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Que lire après « Le gang des rêves » de Luca Di Fulvio ?

Que lire après « Le gang des rêves » de Luca Di Fulvio ?

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Publié en Italie sous le titre La gang dei sogni, puis traduit en français en 2016 par Elsa Damien chez Slatkine & Cie, Le gang des rêves est un roman historique de l’écrivain et dramaturge italien Luca Di Fulvio (1957–2023). On y suit la trajectoire de Cetta Luminata, une jeune Calabraise qui débarque à New York au début du XXe siècle avec son fils Christmas, né d’un viol. Dans le Lower East Side des années 1920, entre gangs rivaux, misère et naissance du cinéma parlant, Christmas grandit à la dure et tente de se tailler une place — jusqu’à sa rencontre avec Ruth, issue d’une riche famille juive.

Si vous vous demandez quoi lire après ces 700 pages, voici quelques suggestions dans la même veine : fresques historiques, destins d’immigré·es, amours contrariées, luttes pour s’en sortir.


1. Les enfants de Venise (Luca Di Fulvio, 2016)

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Venise, 1515. Mercurio, jeune orphelin et pickpocket de génie, fuit Rome avec deux compagnons d’infortune — Benedetta et Zolfo — après une arnaque qui a très mal tourné. Au même moment, Isacco, faux médecin juif, s’installe dans la Sérénissime avec sa fille Giuditta, dans l’espoir d’y trouver un peu de tolérance envers les Juifs. Dès leur première rencontre, Mercurio et Giuditta sont aimantés l’un par l’autre. Mais tout les sépare : la religion, la condition sociale et des ennemis bien décidés à leur barrer la route.

Sur fond d’Inquisition, de création du Ghetto et de guerres d’Italie, Di Fulvio reconstitue une Venise somptueuse et crasseuse à la fois — l’Arsenal, le Rialto, le Castellitto et ses courtisanes ravagées par le « mal français ». Mercurio est un cousin spirituel de Christmas : même gouaille, même refus de la fatalité, même façon de foncer tête baissée dans l’amour comme dans les ennuis. Si le Gang des rêves vous avait happé·e, vous savez à quoi vous attendre — et ça fonctionne tout aussi bien cinq siècles plus tôt, entre canaux putrides et palais dorés.


2. Le soleil des rebelles (Luca Di Fulvio, 2017)

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Royaume de Saxe, 1407. Le petit prince Marcus II assiste, impuissant, au massacre de toute sa famille par Ojsternig, un seigneur voisin qui convoite son trône. Sauvé in extremis par Eloisa, la fille d’Agnete la sage-femme, il est recueilli sous le nom de Mikael et doit apprendre à vivre comme un serf de la glèbe — lui qui a grandi entre fourrures épaisses et tartes aux pommes. De prince déchu à rebelle, le chemin sera long et brutal — c’est un roman d’apprentissage médiéval.

Autour de Mikael gravitent des personnages qu’on ne lâche pas facilement : Agnete, mère de substitution à la poigne de fer ; Raphael, vieux sage aux allures de maître Yoda avant l’heure ; Emöke, jeune femme blessée dont les chants semblent venus d’un autre monde ; et Volod le Noir, chef des rebelles « qui trouvent le soleil la nuit ». Le schéma est limpide — les méchants sont féroces, les gentils sont admirables — mais l’efficacité est redoutable. On sait d’avance où l’histoire nous mène, et on y va quand même avec enthousiasme : c’est la marque de Di Fulvio, qui n’a jamais prétendu faire dans la nuance, mais qui sait rendre la page suivante irrésistible.


3. L’amie prodigieuse (Elena Ferrante, 2011)

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Naples, fin des années 1950. Elena Greco, dite Lenù, et Raffaella Cerullo, dite Lila, grandissent dans un quartier populaire où la violence est aussi banale que le linge aux fenêtres. Toutes deux brillantes à l’école, elles voient pourtant leurs chemins diverger très tôt : Elena poursuit ses études grâce au soutien de son institutrice, tandis que Lila, faute de moyens familiaux, abandonne les bancs de la classe pour l’échoppe de cordonnier de son père. De cette séparation naît une amitié faite d’admiration mutuelle, de rivalité sourde et d’un lien que rien ne semble pouvoir trancher — pas même la jalousie.

