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Que lire après « Le Barman du Ritz » de Philippe Collin ?

Que lire après « Le Barman du Ritz » de Philippe Collin ?

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Le Barman du Ritz (Albin Michel, 2024) est le premier roman de Philippe Collin, producteur sur France Inter et auteur de podcasts consacrés à des figures historiques. Il retrace le parcours de Frank Meier, barman juif d’origine autrichienne qui officie au Ritz pendant l’Occupation, contraint de servir les dignitaires nazis et de cacher ses origines.

Le roman a reçu le prix Maurice Druon et le prix Le Temps retrouvé. Si vous cherchez quoi lire ensuite, voici quelques pistes.


1. La Dame du Ritz (Mélanie Benjamin, 2020)

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Le lien avec le roman de Philippe Collin est ici le plus immédiat : même lieu, même époque, personnages communs. La romancière américaine Mélanie Benjamin s’empare de la figure de Blanche Auzello, épouse du directeur du Ritz, Américaine d’origine juive. Sous l’Occupation, les officiers du Reich — Hermann Göring en tête — réquisitionnent le palace, mais Blanche refuse de se résigner.

Mélanie Benjamin alterne les points de vue du couple Auzello pour révéler les fissures intimes que la guerre creuse entre eux, et les actes de résistance discrets que chacun mène à l’insu de l’autre. C’est le contrechamp féminin du Barman du Ritz : même décor, même huis clos doré, mais vu cette fois depuis l’autre côté du comptoir.


2. Lutetia (Pierre Assouline, 2005)

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Autre palace parisien. Pierre Assouline nous raconte l’hôtel Lutetia, unique palace de la rive gauche, à travers le regard d’Édouard Kiefer, ancien policier des Renseignements généraux devenu responsable de la sécurité de l’établissement. De 1938 à 1945, cet homme au sang-froid inébranlable voit défiler écrivains en exil, officiers nazis et trafiquants du marché noir.

Une question morale tenace court sous le texte : jusqu’où peut-on aller sans trahir sa conscience ? La dernière partie, consacrée à la transformation du Lutetia en centre d’accueil pour les déportés de retour des camps, est la plus déchirante. Le palace y devient un personnage à part entière — lieu de faste, puis d’infamie, puis de deuil.


3. Une brève libération (Félicité Herzog, 2022)

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Félicité Herzog raconte l’histoire vraie de sa mère, Marie-Pierre de Cossé-Brissac, issue de la haute aristocratie française, et de Simon Nora, fils d’un grand médecin juif parisien devenu résistant dans le maquis du Vercors. Tout oppose leurs familles — les salons collaborationnistes d’un côté, le combat clandestin de l’autre —, et pourtant leurs héritiers tombent amoureux.

Deux réalités qui n’auraient jamais dû se croiser tiennent ensemble dans ces pages : un hôtel particulier où l’on reçoit le Tout-Vichy, de Paul Morand à Coco Chanel, et les forêts où les SS fusillent les maquisards. Récompensé par le prix Simone Veil et le prix Historia du roman, il montre que la Libération n’a pas suffi à réconcilier deux France que tout séparait — le sang, la classe, la mémoire.


4. La Propagandiste (Cécile Desprairies, 2023)

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Historienne et germaniste spécialiste de l’Occupation, Cécile Desprairies signe ici un premier roman nourri de sa propre histoire familiale. Dans le Paris des Trente Glorieuses, la narratrice — alors enfant — assiste aux réunions d’un « gynécée » familial où l’on évoque à demi-mot un passé trouble. Qui est vraiment Lucie, sa mère, surnommée par les Allemands « la propagandiste » ?

L’enquête remonte jusqu’à l’hiver 1940, où la jeune Lucie bascule dans la propagande antisémite aux côtés du Commissariat général aux questions juives. Desprairies met à nu les mécanismes du déni familial et l’absence de repentir avec un humour corrosif qui rend l’horreur d’autant plus saisissante. Le livre a figuré dans la sélection du prix Goncourt 2023.


