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Que lire après « Le Prieuré de l'oranger » de Samantha Shannon ?

Que lire après « Le Prieuré de l’oranger » de Samantha Shannon ?

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Le Prieuré de l’oranger (The Priory of the Orange Tree) est un roman de fantasy de l’écrivaine britannique Samantha Shannon, publié en 2019 chez Bloomsbury et traduit la même année en français par Benjamin Kuntzer et Jean-Baptiste Bernet aux éditions De Saxus.

Il se déroule dans un monde fictif divisé entre l’Ouest — où la maison Berethnet règne sur le reinaume d’Inys — et l’Est, où les dragons sont vénérés comme des créatures divines. On y suit quatre protagonistes que tout sépare — la reine Sabran IX, la magicienne Ead Duryan, la future dragonnière Tané et l’alchimiste déchu Niclays — tandis que le retour du Sans-Nom menace l’humanité tout entière.

Réécriture féministe de la légende de saint Georges et le dragon, finaliste du Lambda Literary Award 2020, le roman s’est imposé comme une référence de la fantasy contemporaine, notamment pour sa narration chorale et la place qu’il accorde aux personnages queers et racisés.

Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé ce pavé de près de mille pages, voici quelques suggestions dans la même veine — des mondes fracturés par la politique et la religion, et des personnages qui ne demandent la permission à personne.


1. Un jour de nuit tombée (Samantha Shannon, 2023)

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Le choix le plus évident est aussi le plus logique. Un jour de nuit tombée (A Day of Fallen Night) est la préquelle du Prieuré de l’oranger, située cinq siècles avant les événements du premier roman. Le Mont Effroi entre en éruption et libère une horde de wyrms sur le monde — une catastrophe connue sous le nom de Chagrin des Siècles. Le récit suit trois femmes aux quatre coins du globe : Tunuva Melim, sœur du Prieuré qui s’est entraînée cinquante ans à tuer des créatures de feu sans jamais en voir une seule ; Glorian Berethnet, jeune princesse d’Inys qui se retrouve propulsée sur le devant de la scène quand le monde s’embrase ; et Dumai, prêtresse d’un temple seiikinois qui tente de réveiller les dragons de l’Est de leur long sommeil.

On retrouve ici les fondations de l’univers de Shannon — intrigues dynastiques, conflits religieux entre l’Est et l’Ouest, équilibre fragile entre le siden et l’astren — mais cinq cents ans plus tôt, quand tout est encore en jeu et que les légendes n’ont pas encore eu le temps de mentir. Le récit donne à voir les origines de nombreux éléments du Prieuré — la fondation de certaines lignées, les racines du conflit entre reinaumes — et se conclut sur une note douce-amère, comme il sied à toute préquelle dont on connaît déjà les lendemains. À plus de mille pages, c’est un engagement. Mais celles et ceux qui avaient regretté de quitter ce monde n’ont besoin d’aucune autre excuse.


2. Les Royaumes ardents (Tasha Suri, 2021)

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Au royaume d’Ahiranya, la nature est déréglée : des fleurs poussent sous la peau, des feuilles envahissent les yeux, et la sève des arbres se change en sang. L’Ère des Fleurs est révolue, le temple sacré a été détruit et les Eaux immortelles ont disparu. Le premier tome de la trilogie, Le Trône de jasmin (lauréat du World Fantasy Award 2022), met en scène Priya, servante d’origine ahiranyi aux pouvoirs enfouis, et Malini, princesse parijati emprisonnée pour avoir refusé de monter sur le bûcher de purification dressé par son propre frère, l’empereur Chandra. L’alliance entre ces deux femmes — née d’intérêts contradictoires, de secrets partagés et d’une attirance interdite — constitue le moteur d’un récit où la mythologie indienne infuse tout — la magie, la politique, les hiérarchies sociales, jusqu’à la façon dont les corps se transforment.

Tasha Suri, autrice britannique issue de la diaspora indienne, ancre son récit dans une fantasy nourrie par les grandes épopées indiennes comme le Mahabharata. Les yakshas, esprits de la nature vénérés par les Ahiranyis, la hiérarchie des Aîné·e·s du Temple, les Eaux immortelles et le système des « deux-fois-nés » et « trois-fois-nés » composent un système magique dont le coût se paie dans la chair — littéralement. La suite, L’Épée de laurier-rose, se fait plus sombre et plus guerrière, avec la montée en puissance de Malini en impératrice et la menace de la pourriture magique qui remodèle le territoire d’Ahiranya. Si la confrontation des systèmes de croyances et les héroïnes prises dans des jeux de pouvoir plus grands qu’elles sont ce qui vous avait accroché·e dans Le Prieuré, Les Royaumes ardents ne vous décevra pas.


