Publié en mars 2023 aux éditions Albin Michel, Les Femmes du bout du monde est le sixième roman de Mélissa Da Costa, autrice la plus lue en France en 2023. Il se déroule à la pointe sud de la Nouvelle-Zélande, dans la région isolée des Catlins, où Autumn et sa fille Milly gèrent un petit camping baptisé Mutunga o te ao — « le bout du monde » en maori. Leur quotidien bien rodé est bouleversé par l’arrivée de Flore, une jeune Parisienne qui a fui son mariage et la France pour tenter de se reconstruire à l’autre bout de la planète. Au milieu des bourrasques de l’océan Austral, des légendes maories et d’une faune sauvage omniprésente (manchots, dauphins, otaries), ces trois femmes apprennent à se connaître, à se pardonner et à s’aimer. La presse a qualifié le roman d’« intime et haletant » (La Croix) et de « récit d’une seconde chance » (Marie France).
Si vous êtes à la recherche de lectures dans le même esprit, voici des romans dans lesquels des personnages en deuil, en fuite ou en rupture trouvent, souvent loin de tout, la force de repartir.
1. Les Lendemains (Mélissa Da Costa, 2020)

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Amande a perdu son compagnon Benjamin, fauché par un camion alors qu’il roulait à moto, un soir de fête de la musique. Sous le choc, elle a aussi perdu le bébé qu’ils attendaient. Dévastée, elle se réfugie dans une vieille maison isolée en Auvergne pour vivre son chagrin loin du monde. Les volets restent clos tout l’été. Puis, un jour, elle laisse entrer un papillon — et avec lui, la lumière. Elle tombe alors sur les carnets horticoles de Madame Hugues, l’ancienne propriétaire des lieux, et entreprend de redonner vie au jardin abandonné, saison après saison.
Ce deuxième roman de Mélissa Da Costa aborde le deuil frontalement — les premières pages sont rudes — mais sans complaisance. Au fil des mois, le contact avec la terre, la pousse des plantes et les rencontres (Julie, une amie fidèle ; une belle-famille restée aimante malgré la distance ; un chat qui s’invite sans y être convié) ramènent peu à peu Amande vers la vie. Récompensé par le Prix Catherine-de-Médicis en 2021, le roman touche juste parce qu’il ne force rien : Amande avance à son rythme, recule parfois, et chaque petite victoire — ouvrir un volet, planter un bulbe, accepter une visite — compte. Si Les Femmes du bout du monde vous a ému·e par la reconstruction de Flore en Nouvelle-Zélande, Les Lendemains raconte une guérison du même ordre, ancrée cette fois dans la terre d’Auvergne et le cycle des saisons.
2. Tout le bleu du ciel (Mélissa Da Costa, 2019)

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Émile a vingt-six ans et un diagnostic qui ne laisse aucun doute : un Alzheimer précoce, la maladie dégénérative de la mémoire qui, d’ordinaire, ne frappe qu’au grand âge. Il refuse l’acharnement thérapeutique et la compassion accablée de ses proches, et publie une petite annonce sur Internet pour trouver un·e compagnon·ne de voyage. Contre toute attente, une jeune femme mystérieuse répond : Joanne, coiffée d’un grand chapeau noir et chargée d’un unique sac à dos. Ensemble, ils prennent la route en camping-car, direction les Pyrénées.
C’est le roman qui a révélé Mélissa Da Costa au grand public, et il repose sur un road trip à travers le sud de la France, entre montagnes et Méditerranée. Au fil du voyage, une relation improbable se construit, faite de silences, de pudeur et de confidences lâchées au détour d’un sentier ou d’un bivouac. Joanne, dont on ne sait presque rien au départ, porte elle aussi des blessures que le récit dévoile avec patience. Le roman dépasse les 800 pages, mais son rythme ne faiblit pas : il suit la progression de la maladie, entre éclairs de lucidité et moments d’absence. On y retrouve ce qui fait la signature de Mélissa Da Costa — la nature comme refuge, des personnages blessés qui s’apprivoisent, et le choix délibéré de vivre plutôt que de survivre — mais dans une version plus brute et plus urgente que dans Les Lendemains ou Les Femmes du bout du monde.
3. Traverser les montagnes et venir naître ici (Marie Pavlenko, 2024)

