Siddhartha est un roman de l’écrivain germano-suisse Hermann Hesse, paru en 1922. On y suit un jeune brahmane dans l’Inde ancienne qui, insatisfait des enseignements traditionnels, quitte sa famille pour chercher par lui-même la voie de l’éveil. Tour à tour ascète, disciple du Bouddha, amant, marchand puis simple passeur au bord d’un fleuve, Siddhartha doit épuiser chaque forme de vie avant de trouver la paix — non dans une doctrine, mais dans l’écoute du monde tel qu’il est.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine.
1. Narcisse et Goldmund (Hermann Hesse, 1930)

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Dans l’Allemagne médiévale, au monastère de Mariabronn, deux jeunes hommes se lient d’amitié malgré tout ce qui les oppose. Narcisse, le novice érudit, voué à l’ascèse et à la pensée, pousse Goldmund à reconnaître sa véritable vocation : non pas le cloître, mais le monde, les sens et l’art.
Goldmund quitte alors le monastère pour une longue errance faite d’amours, de dangers, de peste et de création artistique. Il découvre la sculpture et tente d’y figer la beauté éphémère qu’il a entrevue dans ses rencontres — comme si l’art seul pouvait retenir ce que la vie lui arrache.
Comme Siddhartha, ce roman pose la question des voies concurrentes vers la connaissance de soi — ici l’intellect contre l’expérience sensible — et de leur possible réconciliation. Mais c’est l’amitié entre les deux hommes, intacte malgré des décennies de séparation, qui donne au livre sa gravité et sa tendresse.
2. Demian (Hermann Hesse, 1919)

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Publié d’abord sous pseudonyme, Demian raconte la formation d’Émile Sinclair, un adolescent tiraillé entre le monde lumineux du foyer familial et un univers sombre, interdit, qui l’attire irrésistiblement. L’arrivée dans sa classe du mystérieux Max Demian — plus âgé, plus libre, doué d’une lucidité troublante — ruine la frontière qu’il croyait étanche entre le bien et le mal.
Sous l’influence de Demian, Sinclair découvre la figure d’Abraxas, divinité gnostique qui englobe les contraires, et cesse de refouler ce qui en lui échappe à la morale familiale. Le roman puise dans la psychanalyse jungienne — Hesse suivait alors une thérapie avec un disciple de Carl Gustav Jung — et dans la philosophie de Nietzsche.
Siddhartha cherche l’unité dans la contemplation du fleuve ; Demian la cherche dans l’acceptation du chaos intérieur. Avec Le Loup des steppes, ces trois romans dessinent une même silhouette : celle de l’individu qui préfère l’inconfort de sa propre voie à la sécurité du conformisme.
3. L’Alchimiste (Paulo Coelho, 1988)

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Santiago, jeune berger andalou, fait un rêve récurrent qui le conduit à quitter son troupeau pour partir à la recherche d’un trésor enfoui au pied des pyramides d’Égypte. Sur sa route, un roi, un alchimiste et une femme du désert lui enseignent à déchiffrer les « signes » que l’univers lui adresse.
Le récit repose sur un concept central, la « Légende Personnelle » : chaque être humain porterait en lui un destin singulier, et l’accomplir serait le sens même de l’existence. Coelho puise dans un syncrétisme de traditions — soufisme, christianisme, alchimie — sans jamais les approfondir, ce qui fait à la fois la force et la limite du livre.
Ce conte philosophique rejoint Siddhartha par sa trame initiatique et par l’idée que le véritable trésor n’est pas là où on le croit. Phénomène éditorial mondial, il divise : ses admirateurs y voient un déclic, ses détracteurs un recueil de platitudes. Le mieux est encore de l’ouvrir sans a priori.
4. Le Prophète (Khalil Gibran, 1923)

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Al-Mustafa, un sage sur le point de quitter la ville d’Orphalese après douze ans d’exil, est interpellé par ses habitants qui lui demandent une dernière parole. S’ensuit une série de vingt-six méditations — sur l’amour, le travail, les enfants, la liberté, la douleur, la mort — dont chacune tient en quelques pages.
L’ouvrage ne relève ni du roman ni de l’essai, mais d’une forme de poésie philosophique brève, à mi-chemin entre la parabole biblique et le soufisme. Gibran, écrivain libano-américain, y condense ce qu’il a retenu des traditions du Moyen-Orient et du transcendantalisme américain.
Si Siddhartha raconte un chemin, Le Prophète en offre la récolte : des vérités limpides, réduites à l’essentiel, que l’on peut ouvrir à n’importe quelle page. Le format — bref, sans intrigue, presque liturgique — en fait un livre de chevet plus qu’un livre que l’on dévore.
5. Le Fil du rasoir (W. Somerset Maugham, 1944)

