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Que lire après « L'Art de la guerre » de Sun Tzu ?

Que lire après « L’Art de la guerre » de Sun Tzu ?

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L’Art de la guerre (孫子兵法, Sūn Zǐ bīngfǎ) est un court traité de stratégie militaire chinois, rédigé à la fin du Ve ou au début du IVe siècle av. J.-C. et attribué au stratège Sun Tzu. Structuré en treize chapitres, il pose les principes d’une conception de la guerre fondée sur la ruse, l’économie des forces, la connaissance de l’adversaire et la primauté de la dimension psychologique sur le choc frontal. Traduit en français dès 1772 par le père jésuite Joseph-Marie Amiot, il est aujourd’hui enseigné dans les académies militaires du monde entier et lu jusque dans les écoles de commerce — preuve que la ruse n’a pas de frontières disciplinaires.

Si vous venez de refermer ce classique et que vous vous demandez quoi lire ensuite, voici des traités de stratégie et réflexions sur la nature de la guerre qui prolongent, complètent ou parfois contredisent la pensée de Sun Tzu.


1. Le traité militaire de Sun Bin (Sun Bin, IVe siècle av. J.-C.)

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Sun Bin, descendant présumé de Sun Tzu, fut conseiller militaire de l’État de Qi durant la turbulente période des Royaumes combattants. Sa biographie, rapportée par Sima Qian dans les Mémoires du grand historien, est digne d’un scénario : trahi par son condisciple Pang Juan, qui le fit condamner à l’amputation des rotules, Sun Bin parvint à s’enfuir clandestinement grâce à un émissaire du Qi, avant de prendre sa revanche lors des batailles de Guiling et de Maling. Longtemps considéré comme perdu — au point que certains doutaient de l’existence même de son auteur —, son traité fut partiellement retrouvé en 1972 dans une tombe de la dynastie Han à Linyi, dans le Shandong, gravé sur des lamelles de bambou. Seuls seize chapitres sur les quatre-vingt-neuf que comptait l’original ont survécu.

Si le traité de Sun Bin reprend et développe les idées de son ancêtre, il s’en écarte sur des points essentiels. Là où Sun Tzu érigeait la ruse en principe absolu, Sun Bin nuance : selon lui, ne compter que sur les pièges et les stratagèmes peut aussi mener à la défaite. De même, alors que L’Art de la guerre déconseillait fermement les guerres de siège, Sun Bin propose au contraire plusieurs méthodes pour prendre une ville — signe que la technologie militaire et les enjeux géopolitiques avaient évolué entre les deux textes. Son ancrage dans les luttes dynastiques de son époque l’a toutefois moins bien fait vieillir que le traité de Sun Tzu. Reste qu’il offre un contrepoint précieux : la preuve que la pensée stratégique chinoise n’a jamais parlé d’une seule voix.


2. Les 36 stratagèmes (Anonyme, date incertaine)

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Les 36 stratagèmes est un livre dont on ne connaît avec certitude ni l’auteur, ni la date, ni même la forme originale. Ce mince opuscule, probablement issu du milieu des sociétés secrètes antimandchoues de la fin de la dynastie Ming, fut redécouvert en 1941 chez un libraire de Chine du Nord, après une longue éclipse. Il a été attribué de manière variable à Sun Tzu, à Zhuge Liang ou au général Tan Daoqi (Ve siècle), mais aucune de ces attributions ne fait consensus. L’opinion dominante est que le recueil résulte d’une compilation progressive, nourrie par l’histoire orale et écrite de la Chine sur plusieurs siècles.

Le traité se présente sous la forme d’un répertoire de trente-six ruses, chacune formulée en un proverbe laconique, accompagné d’un commentaire rattaché aux hexagrammes du Yi King (le Livre des mutations) et illustré par des anecdotes tirées de l’histoire chinoise. De « Cacher l’épée dans un sourire » à « Fuir est le meilleur stratagème » (le trente-sixième, celui que l’on garde pour les cas désespérés), l’ouvrage couvre toutes les situations de conflit imaginables — et pas seulement sur le champ de bataille. Ces stratagèmes s’appliquent aussi bien aux manœuvres diplomatiques qu’aux négociations commerciales ou aux conflits de la vie quotidienne. Là où L’Art de la guerre offre des principes généraux, Les 36 stratagèmes fournit un catalogue de ruses concrètes, prêtes à l’emploi — le genre de livre que l’on consulte avant une réunion difficile autant qu’avant une bataille.