Premier tome d’une tétralogie qui couvre six décennies d’histoire italienne, des années du boom économique à l’ère numérique, L’amie prodigieuse déborde largement du cadre de l’amitié entre deux femmes. C’est le portrait d’un milieu où l’éducation représente la seule issue de secours et où le quartier pèse sur chaque destin comme une chape. Elena Ferrante — dont personne ne connaît le vrai nom — a créé avec Lenù et Lila deux figures féminines d’une justesse rare, ni idéalisées, ni simplifiées, juste vraies jusque dans leurs contradictions. Le New York Times a placé la saga en tête de sa liste des meilleurs livres du XXIe siècle en 2024. Ce n’est pas rien.


4. La saga des Florio (Stefania Auci, 2019)

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Palerme, 1799. Paolo et Ignazio Florio, deux frères originaires de Calabre, débarquent en Sicile avec pour tout bagage leur ambition et le mépris des Palermitains, qui considèrent que leur sang « pue la sueur ». À force d’obstination, ils bâtissent un empire commercial à partir d’une modeste boutique d’épices — un empire qui, au fil des générations, s’étendra aux mines de soufre, à la navigation à vapeur, aux soieries et même à la célèbre course automobile Targa Florio.

Inspirée de la famille Florio, l’une des plus puissantes dynasties industrielles d’Italie, cette saga en trois tomes retrace l’ascension, l’apogée et la chute d’un clan sur plus d’un siècle et demi. Stefania Auci a l’intelligence de poser le contexte politique sicilien avant chaque partie — insurrections contre les Bourbons, expédition de Garibaldi, unification italienne — ce qui évite de se noyer dans les remous de l’Histoire. Les personnages féminins, souvent relégués dans l’ombre de maris autoritaires, n’en sont pas moins les plus lucides du lot — ce sont elles qui voient venir les catastrophes avant tout le monde. On pense au Guépard de Lampedusa pour le décor sicilien, mais l’angle est inversé : ici, ce sont les parvenus qui grimpent pendant que l’aristocratie s’effrite.


5. L’Italienne (Adriana Trigiani, 2012)

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Alpes italiennes, 1905. Ciro, dix ans, et son frère aîné Eduardo sont placés dans un couvent de montagne après la mort de leur père et l’abandon de leur mère. Eduardo se destine à la prêtrise ; Ciro, lui, a le sang trop vif pour la vie monastique. Le jour où il découvre un secret compromettant sur le prêtre de la paroisse, il est banni et expédié à New York, dans le quartier de Little Italy, pour y apprendre le métier de cordonnier. Quelques années plus tard, Enza, l’aînée d’une famille nombreuse et miséreuse de son village natal, prend à son tour le bateau vers l’Amérique.

Adriana Trigiani s’est inspirée de l’histoire de ses propres grands-parents, et cela se traduit par une attention particulière aux scènes du quotidien — le travail à l’atelier, les repas de la communauté italienne, les soirées au Metropolitan Opera où Enza travaille comme costumière et croise le grand Enrico Caruso. L’histoire d’amour entre Enza et Ciro s’étire sur des années, de l’Italie à l’Amérique, contrariée par la distance, la Première Guerre mondiale et les hasards d’une vie d’immigré·es. On devine assez vite où tout cela va mener, mais l’intérêt tient moins au dénouement qu’au trajet — des sommets alpins aux ruelles de Carnegie Hill, jusqu’aux faubourgs ouvriers du Minnesota.


6. Le lys de Brooklyn (Betty Smith, 1943)

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Brooklyn, quartier de Williamsburg, entre 1912 et 1920. Francie Nolan a neuf ans, un appétit de lecture dévorant et un rêve : devenir écrivain. Sa mère Katie s’use les mains à faire des ménages pour nourrir la famille. Son père Johnny, la plus belle voix de Brooklyn selon Francie, noie son mal-être dans l’alcool. Son frère Neeley court les rues avec les gamins du quartier. Et puis il y a la tante Sissy, personnage haut en couleur qui collectionne les fiancés — tous surnommés « John » pour simplifier la logistique sentimentale.

