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Que lire après « La Maison vide » de Laurent Mauvignier ?

Que lire après « La Maison vide » de Laurent Mauvignier ?

La Maison vide est un roman de Laurent Mauvignier publié aux éditions de Minuit en août 2025. Prix Goncourt 2025, cette fresque de 752 pages retrace cent cinquante ans d’histoire familiale au sein d’une lignée rurale française. En 1976, le père du narrateur rouvre une maison abandonnée depuis vingt ans ; à l’intérieur, un piano, une Légion d’honneur, des photographies. À partir de ces traces, Mauvignier exhume trois figures féminines — Marie-Ernestine, Marguerite, Jeanne-Marie — et tente de comprendre ce qui a conduit son propre père au suicide en 1983.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici des romans qui creusent un sillon voisin.


1. Entre toutes (Franck Bouysse, 2025)

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Marie est née en 1912 dans une ferme de Corrèze. Elle n’en est jamais partie. À travers le destin de sa propre grand-mère, Franck Bouysse recompose un siècle d’existence rurale : deux guerres mondiales, les hommes revenus brisés des tranchées, les femmes restées seules avec les bêtes et les champs, l’exode rural, les deuils que personne n’a nommés. Tout un pan du XXe siècle vu depuis la fenêtre d’une ferme.

Pour la première fois, l’auteur de Né d’aucune femme s’ancre dans sa propre histoire familiale. Le roman navigue entre les faits attestés et la fiction assumée — Bouysse comble les zones d’ombre sans jamais idéaliser la rudesse de ce monde disparu. Au-delà de Marie, ce sont toutes les existences anonymes du siècle dernier qui trouvent ici un visage.


2. Kolkhoze (Emmanuel Carrère, 2025)

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Le récit s’ouvre aux Invalides, lors de l’hommage national à Hélène Carrère d’Encausse, décédée en août 2023. De cette cérémonie, Emmanuel Carrère remonte une saga familiale sur quatre générations : des aristocrates russes et géorgiens balayés par la révolution bolchevique, un père géorgien exécuté à la Libération pour collaboration, une mère apatride devenue secrétaire perpétuelle de l’Académie française.

Le titre désigne un rituel d’enfance — les nuits où les trois enfants Carrère se serraient dans le lit maternel, ils disaient qu’ils « faisaient kolkhoze ». Prix Médicis 2025, le livre brasse archives familiales, souvenirs tendres, anecdotes féroces et géopolitique, de la Russie impériale de Poutine à la guerre en Ukraine. Carrère règle ses comptes avec les siens tout en leur rendant justice — tantôt inventaire lucide, tantôt aveu d’amour, souvent drôle, jamais complaisant.


3. Géographie de l’oubli (Raphaël Sigal, 2025)

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La grand-mère de Raphaël Sigal a traversé la Shoah. Elle n’en a jamais parlé. À la fin de sa vie, la maladie d’Alzheimer vient doubler ce silence d’un effacement biologique. Le petit-fils décide alors de reconstituer son histoire, mais il s’impose une contrainte radicale : écrire sans archive, sans enquête, uniquement à partir de ce qui a été « déposé en lui ».

Ce premier roman (prix Méduse 2025) refuse la posture du documentariste. Sigal ne cherche pas à prouver ni à restituer : il tâtonne, épouse les lacunes, écrit depuis le manque. Le texte avance par fragments, convoque Perec et Chantal Akerman, interroge la possibilité même de raconter à partir du rien.

En annexe, quelques paragraphes rédigés par la grand-mère elle-même — un texte intitulé « Ma vie » — frappent par leur dépouillement : la voix de celle qui n’a rien dit se fait entendre, une seule fois, et cela suffit.


4. Le Bel Obscur (Caroline Lamarche, 2025)

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Le roman mène deux enquêtes en parallèle. D’un côté, la narratrice traque un ancêtre effacé de la généalogie familiale — Edmond, ingénieur des mines, né à Liège en 1834, mort à trente et un ans dans des circonstances opaques. De l’autre, elle revient sur sa propre vie conjugale : son mari Vincent, son grand amour, lui a révélé son homosexualité. Le roman explore ce que signifie cohabiter avec un secret, et ce qu’il en coûte de s’effacer.

