Trouvez facilement votre prochaine lecture
Que lire après « La Bicyclette bleue » de Régine Deforges ?

Que lire après « La Bicyclette bleue » de Régine Deforges ?

Cette page contient des liens affiliés vers Amazon et la Fnac. Si vous achetez un livre en passant par l’un de ces liens, nous touchons une petite commission — sans aucun surcoût pour vous. Une façon simple de nous soutenir. En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Paru en 1981 aux éditions Ramsay et couronné par le prix des Maisons de la Presse en 1983, La Bicyclette bleue est le premier tome d’une saga en dix volumes signée Régine Deforges. On y suit Léa Delmas, dix-sept ans, dont la vie insouciante au domaine viticole de Montillac, près de Bordeaux, bascule avec la déclaration de guerre en 1939. Éprise de Laurent d’Argilat, qui épouse sa cousine Camille, Léa se retrouve prise dans le chaos de la débâcle, de l’Occupation et de la Résistance, et croise la route de François Tavernier, aventurier ambigu dont on ne sait jamais tout à fait de quel côté il penche.

La trilogie initiale — complétée par 101, avenue Henri-Martin et Le Diable en rit encore — couvre la période 1939-1945, avant que les tomes suivants n’emmènent l’héroïne en Argentine, en Indochine, à Cuba et jusqu’en Algérie. Régine Deforges a elle-même reconnu s’être inspirée de la trame d’Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell — un « pari » lancé avec son éditeur, avouait-elle — ce qui donna lieu à une longue saga judiciaire finalement tranchée en sa faveur.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine : des romans historiques où des personnages — souvent féminins — affrontent les guerres et les soubresauts du XXe siècle avec autant de fougue que Léa sur sa fameuse bicyclette.


1. Autant en emporte le vent (Margaret Mitchell, 1936)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Impossible de ne pas commencer par le roman dont La Bicyclette bleue est la cousine assumée. En 1861, dans la Géorgie des plantations de coton, Scarlett O’Hara a seize ans et ne manque de rien — sauf de l’amour d’Ashley Wilkes, qui lui préfère la douce Mélanie Hamilton. Lorsque la guerre de Sécession éclate, l’univers de Scarlett s’effondre : Tara, le domaine familial, est ravagé, Atlanta brûle, et la jeune femme va devoir se réinventer pour survivre. Autour d’elle, toute une société sudiste s’accroche à ses privilèges avant de sombrer corps et biens. Et dans les décombres rôde Rhett Butler, qui a le mauvais goût de ne pas être un gentleman — et le bon goût de le revendiquer.

Prix Pulitzer 1937, unique roman de Margaret Mitchell, vendu à plus de trente millions d’exemplaires et traduit dans une quarantaine de langues, Autant en emporte le vent n’a rien perdu de sa force. Scarlett, héroïne infernale et impossible à oublier, partage avec Léa Delmas un appétit de vivre qui défie toutes les convenances. Si vous avez aimé l’une, l’autre ne vous laissera pas en paix.


2. Le Chant du rossignol (Kristin Hannah, 2015)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

À l’automne 1939, dans le village fictif de Carriveau (dans la Loire), Vianne Mauriac regarde son mari partir au front et se retrouve seule avec sa fille Sophie. Bientôt, un capitaine allemand réquisitionne sa maison, et Vianne doit apprendre l’art périlleux du compromis pour protéger les siens. Sa sœur cadette, Isabelle, dix-huit ans, tempérament volcanique et convictions à l’avenant, choisit une autre voie : elle rejoint la Résistance sous le nom de code « Le Rossignol » et organise des filières d’évasion pour faire passer des aviateurs alliés en Espagne par-dessus les Pyrénées.

Deux sœurs, deux réponses face à l’Occupation — l’une dans la discrétion et la survie quotidienne, l’autre dans l’action clandestine. La force du roman tient à ce qu’il place les femmes au premier plan d’un conflit dont les récits ont longtemps privilégié les figures masculines. Kristin Hannah restitue le courage de ces résistantes que l’Histoire officielle a reléguées en note de bas de page. Difficile de ne pas penser à Léa Delmas, qui, elle aussi, franchissait la ligne de démarcation sur sa bicyclette.


3. Elle s’appelait Sarah (Tatiana de Rosnay, 2007)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Paris, nuit du 16 juillet 1942. La police française frappe à la porte des Starzynski. Sarah, dix ans, cache en hâte son petit frère Michel dans un placard et tourne la clé — elle lui promet de revenir vite. Elle ne sait pas encore qu’elle vient de commettre le geste qui va hanter toute sa vie. La famille est conduite au Vélodrome d’Hiver, puis au camp de Beaune-la-Rolande, où parents et enfants sont séparés dans des conditions effroyables. Soixante ans plus tard, Julia Jarmond, journaliste américaine installée à Paris, se voit confier un article sur la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv’. Ses recherches la conduisent sur les traces de Sarah — et vers un secret qui relie le passé à sa propre belle-famille.

