté rationnel, scientifique, presque clinique face à sa propre dépression, qu’elle visualise comme une « grosse limace noire ») et la gravité de la situation. À mesure qu’Aysel et Roman s’apprivoisent, une question s’impose : peut-on tomber amoureux de la personne avec qui l’on a prévu de mourir, et changer d’avis ?
6. Tortues à l’infini (John Green, 2017)

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Aza Holmes, seize ans, vit à Indianapolis avec sa mère, a une meilleure amie nommée Daisy et souffre de troubles obsessionnels compulsifs qui la piègent dans des spirales de pensées intrusives — en particulier la terreur d’être contaminée par la bactérie Clostridium difficile. Quand Russell Pickett, milliardaire local en fuite, disparaît — cent mille dollars de récompense à la clé —, Daisy entraîne Aza dans une enquête qui la rapproche de Davis Pickett, fils du disparu et ami d’enfance.
Mais l’intrigue policière n’est qu’un prétexte. Le véritable sujet, c’est l’intérieur de la tête d’Aza — et John Green, qui vit lui-même avec un trouble anxieux, en parle avec une justesse qui ne doit rien au hasard. Les pensées intrusives ne sont pas ici un trait de caractère pittoresque : elles sont une prison, une boucle sans fin, un dialogue interne tyrannique. Green n’offre pas de guérison miraculeuse par l’amour ou l’amitié : il montre que l’on peut aimer, être aimé·e, et continuer malgré tout à souffrir. Après Nos étoiles contraires, c’est son roman le plus personnel — et sans doute le plus honnête.
7. Dix millions d’étoiles (Robin Roe, 2017)

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Adam est un lycéen de terminale hyperactif, populaire et entouré d’amis. Julian est un élève de seconde orphelin, dyslexique et si effacé qu’il semble vouloir disparaître dans les murs du couloir. Quand la psychologue scolaire demande à Adam de retrouver ce garçon qui esquive systématiquement ses rendez-vous, il découvre que Julian n’est autre que l’ancien enfant placé dans sa famille d’accueil, qu’il considérait comme un petit frère et dont il avait perdu toute trace cinq ans plus tôt.
Les retrouvailles sont lumineuses — mais quelque chose cloche. Julian porte des manches longues en plein été, sursaute au moindre bruit, s’absente trois jours d’affilée. Robin Roe, qui a travaillé comme assistante sociale auprès d’adolescents en difficulté avant de devenir enseignante, ne fait pas dans la demi-mesure : les scènes de maltraitance infligées par l’oncle de Julian sont d’une violence sèche, difficile à soutenir. Mais le roman ne se résume pas à la cruauté ; il raconte surtout la puissance d’une amitié obstinée — celle d’un garçon prêt à décrocher dix millions d’étoiles pour en sauver un autre.
8. Une vie volée (Susanna Kaysen, 1993)

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En 1967, Susanna Kaysen a dix-huit ans, du vague à l’âme et une consultation médicale pour un banal furoncle qui tourne à l’engrenage : en vingt minutes, un psychiatre la diagnostique « trouble de la personnalité borderline » et l’envoie à l’hôpital McLean, établissement psychiatrique prestigieux de la Nouvelle-Angleterre. Elle y passera dix-huit mois, aux côtés de jeunes femmes dont les pathologies vont de la sociopathie flamboyante à la dépression silencieuse.
Ce récit autobiographique, publié près de vingt-cinq ans après les faits, frappe par sa concision et son ton : Kaysen ne s’apitoie pas, ne dramatise pas, et pose un regard à la fois lucide et souvent ironique sur l’institution, ses méthodes et la frontière — plus floue qu’on ne le croit — entre « normal » et « fou ». Le livre soulève une question inconfortable : Susanna était-elle réellement malade, ou simplement une jeune femme qui ne rentrait pas dans le moule de l’Amérique des années 1960 ? Adapté au cinéma en 1999 par James Mangold, avec Winona Ryder et Angelina Jolie (Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle), Une vie volée reste une lecture sèche et salutaire sur ce que la société fait de celles et ceux qui refusent de rentrer dans le rang.
9. La Cloche de détresse (Sylvia Plath, 1963)

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Esther Greenwood, dix-neuf ans, brillante étudiante de la banlieue de Boston, débarque à New York après avoir remporté un concours de poésie organisé par un magazine de mode. L’été s’annonce étincelant : cocktails, mondanités, rencontres. Mais Esther ne parvient pas à s’en réjouir. Quelque chose en elle se fissure, imperceptiblement d’abord, puis de façon irréversible. De retour chez sa mère, elle ne mange plus, ne dort plus, n’écrit plus. La dépression l’enferme sous une cloche de verre qui déforme le monde et l’empêche de respirer.
Unique roman de Sylvia Plath — publié sous le pseudonyme de Victoria Lucas un mois avant son suicide, en février 1963 —, La Cloche de détresse est un récit autobiographique ancré dans l’Amérique de McCarthy, ses injonctions faites aux femmes et ses institutions psychiatriques aux méthodes brutales (les descriptions d’électrochocs sont difficilement oubliables). Mais ce qui rend ce texte inépuisable, c’est le regard d’Esther : acéré, sardonique, d’une intelligence qui se retourne contre elle-même. Plath ne gémit pas ; elle démonte, avec une froideur méthodique, ce que cela signifie d’être une jeune femme qui veut tout — écrire, aimer, vivre — dans un monde qui lui demande surtout de choisir.