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Larry Darrell, jeune aviateur américain traumatisé par la Première Guerre mondiale, renonce à l’existence bourgeoise que lui promettait sa fiancée Isabel pour chercher ce que la mort de son camarade de combat lui a révélé : l’urgence de comprendre pourquoi nous vivons. Ce périple le conduit de Paris à l’Inde, où il séjourne auprès d’un sage inspiré de Ramana Maharshi.
Maugham se met en scène comme narrateur et observateur ; il entrelace le parcours de Larry avec ceux de personnages restés dans la vie conventionnelle : Isabel, pour qui la réussite sociale est une fin en soi, Elliott, dandy mondain sur le déclin, Gray, industriel ruiné par le krach de 1929. L’intelligence du roman tient à ce que Maugham ne condamne aucun d’eux.
Le titre provient d’un verset du Katha Upanishad : « Le chemin du salut est aussi difficile à parcourir que le fil d’un rasoir. » Par cette référence directe aux textes sacrés hindous et par le personnage de Larry — un Siddhartha transplanté dans l’entre-deux-guerres —, ce roman est le pendant anglophone le plus direct de l’œuvre de Hesse.
6. Le Guerrier pacifique (Dan Millman, 1980)

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En décembre 1966, Dan, jeune gymnaste à l’université de Berkeley, rencontre dans une station-service un vieil homme qu’il surnomme Socrate. Vif, imprévisible, volontiers sarcastique, ce vieux sage nocturne devient son mentor et entreprend de démolir une à une ses certitudes sur la réussite, le bonheur et la peur. Là où Siddhartha situe sa quête dans l’Inde ancienne, Millman l’ancre dans le quotidien californien des années 1960.
Le livre est une fiction autobiographique : Millman, ancien champion du monde de trampoline, s’est librement inspiré de sa propre expérience. L’enseignement de Socrate ne passe pas par des discours abstraits mais par des épreuves concrètes, physiques et mentales, qui forcent Dan à vivre ce qu’il ne pourrait pas simplement comprendre.
Le fond des deux livres converge pourtant : ce n’est ni le talent ni la volonté qui libèrent, mais l’attention totale à ce qui est là, maintenant.
7. Jonathan Livingston le goéland (Richard Bach, 1970)

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Jonathan est un goéland qui refuse de voler uniquement pour se nourrir. Là où ses congénères se contentent de zigzaguer entre les bateaux de pêche, lui s’acharne à perfectionner ses piqués, ses vrilles et ses records d’altitude. Exclu du clan pour cette insolence, il poursuit seul son apprentissage.
L’ouvrage se déploie en trois parties qui correspondent à trois stades d’évolution : la révolte individuelle, l’accès à un plan supérieur d’existence, puis le retour parmi les siens pour transmettre ce qu’il a appris. Comme dans Siddhartha, l’exclusion n’est pas une punition mais un passage obligé vers la lucidité.
Richard Bach, ancien pilote de l’armée de l’air américaine, a écrit cette fable allégorique en moins de cent pages. Comparé dès sa parution au Petit Prince de Saint-Exupéry, le livre a connu un succès mondial. Sa brièveté est trompeuse : sous l’apparence d’un récit pour enfants, il pose une question qui ne s’use pas — celle de ce que l’on est prêt à perdre pour devenir soi-même.
8. Tao Te King (Lao Tseu, Ve siècle av. J.-C. environ)

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Attribué au sage chinois Lao Tseu — figure semi-légendaire dont l’existence historique reste débattue —, le Tao Te King est un recueil de quatre-vingt-un courts chapitres consacrés au Tao (la « Voie ») et au Te (la « Vertu » ou la force intérieure qui en découle).
Le texte ne démontre rien : il procède par images, paradoxes et retournements. L’eau, qui est souple et pourtant érode la pierre, y revient comme métaphore centrale. Le sage gouverne sans intervenir (wu wei), connaît par le vide, triomphe par le retrait. Cette logique de l’effacement volontaire déroute la pensée occidentale, habituée à valoriser l’action et la maîtrise.
Siddhartha aboutit à une sagesse très proche du taoïsme, notamment lorsque le passeur Vasudeva enseigne à écouter le fleuve sans chercher à le comprendre. Le Tao Te King donne accès à la source même de cette pensée — condensée, paradoxale, et vieille de vingt-cinq siècles.
9. Ainsi parlait Zarathoustra (Friedrich Nietzsche, 1883-1885)

