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Que lire après « Le Barman du Ritz » de Philippe Collin ?

Que lire après « Le Barman du Ritz » de Philippe Collin ?

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Le Barman du Ritz (Albin Michel, 2024) est le premier roman de Philippe Collin, producteur sur France Inter et auteur de podcasts historiques consacrés notamment à Léon Blum, Philippe Pétain et Simone de Beauvoir. Il retrace le destin de Frank Meier, barman d’origine autrichienne, en poste au mythique Ritz de la place Vendôme pendant les quatre années de l’Occupation allemande à Paris (1940-1944). Meier est juif — et personne parmi la clientèle ne le sait. Entre les dignitaires nazis qui ont réquisitionné le palace — Göring en tête —, les figures mondaines qui s’y accrochent (Coco Chanel, Sacha Guitry, Arletty, Jean Cocteau) et le petit personnel, partagé entre la peur d’être dénoncé et le souci de garder son emploi, il observe, sert ses cocktails légendaires et tente de survivre sans être démasqué. Couronné du prix Maurice Druon 2024 et du prix du Temps retrouvé, le roman s’appuie sur un solide travail d’archives pour reconstituer le quotidien de ce palace devenu quartier général officieux des occupants.

Si vous vous demandez quoi lire après avoir reposé votre verre au comptoir du Ritz, voici d’autres récits qui abordent l’Occupation, la Résistance, la collaboration ou la survie en temps de guerre.


1. La Dame du Ritz (Melanie Benjamin, 2020)

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Si Frank Meier vous a fasciné·e, vous croiserez dans ce roman la femme qu’il n’a cessé d’admirer : Blanche Auzello, épouse américaine du directeur du Ritz, Claude Auzello. Melanie Benjamin s’empare de ce couple réel — mais mal connu — pour raconter la vie du palace sous l’Occupation vue non plus depuis le bar, mais depuis les appartements de la direction. Blanche, rebelle et impétueuse, ne supporte pas de voir les uniformes vert-de-gris défiler dans les couloirs. Elle cache surtout un secret lié à ses propres origines qui, s’il venait à être découvert, menacerait directement sa vie et celle de son mari.

Le roman alterne les points de vue des deux époux, qui se comprennent mal et se déchirent, mais finissent chacun à sa manière par s’opposer à l’occupant — séparément et sans le savoir. Benjamin a reconstitué leur personnalité à partir des rares archives disponibles et a comblé les lacunes par la fiction. Le résultat forme un complément presque symétrique au Barman du Ritz : même décor, même période, mais un angle radicalement différent. Les deux livres gagnent à être lus en regard.


2. Lutetia (Pierre Assouline, 2005)

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Changement de rive et de palace. Pierre Assouline plante son décor au Lutetia, seul grand hôtel de luxe de la rive gauche, et confie la narration à Édouard Kiefer, ancien flic des Renseignements généraux reconverti en détective chargé de la sécurité de l’hôtel. De 1938 à 1945, Kiefer voit tout, entend tout et ne dit presque rien — un profil qui rappelle un certain barman de la place Vendôme.

Le Lutetia traverse trois vies en quelques années. D’abord lieu de rendez-vous des écrivains et exilés politiques (Gide, Saint-Exupéry, l’opposant allemand Willy Brandt y séjourne), il est ensuite réquisitionné par l’Abwehr — le service de renseignement et de contre-espionnage de l’armée allemande — qui en fait son quartier général parisien pour traquer la Résistance. Puis, à la Libération, le palace connaît sa métamorphose la plus saisissante : il devient centre d’accueil des déportés de retour des camps, ses murs couverts de photos de disparus que les familles viennent scruter. Assouline, connu pour ses biographies (celles de Simenon, Hergé ou Gaston Gallimard, entre autres), a bâti son roman sur une documentation minutieuse — chaque figure historique citée, chaque événement daté a été vérifié. Prix Maison de la Presse 2005.


3. Suite française (Irène Némirovsky, 2004)

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L’histoire de ce livre est presque aussi sidérante que son contenu. Irène Némirovsky, romancière d’origine ukrainienne installée en France depuis 1919, rédige Suite française en 1941-1942, dans un village du Morvan où elle s’est réfugiée avec son mari et ses deux filles. Son ambition : un cycle de cinq romans consacrés à l’Occupation, une sorte de Guerre et Paix à la française. Elle n’en achèvera que deux. Le 13 juillet 1942, elle est arrêtée parce qu’elle est juive, internée à Pithiviers, puis déportée à Auschwitz, où elle meurt un mois plus tard. Le manuscrit, griffonné en caractères minuscules dans un cahier, sera conservé par ses filles dans une valise pendant plus de soixante ans — sans qu’elles osent le lire — avant d’être enfin déchiffré et publié.

