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Que lire après « Blackwater » de Michael McDowell ?

Que lire après « Blackwater » de Michael McDowell ?

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Blackwater est une saga fantastique en six tomes écrite par l’auteur américain Michael McDowell (1950-1999), publiée pour la première fois aux éditions Avon entre janvier et juin 1983, à raison d’un volume par mois. En France, c’est l’éditeur Monsieur Toussaint Louverture qui révèle cette fresque au public francophone en 2022, avec un résultat spectaculaire : plus de 800 000 exemplaires vendus en un an.

On y suit la famille Caskey, clan de riches propriétaires terriens de la petite ville fictive de Perdido, en Alabama, de 1919 à 1969. L’arrivée d’une mystérieuse étrangère, Elinor Dammert — surgie des eaux en pleine crue, comme si la rivière elle-même l’avait déposée là —, va dynamiter l’équilibre du clan.

Saga matriarcale à la croisée du Southern Gothic — ce courant littéraire qui ancre le grotesque et le macabre dans le Sud profond des États-Unis — et du feuilleton familial, Blackwater a été saluée par Stephen King en personne, qui considérait McDowell comme « le meilleur auteur de paperbacks aux États-Unis ». Scénariste de Beetlejuice et de L’Étrange Noël de Monsieur Jack, McDowell reste pourtant méconnu hors des cercles anglophones.

Si vous vous demandez quoi lire après avoir quitté Perdido et les Caskey, voici quelques recommandations dans les mêmes eaux.


1. Lune froide sur Babylon (Michael McDowell, 1980)

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Impossible de quitter l’univers de McDowell sans passer par Babylon, sa petite ville de Floride écrasée de chaleur, de moustiques et de non-dits. Publié trois ans avant Blackwater, ce roman en contient déjà toutes les obsessions : une communauté repliée sur elle-même, une famille frappée par le malheur — les Larkin —, et une rivière qui joue un rôle autrement plus sinistre que celui de simple décor. Ici, c’est le Styx (un affluent de la Perdido, pour les géographes de l’univers McDowellien) qui charrie les cadavres et les rancœurs. Lorsque la jeune Margaret Larkin disparaît, c’est tout l’équilibre précaire de Babylon qui se fissure.

Là où Blackwater distillait le fantastique au compte-gouttes, Lune froide sur Babylon y va franco : vengeance d’outre-tombe, apparitions spectrales et scènes d’horreur frontales sont au programme. Le roman se lit comme un thriller choral, passant d’un personnage à l’autre avec un sens du tempo redoutable. L’humour macabre de l’auteur, déjà bien présent dans Blackwater, se donne ici libre cours — certains personnages détestables subissent des sorts si extravagants qu’on oscille entre l’effroi et le rire nerveux.

On retrouve aussi ce que McDowell fait de mieux : le portrait au vitriol d’une petite ville américaine où la violence sommeille derrière les sourires polis et les potins du dimanche. Vous avez aimé Perdido ? Babylon vous attend, un cran plus sombre et un bon paquet de degrés Fahrenheit plus chaud.


2. Délivrez-nous du bien (Joan Samson, 1976)

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Joan Samson n’a écrit qu’un seul roman. Elle est morte d’un cancer à 38 ans, quelques semaines après sa publication. Délivrez-nous du bien est donc un livre-testament, et quel testament. À Harlowe, paisible bourgade rurale du New Hampshire, la famille Moore — John, sa femme Mim, leur fille Hildie et Ma, la mère de John — vit de la terre, loin de l’agitation urbaine. Puis débarque Perly Dunsmore, commissaire-priseur beau parleur et redoutablement persuasif, qui s’allie au shérif local pour organiser des ventes aux enchères « au profit de la communauté ». Les habitants sont invités à donner ce dont ils n’ont plus besoin. Puis ce qui les encombre un peu. Puis le reste.

La mécanique est d’une simplicité terrifiante : la dépossession avance à pas feutrés, semaine après semaine, et personne ne réagit. Stephen King a cité ce roman comme une influence directe pour Bazaar, et la comparaison se tient — à ceci près que le mal, chez Samson, n’a rien de surnaturel. C’est précisément ce qui rend le livre si glaçant. Pas de monstre tapi dans l’ombre : juste un homme qui parle bien, des forces de l’ordre complaisantes et une population trop docile pour dire non.