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Zarathoustra, prophète solitaire retiré dans la montagne, redescend parmi les hommes pour leur transmettre son enseignement. Il annonce la mort de Dieu, l’avènement du Surhomme et la doctrine de l’Éternel Retour — l’idée que chaque instant de l’existence se répète à l’infini et qu’il faut l’affirmer tel quel.
L’œuvre ne se lit pas comme un traité philosophique classique : Nietzsche a choisi la forme du poème en prose, traversé de paraboles, de chants et de discours. Le ton oscille entre l’exaltation lyrique et l’ironie mordante. Chaque chapitre forme une méditation autonome, même si l’ensemble suit une progression.
Le lien avec Siddhartha n’est pas fortuit : Hesse était un lecteur assidu de Nietzsche, et les deux œuvres partagent le même pari — un individu qui s’affranchit des doctrines établies pour forger sa propre vérité. Mais là où Siddhartha tend vers la sérénité, Zarathoustra exige un « oui » tragique à la vie.
10. Pensées pour moi-même (Marc Aurèle, ~170-180)

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Rédigées en grec ancien par l’empereur romain lors de ses campagnes militaires, les Pensées n’étaient pas destinées à la publication : ce sont des notes personnelles, des exercices de pensée qu’un homme de pouvoir s’imposait pour rester fidèle aux principes du stoïcisme.
Marc Aurèle y revient sans relâche sur les mêmes convictions : la brièveté de la vie, la vanité de la gloire, la nécessité de ne juger que ce qui dépend de soi et d’accueillir le reste avec équanimité. Le texte est dénué de toute prétention littéraire ; sa force vient de sa franchise, de son ton d’inventaire intime — et d’une parenté inattendue avec Siddhartha : la paix intérieure ne dépend pas des circonstances, mais du rapport qu’on entretient avec.
Là où Siddhartha écoute le fleuve, Marc Aurèle scrute le flux de ses propres pensées. Deux méthodes, un même constat : ce n’est pas le monde qui nous agite, c’est le jugement que nous portons sur lui.
11. Ishmael (Daniel Quinn, 1992)

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Un homme d’une trentaine d’années répond à une petite annonce : « Professeur cherche élève désireux de sauver le monde. » Il découvre que le professeur en question est un gorille télépathe nommé Ishmael. S’engage entre eux un dialogue socratique sur les fondements de la civilisation occidentale.
Ishmael oppose deux cultures : les « Preneurs », qui depuis la révolution agricole traitent la Terre comme une ressource à exploiter, et les « Laisseurs », peuples qui vivent en accord avec les lois du vivant. Argument après argument, le gorille défait le mythe selon lequel l’humanité serait le sommet de l’évolution et la croissance infinie un horizon indépassable.
Là où Siddhartha pose la question du sens à l’échelle d’une vie, Ishmael la pose à l’échelle d’une espèce. Lauréat du prix Turner en 1991, ce dialogue a durablement nourri la réflexion écologique — et continue de déranger, plus de trente ans après sa parution.
12. Découvrir un sens à sa vie (Viktor Frankl, 1946)

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Viktor Frankl, psychiatre viennois, est déporté à Auschwitz en 1942. Pendant trois ans de captivité, il observe avec l’œil du clinicien comment certains détenus résistent psychologiquement tandis que d’autres s’effondrent. Sa conclusion : ceux qui survivent sont ceux qui trouvent un sens — même infime — à leur souffrance.
De cette expérience naît la logothérapie, qu’il présente dans la seconde partie du livre. Cette approche, souvent qualifiée de « troisième école viennoise de psychothérapie » après Freud et Adler, place la recherche de sens — et non le plaisir ou la volonté de puissance — au centre de la vie psychique.
Le livre partage avec Siddhartha une interrogation centrale : qu’est-ce qui donne à l’existence sa valeur quand tout a été perdu ? Frankl y répond par trois voies — l’accomplissement, l’amour et la capacité de donner un sens à la souffrance elle-même — qui font écho, dans un registre infiniment plus sombre, au parcours du héros de Hesse.