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Que lire après « Siddhartha » de Hermann Hesse ?

Que lire après « Siddhartha » de Hermann Hesse ?

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Publié en 1922 en langue allemande, Siddhartha est un roman philosophique de Hermann Hesse (1877–1962), prix Nobel de littérature en 1946. Il retrace le parcours d’un jeune brahmane — un membre de la caste sacerdotale hindoue — prénommé Siddhartha, à ne pas confondre avec Siddhartha Gautama, le Bouddha historique. Dans l’Inde du Ve siècle avant notre ère, le jeune homme quitte sa famille pour rejoindre des ascètes itinérants, les samanas, puis rencontre Gotama le Bouddha en personne. Mais il refuse d’embrasser sa doctrine, convaincu que la sagesse ne se transmet pas : elle se vit. S’ensuivent des années de plaisirs mondains auprès de la courtisane Kamala et du marchand Kamaswami, avant qu’un retour au fleuve — et la rencontre du passeur Vasudeva — ne le mène enfin vers l’éveil. Nourri par le voyage de Hesse en Inde en 1911 et par sa connaissance intime des philosophies orientales — héritée de sa mère, née en Inde —, le roman est devenu un phénomène international à partir de sa publication américaine en 1951, puis un livre culte de la contre-culture des années 1960.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques recommandations dans le même esprit.


1. Narcisse et Goldmund (Hermann Hesse, 1930)

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Dans l’Allemagne médiévale, au monastère de Mariabronn, deux tempéraments que tout oppose se lient d’une amitié profonde. Narcisse, novice d’une intelligence redoutable, se destine à la vie contemplative et au savoir. Goldmund, élève rêveur confié aux moines par son père, ignore encore que sa vocation se situe ailleurs. C’est Narcisse qui lui rend le souvenir effacé de sa mère et le pousse à quitter le cloître pour aller vivre. Goldmund prend alors la route : il connaît l’amour charnel, la vie de vagabond, la peur de la mort, les ravages de la peste, et finit par trouver dans la sculpture un moyen de figer la beauté fugitive du monde.

Le roman tout entier tient sur une tension fondamentale : l’esprit contre les sens, la pensée contre l’art, la vie monastique contre la vie errante. Hesse ne tranche pas. Les deux amis ont besoin l’un de l’autre pour saisir ce qui leur échappe, et leurs retrouvailles épisodiques comptent parmi les plus belles pages du livre. Là où Siddhartha cherchait l’unité du monde au bord du fleuve, Narcisse et Goldmund la cherche dans le dialogue entre deux façons d’habiter l’existence : celle de l’homme qui prie et celle de l’homme qui crée — dans un Moyen Âge de routes boueuses, d’ateliers de sculpteurs et de chapelles silencieuses que Hesse reconstitue avec un soin remarquable.


2. Demian (Hermann Hesse, 1919)

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Publié sous le pseudonyme d’Émile Sinclair — qui est aussi le nom du protagoniste —, Demian raconte la sortie de l’enfance d’un jeune garçon élevé dans un foyer bourgeois et pieux, qui prend peu à peu conscience de la dualité irréductible du monde : d’un côté la lumière rassurante du cocon familial, de l’autre les forces obscures, à la fois terrifiantes et irrésistibles, que la bonne société préfère ignorer. L’irruption de Max Demian dans sa vie — camarade de classe au charisme singulier — va tout changer. Demian propose à Sinclair une relecture du mythe de Caïn et Abel : la marque de Caïn, loin d’être une malédiction, serait un signe de supériorité et de courage. Plus tard, il lui fait découvrir Abraxas, divinité issue du gnosticisme — un courant de pensée religieux des premiers siècles de notre ère — qui réunit en elle le bien et le mal, la lumière et les ténèbres.

Le roman doit beaucoup à la psychanalyse de Carl Gustav Jung : Hesse l’a rédigé en 1917, alors qu’il suivait une thérapie avec un élève de Jung, et l’empreinte est partout. Les rêves, les symboles, la recherche de ce que Jung appelait « l’individuation » — c’est-à-dire le fait de devenir pleinement soi-même en intégrant toutes les facettes de sa personnalité, y compris les plus sombres — traversent chaque chapitre. Demian est plus sombre et plus fiévreux que Siddhartha, mais il pose la même question essentielle : comment devient-on soi-même quand les modèles proposés ne suffisent plus ? La réponse, ici, passe par l’acceptation de tout ce que la morale officielle préférerait voir refoulé. Un livre qui a marqué des générations de jeunes lecteur·ices — de la jeunesse désenchantée de l’entre-deux-guerres allemand jusqu’au groupe de K-pop BTS, qui lui a consacré un clip entier (Blood, Sweat & Tears) en 2016.


3. Le Fil du rasoir (W. Somerset Maugham, 1944)

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Larry Darrell est un jeune Américain revenu de la Première Guerre mondiale avec une blessure que personne ne voit : la mort d’un camarade pilote qui s’est sacrifié pour lui. De retour à Chicago, fiancé à la belle Isabel Bradley, il refuse le poste de courtier qui lui est offert et annonce qu’il préfère… réfléchir. Scandale mondain. Tandis qu’Isabel choisit la sécurité matérielle et épouse un autre homme, Larry part pour Paris, puis pour l’Inde, à la recherche d’une vérité que ni les livres de philosophie ni les salons parisiens ne peuvent lui donner.