Concrètement, on suit les Moore perdre un objet, puis un meuble, puis un outil de travail, puis une parcelle de terre — et comprendre trop tard qu’on ne leur a rien volé, puisqu’ils ont tout donné de leur plein gré. Ou presque. Écrit dans les années 1970, le roman pose une question qui n’a rien perdu de son tranchant : jusqu’où peut-on céder avant de ne plus rien posséder — y compris sa propre dignité ?


3. Starling House (Alix E. Harrow, 2023)

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Alix E. Harrow, à qui l’on doit Les Dix Mille Portes de January et Le Temps des sorcières, s’attaque ici au roman de maison hantée. Opale survit dans un motel miteux d’Eden, Kentucky, ville sinistrée où la centrale électrique est le seul employeur et où la brume se lève chaque jour un peu plus. Depuis des années, Opale est fascinée par la mystérieuse Starling House, immense demeure gothique que tous les habitants évitent soigneusement. Lorsque le portail de la maison s’ouvre enfin devant elle, Opale rencontre Arthur Starling, son dernier gardien, et découvre que la demeure cache un secret : sous ses fondations s’étend un Monde-d’en-Dessous, peuplé de créatures cauchemardesques que l’on nomme les Bêtes.

Mais Harrow ne se contente pas de faire grincer des portes. Ce qui intéresse l’autrice, c’est la question de l’enracinement : Opale, orpheline sans foyer ni mémoire, cherche un endroit où se poser ; Arthur, prisonnier de sa fonction de gardien, n’a jamais connu autre chose que ces murs. Leur rencontre évoque La Belle et la Bête sans jamais singer le conte, et le récit prend une dimension sociale concrète — Eden est une ville dont la richesse a été aspirée par des industriels miniers, laissant derrière eux une population appauvrie et un sol empoisonné.

Comme dans Blackwater, le lieu est ici un personnage à part entière : la ville, la maison et la terre sur laquelle elles reposent sont inséparables des gens qui y vivent. Et ce qui a été fait à Eden — l’exploitation, le mépris, l’abandon — a laissé des traces qui ne sont pas que symboliques. Elles grouillent sous le plancher.


4. Ceux de l’autre rive (Christopher Buehlman, 2011)

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1935, en pleine Grande Dépression. Frank et Eudora héritent d’une maison à Whitbrow, petite bourgade de Géorgie où l’arrière-grand-père de Frank — un général confédéré esclavagiste — possédait autrefois une plantation. Le village, cerné par une forêt obscure, semble accueillant ; le couple s’y intègre sans difficulté. Mais Frank, qui rêve d’écrire un livre sur son aïeul, commence à poser des questions qui dérangent. Pourquoi les habitants envoient-ils chaque mois des cochons vivants de l’autre côté de la rivière, en offrande à on ne sait qui ? Et pourquoi personne ne s’aventure jamais dans la forêt ?

Christopher Buehlman prend le temps d’installer ses personnages et de faire vivre cette communauté sudiste avec ses codes, ses préjugés et ses superstitions — avant de lâcher l’horreur sans prévenir. L’intelligence du roman tient à son ancrage historique : le racisme ordinaire des années 1930, les cicatrices encore vives de la guerre de Sécession et la violence de l’esclavage ne sont pas de simples éléments de décor. Ils sont la cause directe de ce qui hante la forêt. Sans en dire plus : la nature exacte de la menace fait partie du plaisir de lecture.

Premier roman de Buehlman, Ceux de l’autre rive a été comparé par l’autrice Patricia Briggs à un croisement entre F. Scott Fitzgerald et Dean Koontz. L’image est parlante : d’un côté, des personnages finement dessinés dans une Amérique en crise ; de l’autre, une horreur frontale qui ne prend pas de gants. Ce qui devait rester enfoui finit toujours par revenir — et à Whitbrow, il ne fallait surtout pas cesser les offrandes.


