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Que lire après Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes ?

Que lire après « Des fleurs pour Algernon » de Daniel Keyes ?

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Des fleurs pour Algernon est un roman de science-fiction de l’écrivain américain Daniel Keyes, publié en 1966 — d’abord paru sous forme de nouvelle en 1959 dans The Magazine of Fantasy and Science Fiction, récompensée par le prix Hugo. Le roman, lui, a reçu le prix Nebula du meilleur roman. L’histoire est celle de Charlie Gordon, un homme de trente-deux ans atteint de déficience intellectuelle, choisi pour subir une opération expérimentale du cerveau déjà testée sur une souris de laboratoire baptisée Algernon. Rédigé sous forme de comptes rendus personnels, le récit retrace l’ascension intellectuelle fulgurante de Charlie — dont les progrès se manifestent jusque dans l’orthographe et la syntaxe de ses écrits — puis son inéluctable régression, quand les facultés d’Algernon commencent à décliner.

Si vous venez de refermer ce livre le cœur en vrac et que vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine : des récits qui posent, chacun à leur manière, la question de ce que l’on gagne et de ce que l’on perd quand on modifie un esprit — ou qui racontent le monde tel qu’il apparaît à celles et ceux dont le regard ne fonctionne pas comme le nôtre.


1. La Vitesse de l’obscurité (Elizabeth Moon, 2002)

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Dans un futur proche où l’autisme est éradiqué dès la naissance, Lou Arrendale fait partie de la dernière génération d’adultes autistes. Analyste informatique brillant, passionné d’escrime et fasciné par une question qui l’obsède — la vitesse de l’obscurité est-elle supérieure à celle de la lumière ? —, Lou mène une existence autonome et structurée. Jusqu’au jour où son employeur exige de lui et de ses collègues autistes qu’ils se soumettent à un traitement expérimental censé les rendre « normaux ».

Tout le roman repose sur un dilemme : si un traitement pouvait supprimer votre autisme, accepteriez-vous de perdre du même coup votre perception unique des couleurs, de la musique, votre don pour l’analyse informatique — bref, tout ce qui fait de vous vous ? Moon, qui a dédié ce livre à son fils autiste, raconte l’essentiel de l’histoire du point de vue de Lou. Les décalages entre sa perception du monde et la nôtre sont une source constante d’étonnement et de réflexion. Quand un policier lui demande poliment « Pouvez-vous venir au poste ? », Lou analyse la question : est-ce un vrai choix ou un ordre déguisé ? Quand quelqu’un lui dit de « garder les pieds sur terre », il se demande comment on pourrait faire autrement. Ce regard littéral sur le langage ordinaire produit un humour inattendu — et une remise en question de nos propres automatismes. Le roman a reçu le prix Nebula du meilleur roman en 2003.


2. Auprès de moi toujours (Kazuo Ishiguro, 2005)

Couverture du livre Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro

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Kath, Ruth et Tommy ont grandi à Hailsham, un pensionnat niché dans la campagne anglaise où les enfants sont protégés du monde extérieur, encadrés par des « gardiens » et encouragés à développer leur créativité. Les souvenirs de Kath, la narratrice, semblent dessiner une enfance idyllique. Mais quelque chose cloche. Les mots employés — « donneurs », « accompagnants », « achèvement » — laissent filtrer une réalité que le lecteur reconstitue par fragments, et qu’il faut nommer : ces enfants sont des clones, créés et élevés dans le seul but de fournir leurs organes à des humains « normaux ». Ils le savent. Et ils l’acceptent.

C’est là que réside la force dérangeante du livre : personne ne se révolte. Kath raconte son existence — les amitiés, les jalousies, le triangle amoureux avec Ruth et Tommy — avec un détachement presque banal qui rend l’horreur de la situation d’autant plus suffocante. Ishiguro, prix Nobel de littérature en 2017, ne dénonce rien frontalement. Il ne monte jamais sur une estrade. Il montre des êtres humains à qui l’on a appris qu’ils n’en étaient pas tout à fait, et qui l’ont intériorisé — et c’est cette résignation tranquille, bien plus que n’importe quel discours, qui rend le livre si difficile à oublier.


