Millénium est une trilogie de romans policiers de l’écrivain suédois Stieg Larsson, publiée à titre posthume en Suède entre 2005 et 2007 aux éditions Norstedts Förlag. Journaliste de profession et rédacteur en chef de la revue antiraciste Expo, Stieg Larsson est décédé d’une crise cardiaque en 2004, à l’âge de 50 ans, peu après avoir remis ses manuscrits à son éditeur. La trilogie se compose de Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes, La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette et La Reine dans le palais des courants d’air. Elle met en scène le journaliste d’investigation Mikael Blomkvist et la hackeuse Lisbeth Salander, duo qui a redéfini le polar nordique contemporain. Traduite dans plus de quarante langues et écoulée à plus de cinquante millions d’exemplaires, la série est publiée en France par les éditions Actes Sud. Elle a fait l’objet d’adaptations cinématographiques suédoises (2009-2010) et d’un remake américain réalisé par David Fincher en 2011.
Si vous venez de refermer le dernier tome et que le manque se fait sentir, voici quelques recommandations pour prolonger le plaisir.
1. Meurtriers sans visage (Henning Mankell, 1991)

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Un matin de janvier, dans une ferme isolée de Scanie, au sud de la Suède, un couple de paysans retraités est retrouvé sauvagement assassiné. Avant de succomber, la femme murmure un seul mot : « étranger ». Ce souffle suffit à déclencher une vague de violence contre les demandeurs d’asile d’un camp de réfugiés voisin, et l’enquête de l’inspecteur Kurt Wallander doit avancer sur deux fronts : résoudre un double meurtre et empêcher la xénophobie ambiante de contaminer l’investigation.
Ce premier volet d’une série de douze romans pose les fondations d’un personnage central du polar nordique. Wallander est un anti-héros sans filet : divorcé, insomnique, mal nourri, en conflit avec son père et à distance de sa fille. C’est ce flic usé qui donne au roman sa force — l’enquête, ici, importe moins que l’enquêteur. Mankell, décédé en 2015, a ouvert la voie à toute une génération d’auteur·ices scandinaves. Sans lui, Millénium n’aurait probablement pas eu la même forme. Et sous le polar, c’est un portrait sans complaisance de la Suède des années 1990 qui se dessine : une social-démocratie fissurée, où le racisme n’est plus un problème qu’on peut reléguer à d’autres continents.
2. L’Hypnotiseur (Lars Kepler, 2009)

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Dans la banlieue de Stockholm, une famille entière est massacrée. Seul survivant : un adolescent, Josef, grièvement blessé et inconscient. L’inspecteur Joona Linna, persuadé que la sœur aînée de Josef est la prochaine cible du tueur, n’a pas le luxe d’attendre que le garçon se réveille. Son idée : faire appel à Erik Maria Bark, psychiatre spécialiste des traumatismes et ancien expert en hypnose médicale. Le problème, c’est que Bark a juré de ne plus jamais hypnotiser quiconque — une séance catastrophique, dix ans plus tôt, l’y a contraint.
Derrière le pseudonyme de Lars Kepler se cache un couple d’écrivains suédois, Alexandra Coelho Ahndoril et Alexander Ahndoril. Leur premier roman — publié en France en 2010 chez Actes Sud — inaugure une série de dix enquêtes et a été porté à l’écran par Lasse Hallström en 2012. L’intrigue jongle entre la traque policière menée par Joona Linna (un enquêteur d’origine finlandaise, obstiné au point d’en devenir imprudent) et la vie privée de l’hypnotiseur, dont le couple se délite. Ce qui sépare le livre de la masse des thrillers scandinaves, c’est sa construction en entonnoir : chaque révélation sous hypnose ouvre une nouvelle piste, et chaque piste en referme une autre — sur cinq cents pages, le lecteur·ice n’est jamais en terrain stable.
3. Miséricorde (Jussi Adler-Olsen, 2007)