5. Un chœur d’enfants maudits (Tom Piccirilli, 2003)

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Bienvenue à Kingdom Come, bourgade du sud des États-Unis plantée au bord des bayous — ces marécages de Louisiane noyés sous la mousse espagnole, l’humidité et les alligators. Thomas, le narrateur, est le seul entrepreneur de la ville et son citoyen le plus « normal » — ce qui, à Kingdom Come, reste très relatif. Il partage sa vie avec ses trois frères siamois, Cole, Jorah et Sébastien, reliés par les os du crâne et contraints de cohabiter dans un seul et gigantesque cerveau. Sans compter les spectres qui rôdent : un père suicidé, une mère volatilisée, une grand-mère clouée par une faucille au toit de l’école (oui, vous avez bien lu), et le fantôme d’un enfant assassiné qui vient frapper à la fenêtre de la salle à manger.

Le résumé laisse entrevoir un roman d’horreur pure et dure, mais Un chœur d’enfants maudits est bien plus retors que cela. On y entre comme dans un marécage — lentement, en s’enfonçant — et le récit ne cherche jamais à rassurer. Un personnage peut être à la fois pathétique, drôle et terrifiant dans la même scène ; le sérieux et le grand-guignol cohabitent sans que l’un annule l’autre. L’humour noir — très noir — empêche le tout de sombrer dans le pathos. On pense à Twin Peaks de David Lynch pour l’étrangeté poisseuse, ou aux romans de Harry Crews — cet autre écrivain du Sud américain spécialiste des marginaux, des corps abîmés et des communautés au bord du gouffre.

La parenté avec Blackwater est moins évidente au premier abord, mais elle est réelle : Kingdom Come, comme Perdido, est un lieu qui précède ses habitants et leur survivra. On sent la moiteur du bayou sur sa peau, on entend les insectes, on respire la vase. Tom Piccirilli, décédé en 2014, reste l’un des secrets les mieux gardés de la littérature fantastique américaine. La traduction de Michelle Charrier, publiée chez Folio SF, mérite le détour.


6. Zephyr, Alabama (Robert McCammon, 1991)

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Zephyr, Alabama, 1964. Pour Cory Mackenson, onze ans et futur écrivain, la vie est simple et belle : on travaille à la laiterie ou à la quincaillerie, les amitiés sont éternelles, et l’imagination suffit à transformer un trajet à vélo en épopée interstellaire. Mais un froid matin de printemps, alors que Cory accompagne son père dans sa tournée de laitier, ils assistent à un événement qui va tout changer : une voiture plonge dans le lac, un homme menotté au volant, le visage tuméfié. Il est déjà mort. L’image hantera le père de Cory jusqu’à la folie — et le garçon, lui, n’aura de cesse de découvrir qui a tué cet inconnu, et pourquoi.

Zephyr, Alabama est bien plus qu’une enquête criminelle. C’est un roman sur l’enfance, la perte de l’innocence et le pouvoir des histoires que l’on se raconte. McCammon peuple sa ville d’une foule de personnages inoubliables : la Dame, figure respectée et crainte qui règne sur Bruton — le quartier noir de Zephyr — et semble en contact avec des forces surnaturelles ; Vernon Thaxter, excentrique nudiste héritier de la plus grosse fortune de la ville ; un pasteur qui part en croisade contre les Beach Boys ; des contrebandiers qui terrorisent la forêt ; et une créature aquatique qui rôde dans la rivière. Le tout sur fond de tensions raciales, de Ku Klux Klan et d’une Amérique en pleine mutation, entre lutte pour les droits civiques et fin de l’innocence.

McCammon et McDowell partagent un même talent : donner à chaque personnage, même le plus secondaire, assez de substance pour qu’on s’y attache — et assez de vulnérabilité pour qu’on tremble quand le danger approche. Prix World Fantasy et prix Bram Stoker, Zephyr, Alabama est le genre de livre qu’on referme en regrettant immédiatement de ne plus avoir onze ans.


