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Que lire après « Les Déracinés » de Catherine Bardon ?

Que lire après « Les Déracinés » de Catherine Bardon ?

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Paru en 2018 aux éditions Les Escales, Les Déracinés est le premier roman de Catherine Bardon. Il retrace le destin d’Almah et Wilhelm, un couple de Juifs autrichiens contraint à l’exil après l’Anschluss, qui trouve refuge en République dominicaine grâce à un programme de visas offert par le dictateur Trujillo.

Fondée sur des faits réels, cette fresque romanesque met en lumière un épisode peu connu de la Seconde Guerre mondiale : la création de la colonie juive de Sosúa, en pleine jungle caribéenne. Le roman a reçu le prix Wizo et le prix du Festival du premier roman de Chambéry en 2019.

Voici quelques suggestions de lecture dans la même veine.


1. L’Américaine (Catherine Bardon, 2019)

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Suite directe des Déracinés, L’Américaine suit Ruth, la fille d’Almah et Wilhelm, née à Sosúa. En septembre 1961, elle quitte la République dominicaine pour New York, où elle rêve de devenir journaliste. Le roman couvre cinq années décisives de sa vie, sur fond d’assassinat de Kennedy, de marche pour les droits civiques et de contre-culture.

Ruth incarne la deuxième génération, celle qui hérite de l’exil sans l’avoir vécu. Tiraillée entre ses racines autrichiennes, dominicaines et américaines, elle se heurte à une question d’identité vertigineuse : où se trouve « chez soi » quand on est née de parents juifs autrichiens, sur une île des Caraïbes, et qu’on vit à Manhattan ? Le regard se déplace ici vers les soubresauts de l’Amérique des années 1960.


2. La Fille de l’ogre (Catherine Bardon, 2022)

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Catherine Bardon quitte ici la fiction pour la biographie romancée et s’intéresse à Flor de Oro Trujillo, la fille aînée du dictateur dominicain Rafael Trujillo — ce même « Ogre des Caraïbes » qui, dans Les Déracinés, offrait des visas aux Juifs d’Europe. Le livre révèle l’autre versant de cette dictature : une femme envoyée enfant dans un pensionnat français, mariée neuf fois, ballottée de grâce en disgrâce selon les humeurs de son père.

Le destin de Flor de Oro est celui d’une prisonnière dorée, étouffée par l’emprise paternelle et par un premier mariage toxique avec le célèbre play-boy Porfirio Rubirosa. Prix La Boétie 2024, ce roman constitue le négatif exact de la saga des Rosenheck : la même île, la même époque, mais vue depuis l’intérieur du palais du tyran.


3. Avant que les ombres s’effacent (Louis-Philippe Dalembert, 2017)

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En 1939, l’État haïtien vote un décret-loi autorisant ses consulats à délivrer passeports et sauf-conduits à tous les Juifs persécutés qui en feraient la demande. C’est grâce à ce texte que le docteur Ruben Schwarzberg, né en Pologne, rescapé de Buchenwald, finit par trouver refuge à Port-au-Prince. Soixante ans plus tard, il revient sur son parcours à l’occasion du séisme de 2010.

Le point de départ est voisin de celui des Déracinésune île des Caraïbes devient terre d’asile pour des Juifs européens rejetés par le reste du monde — mais le registre est tout autre. Louis-Philippe Dalembert, lui-même haïtien, refuse le pathos et lui préfère l’humour, la dérision, une langue nourrie de créole et de vaudou. Prix Orange du livre 2017, ce roman rend hommage à un pays trop souvent réduit à ses catastrophes.


4. Le Monde d’hier (Stefan Zweig, 1942)

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Ce livre est le fantôme qui hante Les Déracinés. Stefan Zweig, compatriote viennois d’Almah et Wilhelm, y relate dans ses mémoires la splendeur culturelle de l’Autriche d’avant-guerre et son effondrement. Il l’a achevé au Brésil, la veille de son suicide en février 1942, comme un adieu au monde qu’il avait connu.

Celles et ceux qui ont aimé les premières pages des Déracinés — les cafés viennois, l’effervescence intellectuelle, la montée insidieuse de l’antisémitisme — retrouveront tout cela dans Le Monde d’hier, vécu et raconté de l’intérieur. Ce que Catherine Bardon reconstitue par la fiction, Zweig l’a observé de ses propres yeux — et sa déposition est accablante.


