Miss Peregrine et les Enfants particuliers est un roman fantastique de l’écrivain américain Ransom Riggs, paru en 2011 aux éditions Quirk Books puis traduit en français par Sidonie Van den Dries chez Bayard Jeunesse. On y suit Jacob Portman, un adolescent de seize ans qui, après la mort brutale de son grand-père, découvre sur une île du pays de Galles un orphelinat hors du temps dirigé par Miss Peregrine Faucon. Les pensionnaires, des enfants doués de capacités surnaturelles, vivent à l’abri dans une boucle temporelle — mais des créatures, les Monstres, rôdent. Ponctué de photographies anciennes inquiétantes chinées par l’auteur dans des brocantes, le roman a connu un succès international (63 semaines dans la liste des meilleures ventes du New York Times), a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire en 2015 et a été adapté au cinéma par Tim Burton en 2016. La série compte six tomes au total.
Si vous vous demandez quoi lire après avoir quitté les boucles temporelles de Jacob et de ses amis particuliers, voici quelques recommandations dans la même veine. Au programme : fantômes, portes vers d’autres mondes et orphelins à la débrouillardise redoutable.
1. Lockwood & Co – Tome 1 : L’escalier hurleur (Jonathan Stroud, 2013)

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Dans le Londres imaginé par Jonathan Stroud, un fléau connu sous le nom de « le Problème » a déclenché une épidémie d’apparitions spectrales. Les fantômes s’infiltrent dans les maisons à la nuit tombée et leur simple contact — le Toucher Spectral — peut s’avérer mortel. Seuls les enfants et les adolescents possèdent les Talents nécessaires pour percevoir ces revenants : la Vue, l’Ouïe ou le Toucher. Des agences spécialisées emploient donc ces jeunes agents pour neutraliser les spectres en localisant la Source de chaque hantise — souvent un objet ou des ossements — et en la scellant sous du fer ou de l’argent.
Lucy Carlyle, la narratrice, est une chasseuse de spectres dotée d’une Ouïe exceptionnelle. Fraîchement débarquée à Londres, elle intègre la modeste agence Lockwood & Co, dirigée sans aucun superviseur adulte par Anthony Lockwood, un garçon aussi flegmatique qu’intrépide, et secondé par George Cubbins, rat de bibliothèque au sarcasme redoutable mais aux recherches toujours salvatrices. Quand une mission tourne au fiasco et endette l’agence, un riche homme d’affaires leur propose un défi suicidaire : passer la nuit dans le sinistre manoir de Combe Carey, entre un Escalier Hurleur, une Chambre Rouge et le fantôme d’un certain duc rouge aux antécédents peu recommandables.
On retrouve ici ce qui fait le sel de Miss Peregrine — des adolescents livrés à eux-mêmes face au surnaturel, des adultes soit absents soit nuisibles — avec en prime un humour pince-sans-rire très britannique et un vrai fil d’enquête policière. La série compte cinq tomes et a été adaptée en série télévisée par Netflix.
2. Les Enfants indociles – Tome 1 : Les Portes perdues (Seanan McGuire, 2016)

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La littérature regorge d’enfants qui franchissent des portes vers d’autres mondes — de la garde-robe de Narnia au terrier du lapin d’Alice. Seanan McGuire s’intéresse à ce qui se passe après : que deviennent ces enfants une fois renvoyés dans le monde réel ? La réponse, hélas, n’a rien de réjouissant. Incapables de se réadapter à leur ancienne vie, étiquetés comme dérangés par leurs familles, ils sont envoyés à la Maison des enfants indociles d’Eleanor West — un pensionnat où personne ne les prend pour des fous, puisque la directrice, elle-même une ancienne « voyageuse », a vécu la même chose.
L’héroïne, Nancy, a séjourné dans le Couloir des Morts, un royaume d’immobilité et de silence dont elle est revenue transformée jusqu’à la moelle. À peine arrivée au pensionnat, elle découvre que chaque élève a traversé un type de monde différent — Féérie, Enfers, univers de logique ou de chaos — et que Seanan McGuire a conçu une cartographie complète de ces dimensions, classées selon des axes précis (Logique/Folie, Vertu/Malice). Mais l’ambiance studieuse vire au cauchemar quand Sumi, la camarade de chambre de Nancy, est retrouvée assassinée. Les meurtres s’enchaînent et une enquête fébrile s’impose.
Ce court roman (environ 200 pages) a remporté le prix Hugo, le prix Nebula et le prix Locus du meilleur roman court. Le sentiment de ne pas appartenir au monde « normal », central dans Miss Peregrine, est ici poussé à son paroxysme : les enfants indociles ne veulent pas être sauvés — ils veulent repartir.
3. L’Étrange Vie de Nobody Owens (Neil Gaiman, 2008)