La première partie, Tempête en juin, décrit l’exode de juin 1940 à travers une galerie de personnages de toutes conditions — grands bourgeois, curés, collectionneurs, petites gens — que la débâcle réduit à l’égoïsme, à la lâcheté et aux petits calculs, avec ici et là quelques élans de solidarité. La seconde, Dolce, se déroule dans un village occupé où une jeune Française, Lucile Angellier, voit s’installer chez elle un officier allemand, Bruno von Falk. Entre eux naît une attirance inavouée, tandis qu’autour d’eux le maire collabore, la belle-mère surveille et les voisins profitent de l’Occupation pour régler de vieilles querelles. Némirovsky n’épargne personne — ni les Français, ni les Allemands, ni ses propres personnages. Et l’on garde en tête que celle qui a écrit ces pages n’a pas survécu aux événements qu’elle décrivait. Prix Renaudot 2004, à titre posthume.


4. La Propagandiste (Cécile Desprairies, 2023)

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On connaît les récits de victimes et de résistants. Plus rares sont ceux qui regardent l’Occupation du côté des collaborateurs — et plus rares encore ceux qui le font depuis l’intérieur d’une famille. Cécile Desprairies, historienne spécialiste de la France occupée, s’attaque ici à sa propre histoire familiale. Dans le Paris des Trente Glorieuses (1946-1975, les années de prospérité d’après-guerre), la petite Coline — double fictif de l’autrice — assiste aux réunions matinales d’un cercle de femmes nostalgiques qui évoquent à demi-mot une époque bénie — « bénie » à leurs yeux, s’entend. Qui est Lucie, la mère ? Qu’a-t-elle fait, précisément, « avant » ?

La réponse est glaçante. Lucie a vingt ans en 1940 quand elle tombe amoureuse de Friedrich, un Alsacien acquis corps et âme au nazisme. Elle rédige des slogans antisémites pour le Commissariat général aux questions juives — l’organisme créé par le régime de Vichy pour mettre en application la politique antijuive —, contribue à l’exposition de propagande Le Juif et la France organisée à Paris en 1941, et devient si efficace que les Allemands la surnomment « la propagandiste ». Ce premier roman, sélectionné pour le prix Goncourt, ne juge pas frontalement : il démonte le mécanisme du déni familial et montre comment une famille entière a pu, des décennies après la guerre, continuer à vivre dans la nostalgie de l’Occupation sans jamais nommer ce qu’elle avait été. Le tout avec un humour noir inattendu — quand la grand-mère évoque la rafle du Vél d’Hiv comme on parlerait d’un épisode de canicule, on ne sait plus si l’on doit rire ou vomir. Là où Le Barman du Ritz pose la question « qu’aurions-nous fait ? », La Propagandiste montre ce que certains ont effectivement fait — et comment ils ont vécu avec, après.


5. Une soif de livres et de liberté (Janet Skeslien Charles, 2020)

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Après les palaces et les salons mondains, une autre institution parisienne sous l’Occupation : la Bibliothèque américaine de Paris (l’American Library in Paris), fondée en 1920 grâce aux livres envoyés aux soldats américains pendant la Grande Guerre, et toujours en activité aujourd’hui. Janet Skeslien Charles, qui y a elle-même travaillé comme directrice de la programmation, s’empare de cette histoire vraie pour bâtir un roman à deux époques. À Paris en 1939, la jeune Odile Souchet est embauchée comme bibliothécaire sous la direction de Dorothy Reeder — personnage réel, Américaine qui a refusé de rentrer aux États-Unis malgré les consignes de son ambassade. Quand les nazis envahissent Paris, la bibliothèque aurait dû fermer. Reeder la maintient ouverte. Mais les lois antijuives de Vichy interdisent bientôt l’accès aux abonnés juifs. Les bibliothécaires décident alors de leur livrer les ouvrages à domicile, en secret — ce qui, en cas d’arrestation, pourrait les conduire en prison ou pire.

Le second fil narratif se situe dans une petite ville du Montana dans les années 1980. Lily, une adolescente solitaire, se lie d’amitié avec sa voisine Odile — la même Odile, désormais âgée, exilée aux États-Unis et repliée sur elle-même depuis des décennies. Pourquoi a-t-elle quitté Paris ? Pourquoi refuse-t-elle d’en parler ? Le roman révèle peu à peu ce qui s’est passé quarante ans plus tôt — et notamment un acte qu’Odile a commis pendant la guerre, lié à l’homme qu’elle aimait, et dont les conséquences ont brisé des vies autour d’elle.