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À quarante ans, Astrid n’a plus rien à perdre. Elle a tout vendu pour s’installer dans une maison qu’elle n’a même pas visitée, perchée dans le Mercantour — un parc national des Alpes du Sud, à la frontière italienne, où les loups sont revenus et où l’hiver coupe les routes pendant des mois. Dans ses cartons, un seul porte une croix rouge : c’est tout ce qui reste de sa vie d’avant, de Kamal, l’homme qu’elle a perdu. Au même moment, Soraya, dix-sept ans, marche en direction de la frontière française. Derrière elle, la Syrie en guerre, sa famille dispersée, et dans son ventre, une vie qu’elle refuse.
Le roman de Marie Pavlenko raconte la rencontre de ces deux femmes que tout sépare — l’âge, l’origine, les raisons de leur effondrement — mais que la montagne va rapprocher. L’autrice, connue pour ses romans jeunesse (dont Un si petit oiseau), signe ici son premier roman adulte aux éditions Les Escales. La narration alterne les voix : celle d’Astrid, hachée, fragmentée par le deuil — de tout petits paragraphes, des souvenirs qui surgissent comme des coups de couteau —, et celle de Soraya, plus ample, portée par de longs retours vers la Syrie et la route des Balkans — le chemin qu’empruntent les exilés à travers la Turquie, la Grèce et l’Europe de l’Est pour atteindre la France. Des poèmes de Tsvétaïéva, de Darwich ou de Chedid ponctuent les chapitres : Astrid les murmure dans le noir, Soraya les connaît par cœur, et ces vers deviennent le seul langage qu’elles arrivent à partager avant de se parler vraiment. Le Mercantour, décor de leur rencontre, est aussi la région où des habitants ont hébergé et guidé des exilés au péril de poursuites judiciaires — une réalité que Marie Pavlenko intègre au récit sans jamais verser dans le pamphlet.
4. Les Déferlantes (Claudie Gallay, 2008)

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Sur la pointe de la Hague — l’extrémité nord-ouest du Cotentin, en Normandie, là où la terre finit et où le vent ne cesse jamais —, une ornithologue dont on ne connaîtra pas le nom s’est installée pour compter les oiseaux migrateurs et, accessoirement, fuir la mort de son compagnon. Un jour de grande tempête, Lambert débarque au village. Il revient quarante ans après le naufrage de 1967 qui a emporté ses parents et son petit frère. Trois corps auraient dû être retrouvés — il n’y en a eu que deux. Son retour fait ressurgir des secrets que les habitants préféreraient oublier.
Le roman prend son temps — il faut accepter son rythme lent et sa densité — mais une fois qu’on y entre, il est difficile d’en sortir. Autour de la narratrice gravitent des personnages singuliers : Lili, la patronne du bar ; Théo, l’ancien gardien de phare rongé par les remords (le phare ne fonctionnait pas la nuit du naufrage — pourquoi ?) ; la vieille Nan, que tout le monde croit folle ; Max, l’éternel marginal. Le village entier fonctionne comme un huis clos, où chacun détient un fragment de vérité et refuse de le lâcher. Paru confidentiellement à 7 500 exemplaires, Les Déferlantes a fini par se vendre à plus de 300 000 copies grâce au bouche-à-oreille et a reçu le Prix des lectrices de Elle en 2009. Un roman à lire emmitouflé·e dans une couverture, de préférence avec le bruit de la mer en fond sonore.
5. Un été prodigue (Barbara Kingsolver, 2000)