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La nuit où un tueur connu sous le nom de « le Jack » assassine toute sa famille, un bambin d’à peine dix-huit mois s’échappe de la maison et se réfugie dans le cimetière voisin. Là, un couple de fantômes — Monsieur et Madame Owens — décide de l’adopter et de le baptiser Nobody Owens (Bod, pour les intimes). L’enfant grandit entre les pierres tombales, élevé par une communauté de morts bienveillants et protégé par Silas, un tuteur mystérieux qui n’est ni tout à fait vivant, ni tout à fait mort.
Neil Gaiman reprend ici la structure du Livre de la jungle de Rudyard Kipling et la transpose dans un registre macabre et poétique. Là où Mowgli est un enfant humain au milieu des animaux, Nobody est un vivant au milieu des défunts. Chapitre après chapitre, on le voit apprendre à lire sur les épitaphes, se lier d’amitié avec les goules et les vouivres, découvrir les pouvoirs que lui confère son statut de citoyen libre du cimetière — et fuir le Jack, qui n’a pas oublié sa mission.
Récompensé par le prix Hugo, le prix Locus, la médaille Newbery et la médaille Carnegie, le roman partage avec Miss Peregrine une même idée fondatrice : un enfant protégé du monde extérieur par une communauté d’êtres surnaturels, dans un lieu clos où les règles ordinaires ne s’appliquent plus. Sauf qu’ici, le lieu clos, c’est un cimetière — et les protecteurs sont déjà morts.
4. Coraline (Neil Gaiman, 2002)

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Puisqu’on est chez Neil Gaiman, autant y rester. Coraline Jones vient d’emménager avec ses parents dans une vieille maison divisée en appartements, entre des voisines actrices à la retraite (Miss Spink et Miss Forcible, flanquées de leurs innombrables fox-terriers) et un vieux monsieur à l’étage (M. Bobinsky) qui prétend dresser un cirque de souris. Ses parents, absorbés par leur travail, n’ont guère de temps à lui consacrer. Un jour de pluie, Coraline découvre une porte condamnée dans le salon. Derrière s’ouvre un appartement presque identique au sien — en mieux. L’autre mère prépare de bons petits plats, l’autre père joue avec elle, le jardin est somptueux. Un détail, cependant : ces doubles ont des boutons noirs cousus à la place des yeux.
Le piège se referme vite. L’Autre Mère propose à Coraline de rester pour toujours — à condition de se laisser coudre, elle aussi, des boutons sur les yeux. Quand Coraline refuse et découvre que ses vrais parents ont été enlevés, elle devra retourner dans ce monde-miroir pour les sauver, armée de son seul courage et de l’aide d’un chat dont l’arrogance n’a d’égale que l’utilité.
Souvent comparé à Alice au pays des merveilles pour son surréalisme, le roman a reçu le prix Hugo et le prix Nebula du meilleur roman court, puis a été adapté en film d’animation en stop motion par Henry Selick en 2009. Sous ses airs de conte pour enfants, Coraline est capable de glacer un adulte autant qu’un enfant — et prouve, comme Miss Peregrine, qu’une porte banale peut ouvrir sur un cauchemar très élaboré.
5. Le Monstrologue (Rick Yancey, 2009)

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Nous sommes en Nouvelle-Angleterre, en 1888. Le récit se présente comme les carnets de Will Henry, orphelin de douze ans devenu l’apprenti du docteur Pellinore Warthrop, un savant au caractère épouvantable et à la spécialité peu banale : la monstrumologie, autrement dit l’étude scientifique des monstres. Will s’est habitué aux nuits blanches et aux cadavres sur la table de dissection. Mais quand un pilleur de tombes dépose chez eux le corps d’une jeune fille enlacé par celui d’un Anthropophagi — une créature sans tête dotée de trois mille dents sur le torse et d’yeux au niveau des épaules — la nuit de Will et du docteur prend une tournure abominable.
Autant prévenir : la quatrième de couverture conseille aux âmes sensibles de passer leur chemin, et elle a raison. Les scènes de violence sont crues, les descriptions anatomiquement précises, et le sang coule dès le premier chapitre. Mais derrière le grand-guignol se dessine une relation complexe entre Will et le docteur Warthrop — un homme brillant mais dénué d’empathie, incapable de remercier son assistant tout en étant dépendant de lui. L’arrivée du docteur Kearns, personnage aussi charismatique que moralement douteux, relance l’intrigue au moment exact où elle en a besoin.
L’ambiance victorienne, les secrets de famille et le ton qui emprunte autant à Frankenstein qu’à L’Épouvanteur font du Monstrologue le pendant gothique et nettement plus sanglant de Miss Peregrine. À réserver aux lecteur·ices qui ne reculent pas devant un Anthropophagi de face.
6. L’Asile (Madeleine Roux, 2013)