3. Celle qui devint le soleil (Shelley Parker-Chan, 2021)

Couverture du livre Celle qui devint le soleil de Shelley Parker-Chan

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En 1345, dans les Plaines du Milieu d’une Chine soumise à la domination mongole des Yuan, deux enfants de la famille Zhu reçoivent chacun une destinée. Le garçon, Zhu Chongba, est promis à la grandeur. La fille, au néant. Quand une attaque de hors-la-loi tue leur père et que Chongba se laisse mourir de chagrin, c’est la fille qui refuse son sort : elle prend le nom de son frère, se rase la tête, entre dans un monastère et s’empare du destin qui ne lui était pas destiné.

Cette duologie (complétée par Celui qui noya le monde) réinvente l’ascension du fondateur de la dynastie Ming et en fait un récit queer sur l’identité, le genre et le mandat du Ciel. Face à Zhu, le général eunuque Ouyang — brillant, torturé, consumé par la vengeance — fonctionne comme un miroir déformé : là où Zhu voit dans son identité usurpée une arme, Ouyang vit la sienne comme une humiliation. Shelley Parker-Chan nourrit son récit d’idiomes et de poésie classique chinoise sans les expliciter, ce qui donne au texte une profondeur particulière pour les lecteur·ice·s familier·ère·s de cette culture — et, pour les autres, le plaisir de ne pas tout saisir d’emblée. On est ici dans une fantasy historique où la magie n’est qu’un souffle, presque imperceptible, mais où la politique, les trahisons et la guerre civile occupent tout l’espace.


4. La Trilogie de Daevabad (S.A. Chakraborty, 2017)

Couverture du livre La Cité de laiton de S. A. Chakraborty

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Le Caire, XVIIIe siècle. Nahri est une jeune arnaqueuse qui vit de faux exorcismes et de lectures de mains — son vrai rêve, c’est la médecine. Un soir, pendant une de ses séances truquées, elle invoque par accident un véritable djinn : Dara, guerrier au passé trouble. Commence alors une fuite à travers les déserts, les rivières où dorment les mythiques Marids, jusqu’à la légendaire Cité de Laiton — Daevabad — où six tribus de djinns coexistent dans un équilibre de pouvoir d’une extrême fragilité.

La trilogie (La Cité de Laiton, Le Royaume de cuivre, L’Empire d’or) déploie un univers fondé sur les mythologies du Moyen-Orient — perse et arabe en tête — et dont l’ambition politique s’épaissit de tome en tome. Le prince Alizayd, idéaliste tiraillé entre sa loyauté familiale et ses convictions, forme avec Nahri et Dara un triangle où chaque personnage a de bonnes raisons de faire des choses terribles — et en paie le prix. S.A. Chakraborty, elle-même convertie à l’islam et passionnée par l’histoire médiévale du monde arabe, a construit un univers où les tensions ethniques, religieuses et de castes produisent des conflits d’une troublante familiarité. Là où Le Prieuré opposait Est et Ouest autour de la question des dragons, Daevabad oppose ses tribus autour du sang, du pouvoir et de la mémoire — et personne n’en sort indemne.


5. Les Livres de la terre fracturée (N.K. Jemisin, 2015)

Couverture du livre La Cinquième Saison de N. K. Jemisin

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Si vous cherchez un univers où la planète elle-même est l’antagoniste principal, ne cherchez plus. Sur un continent unique appelé l’Immobilité (l’ironie du nom deviendra vite limpide), la terre tremble si souvent que la civilisation vit sous la menace permanente de la cinquième saison — un cataclysme sismique ou volcanique assez violent pour plonger le monde dans un hiver de plusieurs décennies. Les orogènes, des êtres humains capables de contrôler les séismes et les volcans, devraient logiquement être considérés comme des sauveurs. Ils sont au contraire traqués, asservis et déshumanisés par le Fulcrum, l’institution qui les forme et les contrôle.

Le premier tome, La Cinquième Saison, suit trois orogènes — Essun, Damaya et Syénite — à des époques différentes. La narration à la deuxième personne, déroutante au premier abord, se révèle un choix calculé dont on ne comprend la raison qu’au dernier moment. Cette trilogie (qui inclut La Porte de cristal et Les Cieux pétrifiés) a remporté le prix Hugo trois années consécutives — un exploit sans précédent. N.K. Jemisin y interroge la discrimination systémique, le traumatisme générationnel et l’instrumentalisation de la peur, le tout dans un cadre de science-fantasy où la géologie tient lieu de système magique. Plus abrasif que Le Prieuré, plus dérangeant aussi — mais d’une ambition comparable.


