Publié en 1996 aux États-Unis et traduit en français en 2017 chez Gallmeister, Dans la forêt de Jean Hegland s’est imposé comme un roman fondateur du genre post-apocalyptique intimiste. L’histoire de Nell et Eva, deux sœurs contraintes de survivre seules dans une forêt de séquoias après l’effondrement de la civilisation, a bouleversé des centaines de milliers de lecteur·rice·s par sa justesse émotionnelle et sa réflexion sur notre rapport au vivant.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Le temps d’après (Jean Hegland, 2025)

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Quinze ans après l’effondrement, Eva et Nell vivent toujours au cœur de la forêt californienne, accompagnées de Burl, l’enfant né dans la souche devenu adolescent. Ce roman constitue la suite tant attendue de Dans la forêt, avec un changement de perspective : c’est désormais Burl qui raconte.
Élevé en autarcie par ses deux mères, le jeune homme n’a jamais connu le monde d’avant et ne le perçoit qu’à travers les récits qu’on lui transmet. Jean Hegland invente pour lui un langage singulier, forgé par l’oralité et l’observation de la nature — il parle de « noustrois » pour désigner sa famille, de « capane » pour sa cabane.
Lorsqu’il aperçoit un feu au loin, une nuit de solstice, une curiosité irrépressible s’empare de lui. La forêt demeure un personnage à part entière, nourricière et dangereuse, tandis que le récit interroge l’isolement, la transmission et le désir de connaître ses semblables.
2. Le Mur invisible (Marlen Haushofer, 1963)

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Précurseur méconnu du genre, ce roman autrichien met en scène une femme sans nom qui se retrouve brutalement isolée dans un chalet alpin par une paroi transparente et infranchissable. Derrière ce mur, tous les êtres vivants semblent s’être pétrifiés.
La narratrice doit alors réapprendre à vivre en autonomie complète, accompagnée d’un chien, d’une vache et d’une chatte. Comme Nell et Eva, elle consigne son expérience dans un journal, et c’est par l’écriture qu’elle maintient son humanité.
Marlen Haushofer ne fournit aucune explication au phénomène : ce qui l’intéresse, c’est l’adaptation quotidienne, la redécouverte de soi loin des normes sociales, et le lien tissé avec les animaux. Considérée aujourd’hui comme une pionnière de l’écoféminisme littéraire, l’autrice propose une robinsonnade au féminin où la solitude devient paradoxalement libératrice.
3. Tous les arbres au-dessous (Antoine Jaquier, 2023)

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Salvatore avait vu l’effondrement arriver. Retranché dans une ferme isolée du massif vosgien, cet ancien citadin s’est minutieusement préparé à la vie en autarcie. Mais après trois années de solitude, son chemin croise celui de Mira, une adolescente muette, puis d’Alix, une jeune personne au genre fluide.
L’auteur suisse manie l’humour et l’ironie pour déconstruire les clichés survivalistes : son protagoniste, persuadé d’avoir tout anticipé, découvre ses propres lacunes et comprend qu’aucune préparation ne remplace la solidarité.
Antoine Jaquier intègre également une dimension chamanique par l’ayahuasca, qui redéfinit les frontières entre le monde du haut et celui du bas. Récit d’aventure humaine autant que roman du retour à la nature, Tous les arbres au-dessous prolonge la réflexion de Dans la forêt sur les liens indispensables entre les êtres.
4. Hexa (Gabrielle Filteau-Chiba, 2023)

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Dans un futur proche, les habitant·e·s de la Cité de Sainte-Foy au Québec vivent emmurés et surveillés par des drones. Thalie, seize ans, quitte pour la première fois cette prison dorée pour accompagner sa mère Sandrine au Nord, où un groupe de femmes reboise les forêts dévastées.
Loin de la surveillance algorithmique, l’adolescente découvre un monde où la sororité et le rapport au vivant reprennent leurs droits. Gabrielle Filteau-Chiba, qui a elle-même vécu huit ans dans une cabane sans électricité au Kamouraska, insuffle à son récit une dimension concrète et charnelle.
La langue québécoise, parsemée de « boucane » et de « minoucher », imprègne le texte d’une poésie terrienne. Entre dystopie et utopie, Hexa refuse le cynisme pour tracer les contours d’une résistance joyeuse, portée par des femmes qualifiées de sorcières mais qui sont surtout mères.
5. La Migration annuelle des nuages (Premee Mohamed, 2021)