5. L’Affaire Léon Sadorski (Romain Slocombe, 2016)

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Avril 1942. L’inspecteur Léon Sadorski, pétainiste convaincu et antisémite zélé, œuvre à la 3ᵉ section des Renseignements généraux : contrôle et arrestation des Juifs pour les expédier à Drancy. Arrêté par la Gestapo et transféré à Berlin, il est retourné par les Allemands pour devenir leur informateur au sein de la préfecture de police de Paris.

Inspiré d’un personnage réel — le policier Louis Sadosky —, ce polar historique adopte le point de vue d’un « salaud ordinaire », veule et cupide, à qui l’Occupation offre un terrain de jeu idéal. Premier tome d’une série de sept volumes, retenu lui aussi pour le Goncourt. Un contre-pied radical par rapport au Barman du Ritz : ici, on voit la collaboration de l’intérieur, par les yeux de celui qui en profite.


6. Les Dernières Heures (Ruth Druart, 2022)

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Ruth Druart, romancière britannique installée à Paris, imagine la rencontre interdite entre Élise, jeune Française engagée dans l’exfiltration d’enfants juifs, et Sebastian, soldat allemand enrôlé malgré lui dans les jeunesses hitlériennes, affecté à la traduction de lettres de dénonciation. Leur histoire d’amour naît dans le Paris de 1944, à quelques semaines de la Libération.

Le second fil narratif se situe en 1963 : Joséphine, la fille d’Élise, découvre un secret de famille et part à la recherche de ses origines. Le livre ne contourne ni le sort réservé aux femmes accusées de « collaboration horizontale » — tondues, humiliées, ostracisées —, ni la question des soldats allemands qui n’ont jamais adhéré à l’idéologie nazie.


7. Rose Valland, l’espionne à l’œuvre (Jennifer Lesieur, 2023)

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Cette biographie retrace le parcours de Rose Valland, attachée de conservation au musée du Jeu de Paume, devenue espionne à son poste pendant l’Occupation. Alors que les nazis utilisent le musée comme centre de tri pour les œuvres d’art spoliées aux familles juives, Rose Valland note tout : titres, artistes, propriétaires, destinations. Au risque d’être fusillée ou déportée.

Après la guerre, elle consacre sa vie à retrouver et restituer les quelque 60 000 œuvres qu’elle a contribué à sauver. Jennifer Lesieur — prix Goncourt de la biographie pour Jack London — rend justice à une figure que le film Monuments Men n’avait qu’effleurée. Le sujet n’a rien de révolu : des milliers d’œuvres spoliées n’ont toujours pas retrouvé leurs propriétaires légitimes.


8. Le Silence de la mer (Vercors, 1942)

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Publié clandestinement aux Éditions de Minuit en 1942, ce court récit de Vercors (pseudonyme de Jean Bruller) est l’un des textes fondateurs de la littérature de la Résistance. Un officier allemand cultivé, Werner von Ebrennac, est logé chez un vieil homme et sa nièce qui lui opposent un mutisme absolu — forme de résistance passive.

Chaque soir, l’officier parle seul, évoque sa passion pour la France, sa foi en une réconciliation entre les deux pays. Mais la réalité du nazisme finira par le rattraper. Adapté au cinéma par Jean-Pierre Melville en 1949, ce texte d’à peine cent pages tient sa force de ce qu’il laisse en suspens : tout se joue dans ce qui n’est pas dit.


9. HHhH (Laurent Binet, 2010)

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L’acronyme signifie « Himmlers Hirn heißt Heydrich » — le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich. Laurent Binet reconstitue l’opération Anthropoid : en mai 1942, deux parachutistes tchécoslovaques envoyés par Londres assassinent Reinhard Heydrich, bras droit de Himmler et planificateur de la Solution finale, en pleine rue de Prague.

