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Que lire après « La Nuit des temps » de René Barjavel ?

Que lire après « La Nuit des temps » de René Barjavel ?

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Publié en 1968 aux Presses de la Cité et couronné par le prix des Libraires l’année suivante, La Nuit des temps est le plus grand succès de René Barjavel, avec plus de 2,6 millions d’exemplaires vendus. Il raconte la découverte, sous les glaces de l’Antarctique, d’une civilisation disparue depuis 900 000 ans et d’un couple en biostase — Éléa et Païkan — séparés par une guerre totale entre deux superpuissances, Gondawa et Enisoraï. À la fois roman de science-fiction, fable sur les dérives du progrès et tragédie amoureuse, c’est l’un des livres les plus lus de la littérature française — et l’un de ceux qu’on repose le plus difficilement.

Si vous êtes à la recherche de lectures du même genre, voici quelques pistes. Au menu : civilisations perdues, fins du monde, amours impossibles et mystères enfouis sous la glace ou sous la terre.


1. Le Grand Secret (René Barjavel, 1973)

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Après La Nuit des temps, Le Grand Secret est le prolongement le plus naturel. Le roman se présente comme une uchronie dans laquelle les grands événements politiques des années 1950 à 1970 — l’assassinat de Kennedy, la fin de la guerre froide, le comportement de De Gaulle en mai 68 — trouvent une explication secrète et commune. Un savant indien a découvert le virus JL3, qui rend immortel quiconque le contracte. Les chefs d’État du monde entier, informés de cette découverte, s’allient dans l’ombre pour confiner les contaminés sur un îlot perdu de l’archipel des Aléoutiennes.

L’autre fil narratif suit Jeanne, dont l’amant Roland disparaît du jour au lendemain, happé par cette conspiration mondiale. Pendant dix-sept ans, elle le cherche sans relâche, portée par un amour obstiné — celui de Simon pour Éléa n’est pas loin. On retrouve les obsessions de Barjavel : l’amour comme moteur de toute action, la science qui se retourne contre l’humanité, et la question — plus amère qu’il n’y paraît — de savoir si vivre éternellement ne serait pas la pire des malédictions. Le paradis de l’îlot 307, où les immortels vivent nus et en paix, finit par virer à l’enfer — parce que chez Barjavel, le paradis vire toujours à l’enfer.


2. Ravage (René Barjavel, 1943)

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Si La Nuit des temps contemplait une civilisation avancée détruite par la guerre, Ravage en est le négatif : une civilisation future anéantie par la disparition soudaine de l’électricité. Nous sommes en 2052, dans un Paris ultra-technologique où les humains se déplacent en véhicules volants, consomment de la viande synthétique et vivent dans les « Villes Hautes » de l’architecte Le Cornemusier (clin d’œil transparent à Le Corbusier). François Deschamps, jeune Provençal venu retrouver son amie d’enfance Blanche, voit cette société s’effondrer en quelques heures quand toutes les machines cessent de fonctionner.

Paris sombre alors dans le pillage, le choléra et les incendies. François rassemble un petit groupe de survivants et les entraîne vers la Provence dans un périple qui tient autant du roman d’aventures que de la parabole biblique. Le livre, écrit en pleine Occupation, frappe par sa prescience : Barjavel y imagine Notre-Dame en feu (la flèche s’effondre en premier), la Tour Montparnasse — qui ne sera construite que trente ans plus tard — et une forme de téléphone portable. Le ton est nettement plus noir que dans La Nuit des temps, et la conclusion, où François devenu patriarche interdit toute machine, résume l’angoisse qui hante tous ses romans : le progrès technique conduit-il fatalement à la catastrophe ?


3. Les Montagnes hallucinées (H. P. Lovecraft, 1936)

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Voilà un lien que peu de lecteur·ices soupçonnent au premier abord, et pourtant : Les Montagnes hallucinées et La Nuit des temps reposent sur la même armature. Une expédition scientifique en Antarctique, la découverte de vestiges d’une civilisation antédiluvienne, des créatures en biostase qui ne sont peut-être pas tout à fait mortes — Lovecraft a posé ces jalons trente ans avant Barjavel, dans un tout autre registre.

Le professeur William Dyer, géologue de l’université Miskatonic, raconte comment son équipe a mis au jour, derrière une chaîne de montagnes colossales, les ruines d’une cité cyclopéenne bâtie par les Choses Très Anciennes, des entités extraterrestres arrivées sur Terre bien avant l’apparition de l’homme. Les bas-reliefs gravés dans la pierre révèlent l’histoire de ces créatures, leur guerre contre les Shoggoths — leurs esclaves amorphes — et leur lent déclin. Là où Barjavel fait de la glace un écrin pour un amour fou, Lovecraft en fait le couvercle d’un cauchemar cosmique.