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Dans le comté fictif de Zébulon, au cœur des Appalaches — la grande chaîne de montagnes de l’est des États-Unis, une région restée très rurale et boisée —, trois femmes vivent un été qui va tout changer. Deanna, garde forestière, s’est volontairement coupée du monde pour suivre la trace d’une famille de coyotes ; sa solitude vole en éclats quand un jeune chasseur nommé Eddy Bondo débarque dans sa forêt. Lusa, spécialiste des insectes devenue veuve, hérite de la ferme de son mari et doit composer avec une belle-famille qui ne l’a jamais acceptée — et qui voit d’un mauvais œil cette intellectuelle tombée du ciel. Nannie, septuagénaire écologiste, cultive son verger bio et mène une guerre de voisinage savoureuse avec Garnett, vieux monsieur grincheux et grand amateur de pesticides.
Barbara Kingsolver, biologiste de formation et lauréate du prix Pulitzer 2023 pour Demon Copperhead, propose avec ce roman un récit où la nature n’est pas un simple décor mais un personnage à part entière — on sent la chaleur du soleil, on frémit sous l’orage, on reconnaît l’odeur du chèvrefeuille. Les trois récits, d’abord parallèles, finissent par se rejoindre : on découvre que ces femmes sont liées par le même territoire, les mêmes familles, les mêmes dilemmes. Le ton oscille entre tendresse, humour (les joutes verbales entre Nannie et Garnett valent le détour) et engagement écologique, sans que le roman ne se transforme en leçon de morale. Une lecture idéale pour quiconque a aimé la place que Les Femmes du bout du monde accorde à la faune, à la flore et aux questions environnementales.
6. Là où les arbres rencontrent les étoiles (Glendy Vanderah, 2019)

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Au cœur des forêts de l’Illinois, Jo mène une vie solitaire et méthodique : chaque matin, elle recense les nids d’oiseaux pour ses recherches en ornithologie (décidément, les oiseaux attirent les personnages en quête de solitude). Elle se remet d’un cancer et du décès récent de sa mère. Un soir, une petite fille en pyjama surgit des sous-bois. Elle s’appelle Ursa, affirme être descendue de la constellation de la Grande Ourse et déclare qu’elle est venue sur Terre pour assister à cinq miracles. Jo, perplexe, la recueille le temps de prévenir les autorités. Mais les jours passent, le mystère s’épaissit, et Gabriel, un voisin solitaire qui porte lui aussi de lourdes blessures, s’attache à son tour à cette enfant hors du commun.
Glendy Vanderah, elle-même ancienne ornithologue spécialiste des espèces menacées, a nourri son premier livre d’une connaissance très concrète du terrain : les randonnées à l’aube, les relevés de nids, la chaleur étouffante de l’été dans le Midwest américain. Le trio formé par Jo, Gabriel et Ursa compose une famille choisie — trois êtres cabossés qui n’auraient jamais dû se croiser et qui, ensemble, réapprennent la confiance. Le roman pose une question qui refuse de se laisser résoudre facilement : d’où vient Ursa, et que fuit-elle vraiment ? La réponse, quand elle arrive, frappe fort : derrière la fable enfantine se cachent des réalités bien plus violentes que ce que le début laissait présager.
7. Ce que disent les silences (Laure Manel, 2023)

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À la mort de son père, Adèle découvre dans ses affaires une boîte à chaussures qui contient une broche de sa mère, des lettres échangées avec un grand-père qu’elle croyait perdu de vue, et surtout un secret : la mort de sa mère, survenue quand Adèle avait quatre ans, ne s’est pas déroulée comme on le lui a toujours raconté. Pour comprendre, la jeune photographe parisienne quitte tout et retourne sur l’île où elle est née — Ouessant, au large du Finistère, l’une des îles les plus isolées de Bretagne, qu’elle avait quittée enfant et où elle ne devait jamais revenir.
Laure Manel fait d’Ouessant bien plus qu’un décor : l’île, avec ses cinq phares (dont le Créac’h, l’un des plus puissants au monde), son crachin, ses falaises et ses habitants taiseux, impose sa présence à chaque page. La narration alterne passé et présent, chaque chapitre daté pour permettre de reconstituer le puzzle familial pièce par pièce. Les retrouvailles d’Adèle avec ses grands-parents maternels — Jean, en maison de retraite, et Marie, gardienne obstinée du secret — donnent lieu aux scènes les plus fortes du roman : il y a tout le poids de ce qui n’a pas été dit pendant des décennies, et la difficulté de briser enfin le silence. Le livre parle de ces familles où l’on se tait « pour protéger » et où le silence finit par faire plus de dégâts que la vérité. Une lecture idéale pour celles et ceux qui ont aimé, dans le roman de Mélissa Da Costa, la quête d’identité de Flore et l’atmosphère insulaire.
8. Là où chantent les écrevisses (Delia Owens, 2018)

