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Que lire après « La Route » de Cormac McCarthy ?

Que lire après « La Route » de Cormac McCarthy ?

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La Route (The Road) est un roman post-apocalyptique de l’écrivain américain Cormac McCarthy, publié en 2006 aux États-Unis et traduit en français en 2008 aux éditions de l’Olivier par François Hirsch. On y suit un père et son fils, tous deux anonymes, dans leur traversée d’une Amérique ravagée par une catastrophe dont on ne saura jamais rien. Ils poussent un caddie sur une route couverte de cendres, tentent de se nourrir, d’échapper aux hordes de cannibales et de « porter le feu » — autrement dit, de rester humains quand tout invite à ne plus l’être. Récompensé par le prix Pulitzer de la fiction en 2007, adapté au cinéma par John Hillcoat en 2009 avec Viggo Mortensen, et plus récemment en bande dessinée par Manu Larcenet (2024), le roman a durablement marqué la littérature post-apocalyptique.

Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé ce livre — et repris votre souffle —, voici quelques suggestions dans la même veine.


1. La Route (Cormac McCarthy, Manu Larcenet, 2024)

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En mars 2024, Manu Larcenet, l’auteur du Combat ordinaire (prix du meilleur album à Angoulême en 2004), de Blast et de l’adaptation en deux tomes du Rapport de Brodeck de Philippe Claudel, a publié chez Dargaud sa version en bande dessinée du roman de McCarthy. Le résultat a été salué par la critique (Grand Prix de la BD ELLE 2024, sélection officielle du Festival d’Angoulême 2025) et par le public : quinze jours après sa sortie, elle était la bande dessinée la plus vendue en France.

Larcenet a travaillé deux ans sur ce projet. McCarthy a vu les premières planches, mais il est mort en juin 2023 sans avoir pu tenir l’album entre ses mains. Ce qui frappe d’emblée, c’est le parti pris graphique : quatorze nuances de gris coloré — des jaune-orange délavés, des mauves glacés — qui restituent un monde où la cendre a tout recouvert. Les dialogues sont rares, la narration absente. Larcenet fait confiance au silence, à la composition des cases et à la puissance de suggestion du dessin. Les pages muettes, qui montrent des immeubles éventrés ou des paysages calcinés, ont une force d’évocation que le texte seul ne pouvait pas atteindre.

Ce n’est pas un simple décalque illustré du roman : c’est une relecture à part entière, fidèle à l’esprit de McCarthy mais pensée pour les moyens propres de la bande dessinée. Les moments de grâce — une descente de colline sur un caddie, une canette de soda partagée — y gagnent une dimension visuelle immédiate. Et les scènes d’horreur, rendues par le cadrage et l’ellipse plutôt que par l’étalage, n’en sont que plus difficiles à oublier.


2. La Constellation du chien (Peter Heller, 2012)

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Quelque part dans le Colorado, neuf ans après ce que le narrateur appelle la « Fin de Toute Chose », Hig survit avec son chien Jasper et Bangley, un ancien militaire aussi doué avec un fusil d’assaut qu’allergique à la conversation. Une pandémie de grippe combinée à une maladie du sang a décimé la quasi-totalité de l’humanité. Hig, lui, est un rêveur — ancien pêcheur à la mouche, amateur de poésie chinoise — qui patrouille le périmètre à bord de la Bête, un vieux Cessna 182 de 1956, avec Jasper pour copilote.

Là où La Route est une marche funèbre dans la cendre, La Constellation du chien laisse filtrer la lumière. Le deuil est partout — celui de Melissa, la femme de Hig, celui des truites disparues, celui d’un monde où l’on pouvait simplement lever les yeux vers les étoiles sans guetter l’horizon —, mais quelque chose s’entête à ne pas crever. Le jour où Hig capte une voix à la radio et décide de partir à sa recherche contre l’avis de Bangley, le roman bascule dans un road trip aérien et terrestre dont l’issue reste incertaine jusqu’au bout.

Le style de Peter Heller mérite qu’on s’y attarde : des phrases hachées, parfois réduites à un seul mot, qui traduisent la pensée fragmentée d’un homme privé d’interlocuteurs depuis presque dix ans. Entre deux éclats de violence sèche, Heller glisse des descriptions d’une beauté douloureuse sur les paysages du Colorado. On a souvent qualifié ce premier roman de « version solaire de La Route » — formule un peu commode, mais pas fausse.


