Publié en 2015, Everything, Everything est le premier roman de l’autrice américano-jamaïcaine Nicola Yoon. On y suit Madeline Whittier, dite Maddy, dix-huit ans, atteinte d’un déficit immunitaire combiné sévère — la fameuse « maladie de l’enfant-bulle » — qui l’oblige à vivre cloîtrée chez elle depuis la naissance. Sa vie tient en trois éléments : sa mère médecin, son infirmière Carla et une poignée de livres. Puis Olly emménage à côté, habillé tout en noir, et tout bascule. Le roman, porté par une mise en page inventive (listes, dessins, échanges de messages), a atteint la première place du classement New York Times des best-sellers pour la jeunesse et a été adapté au cinéma en 2017 par Stella Meghie.
Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé ce livre — et que le manque se fait sentir —, voici quelques suggestions dans la même veine : des romans young adult où l’amour se heurte à des obstacles bien réels — maladie, expulsion, secrets de famille.
1. The Sun Is Also a Star (Nicola Yoon, 2016)

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Après Everything, Everything, Nicola Yoon a changé de registre. Ici, pas de huis clos ni de maladie : l’action se déroule sur une seule journée, dans les rues de New York. Natasha Kingsley, une adolescente d’origine jamaïcaine, apprend que sa famille va être expulsée des États-Unis dans les heures qui suivent. Au même moment, Daniel Bae, fils d’immigrés coréens, se rend à un entretien pour intégrer Yale — un rêve qui est surtout celui de ses parents. Leur rencontre fortuite transforme cette journée en un compte à rebours sentimental où chaque minute pèse.
Le contraste entre les deux protagonistes fait tenir le roman : Natasha ne croit qu’aux faits et à la science ; Daniel est un poète qui s’ignore, convaincu que le destin a son mot à dire. Le récit alterne leurs points de vue et s’offre des parenthèses sur des personnages secondaires croisés au fil de la journée — un chauffeur de taxi, un agent d’immigration —, ce qui donne à l’ensemble une dimension chorale inattendue. L’immigration, l’identité culturelle et la pression familiale traversent chaque chapitre — mais toujours au service des personnages, jamais comme un programme à cocher. Le roman a été finaliste du National Book Award et adapté au cinéma en 2019.
2. Five Feet Apart (Rachael Lippincott, Mikki Daughtry & Tobias Iaconis, 2018)

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Stella Grant, dix-sept ans, est atteinte de mucoviscidose et connaît l’hôpital mieux que son propre lycée. Organisée jusqu’à l’obsession — listes, protocoles, vidéos YouTube pour sensibiliser à sa maladie —, elle suit ses traitements avec une discipline militaire. Will Newman, lui, est atteint de la même maladie mais porte en plus une bactérie résistante (B. cepacia) qui lui interdit tout espoir de greffe de poumons. Les deux patients n’ont pas le droit de s’approcher à moins de six pieds l’un de l’autre, sous peine de contamination mortelle. Stella décide pourtant de « voler » un pied à la règle. Cinq pieds au lieu de six : un acte de rébellion minuscule, et pourtant immense.
Le roman repose sur un principe redoutable : l’impossibilité du contact physique. Là où la plupart des romances YA construisent leur tension vers le premier baiser, Five Feet Apart fait de l’absence de toucher le nerf de chaque scène. On voudrait que Stella et Will puissent se prendre la main — et c’est précisément parce qu’ils ne le peuvent pas que chaque regard, chaque mot échangé à distance, compte double. Le troisième personnage clé, Poe, meilleur ami de Stella et lui aussi malade, ancre le récit dans une amitié concrète qui le préserve du pathos. Le livre a été adapté au cinéma en 2019, sous le titre À deux mètres de toi en France.
3. Nos étoiles contraires (John Green, 2012)

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Impossible de dresser cette liste sans Nos étoiles contraires. Hazel Grace Lancaster, seize ans, vit avec un cancer de la thyroïde métastasé aux poumons. Lors d’un groupe de soutien pour jeunes malades à Indianapolis, elle rencontre Augustus Waters, dit Gus, ancien basketteur qui a perdu une jambe à cause d’un ostéosarcome. Gus a le charisme d’un personnage de film — il le sait et en joue — et les deux adolescents se lient autour de leur passion commune pour Une impériale affliction, un roman fictif de l’énigmatique Peter Van Houten, dont la fin abrupte obsède Hazel.
Gus utilise son vœu d’enfant malade (l’équivalent américain du « Make-A-Wish ») pour emmener Hazel à Amsterdam rencontrer Van Houten. Ce qui les y attend n’est pas du tout ce qu’ils espéraient — et c’est là que le roman bifurque, dans une direction que l’on ne révélera pas ici. Nos étoiles contraires refuse le piège du mélo larmoyant. Hazel et Gus sont drôles, vifs, truffés de références littéraires, et leur humour pince-sans-rire rend chaque moment grave plus tranchant. Le film de Josh Boone, sorti en 2014 avec Shailene Woodley et Ansel Elgort, a fait pleurer la moitié de la planète — l’autre moitié avait déjà pleuré en lisant le livre.
4. Eleanor & Park (Rainbow Rowell, 2013)