3. Klara et le Soleil (Kazuo Ishiguro, 2021)

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Retour chez Ishiguro, cette fois par les yeux d’une machine. Klara est une AA — une Amie Artificielle —, un androïde à énergie solaire conçu pour tenir compagnie aux enfants et aux adolescents. Depuis la vitrine du magasin où elle attend d’être choisie, elle observe les passants avec une attention méthodique, note leurs gestes, tente de comprendre leurs émotions. Lorsqu’une adolescente nommée Josie la choisit enfin, Klara découvre un foyer traversé par le deuil (la famille a déjà perdu une fille aînée), la maladie de Josie et des tensions familiales que sa programmation ne suffit pas à décoder.

Le roman se déroule dans un futur proche où les enfants des familles aisées subissent une procédure appelée « relèvement » — une sorte d’augmentation génétique qui améliore leurs capacités intellectuelles mais peut provoquer de graves problèmes de santé. Josie a été « relevée » ; Rick, son meilleur ami et voisin, ne l’a pas été, ce qui le condamne à un avenir social limité malgré son intelligence. L’école a disparu ; les enfants étudient seuls chez eux, et les AA comme Klara sont là pour combler leur isolement. Klara, avec sa dévotion absolue envers Josie et sa vénération quasi religieuse du Soleil — dont elle est convaincue qu’il peut guérir les malades —, pose sans le savoir la question centrale du livre : existe-t-il, au fond de chaque être humain, quelque chose d’irremplaçable, ou bien une copie suffisamment fidèle ferait-elle l’affaire ? C’est la mère de Josie, terrifiée à l’idée de perdre une seconde fille, qui incarne le plus crûment ce dilemme — et la réponse que le roman finit par donner n’est pas celle qu’on attend.


4. Le Bizarre Incident du chien pendant la nuit (Mark Haddon, 2003)

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Christopher Boone a quinze ans, trois mois et deux jours. Il connaît tous les pays du monde avec leurs capitales, tous les nombres premiers jusqu’à 7 507, et déteste le jaune et le marron. Il ne supporte pas qu’on le touche et ne comprend pas les métaphores. En revanche, il excelle en mathématiques et adore Sherlock Holmes. Quand il découvre le cadavre de Wellington, le caniche de sa voisine, une fourche plantée dans le ventre, il décide de mener l’enquête.

Le titre vient d’une réplique de Sherlock Holmes dans Flamme d’Argent, et l’hommage ne s’arrête pas là : Christopher numérote ses chapitres en nombres premiers et consigne ses découvertes avec une rigueur toute holmésienne. Mais l’enquête sur le chien va le conduire bien plus loin que prévu. En fouillant la chambre de son père, il tombe sur des dizaines de lettres cachées qui révèlent que sa mère, qu’on lui avait dit morte, est en réalité bien vivante à Londres. Son père lui a menti pendant deux ans. Pour Christopher, à qui l’on a appris que le mensonge est la pire des choses, c’est un séisme. S’ensuit un voyage seul jusqu’à Londres, exploit titanesque pour un adolescent qui n’est jamais allé plus loin que le bout de sa rue — un monde où les gens mentent sans arrêt, où les expressions du visage sont indéchiffrables et où prendre le métro relève du parcours du combattant. Précision importante : Haddon a toujours refusé de nommer un syndrome précis pour Christopher. Le livre ne pose pas d’étiquette clinique sur son personnage, et c’est l’une de ses plus grandes qualités.


5. L’Envol du papillon (Lisa Genova, 2007)

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Alice Howland a tout pour elle : un poste de professeure en psychologie et en linguistique à Harvard, un mari chercheur, trois enfants adultes, une carrière entièrement fondée sur la maîtrise du langage et de la cognition. Peu avant ses cinquante ans, des trous de mémoire commencent à se multiplier. Elle oublie un mot en plein cours, se perd dans son propre quartier lors de son jogging. Le diagnostic tombe : Alzheimer précoce. À cinquante ans. Pour une femme dont toute la vie repose sur les mots et la pensée, la maladie ne pouvait pas frapper plus juste.