3. Terre brûlée (John Christopher, 1956)

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Ce roman de l’écrivain britannique John Christopher (de son vrai nom Sam Youd, également connu pour la trilogie des Tripodes) part d’une prémisse désarmante de simplicité : un virus apparu en Chine s’attaque au riz, puis mute et ravage l’ensemble des graminées — blé, orge, seigle, toutes les céréales. En quelques mois, la famine gagne la planète. L’Angleterre, qui se croyait à l’abri derrière sa Manche, finit par sombrer à son tour.

On suit John Custance, un ingénieur londonien, son ami Roger et leurs familles dans une fuite éperdue à travers la campagne anglaise pour rejoindre la ferme de David, le frère de John, dans une vallée reculée du Westmorland. La route (encore une) est jalonnée de pillards, de milices improvisées et de décisions morales qui se dégradent à chaque étape. Ce qui rend le roman si glaçant, c’est la vitesse à laquelle des citoyens respectables se muent en prédateurs. Le vernis civilisationnel, chez Christopher, ne résiste pas à trois semaines sans pain.

Écrit en pleine guerre froide, alors que tout le monde redoutait l’atome, Terre brûlée a eu le flair de regarder ailleurs : pas de champignon nucléaire ici, mais un simple parasite végétal. Soixante-dix ans plus tard, l’hypothèse n’a rien perdu de sa pertinence. Le roman a été adapté au cinéma en 1970 sous le titre No Blade of Grass, un film qui n’a jamais traversé la Manche — ironie du sort pour un récit si britannique.


4. La Parabole du semeur (Octavia E. Butler, 1993)

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En 2024, en Californie — oui, 2024 —, la société américaine s’est en grande partie effondrée. Dérèglement climatique, économie en ruine, violence endémique : tout a convergé. Lauren Oya Olamina, quinze ans, noire, fille d’un pasteur baptiste, vit à Robledo, une petite communauté barricadée dans la banlieue de Los Angeles. Lauren est hyperempathe : elle ressent physiquement la douleur d’autrui, un « don » hérité de sa mère qui fait d’elle la personne la moins équipée — et paradoxalement la plus qualifiée — pour affronter un monde aussi brutal.

Quand le mur de la communauté finit par céder sous l’assaut des pillards et des drogués au « pyro » (une drogue qui rend le feu irrésistible), Lauren est jetée sur les routes avec les rares survivants. Elle remonte vers le nord, rallie autour d’elle un groupe hétéroclite de réfugiés, et commence à fonder Semence de la Terre, un nouveau système de croyances articulé autour d’une idée simple : « Dieu est Changement ». Le Livre des Vivants, la bible qu’elle rédige au fil des jours, n’est ni un dogme ni une consolation — c’est un mode d’emploi pour survivre à un monde en flammes.

L’aspect le plus saisissant du roman d’Octavia E. Butler, c’est sa dimension prophétique. Publié en 1993, il décrit avec une précision troublante des phénomènes que nous connaissons depuis : privatisation de l’eau, murs entre les riches et les pauvres, montée d’un populisme autoritaire — le candidat à la présidence promet de « rendre sa grandeur à l’Amérique ». Cela ne vous rappelle rien ? Premier volet d’un diptyque complété par La Parabole des talents (1998), ce roman est un antidote à la résignation, lucide sur le pire mais obstiné à construire autre chose.


5. L’Aveuglement (José Saramago, 1995)

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Un homme attend au volant de sa voiture que le feu passe au vert. Il devient aveugle. Pas d’un noir d’encre, non — d’un blanc laiteux, comme s’il était tombé dans une mer de lait. L’épidémie de « mal blanc » se propage à une vitesse fulgurante : l’ophtalmologiste consulté, les patients de la salle d’attente, puis la ville entière. Le gouvernement parque les premiers contaminés dans un asile, gardé par des soldats terrifiés. À l’intérieur, la situation dégénère avec une logique implacable.

José Saramago, prix Nobel de littérature en 1998, ne donne de nom à aucun de ses personnages : il y a « le premier aveugle », « la femme du médecin », « la jeune fille aux lunettes teintées », « le vieillard au bandeau noir ». L’anonymat accentue le caractère de fable — ces gens pourraient être n’importe qui, n’importe où. La seule personne épargnée par la cécité est la femme du médecin, qui feint d’être aveugle pour accompagner son mari. Elle voit tout : la crasse, la faim, les viols commis par la bande des « aveugles scélérats » qui rançonnent les autres dortoirs, les cadavres dans les couloirs. Et elle doit se taire, sous peine de devenir une cible.