Classique de la littérature américaine longtemps oublié en France avant sa réédition en 2014, Le lys de Brooklyn est un roman d’apprentissage sans fard ni complaisance. Betty Smith, qui a elle-même grandi dans la pauvreté à Brooklyn, y raconte la vie des familles d’immigrés irlandais et allemands au début du XXe siècle — avec tendresse, sans jamais forcer l’émotion. Le titre original, A Tree Grows in Brooklyn, fait référence à l’arbre qui pousse dans la cour de l’immeuble des Nolan, enraciné dans le béton et tenace malgré tout, à l’image de Francie. C’est un livre où la misère n’empêche jamais l’humour, où la lecture est le meilleur antidote à la fatalité, et où l’on ne doute pas une seconde que Francie s’en sortira.


7. Brooklyn (Colm Tóibín, 2009)

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Enniscorthy, sud-est de l’Irlande, années 1950. Eilis Lacey, fraîchement diplômée en comptabilité, ne trouve rien d’autre qu’un emploi dominical chez une épicière tyrannique. Sa sœur Rose, par l’entremise d’un prêtre irlandais installé aux États-Unis, lui obtient un poste à Brooklyn. Eilis n’a pas envie de partir, mais elle se plie à la décision familiale — Rose se sacrifie pour qu’elle ait un avenir. À Brooklyn, dans une pension tenue par la vigilante Mme Kehoe, Eilis entame sa nouvelle vie américaine : cours du soir, travail dans un grand magasin et, bientôt, la rencontre de Tony, un jeune Italien tendre et patient.

Colm Tóibín — lui-même originaire d’Enniscorthy — ne raconte pas l’émigration comme une épopée héroïque, mais comme une succession de petits renoncements et de choix silencieux. Quand un drame familial ramène Eilis en Irlande, elle se retrouve tiraillée entre la nostalgie du pays natal et la vie qu’elle s’est construite à Brooklyn. Le personnage peut dérouter : discrète, hésitante, Eilis laisse souvent les autres décider à sa place. Mais c’est précisément cette retenue qui donne au roman sa justesse. Adapté au cinéma en 2015 avec Saoirse Ronan dans le rôle d’Eilis, le film a prouvé que cette histoire en apparence toute simple n’avait rien de facile à oublier.


8. Ragtime (E.L. Doctorow, 1975)

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États-Unis, début du XXe siècle. Trois familles que tout oppose et que le roman va jeter les unes contre les autres : une famille bourgeoise de New Rochelle qui a fait fortune dans la pyrotechnie et les drapeaux patriotiques ; un artiste de rue juif, immigré de Lettonie, qui élève seul sa fille dans la misère du Lower East Side ; et Coalhouse Walker, pianiste noir de Harlem, déterminé à obtenir la dignité que l’Amérique lui refuse. Autour d’eux défilent des figures historiques réelles — Henry Ford, J.P. Morgan, Houdini, Sigmund Freud lors de son voyage à New York en 1909, l’anarchiste Emma Goldman ou encore Evelyn Nesbit, dont le scandale amoureux avait fait la une de tous les journaux.

Ragtime — du nom de ce genre musical qui a précédé le jazz — est une fresque éclatée de l’Amérique au tournant du siècle, entre industrialisation à marche forcée, luttes syndicales, racisme institutionnel et spectacles de masse. Doctorow y fait cohabiter fiction et histoire sans demander la permission, et le résultat tient autant de la tragi-comédie que de la chronique sociale. Le livre a été salué par la critique dès sa parution, récompensé par le National Book Critics Circle Award, et porté à l’écran par Miloš Forman en 1981. Pour qui a aimé l’effervescence du New York des années 1920 dans Le gang des rêves, Ragtime offre un regard plus acide et plus politique sur le même rêve américain — et sur tout ce qu’il a broyé en route.