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Pourquoi Merete Lynggaard, jeune parlementaire promise au sommet de la politique danoise, croupit-elle dans une cage depuis cinq ans ? Qui sont ses geôliers et pourquoi s’acharnent-ils sur elle ? Sa disparition soudaine avait défrayé la chronique à Copenhague, mais la police, faute d’indices, avait classé l’affaire. Jusqu’à ce que l’inspecteur Carl Mørck, un flic au bout du rouleau, et son assistant d’origine syrienne Hafez el Assad s’en emparent.
Carl Mørck, seul rescapé psychologique d’une fusillade qui a coûté la vie à un collègue et cloué un autre dans un fauteuil roulant, se retrouve à la tête du Département V — un placard administratif dédié aux affaires non résolues. Autant dire que sa hiérarchie n’attend rien de lui. Le duo Mørck-Assad, improbable et souvent drôle (Assad a un rapport très personnel aux expressions danoises), est la vraie raison pour laquelle on revient d’un tome à l’autre. Jussi Adler-Olsen alterne les chapitres entre l’enquête et la captivité de Merete — le lecteur·ice sait donc ce que les enquêteurs ignorent, et cette avance ne fait qu’aggraver l’angoisse. Le roman, couronné par les prix scandinaves les plus prestigieux, a été adapté au cinéma en 2013 et a engendré une saga qui compte aujourd’hui dix tomes.
4. La Cité des jarres (Arnaldur Indriðason, 2000)

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À Reykjavik, un homme de soixante-dix ans est retrouvé mort dans son appartement, le crâne fracassé par un cendrier. L’inspecteur Erlendur Sveinsson grogne : encore un de ces meurtres typiquement islandais, un « truc bête et méchant ». Sauf que la victime cache un passé trouble — une accusation de viol vieille de quarante ans — et que sous un tiroir de son bureau, on découvre la photo de la tombe d’une fillette de quatre ans. L’enquête, qui semblait banale, bifurque vers le fichier génétique islandais et une sinistre collection de bocaux où sont conservés des organes humains — la fameuse « cité des jarres ».
Erlendur — quinquagénaire, divorcé, nourri de plats tout prêts, père d’une fille toxicomane avec qui il entretient des rapports difficiles — partage avec Wallander un goût prononcé pour la mélancolie, mais pousse le curseur encore plus loin côté misanthropie. Arnaldur Indriðason, diplômé en histoire et ancien critique de cinéma, a remporté le prix Clé de verre en 2002 pour ce roman, puis en 2003 pour La Femme en vert. La Cité des jarres est le premier de ses livres traduit en français (par Éric Boury, aux éditions Métailié). L’Islande y apparaît comme une société en vase clos de 288 000 habitants, où tout le monde est plus ou moins lié à tout le monde — ce qui rend les secrets de famille d’autant plus toxiques et les viols d’autant plus difficiles à dénoncer.
5. Smilla et l’amour de la neige (Peter Høeg, 1992)

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Peu avant Noël, à Copenhague, le petit Esajas, un garçon groenlandais de six ans, meurt après une chute du toit de son immeuble. La police conclut à un accident. Sa voisine, Smilla Jaspersen, glaciologue et métisse dano-groenlandaise, n’y croit pas une seconde. Elle sait lire les empreintes dans la neige comme d’autres lisent un roman — et ce qu’elle voit sur ce toit, ce ne sont pas les traces d’un enfant qui joue, mais celles d’une proie qui fuit. S’ensuit une enquête solitaire et obstinée qui la mènera des rues de Copenhague jusqu’aux glaces du Groenland.
Ce roman, traduit dans plus de trente langues, est l’un des textes fondateurs du polar nordique aux côtés de Millénium. Mais l’étiquette « polar » est ici un peu étroite. Peter Høeg — ancien danseur, marin, acteur, escrimeur (on ne s’ennuie pas avec son CV) — a construit un livre qui emprunte autant au roman d’aventures à la Jules Verne qu’à la critique postcoloniale et à l’essai scientifique. Smilla est un personnage rare : libre, cassante, brillante, incapable de nouer des liens simples avec quiconque, mais prête à tout pour un enfant qu’elle aimait en silence. Le livre dénonce l’exploitation historique du Groenland par le Danemark et parvient, au passage, à rendre passionnante la question de savoir combien de mots les Inuits ont pour désigner la neige.
6. La Princesse des glaces (Camilla Läckberg, 2003)