Maugham — qui se met lui-même en scène comme narrateur — construit un trio de personnages mémorable : Larry le chercheur d’absolu, Isabel l’ambitieuse qui ne renoncera jamais à le reconquérir, et Elliott Templeton, oncle d’Isabel, snob magnifique dont la mondanité atteint des sommets comiques. Le titre est emprunté aux Katha Upanishad, un texte sacré hindou vieux de près de trois mille ans : « Le tranchant d’un rasoir est difficile à franchir ; ainsi les sages disent que le chemin du Salut est difficile. » Ce qui fait la singularité du roman, c’est le refus de tout jugement moral. Maugham ne dit jamais qui a raison entre Larry et Isabel, entre la quête spirituelle et l’ambition sociale. Il observe, il raconte, il laisse chacun·e se faire son idée — avec un humour sec et une élégance qui n’appartiennent qu’à lui. Un roman qui, dès 1944, anticipait le départ de toute une jeunesse occidentale vers les ashrams de l’Inde.


4. L’Alchimiste (Paulo Coelho, 1988)

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Santiago est un jeune berger andalou qui fait un rêve récurrent : un trésor l’attend au pied des pyramides d’Égypte. Encouragé par Melchisédec, énigmatique roi de Salem qui semble tout savoir de lui sans l’avoir jamais vu, il vend son troupeau et traverse la Méditerranée. Dépouillé de tout dès son arrivée en Afrique du Nord, il travaille chez un marchand de cristaux, reprend la route avec une caravane, tombe amoureux de Fatima dans une oasis du désert, et rencontre enfin l’Alchimiste, un sage qui lui apprend à lire les signes que le monde adresse à ceux qui veulent bien les voir.

Le moteur du récit est une idée simple, répétée comme un mantra : quand on désire quelque chose de tout son cœur, l’univers entier conspire à réaliser ce souhait. On adhère ou non à la formule — les avis sur L’Alchimiste sont rarement tièdes —, mais Coelho a indéniablement touché des millions de lecteur·ices à travers le monde (plus de 85 millions d’exemplaires vendus, traduits dans des dizaines de langues) avec un conte qui mise tout sur la limpidité et l’universalité du message plutôt que sur la complexité narrative. Comme Siddhartha, c’est un roman où le héros apprend davantage de ses erreurs et de ses détours que de ses succès — et où la fin réserve une ironie délicieuse sur la nature même de ce qu’il cherchait.


5. Le Prophète (Khalil Gibran, 1923)

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Almustafa est un prophète. Depuis douze ans, il vit en exil dans la ville d’Orphalèse, loin de sa terre natale. Le jour où le navire qui doit le ramener chez lui apparaît enfin dans le port, les habitants viennent lui poser une dernière série de questions sur les grands sujets de l’existence : l’amour, le mariage, les enfants, le travail, la joie, la douleur, la liberté, la mort… À chaque question, Almustafa répond par un texte bref, à mi-chemin entre le sermon et le poème.

Gibran, écrivain et peintre libanais émigré aux États-Unis, a écrit Le Prophète en anglais après en avoir esquissé les grandes lignes en arabe dès l’adolescence — soit plus de vingt ans de maturation. Le livre n’est ni un roman, ni un essai, ni tout à fait un recueil de poésie : c’est un livre de sagesse au sens le plus direct du terme, vingt-six courts chapitres que l’on peut lire d’une traite ou rouvrir au hasard selon l’humeur du moment. La langue de Gibran, limpide et riche en images tirées de la nature, se nourrit de traditions multiples : le christianisme maronite de son enfance libanaise, le soufisme — courant mystique de l’islam, centré sur l’union intime avec le divin — et la philosophie occidentale. Depuis 1923, le livre n’a jamais cessé d’être réimprimé et il figure parmi les ouvrages les plus traduits au monde — preuve que les questions d’Orphalèse sont aussi les nôtres.


6. Jonathan Livingston le goéland (Richard Bach, 1970)

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Jonathan Livingston est un goéland, mais il refuse de voler pour manger. Ce qui l’intéresse, c’est voler pour voler : repousser les limites de la vitesse, de l’altitude, de la perfection du geste. Ses congénères, pour qui un goéland digne de ce nom ne prend les airs que pour se nourrir, le trouvent au mieux bizarre, au pire dangereux. Le Conseil du Clan finit par le bannir. Exilé de l’autre côté des Falaises Lointaines, Jonathan continue de s’entraîner seul — et découvre qu’il n’est pas le seul à avoir refusé le conformisme.

