Daevabad est une saga de fantasy de l’autrice américaine S. A. Chakraborty, publiée entre 2017 et 2020 et traduite en français par Gaspard Houi aux éditions De Saxus. Elle se compose de trois tomes — La Cité de laiton, Le Royaume de cuivre et L’Empire d’or — et suit le destin de Nahri, jeune arnaqueuse du Caire au XVIIIe siècle dotée d’un mystérieux don de guérison, qui invoque par accident le guerrier djinn Dara et se voit propulsée à Daevabad, cité légendaire des djinns. Là-bas, six tribus de djinns s’affrontent pour le pouvoir, les Marids (esprits d’eau) rôdent, et l’ami d’aujourd’hui peut devenir l’ennemi de demain. La saga a valu à l’autrice des nominations aux prix Hugo, Locus et World Fantasy, et ses droits audiovisuels ont été acquis par Netflix.
Si vous venez de refermer L’Empire d’or et que le manque se fait sentir, voici quelques idées lecture pour prolonger le plaisir.
1. Daevabad – Tome 3.5 : Le Fleuve d’argent (S. A. Chakraborty, 2022)

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Le remède le plus évident au blues post-Daevabad, c’est encore… Daevabad. Le Fleuve d’argent est un recueil de quinze nouvelles qui se déploie avant, pendant et après les événements de la trilogie. L’autrice quitte les points de vue de Nahri, Ali et Dara pour confier la parole à des personnages jusqu’ici relégués au second plan : la princesse Zaynab, la reine Hatset, le prince héritier Muntadhir ou encore Jamshid. Chaque texte est précédé d’une indication temporelle et d’une note précisant quels tomes il faut avoir lus pour éviter les révélations importunes — une attention bienvenue.
Le recueil se clôt sur un épilogue alternatif à L’Empire d’or, plus long que les autres nouvelles, centré sur Dara. On y retrouve aussi Zaynab et Aqisa dans des circonstances qui laissent entrevoir ce que pourrait être un spin-off. Ce n’est pas un tome à part entière, mais un prolongement destiné à celles et ceux qui ne sont pas tout à fait prêt·es à quitter la Cité de Laiton. Les nouvelles les plus réussies éclairent les motivations de personnages dont la trilogie ne montrait que les actes — comprendre pourquoi Manizeh a fait ce qu’elle a fait, par exemple, change la lecture rétrospective de toute la saga.
2. Amina al-Sirafi – Tome 1 : Les Aventures d’Amina al-Sirafi (S. A. Chakraborty, 2023)

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Après les couloirs dorés de Daevabad, S. A. Chakraborty prend le large — au sens propre. On quitte le XVIIIe siècle pour le XIIe, les djinns de cour pour les djinns de pleine mer, et les intrigues de palais pour une chasse au trésor à travers l’océan Indien. L’héroïne, Amina al-Sirafi, est une ancienne pirate légendaire reconvertie en mère de famille — quarantenaire, les articulations qui grincent, et un ex-mari qui se trouve être un authentique démon (on a tous nos casseroles). Lorsqu’une femme nommée Salima la charge de retrouver sa petite-fille Dounia, enlevée par un occultiste franc — c’est-à-dire un Européen — du nom de Falco Palamenestra, Amina rassemble son ancien équipage et remonte à bord du Marawati, son navire.
Le récit est structuré comme un témoignage qu’Amina dicte à un scribe, ce qui donne au roman un ton de chronique, ponctué de digressions où l’héroïne corrige ses propres mensonges ou interpelle le scribe qui note trop fidèlement. L’équipage — Dalila l’empoisonneuse, Tinbu le second, Majed le navigateur — est aussi attachant que compétent. On croise des péris (esprits ailés de la mythologie persane), des marids et des artefacts millénaires, le tout dans une ambiance qui doit autant aux récits de Sinbad qu’à Pirates des Caraïbes. Finaliste du prix Hugo 2024, le roman se situe dans le même univers que Daevabad, plusieurs siècles en amont. Les personnes qui ont lu les deux séries repéreront un personnage qui fait le pont entre elles.
3. Ministère égyptien de l’alchimie, des enchantements et des entités surnaturelles – Tome 1 : Les Tambours du dieu noir (P. Djèlí Clark, 2018)