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Dan Crawford, seize ans, passionné d’histoire et de science mais assez solitaire, décroche une place dans un programme estival pour étudiants doués au Collège du New Hampshire. Petit imprévu : la résidence habituelle est fermée pour travaux, et les étudiants sont hébergés dans les bâtiments de Brookline — un ancien hôpital psychiatrique reconverti à la va-vite.
Avec ses nouveaux amis Abby et Jordan, Dan ne tarde pas à s’aventurer dans les sous-sols de l’édifice. Ils y tombent sur des dossiers médicaux, des photographies dérangeantes et des traces d’expériences qui n’avaient rien d’ordinaire. Dan découvre alors des liens troublants entre lui-même et le passé de l’asile — des coïncidences trop nombreuses pour être innocentes. Brookline, de toute évidence, n’a pas fini de livrer ses secrets.
Le lien avec Miss Peregrine est ici le plus direct de toute la liste : comme le roman de Ransom Riggs, L’Asile ponctue son récit de photographies vintage à l’atmosphère oppressante, insérées entre les chapitres pour renforcer le trouble. Même principe, même effet : le sentiment persistant que ces images ont été trouvées, et non fabriquées.
7. À la croisée des mondes – Tome 1 : Les Royaumes du Nord (Philip Pullman, 1995)

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Dans un monde parallèle au nôtre, chaque être humain possède un dæmon : la manifestation visible de son âme, qui prend la forme d’un animal et qui ne le quitte jamais. Chez les enfants, le dæmon peut changer de forme à volonté ; à l’âge adulte, il se fixe définitivement. C’est dans ce contexte que Lyra Belacqua, orpheline effrontée d’une douzaine d’années, grandit parmi les Érudits du Jordan College à Oxford, en compagnie de son dæmon Pantalaimon. Sa vie bascule quand elle surprend une conversation au sujet de la Poussière, une mystérieuse particule élémentaire qui fascine autant qu’elle terrifie le Magisterium — l’organe exécutif de l’Église.
Quand son ami Roger est enlevé par des ravisseurs que l’on surnomme les Enfourneurs, Lyra se lance à sa recherche. Son périple vers le Grand Nord la conduira chez les Gitans, auprès de l’aéronaute Lee Scoresby, de la sorcière Serafina Pekkala, et surtout de Iorek Byrnison, un ours en armure exilé de son royaume. Armée de l’aléthiomètre, un instrument capable de révéler la vérité, Lyra devra aussi démêler les intentions de Lord Asriel et de la redoutable Mme Coulter, dont les liens avec elle sont plus étroits qu’elle ne le soupçonne.
Traduite en français par Jean Esch chez Gallimard Jeunesse, cette trilogie aborde des thèmes ambitieux — la religion, le passage à l’âge adulte, la nature de la conscience — à travers un récit d’aventures où chaque chapitre relance la mise. Comme Ransom Riggs, Philip Pullman met en scène des enfants confrontés à des institutions qui leur mentent et des adultes prêts à les sacrifier pour servir leurs propres fins. La différence, c’est l’échelle : ici, les enjeux dépassent de très loin une seule boucle temporelle.
8. Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire – Tome 1 : Tout commence mal (Lemony Snicket, 1999)

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Dès les premières lignes, le narrateur — un certain Lemony Snicket — vous prévient : ce livre ne contient rien de plaisant, et vous feriez mieux de le reposer immédiatement pour choisir une lecture plus joyeuse. Si vous êtes encore là, voici l’affaire. Violette (quatorze ans, inventrice de génie), Klaus (douze ans, lecteur insatiable) et Prunille (bébé, mordeuse professionnelle) apprennent un beau jour sur la plage de Malamer que leurs parents ont péri dans un incendie. Les voilà orphelins et héritiers d’une fortune colossale — dont ils ne pourront disposer qu’à la majorité de Violette.
M. Poe, le banquier chargé de la succession, les confie au comte Olaf, un lointain cousin repoussant et avide. Grand, maigre, un mono-sourcil en guise de décoration faciale et un œil tatoué sur la cheville, Olaf ne cherche même pas à dissimuler ses intentions : mettre la main sur l’héritage, par tous les moyens. Les trois enfants devront rivaliser d’ingéniosité pour déjouer ses manigances — et ce n’est que le premier tome d’une saga qui en compte treize (le malheur a de la suite dans les idées).
Daniel Handler, l’auteur qui se cache derrière le pseudonyme de Lemony Snicket, a conçu une série inclassable : anti-conte de fées, faux roman policier et comédie noire roulés en un seul récit. L’humour acide, les définitions de mots glissées dans le texte avec un sérieux imperturbable et l’absence totale de happy end rappelleront aux lecteur·ices de Miss Peregrine que les meilleures histoires pour la jeunesse n’ont jamais eu peur du noir.