5. L’Ami retrouvé (Fred Uhlman, 1971)

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Stuttgart, 1932. Hans Schwarz, fils d’un médecin juif, se lie d’une amitié intense avec Conrad von Hohenfels, héritier d’une famille aristocratique. Les mois passent, Hitler accède au pouvoir, et l’amitié se fissure en silence. Ce court récit — à peine cent cinquante pages — a la précision d’une lame.

Fred Uhlman, lui-même Juif allemand exilé en Angleterre, a écrit là un texte sobre et implacable sur la façon dont le nazisme a corrompu jusqu’aux liens les plus intimes. La dissolution d’un monde, que Les Déracinés raconte à l’échelle d’un continent, tient ici dans le huis clos d’une amitié d’adolescence. Et la dernière page, d’une brutalité sèche, est de celles qu’on n’oublie pas.


6. Suite française (Irène Némirovsky, 2004)

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Retrouvé plus de soixante ans après la mort de son autrice à Auschwitz, ce manuscrit inachevé se compose de deux parties : Tempête en juin, qui suit l’exode de 1940 dans une mosaïque de destins, et Dolce, qui met en scène la cohabitation entre soldats allemands et villageois français dans un bourg occupé.

Ce qui frappe, c’est la lucidité glaciale d’Irène Némirovsky, qui écrivait ces pages alors même que les lois antijuives la visaient directement. Le roman ne porte aucun regard rétrospectif : il saisit la guerre à chaud, avec ses lâchetés et ses réflexes de survie.

Publication posthume couronnée par le prix Renaudot 2004, Suite française partage avec Les Déracinés cette attention aux existences prises dans les rouages d’une catastrophe collective — et la conviction que c’est à cette échelle-là, celle des individus, que la guerre se comprend le mieux.


7. Au nom de tous les miens (Martin Gray, 1971)

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Martin Gray a survécu au ghetto de Varsovie, à Treblinka, puis à la perte de sa femme et de ses quatre enfants dans un incendie de forêt en 1970. Ce récit, coécrit avec Max Gallo, retrace l’intégralité de ce parcours : la lutte pour survivre pendant la guerre, la reconstruction aux États-Unis, et un second drame qui semble défier l’entendement.

Le livre a connu un succès considérable dès sa parution. On peut discuter la part de Max Gallo dans la rédaction, mais le fond reste redoutable : une vie où chaque recommencement est menacé de destruction. Si Les Déracinés montre comment on rebâtit une existence après l’exil, Au nom de tous les miens pose la question suivante : que reste-t-il quand ce qu’on a rebâti s’effondre à son tour ?


8. Un sac de billes (Joseph Joffo, 1973)

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Paris, 1941. Joseph et Maurice Joffo, dix et douze ans, doivent traverser seuls la France occupée pour rejoindre leurs frères aînés en zone libre. Leur père, coiffeur dans le XVIIIᵉ arrondissement, leur a cousu un peu d’argent dans la doublure de leurs vêtements et donné une consigne : ne jamais avouer qu’ils sont juifs.

Ce récit autobiographique, devenu un classique, se lit avec la fébrilité d’un roman d’aventures. Mais derrière les péripéties — les passages de ligne, les ruses, les rencontres providentielles — se dessine le portrait de deux enfants privés trop tôt de leur innocence. Le ressort est celui des Déracinés : la volonté farouche de survivre, jour après jour, face à une machine qui nie votre droit d’exister.


9. Le Sel de nos larmes (Ruta Sepetys, 2016)

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Hiver 1945. Quatre adolescents — une Lituanienne, un Prussien, une Polonaise et un Allemand — fuient l’avancée soviétique en direction de la mer Baltique. Leur but commun : embarquer sur le Wilhelm Gustloff, un paquebot censé les mener vers la liberté. Le naufrage de ce navire, torpillé par un sous-marin soviétique le 30 janvier 1945, a fait plus de 9 000 morts, soit six fois plus que le Titanic. Il reste pourtant largement méconnu.

Ruta Sepetys, dont la famille a elle-même fui la Lituanie soviétique, structure son récit autour de quatre voix narratives qui se relaient de chapitre en chapitre. Publié à l’origine pour un public adolescent, le roman a largement débordé sa cible. Comme dans Les Déracinés, il s’agit d’arracher à l’oubli un pan de la Seconde Guerre mondiale — et de le raconter non pas depuis les archives, mais depuis des vies particulières.


10. Le Tatoueur d’Auschwitz (Heather Morris, 2018)

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En 1942, Lale Sokolov, un Juif slovaque de vingt-six ans, est déporté à Auschwitz-Birkenau. Affecté au tatouage des matricules sur les bras des prisonniers, il rencontre un jour Gita, une jeune femme dont il tombe amoureux au premier regard. Le roman retrace leur histoire dans l’enfer du camp, fondée sur les témoignages que Lale a livrés à l’autrice entre 2003 et 2006, peu avant sa mort.