La ponctuation de Saramago est à son image : les dialogues s’enchaînent séparés par de simples virgules, les phrases s’étirent en fleuves sans point. On perd ses repères syntaxiques comme les personnages perdent la vue — l’effet est délibéré, et il fonctionne. À la fin du roman, le médecin résume l’affaire : « Je pense que nous ne sommes pas devenus aveugles, je pense que nous étions aveugles ».


6. Dans la forêt (Jean Hegland, 1996)

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Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent dans une maison isolée au cœur d’une forêt de séquoias, dans le nord de la Californie. Leur mère est morte d’un cancer, leur père d’un accident. L’électricité a disparu. L’essence aussi. Les trains ne circulent plus. Personne ne sait exactement ce qui se passe — il n’y a pas de « Grand Événement », pas d’explosion nucléaire, pas de virus — juste une lente et imperceptible dislocation du monde tel qu’on le connaissait.

Publié aux États-Unis en 1996 et tardivement traduit en français en 2017 aux éditions Gallmeister, Dans la forêt a connu un succès considérable (150 000 exemplaires en pays francophones). Le roman touche un nerf : notre dépendance absolue à des systèmes dont nous ne comprenons pas le fonctionnement, et notre désarroi quand ils cessent de fonctionner. Pas besoin d’une bombe pour que tout s’arrête — il suffit que le courant ne revienne pas.

Le récit, tenu sous forme de journal par Nell, raconte la réinvention progressive de deux vies. Eva danse — sans musique, dans la pénombre de la salle de séjour. Nell prépare son entrée à Harvard — pour une université qui n’existe probablement plus. Puis les réserves s’épuisent, les rêves d’avant aussi, et la forêt, d’abord hostile et opaque, devient peu à peu le seul allié qui reste. Le roman a aussi été adapté au cinéma par Patricia Rozema (avec Elliot Page et Evan Rachel Wood) et en bande dessinée par Lomig chez Sarbacane.


7. Le Mur invisible (Marlen Haushofer, 1963)

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Une femme — dont on ne connaîtra jamais le nom — rejoint sa cousine Louise et le mari de celle-ci dans leur pavillon de chasse, dans les Préalpes autrichiennes. Le couple sort pour la soirée au village et ne revient pas. Le lendemain, partie à leur recherche avec le chien Lynx, la narratrice se heurte à un obstacle transparent et infranchissable. De l’autre côté, les gens sont immobiles, comme pétrifiés dans leur dernier geste. Elle est seule. Absolument seule, avec un chien, une vache, une chatte et un territoire délimité par cette paroi invisible que rien n’explique.

Publié en 1963 en Autriche par Marlen Haushofer, fille d’un garde-forestier de Haute-Autriche et femme au foyer à Steyr, Le Mur invisible est resté longtemps dans l’ombre avant d’être redécouvert dans les années 1980, porté par des lectures féministes et écologiques. Le récit, rédigé comme un journal sur de vieux calendriers, est celui d’une robinsonnade inversée : Robinson Crusoé cherchait à dominer la nature et à reconstruire la civilisation ; la narratrice de Haushofer fait le contraire — elle apprend à s’y fondre, à accepter le rythme des saisons, à redéfinir les notions de bonheur et de nécessité loin de toute ambition de conquête.

Le mur n’est jamais expliqué — et le roman n’en a pas besoin. Cette paroi fonctionne aussi bien comme prison que comme libération : elle abolit d’un coup les conventions sociales, les attentes patriarcales, la comédie humaine dans son ensemble. Les pages consacrées aux animaux — le dévouement de Lynx, la placidité de la vache Bella, la naissance des chatons — comptent parmi les plus belles du roman. Le quotidien, ici, n’est pas un piège : c’est le terrain même de la survie, et de la dignité.


8. Les Fils de l’homme (P.D. James, 1992)

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En l’an 2021 — oui, encore une date qui a fini par nous rattraper —, l’humanité est stérile depuis vingt-cinq ans. L’année 1995, baptisée « année Oméga », est celle de la dernière naissance. Pas de bombe, pas de virus, pas de catastrophe climatique : simplement, les spermatozoïdes humains ont cessé de fonctionner, et personne ne sait pourquoi. L’Angleterre, désormais dirigée par le dictateur Xan Lyppiatt, sombre dans une apathie collective où les vieillards se suicident en masse lors de cérémonies officielles et où les derniers-nés, les « Omégas », jouissent d’une impunité totale.

