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Que lire après « Lettre d'une inconnue » de Stefan Zweig ?

Que lire après « Lettre d’une inconnue » de Stefan Zweig ?

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Lettre d’une inconnue est une nouvelle de l’écrivain autrichien Stefan Zweig, publiée en 1922. Une femme anonyme y adresse une longue confession à un écrivain célèbre qui ne l’a jamais reconnue : elle lui a voué, depuis l’adolescence, un amour absolu et secret, sans qu’il en soupçonne jamais l’existence.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine.


1. Vingt-quatre heures de la vie d’une femme (Stefan Zweig, 1927)

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Dans une pension de la Riviera, le départ scandaleux d’une femme mariée avec un inconnu provoque l’indignation des pensionnaires. Seule Mrs C., une veuve anglaise distinguée, prend la défense de la fugitive. Elle confie alors au narrateur l’épisode qui a bouleversé sa propre existence : vingt-quatre heures au casino de Monte-Carlo, où elle a tenté de sauver un jeune joueur dévoré par la fièvre du jeu.

Tout tient dans la compression du temps. Une seule journée suffit à faire basculer une vie entière. Mrs C. passe de la compassion à la fascination, puis à un amour qu’elle n’avait pas vu venir. Comme dans Lettre d’une inconnue, Zweig montre comment une passion soudaine peut s’emparer d’une femme raisonnable et la rendre méconnaissable à ses propres yeux — en l’espace de quelques heures.


2. Le Voyage dans le passé (Stefan Zweig, 1929)

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Louis, jeune homme sans fortune, tombe amoureux de la femme de son bienfaiteur. Leur attirance reste inavouée, puis Louis part au Mexique pour le compte de l’entreprise familiale. La Première Guerre mondiale éclate et les sépare pendant neuf ans. Lorsqu’ils se retrouvent enfin, la question est brutale : leur amour a-t-il survécu à l’absence ?

Ce texte posthume — publié intégralement en 1976 et traduit en français seulement en 2008 — confronte le souvenir idéalisé à la cruauté des retrouvailles. L’élan amoureux se heurte à ce que les années ont altéré : les visages, les gestes, la confiance. Le désir est intact, mais il ne reconnaît plus son objet. Un récit bref et douloureux sur l’irréversibilité du temps — et sur l’illusion qu’il suffirait de se revoir pour reprendre là où l’on s’est quitté.


3. Les Nuits blanches (Fiodor Dostoïevski, 1848)

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À Saint-Pétersbourg, pendant la saison des nuits blanches, un jeune homme solitaire — il se définit lui-même comme un « rêveur » — rencontre Nastenka au bord de la Néva. Elle pleure ; il la protège d’un importun. Quatre nuits durant, ils se confient l’un à l’autre. Il tombe amoureux. Elle attend le retour d’un autre homme.

Dostoïevski a vingt-sept ans quand il écrit cette nouvelle, et cela se sent — non par maladresse, mais par une absence totale de cynisme. Le rêveur s’abandonne à une illusion que Nastenka entretient sans malice, par besoin de réconfort. Le dénouement — brutal, en une phrase — le ramène à sa solitude première. Comme l’inconnue de Zweig, il aura aimé sans retour, et cette « pleine minute de béatitude » devra suffire à toute une vie.


4. Le Bracelet de grenats (Alexandre Kouprine, 1910)

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Le jour de sa fête, la princesse Véra reçoit d’un admirateur anonyme un bracelet serti de grenats. Cet homme, un modeste fonctionnaire nommé Jeltkov, lui voue depuis sept ans un amour silencieux et sans espoir. La famille de Véra, offusquée par ce cadeau jugé inconvenant, retrouve sa trace et exige qu’il cesse toute correspondance. Il obéit — et choisit une issue irréversible.

Kouprine s’est inspiré de faits réels pour cette nouvelle ancrée dans la Russie tsariste de province. Le récit dresse aussi le portrait d’une aristocratie oisive, incapable de reconnaître la sincérité d’un sentiment qu’elle juge ridicule. La parenté avec Lettre d’une inconnue est directe : même amour inconditionnel, même asymétrie entre celui qui aime et celle qui ignore, même révélation tardive de la profondeur de cet attachement.


5. La Madone au manteau de fourrure (Sabahattin Ali, 1943)

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Un narrateur sans emploi partage son bureau, à Ankara, avec Raif Efendi, un homme effacé que sa famille méprise. Après la mort de ce dernier, le narrateur découvre son carnet intime. On y apprend que le jeune Raif, envoyé à Berlin dans les années 1920 pour apprendre le métier de savonnier, s’est épris de Maria Puder, une artiste dont il a d’abord admiré l’autoportrait lors d’une exposition.

Ce roman turc, redécouvert tardivement hors de Turquie, raconte une passion née d’une image — un tableau — avant même la rencontre réelle. Raif et Maria vivent un amour bref et intense dans le Berlin de l’entre-deux-guerres, contrarié par leurs tempéraments opposés et par la brutalité de l’époque. Le récit-cadre, qui enchâsse cette histoire dans un carnet posthume, fait écho au dispositif de la lettre chez Zweig : on ne mesure la profondeur d’un amour qu’après la mort de celui qui l’a porté.