3. Le Traité des cinq roues (Miyamoto Musashi, 1645)

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Miyamoto Musashi (1584-1645) est sans doute le plus célèbre escrimeur de l’histoire du Japon. Rōnin — samouraï sans maître —, il remporta son premier duel à treize ans et resta invaincu au terme de soixante combats singuliers. Il fut aussi calligraphe et peintre, ce qui n’est pas un détail : chez Musashi, le pinceau et le sabre obéissent à la même exigence de justesse. À l’âge de soixante ans, quelques mois avant sa mort, il se retira dans la grotte du Reigandō, à Kumamoto, pour rédiger le Gorin no sho, connu en français sous le titre de Traité des cinq roues.

L’ouvrage est structuré en cinq chapitres qui correspondent aux cinq éléments de la cosmologie bouddhique : la Terre, l’Eau, le Feu, le Vent et le Vide. Chacun aborde un aspect de ce que Musashi appelle la « Voie de la tactique » (hyōhō no michi). Le chapitre de la Terre pose les fondements : la maîtrise du rythme, le sens du moment juste, la capacité à adapter sa tactique à ses propres aptitudes. Le chapitre de l’Eau traite de technique et de spiritualité. Le Feu concerne la bataille proprement dite. Le Vent analyse les écoles rivales. Le Vide, enfin, s’ouvre sur une dimension plus contemplative. Musashi prône la simplicité, rejette les ornements inutiles et insiste sur la primauté de la pratique : les principes fondamentaux doivent être éprouvés par l’expérience, pas simplement lus.

Ce qui rapproche Musashi de Sun Tzu, c’est la conviction que les principes de la guerre s’appliquent à tous les domaines de la vie. Ce qui les sépare, c’est l’échelle : là où Sun Tzu pense en termes d’armées et d’États, Musashi raisonne à hauteur d’homme, sabre en main. Les mêmes questions — quand frapper, quand attendre, comment lire l’adversaire — prennent un tout autre relief vues depuis un duel à mort.


4. L’Art de la guerre (Nicolas Machiavel, 1521)

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On connaît surtout Machiavel pour Le Prince, ce traité qui lui a valu une réputation sulfureuse et un adjectif pas toujours flatteur. Son Art de la guerre (Dell’arte della guerra), publié en 1521, est pourtant le seul ouvrage qu’il ait fait paraître de son vivant — ce qui laisse penser qu’il y tenait particulièrement. Rédigé sous la forme d’un dialogue socratique entre le condottiere Fabrizio Colonna et plusieurs jeunes patriciens florentins dans les jardins des Orti Oricellari, le traité s’inscrit dans la floraison de manuels militaires qui marque la Renaissance, portée par la redécouverte des auteurs antiques (Végèce, Frontin) et les bouleversements de la première guerre d’Italie.

Le plaidoyer central de Machiavel est limpide : les cités-États italiennes doivent cesser de confier leur défense à des mercenaires — ces soldats de fortune dont la loyauté fluctue au gré des enchères — et constituer des armées de citoyens, sur le modèle des légions romaines. L’ouvrage aborde aussi bien le recrutement que l’armement, la discipline que les formations tactiques, avec un pragmatisme parfois si pointu qu’on se croirait devant un manuel de sous-officier édition Renaissance. Machiavel y affirme la supériorité de l’infanterie sur la cavalerie et minimise (un peu trop) le rôle de l’artillerie, dont il sous-estime le potentiel — l’une de ses rares erreurs de jugement.

Si le lecteur·ice cherche un pendant européen à Sun Tzu, c’est ici qu’il ou elle le trouvera — à condition d’accepter que la guerre y soit pensée non comme un art de la ruse, mais comme un prolongement direct de la politique, une affaire d’institutions et de vertu civique. Sun Tzu est elliptique et aphoristique ; Machiavel est concret, circonstancié, ancré dans l’histoire romaine. Il ne cherche pas à vaincre sans combattre : il veut que la cité soit assez forte pour ne jamais avoir à fuir.


5. De la guerre (Carl von Clausewitz, 1832)

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Carl von Clausewitz (1780-1831) est l’auteur de la formule la plus citée — et la plus souvent mal comprise — de toute la littérature stratégique : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. » Officier prussien, il assista à l’effondrement de son armée à Iéna en 1806, fut fait prisonnier, servit le Tsar contre Napoléon, revint dans les rangs prussiens pour Waterloo, puis devint directeur des études à l’Académie militaire de Berlin. C’est là qu’il rédigea, de 1816 à 1830, son monumental traité De la guerre (Vom Kriege), resté inachevé à sa mort et publié à titre posthume par sa femme Marie von Brühl entre 1832 et 1835.