Le récit a fait l’objet de controverses — certains historiens ont relevé des imprécisions factuelles — mais il a touché des millions de lecteurs à travers le monde. C’est avant tout une histoire de survie par l’amour, portée par un homme qui choisit, au milieu de l’horreur, de continuer à vivre comme si l’avenir existait encore. Almah et Wilhelm, dans Les Déracinés, font exactement ce pari : s’accrocher l’un à l’autre quand tout le reste s’effondre.


11. Certaines n’avaient jamais vu la mer (Julie Otsuka, 2011)

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Au début du XXᵉ siècle, des Japonaises traversent le Pacifique pour épouser en Californie des compatriotes émigrés qu’elles n’ont vus qu’en photo. L’arrivée est brutale : les maris sont plus vieux, plus pauvres, plus durs que promis. Julie Otsuka raconte leurs vies — le travail dans les champs, les naissances, l’humiliation raciale, puis l’internement après Pearl Harbor — à travers un « nous » collectif qui fait résonner leurs voix comme un chœur antique.

Ce procédé narratif, sans équivalent connu, donne au texte une force hypnotique. En moins de cent cinquante pages, Otsuka embrasse des décennies d’histoire et des centaines de destins. Le sujet souterrain rejoint celui des Déracinés — des êtres déplacés, la désillusion de l’exil, la trahison d’une terre d’accueil — mais la forme est radicalement autre. Prix Femina étranger 2012.


12. Rivage de la colère (Caroline Laurent, 2020)

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En 1967, Marie-Pierre Ladouceur vit à Diego Garcia, dans l’archipel des Chagos, rattaché à l’île Maurice. Elle y fait la connaissance de Gabriel, un jeune Mauricien venu seconder l’administrateur colonial. Mais lorsque Maurice accède à l’indépendance, l’archipel est cédé au Royaume-Uni, qui le loue aux Américains pour y installer une base militaire. Les Chagossiens sont expulsés de leurs terres sans recours, déportés vers les bidonvilles de Port-Louis.

Nourri par les origines mauriciennes de son autrice, ce roman a remporté le Prix Maison de la Presse 2020. L’architecture rappelle celle des Déracinés — une histoire d’amour écrasée par un rapport de force géopolitique — transposée dans un cadre que l’on n’attend pas : l’océan Indien, les années 1970, et un scandale colonial dont on parle peu. Le combat judiciaire des Chagossiens, porté jusqu’à la Cour internationale de Justice de La Haye, n’est toujours pas résolu.


13. L’Amie prodigieuse (Elena Ferrante, 2011)

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Naples, années 1950. Elena Ferrante raconte l’amitié entre deux fillettes d’un quartier pauvre : Elena, la narratrice, studieuse et docile, et Lila, indomptable et brillante. Ce premier tome couvre leur enfance et leur adolescence dans une Italie d’après-guerre où la violence domestique, la misère et les mariages arrangés dictent encore le cours des vies.

Traduit dans le monde entier et vendu à des millions d’exemplaires, L’Amie prodigieuse est le début d’une tétralogie qui couvre soixante ans d’histoire italienne, vue depuis cette relation complexe. Pour qui a aimé Les Déracinés, le plaisir est du même ordre : celui d’une saga au long cours où deux femmes, à elles seules, incarnent les contradictions d’une époque entière.


14. L’Île des oubliés (Victoria Hislop, 2005)

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Alexis, une jeune Anglaise, se rend en Crète sur les traces de sa mère, qui a toujours refusé de parler de son passé. Sur place, elle découvre que son arrière-grand-mère a été envoyée sur Spinalonga, une petite île qui a servi de léproserie de 1903 à 1957. Guidée par les souvenirs d’une vieille amie de la famille, elle remonte le fil de trois générations de femmes marquées par la maladie, le secret et l’exclusion.

Victoria Hislop s’appuie sur l’histoire réelle de Spinalonga pour construire un récit familial qui traverse un demi-siècle d’histoire crétoise, de l’occupation nazie à la guérison de la lèpre. Comme Les Déracinés, le livre repose sur un fait historique méconnu — et sur l’idée que les non-dits d’une famille, quand ils éclatent enfin, éclairent toute une époque. Traduit dans vingt-cinq pays, il a conquis plus de deux millions de lecteurs.