Le roman fonctionne sur une double narration qui alterne les époques et resserre l’étau chapitre après chapitre. Tatiana de Rosnay, Franco-Britannique qui a d’abord rédigé le texte en anglais sous le titre Sarah’s Key, aborde frontalement la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs. Adapté au cinéma en 2010 avec Kristin Scott Thomas, le livre a été traduit dans une trentaine de langues. Pour qui a vibré avec La Bicyclette bleue à la lecture des passages sur la rafle du Vel’ d’Hiv’ (racontée par le personnage de Sarah Mulsteïn), ce roman en offre le contrepoint glaçant et nécessaire.


4. Kinderzimmer (Valentine Goby, 2013)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Le camp de Ravensbrück compte, en 1944, plus de quarante mille détenues. Parmi elles, Mila (de son vrai nom Suzanne Langlois), une jeune femme de vingt ans, arrêtée comme résistante et déportée depuis la prison de Romainville. Sous la peau encore plate de son ventre, un secret : elle est enceinte. Dans un univers où chaque jour est une négociation avec la mort — l’appel interminable dans le froid, le Revier (l’infirmerie, antichambre de la fin), la faim qui ronge les corps —, Mila dissimule sa grossesse aussi longtemps que possible. Lorsque son enfant naît, il est placé dans la Kinderzimmer, littéralement « la chambre des enfants » : une pouponnière ouverte dans les derniers mois du camp, où l’espérance de vie des nourrissons ne dépasse guère trois mois.

Valentine Goby a construit ce roman à partir des témoignages de survivant·es, notamment celui de Marie-José Chombart de Lauwe (rebaptisée Sabine dans le récit), jeune puéricultrice qui tenta de sauver les bébés de la Kinderzimmer. Sur 522 nourrissons nés dans cette pouponnière, seuls 35 en sortiront vivants, dont trois Français. Le récit se déploie au présent, sans recul historique, et épouse la perception fragmentaire de Mila, qui ignore le nom du camp où elle se trouve. Un livre bref et dense, aussi éloigné que possible du spectaculaire, qui choisit de raconter l’inimaginable à hauteur de corps.


5. Toute la lumière que nous ne pouvons voir (Anthony Doerr, 2014)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Marie-Laure Leblanc est devenue aveugle à six ans. Dans le Paris des années 1930, son père, serrurier au Muséum national d’histoire naturelle, lui fabrique des maquettes de leur quartier pour qu’elle apprenne à se repérer par le toucher. De l’autre côté du Rhin, dans une ville minière, l’orphelin Werner Pfennig se passionne pour les transmissions radio, un talent qui lui ouvre les portes d’une école d’élite des Jeunesses hitlériennes, puis d’une mission spéciale : localiser les émetteurs de la Résistance. Lorsque les nazis envahissent Paris, Marie-Laure et son père se réfugient à Saint-Malo, chez le grand-oncle Étienne, un vieil homme reclus dans sa haute maison au bord de la mer. Le père emporte avec lui un diamant — ou sa copie — convoité par un officier SS.

Prix Pulitzer 2015, le roman d’Anthony Doerr entrelace les destins de ces deux adolescents, ennemis malgré eux, en chapitres courts qui sautent d’une temporalité à l’autre sans jamais perdre le fil. Leur rencontre, dans le Saint-Malo de 1944 pilonné par les bombes, est le point vers lequel tout converge — au terme d’un récit qui a demandé dix ans d’écriture. Un roman qui doit autant au genre de l’aventure (le diamant maudit, la radio clandestine) qu’à une question simple et vertigineuse : que signifie voir — ou ne pas voir — dans un monde en ruines ? Adapté en série par Netflix en 2023.


6. Le Réseau Alice (Kate Quinn, 2017)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Un an après le début de la Première Guerre mondiale, Eve Gardiner brûle d’en découdre avec l’occupant allemand. Recrutée comme espionne, elle est envoyée dans la France occupée et intègre un réseau d’espionnage dirigé par une femme au nom de code « Alice » — un personnage inspiré de Louise de Bettignies, surnommée « la reine des espionnes », figure réelle de l’espionnage français en 14-18. Trente ans plus tard, en 1947, Eve est une femme brisée par l’alcool et les souvenirs d’une trahison qui a fait tomber le réseau. L’arrivée de Charlie, une jeune Américaine enceinte et en quête de sa cousine Rose, disparue en France pendant la Seconde Guerre mondiale, va rouvrir le dossier. Ensemble, les deux femmes prennent la route à travers la France — jusqu’à Oradour-sur-Glane.