La tension du récit tient à son mécanisme de dévoilement : chaque salle, chaque bas-relief ajoute un degré d’horreur supplémentaire, jusqu’au moment où Dyer et son étudiant Danforth tombent sur quelque chose que la raison humaine ne peut pas absorber. Si La Nuit des temps vous a fasciné·e par l’idée qu’une civilisation oubliée puisse dormir sous les glaces, Les Montagnes hallucinées vous montrera ce qui se passe quand cette civilisation n’avait rien d’humain.


4. L’Atlantide (Pierre Benoit, 1919)

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Avant Barjavel, avant Lovecraft, Pierre Benoit avait déjà envoyé deux officiers français à la rencontre d’une civilisation perdue — non pas sous les glaces, mais au cœur du Sahara algérien. En 1903, le lieutenant André de Saint-Avit et le capitaine Morhange, en expédition géographique dans le Hoggar, se retrouvent prisonniers d’un royaume souterrain gouverné par Antinéa, mystérieuse reine qui se prétend descendante de Neptune et dernière héritière des Atlantes.

Le roman, qui valut à Benoit le Grand prix du roman de l’Académie française, repose sur un dispositif narratif astucieux : c’est Saint-Avit lui-même qui confesse son histoire au lieutenant Ferrières, après lui avoir annoncé tout de go qu’il a tué Morhange. Pourquoi ? À cause d’Antinéa, bien sûr — femme fatale dont aucun homme ne revient indemne, et qui conserve dans une salle secrète les corps embaumés de tous ses anciens amants, recouverts d’orichalque. On pense à la sphère d’or de La Nuit des temps et à ses occupants figés dans le temps.

Paru juste après la Première Guerre mondiale, le roman a offert à des lecteur·ices meurtri·es par les tranchées une évasion vers l’exotisme, le mystère et la passion. Le style de Benoit, nourri de références à Platon et aux explorateurs du continent africain, a certes pris quelques rides coloniales — mais Antinéa, elle, n’a pas vieilli d’un jour.


5. Solaris (Stanisław Lem, 1961)

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La Nuit des temps pose, en filigrane, la question de la communication entre deux humanités que 900 000 ans séparent. Solaris prend cette question et la pousse dans ses derniers retranchements : que se passe-t-il quand l’Autre est si fondamentalement différent que toute compréhension mutuelle est impossible ?

Le Dr Kris Kelvin, psychologue, arrive sur la station spatiale en orbite autour de la planète Solaris — un monde entièrement recouvert d’un océan protoplasmique que les scientifiques étudient depuis des décennies sans résultat. Ses collègues, le physicien Sartorius et le cybernéticien Snaut, sont visiblement terrifiés. Kelvin ne tarde pas à comprendre pourquoi : l’océan a commencé à matérialiser les souvenirs enfouis des occupants de la station. Pour Kelvin, c’est Harey qui apparaît — sa compagne disparue, morte par suicide des années plus tôt. Parfaite réplique physique, elle ignore pourtant sa propre nature et ne peut être détruite.

Lem a écrit un jour qu’il voulait raconter une rencontre avec quelque chose qui « ne peut être réduit aux concepts humains ». L’océan de Solaris n’est ni bienveillant ni hostile — il est incompréhensible, et c’est bien plus vertigineux que n’importe quelle menace. Adapté au cinéma par Andreï Tarkovski en 1972, puis par Steven Soderbergh en 2002, le roman reste l’un des sommets de la science-fiction mondiale. Et la tragédie de Kelvin face à la pseudo-Harey — aimer quelqu’un qui n’existe pas, ou pas tout à fait — fait écho de très près à celle d’Éléa et Païkan.


6. Le Monde englouti (J. G. Ballard, 1962)

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Là où Barjavel imaginait une civilisation ensevelie sous la glace, Ballard la noie sous les eaux. Dans un futur proche, des explosions solaires ont provoqué une hausse irréversible des températures ; les calottes polaires ont fondu, les océans se sont élevés, et un climat tropical règne sur l’ensemble du globe. Londres n’est plus qu’un archipel de lagunes où seuls émergent les sommets des plus hauts immeubles, noyés sous une végétation préhistorique.

Le biologiste Robert Kerans, en mission scientifique pour cartographier ce qui reste de la ville, y rencontre Béatrice Dahl, dernière héritière d’une fortune désormais sans objet. Mais Le Monde englouti n’est pas un roman de survie classique. C’est un récit de régression psychique : à mesure que l’environnement retourne au Trias, les esprits humains semblent faire de même, attirés par des rêves archaïques de soleils géants et de marécages primordiaux. Kerans, loin de lutter contre la catastrophe, s’y abandonne peu à peu.

C’est ce qui rend le roman si troublant. Ballard, figure majeure de la New Wave britannique, ne s’intéresse pas à la reconstruction — il s’intéresse à la fascination de l’effondrement. Le paysage qu’il peint, où des iguanes géants prennent leurs aises dans les halls d’hôtels submergés, possède une beauté étrange et vénéneuse. Pour qui a été marqué·e par l’atmosphère crépusculaire de La Nuit des temps — cette civilisation brillante réduite à néant —, c’est un contrepoint saisissant : même catastrophe planétaire, même monde qui sombre — mais ici, personne n’essaie de sauver quoi que ce soit.