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Omaha, Nebraska, 1986. Eleanor, seize ans, est nouvelle au lycée. Rousse, ronde, habillée avec ce que sa mère récupère dans les friperies, elle attire les moqueries dès le premier jour. Park, seize ans lui aussi, est un garçon discret, à moitié coréen, qui se fond dans la masse à coups de walkman et de comics X-Men. Leur histoire commence sur la banquette d’un bus scolaire — le seul siège libre — et progresse d’abord dans le silence : Park remarque qu’Eleanor lit ses bandes dessinées par-dessus son épaule, et commence à les ouvrir plus grand. De là naîtra une complicité d’abord littéraire et musicale (les Smiths, les mixtapes), puis un amour sans filet.
Mais Eleanor & Park n’est pas qu’une romance baignée de nostalgie eighties. Eleanor vit un enfer domestique : son beau-père Richie est violent, alcoolique et tyrannique. Le roman aborde frontalement le harcèlement scolaire, la précarité sociale et les violences conjugales, avec une franchise qui ne cherche ni à choquer ni à apitoyer. C’est par Park qu’Eleanor commence à croire qu’elle mérite mieux ; c’est par Eleanor que Park ose enfin être lui-même, y compris face à son père. La fin, volontairement ouverte, a fait grincer plus d’un lecteur·ice — mais elle sonne juste, et c’est probablement pour ça qu’elle fait mal. Le roman a reçu un Michael L. Printz Honor Award en 2014.
5. À tous les garçons que j’ai aimés… (Jenny Han, 2014)

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Lara Jean Song Covey a une habitude singulière : chaque fois qu’elle tombe amoureuse, elle écrit une lettre au garçon en question. Pas pour l’envoyer — juste pour vider son cœur sur le papier et passer à autre chose. Cinq lettres, rangées dans une boîte à chapeau bleue héritée de sa mère, et destinées à rester secrètes. Jusqu’au jour où quelqu’un les poste toutes en même temps. La catastrophe est immédiate : parmi les destinataires figurent Josh, le petit ami de sa grande sœur Margot, et Peter Kavinsky, lycéen populaire. Ce dernier, en pleine rupture avec son ex, propose à Lara Jean un marché : faire semblant de sortir ensemble pour rendre tout le monde jaloux. Le scénario a des airs de comédie romantique des années 1990 — et c’est exactement le ton visé.
Mais le vrai atout du roman, c’est Lara Jean elle-même : rêveuse, casanière, passionnée de pâtisserie et de comédies romantiques, elle est à l’opposé des héroïnes cyniques ou « badass » que le genre affectionne d’ordinaire. Sa relation avec ses sœurs — Margot, l’aînée responsable, et Kitty, la cadette espiègle — constitue le véritable cœur du livre, bien plus que l’intrigue sentimentale. Jenny Han a su bâtir une comédie romantique futée et généreuse, où la famille coréano-américaine de Lara Jean est traitée avec une tendresse dénuée de folklore. Le roman est le premier tome de la trilogie Les Amours de Lara Jean, adaptée avec succès par Netflix à partir de 2018 avec Lana Condor et Noah Centineo.
6. Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers (Benjamin Alire Sáenz, 2012)

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El Paso, Texas, été 1987. Aristote — dit Ari — a quinze ans, beaucoup de colère et un frère en prison dont personne dans la famille ne prononce le nom. Son père, vétéran du Viêt Nam, est un homme bon mais muré dans un silence que la guerre a rendu impénétrable. À la piscine municipale, Ari fait la connaissance de Dante Quintana, un garçon ouvert, drôle et d’une franchise désarmante, qui lui propose de lui apprendre à nager. Deux adolescents mexicano-américains que tout semble opposer — l’un introverti, l’autre expansif — et qui vont, au fil d’un été puis d’une année de séparation et de lettres, bâtir une amitié qui les changera tous les deux en profondeur.
Le roman de Benjamin Alire Sáenz avance à son propre rythme, contemplatif et sans esbroufe. Il ne cherche pas le coup de théâtre ; il s’intéresse plutôt à ce qui se passe sous la surface, aux questions qu’Ari se pose sur lui-même et auxquelles il n’est pas encore prêt à répondre. L’homosexualité de Dante — et celle, plus lente à émerger, d’Ari — est traitée avec une simplicité remarquable, sans en faire un « sujet » ni un drame. Les familles occupent une place centrale : les parents d’Ari et ceux de Dante comptent parmi les figures parentales les plus réussies du roman young adult — présents sans être étouffants, aimants sans être naïfs. Le livre a remporté le Stonewall Book Award et le Pura Belpré Award, et a été adapté au cinéma en 2022.
7. Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens (Becky Albertalli, 2015)

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Simon Spier a seize ans, vit en banlieue d’Atlanta, adore les Oréo et Harry Potter, fait du théâtre au lycée et est gay. Ce dernier point, personne ne le sait — sauf Blue, un inconnu de son lycée avec qui Simon échange des e-mails de plus en plus intimes sur le Tumblr de l’établissement. Tout irait bien si Martin Addison, un camarade de classe, n’avait pas mis la main sur ces messages et n’avait pas décidé de les utiliser comme monnaie d’échange : soit Simon l’aide à séduire l’une de ses meilleures amies, soit Martin rend leur correspondance publique.
La grande force de ce roman tient dans sa normalité revendiquée. Simon n’est pas tourmenté, sa famille est aimante (quoiqu’un peu envahissante), ses amis sont loyaux et drôles, et le lycée ne ressemble pas à un champ de bataille. La tension ne vient pas de l’identité de Simon en elle-même, mais du fait qu’il devrait pouvoir la dévoiler à son rythme — un droit que le chantage de Martin lui retire. Le livre pose d’ailleurs une question qui mérite qu’on s’y arrête : pourquoi est-ce aux personnes LGBTQ+ de devoir « se déclarer », quand l’hétérosexualité est considérée comme un état par défaut qui ne nécessite aucune annonce ? Le roman a été adapté au cinéma en 2018 sous le titre Love, Simon — le premier film d’un grand studio hollywoodien centré sur une romance gay adolescente. Une série dérivée, Love, Victor, a suivi sur Hulu et Disney+.