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Kya Clark a six ans quand sa mère quitte la cabane familiale, au cœur des marais de Caroline du Nord, sans se retourner. Ses frères et sœurs suivront, puis son père alcoolique disparaîtra à son tour. Abandonnée de tous, Kya grandit seule dans le marais, apprend à pêcher, à troquer des moules et du poisson fumé contre quelques dollars auprès de Jumpin’, un commerçant noir qui devient, avec sa femme Mabel, son seul soutien. Les habitants de la petite ville côtière de Barkley Cove la surnomment « la Fille des marais » et la traitent en paria. Plus tard, c’est Tate, un jeune homme patient, qui lui apprend à lire et lui ouvre les portes de la science et de la poésie. Mais quand on retrouve le corps de Chase Andrews, la vedette locale, au pied d’une tour de guet, Kya devient aussitôt la suspecte numéro un.
Delia Owens, zoologiste qui a vécu plus de vingt ans en Afrique, fait avec ce livre son entrée en littérature. Là où chantent les écrevisses fonctionne sur une double temporalité : d’un côté l’enfance puis l’adolescence de Kya dans les années 1950-1960, de l’autre l’enquête policière et le procès. Les deux histoires se rapprochent peu à peu, et la tension monte jusqu’à un verdict dont l’issue reste incertaine jusqu’à la dernière page. Mais ce qui reste en mémoire, ce n’est pas tant l’intrigue policière que la relation entre Kya et le marais — ce territoire à la fois refuge et menace, décrit avec une précision de naturaliste, qui l’a nourrie, cachée et façonnée depuis l’enfance. Vendu à plus de 15 millions d’exemplaires et adapté au cinéma en 2022, c’est un roman qui plaira autant à celles et ceux qui aiment les récits immergés dans la nature qu’aux amateurs de suspense. L’expression « là où chantent les écrevisses » désigne, dans le roman, l’endroit le plus reculé de la nature, là où les animaux sont encore sauvages — un écho au « bout du monde » de Mélissa Da Costa.
9. Une vie entre deux océans (M. L. Stedman, 2012)

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Après les tranchées de la Première Guerre mondiale (1914-1918), Tom Sherbourne revient en Australie. Comme des milliers de soldats de sa génération, il est hanté par ce qu’il a vu et cherche à s’éloigner du monde. Il accepte un poste de gardien de phare sur l’île de Janus — un bout de terre désolé, battu par les vents, coincé entre l’océan Indien et l’océan Austral, relié au continent par un seul bateau de ravitaillement. Là, il épouse Isabel, et leur bonheur semble enfin possible. Mais deux fausses couches et un enfant mort-né viennent fracasser cet espoir. Un matin d’avril 1926, un canot s’échoue sur le rivage. À son bord : le cadavre d’un homme et un bébé vivant. Isabel y voit un signe du ciel. Elle supplie Tom de ne pas signaler l’incident, de garder l’enfant — la petite Lucy — comme le leur. Tom, par amour, cède. Mais quelque part sur le continent, une mère cherche son enfant disparu.
L’Australienne M. L. Stedman pose avec ce livre un cas de conscience vertigineux : peut-on voler l’enfant d’une autre femme pour réparer sa propre douleur ? Où s’arrête l’amour et où commence l’égoïsme ? L’isolement de l’île — le phare, l’impossibilité de revenir en arrière — rend chaque décision irréversible et chaque mensonge un peu plus lourd. Au fil des années, la culpabilité ronge Tom tandis qu’Isabel s’accroche à l’idée que Lucy est leur fille, qu’elle l’a toujours été. Le roman a été traduit dans le monde entier, adapté au cinéma en 2016 avec Michael Fassbender et Alicia Vikander, et continue de faire couler des larmes (préparez les mouchoirs). Comme dans Les Femmes du bout du monde, la vie sur une île coupée de tout amplifie les émotions : quand il n’y a nulle part où fuir, il ne reste qu’à se confronter à soi-même et aux autres.