7. La Cité et les Astres (Arthur C. Clarke, 1956)

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Un milliard d’années dans le futur. La Terre est un désert. Il ne reste qu’une seule ville, Diaspar, cité éternelle où dix millions d’habitants renaissent indéfiniment grâce à des « circuits d’éternité » gérés par un ordinateur omnipotent. Personne ne meurt, personne ne vieillit, personne ne sort — la simple idée du « dehors » provoque chez les habitants une terreur ancestrale, héritage d’une époque où de mystérieux Envahisseurs auraient chassé l’humanité des étoiles.

Alvin est un Unique : il vit sa toute première existence dans Diaspar. Dépourvu de la peur atavique de ses concitoyens, il décide de quitter la cité — et découvre Lys, une autre communauté humaine, rurale et télépathique, qui a emprunté un chemin radicalement opposé. La suite l’entraînera aux confins de la galaxie, à la recherche de la véritable histoire de l’humanité.

Le parallèle avec La Nuit des temps est immédiat : une civilisation en vase clos, un passé enfoui, un individu qui refuse la résignation collective. Mais là où Barjavel concluait dans la tragédie, Clarke ouvre la porte. Diaspar est l’une des utopies les plus crédibles de la littérature de science-fiction, et c’est justement sa perfection qui la rend étouffante. Le roman porte en lui l’idée que la curiosité est le seul antidote à la stagnation — et que l’humanité n’est jamais aussi vivante que lorsqu’elle accepte de ne pas tout savoir.


8. Silo (Hugh Howey, 2012)

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Dans un futur post-apocalyptique indéterminé, quelques milliers de survivants occupent un immense bunker souterrain de 144 étages — le Silo. L’air extérieur est toxique, ou du moins c’est ce qu’on leur dit. Des caméras retransmettent en permanence l’image d’un paysage de désolation sur un écran géant. Ceux qui émettent le souhait de sortir sont exaucés : on les envoie dehors, en combinaison, pour « nettoyer » les capteurs. Ils ne reviennent jamais.

Quand le shérif Holston, hanté par la mort de sa femme Allison (elle-même sortie trois ans plus tôt), décide à son tour de franchir le sas, il déclenche une chaîne d’événements qui va fissurer les fondations du Silo. C’est Juliette, mécanicienne des niveaux inférieurs au tempérament inflexible, qui prendra le relais et remettra en question tout ce que les habitants du Silo tiennent pour vrai. Derrière les règles de vie, les naissances contrôlées et les tabous soigneusement entretenus, se cache un système de contrôle autrement plus vaste — et plus ancien — que quiconque ne le soupçonne.

Le rapprochement avec La Nuit des temps tient à cette idée centrale : la vérité sur le monde est enfouie, et le pouvoir appartient à ceux qui la détiennent. Chez Barjavel, ce sont les ruines de Gondawa sous la glace ; chez Howey, ce sont les secrets du DIT, le département informatique qui gouverne le Silo dans l’ombre. Publié d’abord en auto-édition sur Amazon avant de devenir un phénomène mondial (traduit chez Actes Sud et adapté en série par Apple TV+), Silo rappelle que le huis clos le plus oppressant n’est pas celui des murs — c’est celui du mensonge.


9. La Terre demeure (George R. Stewart, 1949)

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Isherwood Williams — Ish pour les intimes — est un étudiant en écologie isolé dans les montagnes de Californie lorsqu’une pandémie fulgurante anéantit la quasi-totalité de l’humanité. Quand il redescend vers la civilisation, il ne trouve que des villes désertes, des voitures abandonnées et quelques survivants hagards. Le titre, emprunté à l’Ecclésiaste, annonce la couleur : les générations passent, mais la terre, elle, demeure.

Le roman suit Ish sur plusieurs décennies, de sa traversée solitaire des États-Unis à la fondation d’une petite communauté — « la Tribu » — avec Em, la femme qu’il rencontre en Californie. Stewart, qui était professeur d’anglais et anthropologue à Berkeley, ne s’intéresse pas tant à la catastrophe elle-même qu’à ce qui vient après : comment transmettre le savoir ? Faut-il apprendre à lire aux enfants quand la survie immédiate exige de savoir chasser et tailler des pointes de flèche ? À quoi sert une bibliothèque si personne n’en franchit plus la porte ?

Le roman est imprégné d’une mélancolie tenace, ponctué d’interludes lyriques en italique où un narrateur omniscient observe la nature reprendre ses droits — les chiens retournés à l’état sauvage, les rats en surnombre, le pont du Golden Gate qui se corrode lentement. Stephen King cite La Terre demeure comme l’une des sources d’inspiration du Fléau. Publié la même année que 1984, c’est sans doute le roman de cette liste qui dit le mieux ce que signifie perdre un monde — et constater que le suivant se passera très bien de bibliothèques.