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Dans la petite ville balnéaire de Fjällbacka, sur la côte ouest de la Suède, Erica Falck, 35 ans, biographe, découvre le corps de son amie d’enfance Alexandra Wijkner, nue dans une baignoire d’eau gelée, les poignets tailladés. La police penche pour le suicide. Erica, elle, n’en est pas convaincue — et l’autopsie lui donnera raison. Avec l’aide de l’inspecteur Patrik Hedström, ami d’enfance secrètement amoureux d’elle, elle fouille les secrets d’une communauté provinciale bien moins paisible qu’il n’y paraît.
Le roman, publié en France en 2008 chez Actes Sud, a remporté le Grand Prix de littérature policière. Si l’intrigue emprunte au polar classique, Läckberg y ajoute une dimension de comédie de mœurs qui lui est propre : on suit les amours maladroites d’Erica et Patrik, les manigances d’un commissaire incompétent fraîchement muté de Göteborg, et les ragots d’un village où tout le monde épie tout le monde. La série, vendue à 26 millions d’exemplaires dans le monde, compte aujourd’hui plus de dix tomes. C’est un polar accessible, efficace, et qui ne se prend pas trop au sérieux — une note plus légère dans un genre nordique volontiers solennel.
7. Horreur boréale (Åsa Larsson, 2003)

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Le « Pèlerin du Paradis » est mort. Viktor Strandgård, pasteur charismatique de l’Église de la Force originelle, avait survécu à un grave accident — ce qui lui avait valu ce surnom et la ferveur de toute une communauté. Mais ce matin, dans le temple de cristal de Kiruna, petite ville minière de Laponie perdue au nord du cercle arctique, on l’a retrouvé atrocement mutilé. Yeux arrachés, mains coupées : le crime tient autant du meurtre que du rituel. Sa sœur Sanna, principale suspecte aux yeux de la police, appelle à l’aide son amie d’enfance Rebecka Martinsson, avocate fiscaliste à Stockholm.
Rebecka n’est pas policière — et c’est précisément ce qui rend le roman singulier. Revenue dans la ville qu’elle avait fuie, elle doit composer avec les fidèles d’une communauté religieuse aux méthodes opaques, un passé personnel qu’elle aurait préféré garder enfoui et une enquête officielle menée en parallèle. Åsa Larsson, elle-même née à Uppsala et élevée à Kiruna, a exercé le métier d’avocate fiscaliste avant de se consacrer à l’écriture — un vécu qu’elle prête directement à son héroïne. Ce premier roman, récompensé par le prix du premier roman policier suédois en 2003, plonge le lecteur·ice dans un huis clos communautaire où les certitudes affichées cachent mal les mensonges. La série Rebecka Martinsson compte cinq tomes et a été adaptée en série télévisée.
8. Octobre (Søren Sveistrup, 2018)

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Début octobre, dans la banlieue de Copenhague, le cadavre d’une femme amputée d’une main est découvert sur une aire de jeux. À côté du corps : un petit bonhomme fabriqué à partir de marrons d’Inde et d’allumettes. L’inspectrice Naia Thulin et l’inspecteur Mark Hess, chargés de l’enquête, constatent que les empreintes relevées sur la figurine sont celles de la fille de Rosa Hartung, ministre des Affaires sociales, enlevée un an plus tôt et présumée morte. Quand un deuxième meurtre survient selon le même rituel, ils comprennent que la série ne fait que commencer.
Søren Sveistrup n’est pas un inconnu : c’est le créateur et scénariste de The Killing (Forbrydelsen), série danoise qui a largement contribué à l’essor international du polar scandinave à l’écran. Son premier roman, traduit en français en 2019 chez Albin Michel, se lit comme on regarde une série : chapitres courts, montage serré, fausses pistes en cascade. Le roman a remporté le Barry Award du meilleur premier roman en 2020 et a été adapté en série par Netflix en 2021.