Ce qui fait de De la guerre un tournant dans la théorie militaire, c’est qu’il s’agit du premier traité à penser la guerre comme un phénomène total — à la fois acte de violence, instrument politique et fait social. Clausewitz introduit des concepts qui irriguent encore la réflexion contemporaine : la « friction » (l’ensemble des imprévus qui empêchent un plan de se dérouler comme prévu), la « montée aux extrêmes » (la tendance de la guerre à se radicaliser), la « trinité » (peuple, armée, gouvernement) et la distinction entre « guerre absolue » (concept théorique) et « guerre réelle » (toujours freinée par les contingences). L’ouvrage est dense, parfois ardu, mais c’est l’un des rares traités militaires à proposer non pas des recettes, mais une philosophie de la guerre.

Sun Tzu cherche la victoire avant le combat ; Clausewitz admet que le combat est parfois le seul moyen de trancher. L’un regarde la guerre de haut, avec la distance du stratège ; l’autre la regarde en face, avec la lucidité de celui qui a vu des armées s’effondrer à Iéna. Ces deux regards ne s’annulent pas — ils se complètent, et quiconque ne lit que l’un des deux ne voit que la moitié du tableau.


6. Stratégie (Basil H. Liddell Hart, 1929, refondu en 1954)

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Basil Henry Liddell Hart (1895-1970), officier britannique blessé et gazé lors de la bataille de la Somme, consacra le reste de sa vie à comprendre pourquoi cette guerre avait tourné au carnage industriel. Sa réponse tient en deux mots : approche indirecte. Dans The Decisive Wars of History (1929), refondu et augmenté en 1954 sous le titre Strategy, il analyse plus de 280 campagnes militaires sur 2 500 ans d’histoire et en tire une conclusion sans appel : dans seulement six cas sur ces 280, soit à peine 2 % du total, la victoire a été obtenue par un affrontement frontal direct.

Pour Liddell Hart, la clé réside dans la dislocation de l’adversaire — physique et psychologique — avant même la bataille décisive. On y parvient par la menace sur ses lignes de ravitaillement, par la séparation forcée de ses forces, par des changements de front imprévus qu’on lui impose. La manœuvre devient une arme à part entière, plus redoutable que la force brute. Liddell Hart s’oppose frontalement à l’héritage clausewitzien — ou du moins à ce qu’en ont fait ses continuateurs —, qu’il accuse d’avoir engendré les boucheries de 1914-1918. Sa démonstration, qui parcourt l’Antiquité, le Moyen Âge, les guerres napoléoniennes et les deux conflits mondiaux, a durablement influencé la pensée militaire : des généraux comme Guderian, Rommel ou MacArthur ont revendiqué l’importance de ses travaux théoriques.

C’est le pont le plus direct entre Sun Tzu et la stratégie moderne. La parenté intellectuelle avec le maître chinois est évidente — Liddell Hart a d’ailleurs préfacé la traduction anglaise de L’Art de la guerre par Samuel Griffith en 1963. Même conviction que la victoire la plus nette s’obtient sans le choc, même méfiance envers la puissance matérielle, même foi dans la manœuvre et la surprise. Que deux esprits séparés par vingt-cinq siècles arrivent aux mêmes conclusions donne à réfléchir sur la nature même de la stratégie.


7. Les Stratagèmes (Sextus Julius Frontin, vers 84-96 ap. J.-C.)

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Sextus Julius Frontin (vers 35-vers 103) fut un personnage hors du commun : triple consul, gouverneur de la province romaine de Bretagne (où il soumit les irréductibles Silures du Pays de Galles), curateur des eaux de Rome sous Nerva et Trajan, et l’un des rares Romains à avoir traversé les règnes de neuf empereurs successifs avec une carrière en progression constante — un exploit qui relève en soi du stratagème. Avant de rédiger Les Stratagèmes, il avait composé un traité théorique sur la guerre, aujourd’hui perdu. Les Strategemata, rédigés à son retour d’une campagne en Germanie, en constituent le complément pratique : un recueil d’exemples de ruses de guerre, classés par situation tactique, destiné à servir de manuel aux généraux en campagne.

L’ouvrage est organisé en trois livres (un quatrième, souvent joint, n’est probablement pas de sa main). Le premier regroupe les stratagèmes utiles avant la bataille : comment dissimuler ses plans, tromper l’ennemi sur ses effectifs, provoquer la discorde dans ses rangs. Le deuxième traite des ruses à employer pendant et après le combat. Le troisième est consacré à la poliorcétique — l’art des sièges. Les exemples, puisés avec soin dans l’histoire grecque et romaine, vont d’Hannibal à Scipion l’Africain, de Périclès à César.