Finaliste du prix Goncourt 2025, Le Bel Obscur ne verse ni dans la plainte ni dans le pathos. Caroline Lamarche écrit avec une précision ironique et légère, et les enjeux débordent vite le cercle privé : l’invisibilisation des corps, l’effet domino de l’homophobie sur les familles, la difficulté de se réinventer hors des cadres. Un roman sur la liberté conquise — avec fantaisie, douleur et les yeux grands ouverts.


5. Les Enfants endormis (Anthony Passeron, 2022)

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Dans l’arrière-pays niçois des années 1980, on retrouve de jeunes toxicomanes assoupis dans les rues, une seringue au creux du bras. Parmi eux, Désiré, l’oncle de l’auteur — fils aîné d’une famille de bouchers, celui qui avait refusé de reprendre le commerce pour partir à Amsterdam. Il mourra du sida quelques années plus tard, dans un déni familial total.

Anthony Passeron tresse deux récits parallèles : d’un côté, l’histoire intime de sa famille, l’ascension sociale des grands-parents, la honte, le non-dit ; de l’autre, l’épopée scientifique de la lutte contre le VIH — les rivalités entre laboratoires français et américains, les tâtonnements médicaux, le scandale du sang contaminé.

Ce premier roman (prix Wepler 2022) ne cède jamais au pathos. Les deux fils narratifs maintiennent chacun l’espoir d’un sauvetage — celui de Désiré par les siens, celui des malades par la science — et c’est la tension entre cet espoir et ce que le lecteur·ice sait déjà qui donne au livre sa force sourde.


6. La colline qui travaille (Philippe Manevy, 2025)

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À Lyon, la Croix-Rousse est la « colline qui travaille » — celle des canuts et des ouvriers de la soie — par opposition à Fourvière, la « colline qui prie ». Philippe Manevy y a grandi, avant de s’installer à Montréal.

C’est de cette distance qu’il reconstitue l’histoire de sa famille maternelle sur quatre générations : Alice, sa grand-mère tisseuse ; René, typographe et lecteur du Canard enchaîné ; leur fille Martine, première de la lignée à accéder aux études.

Le roman tient de la chronique plus que de la saga. Manevy procède par touches — un pot de Nescafé, une Peugeot 305, un téléphone qui sonne — et fait défiler un siècle d’histoire ouvrière sans céder à la nostalgie embaumée.


7. La nuit au cœur (Nathacha Appanah, 2025)

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Ce roman porte les destins de trois femmes. La première, c’est l’autrice elle-même : à dix-sept ans, à l’île Maurice, elle est tombée sous l’emprise d’un homme de trente ans son aîné — six années de violence dont elle n’a pu se libérer qu’en fuyant. La deuxième, une cousine de son père, a été tuée par son mari. La troisième, Chahinez Daoud, a été brûlée vive par son conjoint à Mérignac en 2021.

Prix Femina et Goncourt des lycéens 2025, La nuit au cœur scrute la mécanique de l’emprise avec une précision clinique — l’isolement, la honte, la culpabilité retournée contre soi. Nathacha Appanah ne cherche ni à se justifier ni à édifier. Elle restitue ce que trente ans de recul avaient tenu à distance, et fait exister ces trois femmes par-delà le fait divers et la statistique.


8. Les silences des pères (Rachid Benzine, 2023)

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Amine, pianiste de renom, n’a pas remis les pieds à Trappes depuis vingt-deux ans. La mort de son père l’y contraint. En vidant l’appartement, il découvre une enveloppe contenant des cassettes audio : son père, ouvrier immigré marocain, y racontait sa vie en France à son propre père resté au pays — année après année, de 1965 à 2000.

Ces enregistrements dessinent un véritable atlas de l’immigration ouvrière : les mines du Nord, les usines d’Aubervilliers et de Besançon, les maraîchages, les camps de harkis en Camargue. Amine part sur les traces de ce père taiseux et découvre un homme qu’il n’a jamais connu — ses amitiés, ses combats, un amour interdit.

En 170 pages, Rachid Benzine fait entendre la voix d’un seul homme, et c’est tout un pan de l’histoire française — longtemps mis en sourdine — qui remonte avec elle.