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Dans les ruines d’Edmonton, au Canada, une petite communauté tente de survivre après l’effondrement climatique. Reid, dix-neuf ans, reçoit une lettre d’admission à l’université du Dôme — l’un des derniers vestiges du monde d’avant. Mais la jeune femme est porteuse du « cad », un parasite semi-conscient qui influence ses décisions, hérité de sa mère.
Comment distinguer ses propres désirs de ceux du champignon qui la colonise ? Premee Mohamed signe un récit introspectif, loin des spectaculaires destructions du genre. La question de l’héritage irrigue chaque page : héritage d’une planète saccagée, d’un savoir collectif à préserver, d’une filiation complexe.
L’autrice indo-caribéenne pose avec douceur et poésie une question centrale : peut-on quitter les siens pour espérer les sauver ? Une novella qui rappelle Dans la forêt par son intimisme et sa foi en la communauté.
6. Mon nom dans le noir (Jocelyn Nicole Johnson, 2024)

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Après des élections catastrophiques, les États-Unis sombrent dans le chaos. À Charlottesville, en Virginie, le quartier de First Street est attaqué par des milices suprémacistes. Un groupe hétéroclite fuit à bord d’un bus abandonné et trouve refuge à Monticello, l’ancienne plantation de Thomas Jefferson.
Da’Naisha Love, une jeune femme noire enceinte, prend la tête de cette communauté improvisée et organise la survie par-delà les barrières raciales et sociales. Jocelyn Nicole Johnson s’inspire des émeutes de Charlottesville de 2017 et de l’assaut du Capitole de 2021 pour imaginer un futur proche terrifiant de plausibilité.
Le choix du lieu — une plantation esclavagiste — confère au récit une puissance symbolique considérable. Comme Dans la forêt, ce roman court et incisif place les relations humaines au centre de l’effondrement, avec une narration fulgurante qui tient de la prophétie politique.
7. Station Eleven (Emily St. John Mandel, 2014)

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Une pandémie de grippe fulgurante anéantit 99 % de la population mondiale. Vingt ans plus tard, la Symphonie Itinérante — une troupe d’acteur·rice·s et de musicien·ne·s — parcourt la région des Grands Lacs pour jouer Shakespeare aux survivant·e·s. Leur devise : « La survie ne suffit pas. »
Emily St. John Mandel tisse une structure narrative non linéaire qui relie des personnages ayant tous croisé, de près ou de loin, Arthur Leander, un acteur mort sur scène le soir où le virus a commencé à se propager. Le roman alterne entre l’avant et l’après, entre la nostalgie du monde perdu et l’espoir d’une humanité qui se reconstruit.
Comme Jean Hegland, l’autrice canadienne refuse le nihilisme : l’art, la mémoire et les liens tissés entre les êtres constituent les fondations d’un monde nouveau. Finaliste du National Book Award et lauréat du prix Arthur-C.-Clarke, Station Eleven est devenu un classique du genre.
8. L’enfant de neige (Eowyn Ivey, 2012)

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Alaska, années 1920. Mabel et Jack ont tout quitté après la perte de leur bébé pour s’installer au cœur des solitudes glacées. Une vie rude et austère s’impose à eux, mais rien n’apaise vraiment leur chagrin. Un soir d’hiver, ils façonnent un bonhomme de neige.
Le lendemain, une petite fille aux joues rougies par le froid apparaît devant leur cabane, talonnée par un renard roux. Hallucination née de leur deuil ou créature de légende venue les sauver ? Eowyn Ivey, qui vit elle-même en Alaska, s’inspire d’un conte russe pour tisser un récit à mi-chemin entre réalisme brut et magie hivernale.
L’ambiguïté demeure jusqu’à la fin, et c’est là toute la force du roman. Comme Dans la forêt, L’enfant de neige interroge la résilience face à la perte, le lien entre l’humain et la nature sauvage, et la possibilité d’un bonheur inattendu au cœur de l’isolement.