Theo Faron, historien à Oxford et cousin du dictateur, mène une existence éteinte jusqu’au jour où il croise Julian, une jeune femme membre d’un groupuscule clandestin, les Cinq Poissons, qui défie le pouvoir. Julian porte un secret stupéfiant — et potentiellement explosif pour l’ordre établi. Seule incursion de P.D. James dans la science-fiction, le roman conserve son art du suspense et y ajoute une question vertigineuse : que reste-t-il de l’humanité quand elle sait qu’elle est la dernière génération ? Le roman a été librement adapté au cinéma en 2006 par Alfonso Cuarón, dans un film qui s’éloigne sensiblement du livre mais qui vaut le détour à part entière.

Ce qui frappe, c’est la précision avec laquelle P.D. James décrit la psychologie d’une civilisation sans avenir. Les poussettes promènent des poupées de porcelaine. Les baptêmes sont célébrés pour des chatons. Le désespoir ne se manifeste pas par des émeutes, mais par un renoncement tranquille, presque courtois — très britannique, en somme.


9. La Terre demeure (George R. Stewart, 1949)

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Isherwood Williams — Ish pour les intimes — est un étudiant en écologie isolé dans les montagnes de Californie pour ses travaux de recherche. Quand il redescend vers la civilisation, il découvre que celle-ci a cessé d’exister. Une pandémie foudroyante a rayé l’humanité de la carte. Les rues sont vides, les magasins intacts, l’électricité fonctionne encore — pour le moment. Ish traverse les États-Unis en voiture, constate l’étendue du désastre, puis revient en Californie où il rencontre Em, avec qui il fonde une famille. D’autres survivants se joignent à eux, et la petite communauté devient « la Tribu ».

Publié en 1949 — la même année que 1984 d’Orwell —, La Terre demeure est considéré aux États-Unis comme un classique fondateur du genre post-apocalyptique. Stephen King a cité ce roman comme source d’inspiration directe pour Le Fléau. Ce qui rend le livre si singulier, c’est son échelle temporelle : la plupart des récits de survie couvrent quelques semaines ou quelques mois ; Stewart, lui, suit Ish sur toute la durée d’une vie humaine, de la jeunesse à la vieillesse. On assiste à la naissance d’enfants qui n’ont jamais connu le monde d’avant, à la perte progressive des savoirs (lire, compter, comprendre ce qu’est l’électricité), à l’apparition de superstitions nouvelles.

Le titre, tiré de l’Ecclésiaste — « Les hommes passent, mais la terre demeure » —, donne le ton. Le véritable sujet du roman n’est pas la catastrophe : c’est ce qui survit à l’effondrement, et ce qui ne survit pas. Le pont de San Francisco finira par rouiller et tomber. Les livres moisiront dans les bibliothèques. Mais les chênes continueront de pousser, et les enfants d’Ish apprendront à tailler des arcs.


10. Méridien de sang (Cormac McCarthy, 1985)

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Changement de registre radical pour finir — pas d’apocalypse ici, pas de fin du monde au sens classique, mais la violence comme état permanent du continent américain. Texas, 1849. Un adolescent de quatorze ans, désigné uniquement comme « le Gamin », fuit le Tennessee et s’enrôle dans la bande du capitaine Glanton, un groupe de mercenaires payés par les autorités mexicaines pour rapporter des scalps d’Apaches. Ce qu’ils font. Et bien davantage.

Méridien de sang est souvent considéré comme le sommet absolu de Cormac McCarthy — celui où sa vision de l’Amérique atteint sa forme la plus radicale. Le personnage central n’est pas le Gamin mais le Juge Holden : un géant chauve, albinos, au savoir encyclopédique, capable de disserter sur la géologie, le droit et la métaphysique entre deux massacres. Le Juge est sans doute le personnage le plus inquiétant qu’ait produit la littérature américaine depuis le capitaine Achab : pour lui, « la guerre est Dieu », et tout ce qui existe sans son consentement existe par erreur.

Si La Route montre ce qui reste d’humanité après la fin, Méridien de sang montre ce qu’il y avait avant — et ce n’est guère plus rassurant. L’écriture de McCarthy, saturée de conjonctions (« et… et… et… »), sans tirets de dialogue, scandée comme une litanie biblique, impose un rythme hypnotique dont on ne se dégage pas. Les paysages du désert de Sonora, décrits avec une splendeur cruelle, rappellent que la terre n’a cure de ceux qui la piétinent — elle était là avant eux, elle sera là après. Âmes sensibles, vous voilà averti·es.