Kate Quinn construit son intrigue sur deux lignes de temps (1915 et 1947) et deux héroïnes que tout sépare mais que la même rage de savoir rapproche. Le roman est solidement documenté : les notes de l’autrice en fin de volume révèlent que de nombreux personnages et événements sont tirés de faits réels, notamment l’existence du réseau Alice et le destin de Marie-Léonie Vanhoutte, bras droit de Louise de Bettignies. Un roman qui arrache à l’oubli les femmes-espionnes d’un conflit où leur rôle a été longtemps minimisé — quand il n’a pas été purement et simplement effacé.


7. Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux (Martha Hall Kelly, 2016)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Septembre 1939 : l’Allemagne envahit la Pologne. De ce côté-ci de l’Atlantique et de l’autre, trois femmes voient leurs trajectoires converger — autour du camp de Ravensbrück. À New York, Caroline Ferriday, mondaine et philanthrope, travaille au consulat français et assiste, impuissante, à la catastrophe qui se prépare en Europe. En Pologne, l’adolescente Kasia Kuzmerick entre dans la clandestinité au péril de sa vie et de celle de ses proches. En Allemagne, la jeune médecin Herta Oberheuser, ambitieuse et frustrée de ne pas trouver de poste, accepte une offre du gouvernement SS qui lui ouvre les portes de Ravensbrück — et la fait basculer du côté des bourreaux.

Le roman choral de Martha Hall Kelly s’appuie sur des personnages et des événements réels. Caroline Ferriday a véritablement existé et a milité pour les « Lapines de Ravensbrück » — ces détenues polonaises sur lesquelles des médecins nazis, dont Herta Oberheuser, ont pratiqué des expériences chirurgicales atroces. Oberheuser fut d’ailleurs la seule femme jugée lors du procès des Médecins à Nuremberg. Le choix de lui donner la parole dans le roman crée un malaise salutaire : on entre dans la logique froide et méthodique d’une femme qui s’est convaincue du bien-fondé de l’horreur. Un premier roman devenu best-seller du New York Times.


8. Le Siècle – Tome 1 : La Chute des géants (Ken Follett, 2010)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Ken Follett, dont Les Piliers de la terre avaient conquis des millions de lecteur·ices avec leur saga médiévale, change ici de registre pour embrasser le XXe siècle tout entier en trois tomes et quelque trois mille pages. Ce premier tome couvre la période 1911-1924 et suit cinq familles réparties sur quatre continents. Au pays de Galles, Billy et Ethel Williams, enfants de mineurs, voient leurs destins diverger : lui dans les tranchées de la Somme, elle dans le militantisme féministe. En Angleterre, le comte Fitzherbert incarne une aristocratie sur le déclin, tandis que sa sœur Lady Maud tombe amoureuse de Walter von Ulrich, attaché de l’ambassade allemande. Côté américain, Gus Dewar gravite dans l’entourage du président Wilson. En Russie, les frères Grigori et Lev Pechkov, orphelins aux ambitions opposées, sont emportés par la Révolution.

Avec ses quelque mille pages, La Chute des géants fonctionne comme une machine romanesque redoutable : un rebondissement toutes les six pages (le chiffre est revendiqué par Follett lui-même), des histoires d’amour contrariées par la géopolitique, et un sens du rythme qui fait oublier l’épaisseur du pavé. Le principe est le même que chez Régine Deforges : des personnages fictifs propulsés aux premières loges des grands événements — de la bataille de la Somme au traité de Versailles, de la révolution russe à l’émancipation des femmes. La trilogie se poursuit avec L’Hiver du monde (Seconde Guerre mondiale) et Aux portes de l’éternité (guerre froide).


9. Les Déracinés (Catherine Bardon, 2018)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Dans la Vienne des années 1920, Wilhelm Rosenheck, jeune journaliste et critique d’art, rencontre Almah, issue d’une riche famille juive — elle-même passionnée de musique et de culture. Leur histoire d’amour se noue dans la ville brillante de l’entre-deux-guerres, celle de Stefan Zweig, que Wilhelm admire profondément. Mais l’Anschluss de 1938 fait voler en éclats cette vie bourgeoise et intellectuelle. Alors que les frontières se ferment partout, Wilhelm et Almah n’ont d’autre choix que d’accepter un visa pour un pays dont ils ignorent presque tout : la République dominicaine, où le dictateur Trujillo a promis cent mille visas aux Juifs d’Europe (un geste davantage motivé par l’image internationale que par la philanthropie).

Le couple débarque à Sosúa, sur la côte nord de l’île, où tout est à construire : des bâtiments, une communauté agricole, un avenir. D’anciens intellectuels viennois se transforment en éleveurs, charpentiers, agriculteurs, au cœur d’une jungle tropicale. Catherine Bardon, qui partage sa vie entre la France et la République dominicaine, a construit ce roman à partir de rencontres et de recherches sur place. L’histoire couvre quarante ans (1921-1961) et inaugure une série en quatre tomes qui suit la famille Rosenheck sur trois générations. Un récit peu banal sur l’exil et le recommencement, loin des sentiers européens habituels du roman de guerre — où l’on découvre qu’il est possible de prendre racine même après avoir été déraciné.