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Que lire après « En attendant Bojangles » d'Olivier Bourdeaut ?

Que lire après « En attendant Bojangles » d’Olivier Bourdeaut ?

En attendant Bojangles est le premier roman d’Olivier Bourdeaut, paru en janvier 2016 aux éditions Finitude.

Raconté à deux voix — celles d’un père et de son fils —, il met en scène une famille hors normes dont la mère, aussi extravagante qu’instable, entraîne les siens dans un tourbillon de fantaisie sur l’air de Mr. Bojangles de Nina Simone. Derrière la fête perpétuelle se dessine l’ombre de la maladie mentale et de ses conséquences irréversibles.

Couronné par de nombreux prix (Grand prix RTL-Lire, prix France Télévisions), le roman est devenu un phénomène éditorial. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.


1. Mon vrai nom est Élisabeth (Adèle Yon, 2025)

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Dans Mon vrai nom est Élisabeth, Adèle Yon mène une enquête intime et documentée sur son arrière-grand-mère, diagnostiquée schizophrène dans les années 1950, lobotomisée puis internée pendant dix-sept ans à l’hôpital psychiatrique de Fleury-les-Aubrais. Trois générations ont tu l’existence de cette femme dont le prénom même ne se prononçait plus. L’autrice brise l’omerta familiale à travers des archives, des entretiens et des correspondances.

Comme dans En attendant Bojangles, la folie d’un proche constitue le nœud du récit, et la question de l’héritage psychique traverse tout le texte. Mais là où Bourdeaut enveloppe la maladie dans un voile de poésie et de fantaisie, Yon choisit la rigueur de l’enquête et la colère froide. Le silence familial, dans les deux cas, sert de rempart contre une réalité que personne ne veut nommer.


2. Rien ne s’oppose à la nuit (Delphine de Vigan, 2011)

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Après le suicide de sa mère Lucile, Delphine de Vigan reconstitue le parcours de cette femme marquée par la bipolarité. Elle recueille les témoignages de ses oncles et tantes, exhume lettres et photographies, et tente de saisir les failles d’une existence traversée par les non-dits, les drames familiaux et la maladie. Le récit alterne entre la biographie de Lucile et les doutes de l’autrice face à son propre projet d’écriture.

Le parallèle avec En attendant Bojangles frappe d’emblée : dans les deux livres, un enfant grandit auprès d’une mère dont l’éclat dissimule un effondrement. Bourdeaut et de Vigan partagent cette tension entre lumière et obscurité, entre souvenirs heureux et douleur sourde. Mais là où Bourdeaut opte pour la fable poétique, de Vigan emprunte le chemin de l’autofiction, avec une pudeur qui renforce l’émotion.


3. Le Bal des folles (Victoria Mas, 2019)

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Paris, 1885. À la Salpêtrière, des femmes internées — parfois à tort — subissent les expériences du neurologue Charcot. Victoria Mas suit le destin d’Eugénie, jeune bourgeoise enfermée par son propre père pour avoir affirmé qu’elle communiquait avec les morts, et celui de Louise, adolescente brisée par un viol. Chaque année, le « bal des folles » transforme ces patientes en spectacle pour le Tout-Paris.

Le roman rejoint En attendant Bojangles par sa manière de questionner les frontières entre folie et normalité. Chez Bourdeaut, la société considère comme folle une femme qui refuse la banalité ; chez Mas, l’institution psychiatrique sert d’outil de contrôle patriarcal. Les deux romans dénoncent, chacun à sa manière, un monde qui enferme celles qui dérangent — et dissimulent une critique acérée sous une narration fluide.


4. Où vont les larmes quand elles sèchent (Baptiste Beaulieu, 2023)

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Jean a trente-six ans. Médecin de famille dans le Sud-Ouest, il soigne, écoute et recueille les récits de ses patients. Mais depuis la nuit où six minutes ont manqué pour sauver un enfant, il ne parvient plus à pleurer. Ses larmes restent bloquées dans sa gorge. À travers un long monologue, Baptiste Beaulieu — lui-même médecin — livre les anecdotes, les colères et les tendresses de ce quotidien débordé.

Le lien avec En attendant Bojangles tient à ce mélange d’humour et de gravité, à cette façon de rire pour ne pas sombrer. Chez Bourdeaut, la fête perpétuelle masque le désespoir ; chez Beaulieu, la drôlerie des consultations côtoie la douleur la plus nue. Les deux auteurs partagent une même conviction : la légèreté n’est pas l’ennemie de la profondeur, elle en est parfois la condition.


5. La fissure (Jean-Paul Didierlaurent, 2018)

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Xavier Barthoux mène une existence bien réglée : représentant d’une entreprise de nains de jardin, marié, propriétaire d’une résidence secondaire dans les Cévennes. Le jour où il découvre une lézarde sur la façade de sa maison, son univers entier vacille. Obsédé par cette brèche, il entame un périple improbable jusqu’à l’autre bout du monde, accompagné d’un nain de jardin doué de parole.

L’esprit de La fissure rappelle celui d’En attendant Bojangles par son goût pour l’absurde tendre et le merveilleux quotidien. Didierlaurent, comme Bourdeaut, glisse du fantastique dans la banalité et fait basculer un personnage ordinaire dans l’extraordinaire. Les deux romans cultivent un humour décalé qui ne masque jamais la gravité du propos : derrière la fantaisie, c’est toujours la question des fêlures intimes qui se pose.


6. Florida (Olivier Bourdeaut, 2021)

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Pour ses sept ans, Elizabeth reçoit un cadeau empoisonné : une robe de princesse et l’inscription à son premier concours de mini-miss. Sa mère, obsédée par la victoire et l’apparence, la transforme en poupée de compétition. À l’adolescence, Elizabeth nourrit une haine féroce contre cette femme et contre son propre corps. Elle se tourne alors vers le culturisme, sculptant ses muscles à coups de souffrance et de produits anabolisants — un autre culte de l’apparence, aussi destructeur que le premier.

Troisième roman d’Olivier Bourdeaut, Florida se situe aux antipodes d’En attendant Bojangles par son ton acide et sa férocité. Pourtant, les deux livres partagent un même terreau : la famille dysfonctionnelle, la folie, et la manière dont un parent peut à la fois aimer et détruire. Celles et ceux qui ont aimé la tendresse de Bojangles trouveront ici l’autre versant de la même obsession.

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