6. Les Souffrances du jeune Werther (Johann Wolfgang von Goethe, 1774)

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Werther, jeune homme exalté et solitaire, s’installe à la campagne et tombe éperdument amoureux de Charlotte, promise à un autre. Malgré la certitude de l’impossible, il refuse de renoncer à ses sentiments. Sa passion le consume, le coupe du monde, et le conduit à un acte irréparable.

Ce roman épistolaire — le premier de Goethe — a déclenché à sa parution un phénomène culturel sans précédent, jusqu’à une vague de suicides par imitation. Il pose, dès le XVIIIe siècle, la question qui traversera toute la littérature romantique : que faire d’un amour que rien ne peut satisfaire ? L’enfermement de Werther dans sa propre subjectivité, son incapacité à accepter la réalité, préfigurent l’obstination amoureuse de l’inconnue de Zweig — avec la même issue tragique.


7. Mademoiselle Else (Arthur Schnitzler, 1924)

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Else, dix-neuf ans, passe ses vacances dans un palace italien avec sa tante. Elle reçoit une lettre de sa mère : son père, avocat viennois, est au bord de la ruine. On lui demande de solliciter un prêt auprès de Dorsday, un riche marchand d’art ami de la famille. L’homme accepte, à une condition : pouvoir contempler Else nue.

L’intégralité du récit est composée en monologue intérieur — un procédé alors encore rare en littérature de langue allemande. On suit, d’une soirée à l’autre, le flux des pensées d’Else : ses hésitations, ses fantasmes, sa révolte, sa honte. Schnitzler, ami de Freud et contemporain de Zweig à Vienne, offre un portrait implacable de la bourgeoisie viennoise et de ses arrangements moraux. Else, comme l’inconnue, est une femme prise au piège d’un monde qui dispose d’elle sans jamais la voir.


8. Les Braises (Sándor Márai, 1942)

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Dans un château hongrois, un vieux général reçoit la visite de Conrad, son ami d’enfance qu’il n’a pas revu depuis quarante et un ans. Leur amitié, forgée à l’académie militaire, s’est brisée en une nuit — à la suite d’une partie de chasse et d’un soupçon lié à Christine, la femme du général. Ce soir-là, enfin, les comptes seront soldés.

Le roman se déploie presque entièrement sous la forme d’un huis clos dialogué. Henri parle ; Conrad écoute et répond à peine. Chaque souvenir révélé est un coup porté. Márai, que l’on inscrit dans la lignée de Zweig et de Schnitzler, pose une question simple et sans réponse assurée : la passion — amoureuse ou amicale — laisse-t-elle autre chose que des braises ? Et la vérité, quand elle arrive quarante ans trop tard, vaut-elle encore la peine d’être dite ?


9. Passion simple (Annie Ernaux, 1992)

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Annie Ernaux raconte, en quelques dizaines de pages, la passion qu’elle a vécue avec un homme marié, un diplomate étranger. Pendant des mois, son existence entière s’est organisée autour de l’attente : attendre un appel, attendre une visite, attendre un signe. Tout le reste — travail, vie sociale, lecture — est devenu secondaire, voire insignifiant.

Ernaux refuse tout lyrisme et toute dramatisation. Elle consigne les faits avec une précision presque clinique : les gestes, les horaires, les objets. Ce dépouillement radical ne diminue en rien l’intensité du propos — il la rend plus crue. On retrouve, comme chez Zweig, une femme entièrement absorbée par un homme qui ne lui accorde qu’une place marginale dans sa vie — mais le regard posé sur cette situation est ici dénué de toute complaisance.


10. Un amour (Dino Buzzati, 1963)

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Antonio Dorigo, architecte milanais d’une cinquantaine d’années, s’éprend de Laïde, une jeune femme qui se prostitue occasionnellement. Cette passion l’entraîne dans un engrenage de jalousie, d’humiliation et de dépendance. Il sait qu’elle lui ment, qu’elle le manipule, qu’elle ne l’aime pas — et pourtant il ne parvient pas à se détacher d’elle.

Dernier roman de Buzzati, Un amour rompt avec le registre fantastique qui a fait la renommée de l’auteur du Désert des Tartares. Ici, le fantastique réside dans l’amour lui-même, dans sa capacité à rendre un homme lucide absolument esclave de ses sentiments. Buzzati fouille sans ménagement les contradictions de Dorigo : sa fierté bafouée, ses raisonnements défaits par le désir, son refus pathétique d’admettre l’évidence. Un roman sur l’amour comme maladie — et comme dernier recours, aussi dérisoire soit-il, contre la solitude.


11. Le Ravissement de Lol V. Stein (Marguerite Duras, 1964)

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Lola Valérie Stein, dix-neuf ans, assiste au bal de T. Beach avec son fiancé, Michael Richardson. Une femme plus âgée, Anne-Marie Stretter, entre dans la salle et lui ravit son fiancé sous ses yeux. Lol ne crie pas, ne proteste pas. Elle regarde. Elle est comme pétrifiée — et ne s’en remettra jamais tout à fait.

Duras emploie ici une narration volontairement lacunaire, confiée à Jacques Hold, un homme fasciné par Lol et contraint d’inventer ce qu’il ne sait pas d’elle. Le mot « ravissement » porte un triple sens : Lol est ravie (dépossédée de son fiancé), ravie (saisie d’une forme d’extase) et ravie à elle-même (absente au monde). Ce roman, salué par Lacan dès sa parution, offre une expérience de lecture très éloignée de Zweig — mais la question qui le traverse est la même : que devient un être dont l’amour a été nié ?