La proximité avec L’Art de la guerre de Sun Tzu est immédiate : même conviction que l’intelligence du commandant l’emporte sur le nombre et l’armement, même goût pour les procédés obliques et l’économie des moyens. Frontin est la version gréco-romaine de cette sagesse stratégique. Et certaines de ses anecdotes — un général qui fait sonner les veilles dans un camp vide pour couvrir la retraite de ses troupes, un autre qui retourne les espions ennemis en les achetant un par un — rappellent que la ruse militaire n’a pas attendu Sun Tzu pour exister.


8. Traité de l’art militaire (Végèce, fin IVe-début Ve siècle)

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Végèce (Publius Flavius Vegetius Renatus) n’était pas militaire. Haut fonctionnaire du Bas-Empire romain, probablement affecté aux finances, il rédigea son Epitoma rei militaris à la demande de l’Empereur — lequel reste un sujet de débat entre historiens (Théodose Ier ? Valentinien III ?). L’ouvrage se présente comme un rapport urgent : face à la décadence des armées romaines — recrutement négligé, entraînement inexistant, abandon des cuirasses et des casques, recours massif aux mercenaires barbares —, Végèce préconise un retour aux usages militaires des anciens. Sur ce plan, le projet est un échec : l’Empire d’Occident s’effondre en 476. Mais le texte, lui, survit — et comment.

Compilateur brillant, Végèce a rassemblé dans un manuel pratique d’environ 120 pages l’essentiel du savoir militaire romain, à partir de Caton l’Ancien, Frontin, Cornelius Celsus et des règlements militaires d’Auguste, de Trajan et d’Hadrien. Les cinq livres traitent successivement du recrutement et de l’entraînement, de l’organisation de la légion, de la tactique de campagne, de la fortification et de la guerre navale. La maxime la plus célèbre du traité — Si vis pacem, para bellum (« Si tu veux la paix, prépare la guerre ») — est devenue un proverbe universel, et a même donné son nom à un pistolet.

Le succès de l’ouvrage fut immédiat et durable : traduit en français par Jean de Meung au XIIIe siècle, puis par Jean de Vignay, il fut le livre de chevet de Guillaume le Taciturne comme de Frédéric II de Prusse, et Machiavel s’en inspira pour son propre Art de la guerre. Saint Thomas d’Aquin lui-même y fait référence dans sa Somme théologique — preuve que les questions de Végèce débordaient largement le strict cadre des champs de bataille.


9. Poliorcétique (Énée le Tacticien, vers 360-356 av. J.-C.)

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Nous ne savons presque rien d’Énée le Tacticien — sinon qu’il était originaire de Stymphale, en Arcadie, qu’il vécut au IVe siècle av. J.-C. et qu’il avait vraisemblablement une solide expérience du terrain. Peut-être fut-il l’un de ces chefs de mercenaires qui louaient leurs services sur les champs de bataille du Péloponnèse et d’Asie Mineure. Il composa une encyclopédie militaire en plusieurs volumes, mais seul le traité sur la Poliorcétique — c’est-à-dire l’art de la défense des villes assiégées — nous est parvenu. C’est l’un des plus anciens textes systématiques sur la tactique militaire de la Grèce classique.

Divisé en quarante chapitres de longueur très inégale, l’ouvrage couvre tout ce qu’il faut savoir pour résister à un siège : l’organisation des gardes, les mots de passe, la gestion des incendies, le contrôle de la parole publique (car les rumeurs tuent aussi sûrement que les flèches), la surveillance des étrangers et la prévention des trahisons internes. Le chapitre le plus long, consacré à l’art de transmettre les messages, livre vingt-quatre procédés — dont certains d’une ingéniosité remarquable, comme inscrire un message secret sur des lamelles de plomb roulées en boucles d’oreilles. Les recommandations techniques alternent avec des exemples historiques tirés des conflits du Péloponnèse, ce qui confère au texte une valeur documentaire considérable.

Sun Tzu et la plupart des stratèges pensent du côté de l’attaquant. Énée le Tacticien prend le parti inverse : celui des assiégés. Comment tenir, comment s’organiser, comment préserver la cohésion d’une cité sous pression — voilà ses questions. C’est un angle rare dans la littérature militaire antique, et une lecture utile pour quiconque s’est un jour retrouvé du mauvais côté d’un rapport de force.