Richard Bach, ancien pilote de l’armée de l’air américaine, a conçu cette fable comme un appel à la liberté individuelle. Le texte, très court (87 pages, dont la moitié de photographies de goélands prises par Russell Munson), a été refusé par 18 éditeurs avant de devenir un phénomène de librairie dans les années 1970. La traduction française est signée Pierre Clostermann, as de l’aviation et écrivain lui-même, qui comparait le livre au Petit Prince de Saint-Exupéry — encore un aviateur-écrivain. La parenté tient : même brièveté, même apparente simplicité, même capacité à dire des choses profondes avec des mots que tout le monde comprend. Certain·es y verront un conte naïf ; d’autres, un rappel salutaire que la vraie vie commence là où s’arrête la conformité.


7. Le Messie récalcitrant (Richard Bach, 1977)

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Richard — pilote de biplan, saltimbanque de l’air qui vend des baptêmes à trois dollars les dix minutes au-dessus des champs du Midwest — tombe un jour sur un autre zinc identique au sien, posé dans un pré voisin. Adossé à sa carlingue, Donald Shimoda, ancien mécanicien de garage, se présente comme un messie qui a démissionné. Les foules voulaient des miracles ? Il en faisait. Mais personne ne s’intéressait au message derrière les miracles. Alors Donald a rendu son tablier de sauveur — et il a repris les airs.

Avec Le Messie récalcitrant, Bach pousse plus loin l’intuition de Jonathan Livingston : le monde tel que nous le percevons n’est fait que d’illusions, et chacun·e possède le pouvoir de s’en affranchir. L’enseignement passe par les dialogues entre les deux pilotes et par les aphorismes tirés du « Manuel du Messie », guide improbable dont la particularité est de s’ouvrir toujours à la page dont le lecteur a besoin. Le ton est léger, souvent cocasse, et la parabole ne se prend jamais trop au sérieux — ce qui, pour un livre sur le sens de la vie, n’est pas le moindre de ses mérites. Plus accessible et plus drôle que Jonathan Livingston, Le Messie récalcitrant en prolonge la philosophie avec la désinvolture d’un homme qui a compris qu’on ne sauve personne malgré soi.


8. Walden ou la Vie dans les bois (Henry David Thoreau, 1854)

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Le 4 juillet 1845 — jour de la fête nationale américaine, et ce n’est pas un hasard —, Henry David Thoreau s’installe dans une cabane qu’il a construite de ses mains au bord de l’étang de Walden, près de Concord, dans le Massachusetts. Il y restera deux ans, deux mois et deux jours. Son projet : vivre de manière délibérée, affronter les faits essentiels de l’existence, et ne pas découvrir au soir de sa vie qu’il n’avait pas vécu. Le livre qui en résulte, publié en 1854, est à la fois un récit autobiographique, une méditation philosophique, un pamphlet contre la société de consommation naissante et un carnet d’observations naturalistes d’une précision quasi scientifique.

Thoreau n’est pas un ermite : sa cabane se trouve à un mile à peine de sa famille, il reçoit des visiteurs et retourne régulièrement à Concord. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas la fuite, mais le dépouillement volontaire comme méthode de connaissance de soi. Il tient les comptes de ses dépenses au centime près (28 dollars et 12 cents pour la maison), cultive des haricots, observe le dégel de l’étang au printemps — et tire de ces détails infimes de quoi repenser l’existence de fond en comble. C’est aussi dans cette cabane qu’il développe ses idées sur la désobéissance civile — le droit de refuser d’obéir à un État dont on juge les lois injustes —, idées qui inspireront plus tard Gandhi et Martin Luther King. Walden est, dans sa radicalité joyeuse, le livre le plus punk du XIXe siècle — même si Thoreau aurait probablement trouvé les Sex Pistols un peu bruyants.


9. Le Guerrier pacifique (Dan Millman, 1980)

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Décembre 1966, trois heures vingt du matin, sur le campus de l’université de Californie à Berkeley. Dan Millman, jeune gymnaste de haut niveau — il sera champion du monde de trampoline —, entre dans une station-service ouverte toute la nuit. Derrière le comptoir, un vieil homme au regard perçant et à l’humour dévastateur. Dan le baptise « Socrate » — le nom lui restera. Ce pompiste philosophe va devenir son mentor et démolir, une par une, toutes les certitudes sur lesquelles reposait sa vie de champion : la quête de performance, le besoin de reconnaissance, l’illusion que le bonheur viendra « après » — après la prochaine médaille, après le prochain succès.

La fiction est autobiographique : Millman s’est librement inspiré de ses propres années d’étudiant et d’un homme qu’il a réellement rencontré. Socrate enseigne à Dan l’art d’être pleinement présent à l’instant, la maîtrise de l’ego et la distinction entre « le guerrier qui agit » et « le fou qui se contente de réagir ». L’accident de moto qui brise la jambe de Dan et menace sa carrière de gymnaste constitue le point de basculement du récit : c’est dans l’épreuve, et non dans la victoire, que les leçons de Socrate prennent tout leur sens. Moins contemplatif que Siddhartha, plus physique et plus ancré dans le quotidien, Le Guerrier pacifique s’adresse à celles et ceux qui cherchent un éveil spirituel compatible avec la vie réelle — station-service comprise.