Lisa Genova, diplômée en neurosciences de Harvard, a construit son premier roman sur un socle scientifique solide, sans jamais verser dans le traité médical. Le récit adopte le point de vue d’Alice et épouse la progression de la maladie jusque dans sa forme : les phrases qui se répètent, les visages familiers qui deviennent ceux d’inconnus, les mots qui se dérobent. L’ironie est féroce : la spécialiste du cerveau humain perd le sien. On la voit se préparer un plan de secours lucide et terrible pour le jour où elle ne se souviendra plus de rien, on la voit livrer un ultime discours devant une assemblée de malades — son dernier acte public de résistance. L’adaptation cinématographique (Still Alice, 2014) a valu l’Oscar de la meilleure actrice à Julianne Moore. Le roman, lui, a un avantage sur le film : on est dans la tête d’Alice, et l’on sent les meubles qui disparaissent un à un.


6. Des souris et des hommes (John Steinbeck, 1937)

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Californie, années 1930. La Grande Dépression — la pire crise économique du XXe siècle — a jeté sur les routes des millions de travailleurs sans terre ni avenir. George Milton et Lennie Small font partie de ces journaliers agricoles qui vont de ranch en ranch pour quelques dollars. George est vif, lucide, pragmatique. Lennie est un colosse à l’esprit d’enfant, incapable de mesurer sa propre force, qui garde dans sa poche des souris mortes pour en caresser le pelage doux. Ensemble, ils nourrissent un rêve : posséder un jour un lopin de terre, une petite ferme à eux, et élever des lapins. Ce rêve, Lennie demande à George de le lui raconter encore et encore, comme une berceuse.

En à peine cent soixante-dix pages, Steinbeck met en place une tragédie dont chaque rouage est visible dès les premières lignes — et dont le dénouement n’en est pas moins dévastateur. Quand ils arrivent dans un nouveau ranch, le danger prend forme : Curley, le fils du patron, est un ancien boxeur qui cherche la bagarre avec les plus grands que lui ; sa femme, seule femme du ranch et profondément seule tout court, rôde entre les baraquements à la recherche de compagnie. Lennie, qui ne sait pas résister à ce qui est doux, est une bombe à retardement. Le génie de Steinbeck est de ne juger aucun de ses personnages — pas même ceux dont la cruauté ou la bêtise précipitent la catastrophe. Quiconque a été ému par la relation entre Charlie Gordon et Algernon reconnaîtra ici la même tendresse pour les êtres vulnérables, et la même certitude amère que le monde n’est pas fait pour eux.


7. Sidérations (Richard Powers, 2021)

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Depuis la mort de sa femme Alyssa dans un accident de voiture, Théo Byrne, astrobiologiste (il cherche des traces de vie sur d’autres planètes), élève seul son fils Robin, neuf ans. Robin est un enfant hypersensible, sujet à des crises de rage incontrôlables, passionné par les animaux au point de dessiner pendant des heures les espèces menacées d’extinction. Les spécialistes hésitent sur le diagnostic — troubles du spectre autistique, TOC, Asperger — et préconisent des psychotropes. Théo refuse. Il se tourne vers un neurologue qui conduit une thérapie expérimentale de neurofeedback : concrètement, Robin apprend à moduler ses émotions en observant l’activité de son propre cerveau sur un écran et en essayant de la modifier. Plus troublant encore : les schémas cérébraux qu’on lui propose comme modèles sont ceux de sa mère disparue, enregistrés avant sa mort.

Les résultats sont spectaculaires. Robin s’apaise, s’ouvre, développe une sensibilité aiguë au sort des animaux et des écosystèmes menacés — au point de lancer une campagne en ligne qui devient virale. Mais — et c’est là que le fantôme de Charlie Gordon plane sur le récit — la question n’est pas de savoir si la transformation va durer, mais ce qu’il en coûte de la tenter. Richard Powers, qui avait déjà secoué les consciences écologiques avec L’Arbre-monde (prix Pulitzer 2019), situe cette histoire dans une Amérique à peine fictive, gouvernée par un président qui ressemble trait pour trait à Donald Trump (sans jamais être nommé) : climatosceptique, hostile à la science, prompt à couper les financements de recherche. Le roman fonctionne sur deux plans — un père qui tente de sauver son fils, et un monde qui refuse de se sauver lui-même — et réussit le tour de force de rendre les deux aussi urgents l’un que l’autre. Powers a lui-même reconnu la filiation avec Des fleurs pour Algernon et a précisé qu’il ne s’en était rendu compte qu’en cours d’écriture — comme un souvenir d’enfance qui remonte.