Ce qui rend le livre inclassable, c’est la place qu’y occupe la réflexion de l’auteur sur son propre travail : Binet expose ses doutes, ses scrupules face à la tentation de romancer, son refus de trahir la vérité historique par la fiction. Salué par le prix Goncourt du premier roman, HHhH est à la fois un récit de guerre, un essai sur l’écriture de l’Histoire et un hommage à deux héros oubliés.


10. La Trilogie berlinoise (Philip Kerr, 2008)

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Bernhard « Bernie » Gunther, ancien commissaire de la Kripo devenu détective privé, enquête dans le Berlin des années 1930 et 1940. Les trois romans qui composent cette trilogie — L’Été de cristal, La Pâle Figure, Un requiem allemand — plongent le lecteur·ice dans une Allemagne où la corruption, la violence et l’idéologie nazie gangrènent jusqu’aux institutions policières.

Philip Kerr a l’intelligence de ne pas plaquer le polar sur l’Histoire : les deux se nourrissent mutuellement, l’enquête policière ouvre des portes que le récit historique seul ne pourrait pas forcer. Gunther est un antihéros lucide, cynique par nécessité, dont le regard désabusé sur le IIIᵉ Reich donne à voir, de l’intérieur, comment un régime corrompt tout ce qu’il touche — y compris ceux qui le servent à contrecœur.


11. L’Armée des ombres (Joseph Kessel, 1943)

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Écrit à Alger en 1943 alors que la France est encore occupée, ce roman de Joseph Kessel est le grand livre de la Résistance intérieure française. À travers une galerie de personnages — Philippe Gerbier, Mathilde, Le Bison, Petit Jean —, Kessel décrit la clandestinité, les réseaux, les trahisons, les exécutions, et ce qui soude celles et ceux qui risquent leur vie ensemble.

Le film de Jean-Pierre Melville (1969), avec Lino Ventura et Simone Signoret, a immortalisé le livre. Mais le texte original conserve une âpreté que l’écran adoucit. Kessel, lui-même résistant et aviateur des Forces françaises libres, ne romançait pas : il écrivait ce qu’il avait vu — et cela se sent à chaque page.


12. La Pouponnière d’Himmler (Caroline de Mulder, 2024)

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Bavière, 1944. Heim Hochland, première maternité du programme Lebensborn conçu par Heinrich Himmler, semble préservée de la guerre : nourriture abondante, hygiène irréprochable, cadre bucolique. Les femmes enceintes — « de sang pur » — y sont accueillies pour donner naissance aux futurs soldats du Reich. Derrière le confort, une entreprise de sélection raciale méthodique.

Caroline de Mulder construit son roman autour de trois personnages : Renée, une jeune Française tondue pour avoir aimé un soldat allemand ; Helga, infirmière dévouée dont les certitudes vacillent ; et Marek, prisonnier polonais réduit au travail forcé. Alors que les Alliés approchent, l’abri se transforme en piège. Un roman où la guerre se lit d’abord sur les corps — ceux que le Reich prétend fabriquer, et ceux qu’il broie.


13. Les Bienveillantes (Jonathan Littell, 2006)

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Maximilien Aue, ancien officier SS, relate son expérience de la Seconde Guerre mondiale — du front de l’Est à Stalingrad, des camps d’extermination à la chute de Berlin. Ce roman-fleuve de près de 900 pages, couronné par le prix Goncourt et le Grand Prix du roman de l’Académie française, a déclenché à sa parution un débat qui n’est toujours pas clos : peut-on, doit-on donner la parole à un bourreau ?

C’est pourtant le pari de Jonathan Littell, Américain francophone. La voix d’Aue, cultivée, froide, parfois sardonique, force le lecteur·ice à regarder l’horreur depuis l’intérieur de la machine nazie. Le titre — emprunté à l’Orestie d’Eschyle, où les Érinyes deviennent les « Bienveillantes » après le procès d’Oreste — pose d’emblée la question centrale du livre : que fait-on du mal une fois la guerre finie ? Un roman éprouvant, sans équivalent dans la littérature contemporaine sur le sujet.