6. Déracinée (Naomi Novik, 2015)

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Tous les dix ans, le Dragon choisit une jeune fille de dix-sept ans dans la vallée de Dvernik et l’emmène vivre dans sa tour. Non, ce n’est pas un vrai dragon — c’est Sarkan, un sorcier acariâtre et redoutablement compétent, qui protège la région contre le Bois — une forêt maléfique, consciente, et qui n’a aucune envie de rester à sa place. Tout le monde à Dvernik sait que la belle et talentueuse Kasia sera l’élue de cette année. Tout le monde, y compris Agnieszka, sa meilleure amie — fille de bûcheron, incapable de garder une robe propre plus de cinq minutes — qui se retrouve pourtant désignée à sa place.

Déracinée puise son inspiration dans le folklore polonais et les contes d’Europe de l’Est — on croise une Baba Jaga, des échos de Raiponce, de La Belle et la Bête — mais ne se contente pas de les recycler. L’intrigue bascule progressivement d’un huis clos dans la tour vers un conflit d’envergure nationale entre les royaumes de Polnya et de Rosya, avec le Bois comme menace existentielle au milieu. Le système magique, qui oppose l’approche méthodique et savante de Sarkan à la magie instinctive et organique d’Agnieszka, est l’un des aspects les plus réussis du roman. Lauréat des prix Nebula et Locus, Déracinée est un one-shot — ce qui, dans le paysage de la fantasy contemporaine, relève presque de l’acte de bravoure.


7. La Fileuse d’argent (Naomi Novik, 2018)

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Après la Pologne des contes dans Déracinée, Naomi Novik se tourne vers un imaginaire slave et balte, avec une touche de Lituanie médiévale et de Russie hivernale. Miryem, fille et petite-fille de prêteur dans le Lithvas, voit sa famille sombrer dans la pauvreté parce que son père, trop bon cœur, ne réclame jamais ses dettes. Le jour où elle reprend les choses en main et se forge la réputation de pouvoir « changer l’argent en or », elle attire l’attention du roi des Staryk — un peuple surnaturel lié à l’hiver éternel — qui prend cette vantardise au mot et lui confie de véritables pièces d’argent à transformer.

Le récit entrelace les destins de trois femmes — Miryem, Wanda (fille de paysan brutalisée par son père) et Irina (fille d’un seigneur, promise au Tsar) — dans une réinterprétation du conte de Tracassin (ou Rumpelstiltskin, selon vos allégeances). Chacune affronte, à sa manière, un monde qui la considère comme une monnaie d’échange. La grande réussite du roman tient à sa construction en voix multiples : six narrateur·ice·s au total, dont les perspectives se chevauchent et se complètent pour révéler des pans cachés de l’intrigue. On y retrouve le même intérêt que dans Le Prieuré pour les femmes qui refusent le rôle qu’on leur assigne — avec, en prime, un froid polaire qui vous donnera envie de monter le chauffage.


8. La Guerre du pavot (R.F. Kuang, 2018)

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Dans l’empire du Nikan — transposition fictive de la Chine de la dynastie Song — la jeune orpheline Fang Runin (dite Rin) a été confiée à des trafiquants d’opium dans une province du Sud. Pour échapper à un mariage forcé, elle se jette à corps perdu dans la préparation du Keju, un concours national d’une férocité légendaire qui lui ouvre les portes de l’Académie militaire de Sinegard. Là, sous la tutelle d’un vieux maître excentrique, elle découvre qu’elle possède des prédispositions au shamanisme — la capacité de se connecter à des dieux aussi puissants qu’imprévisibles. Mais quand la Fédération de Mugen (avatar du Japon impérial) lance une invasion, l’apprentissage cède la place à la guerre. Et la guerre, chez R.F. Kuang, n’épargne rien ni personne.

La trilogie (complétée par La République du Dragon, parue en français chez De Saxus en 2025, et The Burning God, dont la traduction est attendue chez le même éditeur) s’inspire frontalement de la Seconde Guerre sino-japonaise — y compris ses épisodes les plus atroces, tels que le massacre de Nankin (transposé ici sous le nom de Golyn Niis). R.F. Kuang, sino-américaine née en 1996, a écrit ce premier roman à dix-neuf ans pendant une année sabbatique en Chine, et la colère qui traverse le texte ne faiblit pas une seconde. L’ascension de Rin — de l’orpheline méprisée à l’arme de destruction massive — oblige à se demander jusqu’où l’on peut aller au nom de la survie, et à quel moment on cesse d’être la victime pour devenir le bourreau. C’est la proposition la plus sombre de cette liste, et probablement la plus éprouvante. Âmes sensibles, considérez-vous prévenu·e·s.