8. Les Plus qu’humains (Theodore Sturgeon, 1953)

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Tousseul — c’est son nom — est un idiot. Congénital, analphabète, incapable de fonctionner en société, il erre et mendie, en fuite perpétuelle loin du regard des autres. Jusqu’au jour où, réfugié au fond d’une forêt, il rencontre un groupe d’enfants aux dons extraordinaires : Janie, qui déplace les objets par la pensée ; Bonnie et Beanie, deux jumelles muettes capables de se téléporter ; et Bébé, un nourrisson atteint de trisomie mais doté d’une intelligence prodigieuse. Séparément, ils ne sont rien — des parias, des rejetés, des anomalies. Ensemble, ils forment un « homo Gestalt » : non pas un groupe, mais une seule entité collective, où chacun fonctionne comme un organe du même corps. Tousseul en est la tête, les jumelles les jambes, Bébé le cerveau. L’idée de Sturgeon est que la prochaine étape de l’évolution n’est pas un individu supérieur, mais un organisme fait de plusieurs personnes.

Publié en 1953 et récompensé par l’International Fantasy Award, le roman est construit en trois volets qui correspondent à trois âges de cette entité : sa naissance, sa crise d’adolescence (brutale) et sa quête d’une conscience morale. Sturgeon ne s’intéresse pas aux super-pouvoirs pour eux-mêmes ; ce qui l’obsède, c’est la solitude des inadaptés et la question de savoir si la puissance, sans éthique, a la moindre valeur. Le livre a vieilli par endroits, et la traduction française de Michel Chrestien, souvent jugée approximative, dessert par moments le texte original. Mais l’idée fondatrice — des êtres incomplets qui ne trouvent de sens qu’en se complétant mutuellement — n’a rien perdu de sa force.


9. Le Scaphandre et le papillon (Jean-Dominique Bauby, 1997)

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Le 8 décembre 1995, Jean-Dominique Bauby, rédacteur en chef du magazine Elle, quarante-trois ans, est foudroyé par un accident vasculaire cérébral. Quand il sort du coma, vingt jours plus tard, son esprit est intact. Son corps, lui, ne répond plus. Locked-in syndrome (syndrome d’enfermement) : paralysie totale, à l’exception de sa paupière gauche. Un clignement pour dire oui. Deux pour dire non. C’est avec cet unique battement de cils, et un alphabet récité par une orthophoniste qu’il arrête lettre par lettre, que Bauby va dicter l’intégralité de ce livre.

Le scaphandre, c’est le corps devenu prison. Le papillon, c’est l’esprit qui refuse de s’y laisser enfermer. En chapitres courts — chacun a dû être mémorisé intégralement avant d’être dicté —, Bauby raconte les repas qu’il ne peut plus goûter (on le nourrit par sonde), les visites de ses enfants qu’il ne peut plus serrer dans ses bras, la toilette quotidienne qu’il subit sans pouvoir dire si l’eau est trop chaude. Mais il raconte aussi ses souvenirs d’avant — des voyages, des dîners, la rédaction de Elle —, ses rêves et ses évasions mentales, le tout avec un humour et une lucidité qui interdisent toute pitié condescendante. Parmi les livres de cette liste, celui-ci n’est pas un roman mais un témoignage, et c’est aussi le seul à avoir été écrit dans les conditions mêmes qu’il décrit. Bauby est mort le 9 mars 1997, trois jours après la parution de son livre. Julian Schnabel en a tiré un film en 2007 avec Mathieu Amalric, récompensé au Festival de Cannes.