7. Notre part de nuit (Mariana Enriquez, 2019)

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Changement radical de décor et de température. Nous sommes en Argentine, au début des années 1980. Le pays est alors sous le joug d’une junte militaire (1976-1983) responsable de la disparition de dizaines de milliers de personnes — opposants politiques enlevés, torturés, assassinés en secret par l’État. C’est dans ce climat de terreur que Juan, un homme blond et taiseux, fuit sur les routes poussiéreuses du pays avec son fils Gaspar, un gamin grave et solitaire. La mère de Gaspar a disparu dans des circonstances troubles. Comme son père avant lui, Gaspar a hérité d’un don terrible : il est médium, capable d’entrer en contact avec une entité que l’on nomme l’Obscurité — et une puissante société secrète d’Initiés, issue de l’aristocratie argentine, compte bien l’utiliser pour percer les mystères de la vie éternelle, quitte à le détruire.

Le roman couvre plusieurs décennies, des années 1960 aux années 1990, et change de narrateur, de lieu et d’époque au fil de ses parties — de Buenos Aires au Londres psychédélique, en passant par la province de Corrientes et ses traditions guaranies (les Guaranis sont l’un des peuples autochtones d’Amérique du Sud, dont la culture irrigue le nord de l’Argentine). L’horreur, ici, est double : celle, surnaturelle, d’une divinité affamée qui dévore tout ce qu’on lui offre — corps, esprits, lumière ; et celle, bien réelle, d’un pays où l’État fait disparaître ses citoyens. Mariana Enriquez ne sépare jamais les deux : la secte et la dictature fonctionnent selon la même logique — sacrifier des vies humaines au nom d’un pouvoir que seuls quelques-uns se partagent.

Le rapprochement avec Blackwater tient à la structure : même saga familiale sur plusieurs décennies, même va-et-vient entre l’histoire d’un pays et celle d’une lignée, même idée d’un surnaturel qui ne vient pas d’ailleurs mais qui pousse dans le sol même, nourri par ce qu’on y a enfoui. Couronné par les prix de l’Imaginaire, Imaginales et Payot du roman étranger, Notre part de nuit pèse environ 750 pages. C’est exigeant, parfois éprouvant, et on n’en sort pas indemne — mais c’est précisément pour cela qu’on le lit.


8. Mexican Gothic (Silvia Moreno-Garcia, 2020)

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Mexique, années 1950. Noemí Taboada, jeune mondaine de Mexico habituée aux cocktails et aux robes couture, reçoit une lettre affolante de sa cousine Catalina, récemment mariée à un séduisant Anglais : on tenterait de l’empoisonner, des fantômes rôderaient dans les couloirs. Envoyée par son père pour tirer l’affaire au clair, Noemí débarque à High Place, manoir décrépit perché dans la campagne mexicaine, résidence de la famille Doyle — un clan d’expatriés britanniques qui n’a manifestement pas reçu le mémo sur la fin de l’ère victorienne. Le patriarche Howard impose le silence à table, interdit l’électricité dans les chambres et gouverne sa maisonnée entre moisissure et règles d’un autre temps.

Silvia Moreno-Garcia reprend les codes du roman gothique classique — la demeure isolée, l’héroïne prise au piège, les murs qui suintent — et les déplace au Mexique, ce qui change tout. Car les Doyle ne sont pas de simples aristocrates excentriques : ce sont d’anciens exploitants miniers britanniques qui ont bâti leur fortune sur le dos des travailleurs mexicains, et dont le manoir est le dernier vestige d’un empire colonial en décomposition. Les cauchemars de plus en plus envahissants de Noemí, la moisissure qui gagne chaque pièce, l’atmosphère irrespirable de la maison — tout cela finit par raconter une histoire très concrète de parasitisme : une famille étrangère qui refuse de lâcher prise sur une terre et un peuple qu’elle considère comme siens.

Lauréat du Bram Stoker Award et du prix Locus, Mexican Gothic partage avec Blackwater cette idée forte qu’une maison peut avoir une volonté propre et que les lieux portent la mémoire — parfois venimeuse — de ceux qui les ont habités. La différence, c’est qu’ici, le rouge à lèvres de l’héroïne reste impeccable jusque dans les scènes les plus atroces — et ça, c’est une forme de panache.