6. Hôtel Berlin 43 (Vicki Baum, 1944)

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Si Le Barman du Ritz raconte l’Occupation vue depuis un palace parisien, Vicki Baum offre son pendant berlinois — avec une particularité stupéfiante. Ce roman a été rédigé pendant l’été 1943, depuis Los Angeles où Baum, Autrichienne juive exilée aux États-Unis depuis 1931, vivait et travaillait comme scénariste pour Hollywood. Or le livre anticipe des événements qui ne se sont pas encore produits au moment de sa rédaction : le complot de généraux allemands contre Hitler (qui n’aura lieu qu’en juillet 1944), les bombardements massifs sur les civils berlinois, l’effondrement moral du régime. Baum a deviné, depuis la Californie et avec une précision remarquable, comment la guerre allait finir.

Le décor est celui d’un grand hôtel berlinois où se croisent, en moins de quarante-huit heures, généraux fatigués, diplomates cyniques, un étudiant résistant condamné à mort (Martin Richter, dont le profil évoque les membres de la Rose blanche — ce réseau d’étudiants munichois exécutés en 1943 pour avoir diffusé des tracts antinazis), une actrice adulée du Führer (Lisa Doorn) et une jeune femme désargentée nommée Tilli. Le tout prend la forme d’un huis clos tendu, dans la lignée directe de Grand Hôtel, le roman le plus célèbre de Baum (1929), porté au cinéma avec Greta Garbo et devenu un classique. La traduction française de Cécile Wajsbrot, parue chez Métailié en 2021, restitue enfin le texte dans sa version intégrale, sans les coupes et atténuations imposées par les éditions précédentes.


7. Dora Bruder (Patrick Modiano, 1997)

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Un jour de 1988, Patrick Modiano tombe sur un entrefilet dans un exemplaire de Paris-Soir du 31 décembre 1941 : « On recherche une jeune fille, Dora Bruder, 15 ans, 1 m 55, visage ovale, yeux gris-marron… » Ses parents la cherchent : elle a fugué. Ces quelques lignes vont obséder Modiano pendant des années. Qui était cette adolescente ? Pourquoi avait-elle fugué ? Où s’était-elle cachée ? La fin de l’histoire, Modiano la connaît d’avance : Dora, son père Ernest et sa mère Cécile ont tous les trois été déportés à Auschwitz en 1942-1943. Aucun n’en est revenu. Mais c’est précisément ce que les documents officiels ne disent pas — les jours de fugue, les rues parcourues, les cachettes, les raisons — qui constitue le cœur du livre.

Dora Bruder n’est ni tout à fait un roman, ni tout à fait une biographie : c’est une enquête patiente dans les archives et dans les rues de Paris, où Modiano entrecroise l’histoire de Dora avec ses propres souvenirs et ceux de son père, lui aussi menacé pendant l’Occupation. Le livre procède par fragments, suppositions et silences — Modiano s’arrête dès qu’il risquerait d’inventer, et préfère laisser les blancs intacts plutôt que de combler ce qu’il ignore. Là où Collin fait revivre un personnage oublié au Ritz, Modiano tente de redonner une existence à une jeune fille dont il ne reste presque rien — quelques lignes administratives, un avis de recherche dans un vieux journal, et le silence des archives. Modiano a reçu le prix Nobel de littérature en 2014 ; Dora Bruder est souvent cité comme le livre le plus important de toute sa bibliographie.


8. Le Silence de la mer (Vercors, 1942)

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On termine par le texte qui a ouvert la voie à toute une littérature de la Résistance. En 1941, un officier allemand, Werner von Ebrennac, compositeur de profession, est logé de force chez un vieil homme et sa nièce quelque part en province. Chaque soir, il descend au salon et parle — de son amour de la France, de Bach, de la fraternité possible entre les deux peuples. Chaque soir, ses hôtes lui opposent un silence total : pas un mot, pas un regard. C’est leur seule forme de résistance. Ce face-à-face, Vercors (de son vrai nom Jean Bruller, dessinateur et graveur) l’a écrit clandestinement et publié en février 1942, à 350 exemplaires. Ce texte est le tout premier livre des Éditions de Minuit, la maison d’édition clandestine que Bruller a cofondée avec Pierre de Lescure, et qui existe encore aujourd’hui.

La force de cette nouvelle tient dans son ambiguïté. Werner von Ebrennac n’est pas un monstre : il est cultivé, sincère, et il croit véritablement à un mariage heureux entre la France et l’Allemagne. C’est justement ce qui rend le silence de ses hôtes si nécessaire — et si douloureux : si l’officier était brutal ou borné, l’ignorer serait facile ; parce qu’il est humain, la tentation de lui répondre est réelle, et y céder reviendrait à accepter l’Occupation comme une cohabitation normale. Quand Von Ebrennac découvre, lors d’une permission à Paris, que ses compatriotes ne veulent pas s’unir à la France mais la soumettre et la détruire, sa désillusion le pousse à demander son transfert sur le front de l’Est — c’est-à-dire vers une mort quasi certaine. En une cinquantaine de pages, Vercors pose la question qui traverse aussi, à sa manière, Le Barman du Ritz : comment refuser l’ennemi quand celui-ci se présente sous un visage humain ?