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Ne vous fiez pas au format court : ce recueil de deux novellas, publié en français chez L’Atalante (traduction de Mathilde Montier, lauréate du Grand prix de l’Imaginaire 2022), fait tenir un monde entier en 144 pages. La première, éponyme, se passe dans les années 1880, à La Nouvelle-Orléans — mais pas celle que vous connaissez. Ici, l’Histoire a bifurqué : la guerre de Sécession (le conflit qui a opposé les États du Nord et du Sud des États-Unis, notamment autour de l’esclavage) s’éternise, et La Nouvelle-Orléans est devenue un territoire indépendant, libéré de l’esclavage, survolé par des dirigeables. Dans cette ville, les dieux africains — les Orishas, divinités des traditions yorubas et du vaudou, venues d’Afrique avec les esclaves — se manifestent. Jacqueline, dite « LaVrille », pickpocket de treize ans habitée par Oya, déesse des tempêtes, découvre qu’un complot se trame : des confédérés veulent s’emparer d’une arme capable de noyer la ville sous les flots, les Tambours du dieu noir, liés au dieu du tonnerre Shango.
La seconde nouvelle, L’Étrange Affaire du djinn du Caire, nous emmène en Égypte en 1912, dans un monde où djinns et humains cohabitent depuis qu’un savant a ouvert un portail vers un plan parallèle. Grâce à la technologie des djinns, l’Égypte s’est libérée de la tutelle britannique et est devenue une puissance mondiale. L’agente Fatma el-Sha’arawi, du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles, enquête sur la mort suspecte d’un djinn majeur. C’est ce personnage de Fatma que P. Djèlí Clark développera plus tard dans Le Mystère du tramway hanté puis dans le roman Maître des Djinns. Deux textes, deux villes, deux continents — et un même fil conducteur : des peuples anciennement colonisés qui ont repris le contrôle de leur destin, mais doivent maintenant le défendre.
4. Le Golem et le Djinn (Helene Wecker, 2013)

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New York, 1899. Chava est une golem — dans la tradition juive, une créature d’argile animée par un rituel mystique. Elle a été façonnée par un kabbaliste (un pratiquant de la kabbale, courant ésotérique du judaïsme) pour servir de compagne à un émigrant, Otto Rotfeld. Lorsque ce dernier meurt en mer avant même d’arriver en Amérique, Chava débarque à Manhattan sans maître ni repères, dotée d’une force colossale et d’une aptitude envahissante : elle perçoit les désirs et les angoisses de tous les humains qui l’entourent. Ahmad, lui, est un djinn de feu emprisonné depuis un millénaire dans un flacon de cuivre, libéré par accident dans l’atelier d’Arbeely, un artisan syrien installé à Little Syria (un quartier arabe situé à l’époque à la pointe sud de Manhattan). Incapable de reprendre sa forme originelle, il est piégé dans un corps humain.
Leurs chemins se croisent au hasard d’une rue. Chacun reconnaît immédiatement que l’autre n’est pas humain. Tous deux incapables de dormir, ils se retrouvent la nuit pour arpenter Manhattan. Ce qui pourrait ressembler à une histoire d’amour classique est en réalité un roman sur l’exil et la différence : Chava et Ahmad sont, chacun à sa façon, des immigrés — déplacés, contraints de masquer leur nature, tiraillés entre l’envie de se fondre dans la masse et l’impossibilité de le faire tout à fait. Le New York de la fin du XIXe siècle prend vie à travers ses quartiers d’immigrés juifs, syriens et irlandais, ses boulangeries, ses ateliers de ferblanterie et ses pensions de famille. Lauréat du prix Mythopoeic 2014, le livre a été suivi d’une suite, The Hidden Palace, en 2021.
5. La Trilogie de la mer de sable – Tome 1 : Le Voleur d’étoiles (Chelsea Abdullah, 2022)

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« Il y a bien longtemps, ni ici ni ailleurs… » — voilà un roman qui sait exactement ce qu’il est : un conte. Loulie el-Nazari, dite la Marchande de minuit, vit du commerce clandestin de reliques magiques, accompagnée de Qadir, un djinn qui veille sur elle depuis son enfance. Lorsque le sultan de Madinne la contraint à retrouver une lampe aux pouvoirs légendaires, Loulie part dans le désert, escortée par Omar, fils aîné du sultan et chef des Quarante Voleurs. Mais c’est Mazen, le cadet du sultan — un prince bien moins taillé pour l’aventure que son frère —, qui bascule au cœur de l’intrigue par un concours de circonstances qu’il vaut mieux ne pas révéler ici.
Le roman emprunte aux Mille et Une Nuits et au conte d’Aladdin, mais les réagence à sa façon : la « lampe merveilleuse » est ici un objet dont la nature véritable réserve des surprises, et les Quarante Voleurs ne sont pas ceux que l’on croit. Un troisième point de vue, celui d’Aïcha, membre redoutable des Quarante Voleurs, épaissit encore l’intrigue. Djinns, éfrits et goules peuplent la Mer de Sable, un désert où chaque ombre peut tuer. Si Daevabad vous a donné le goût des univers où la magie a un prix et où les contes ne finissent pas toujours bien, Le Voleur d’étoiles vous attend au tournant. Le roman a été traduit en français par Laurent Philibert-Caillat chez Sabran en 2025.
6. Sharakhaï – Tome 1 : Les Douze Rois de Sharakhaï (Bradley P. Beaulieu, 2015)

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Sharakhaï est une cité-état marchande au milieu du désert, gouvernée depuis des siècles par douze Rois immortels. Leur pouvoir repose sur un pacte ancien avec les dieux, et leur autorité est protégée par les asirim — des spectres enchaînés à leur service, jadis humains — ainsi que par une unité d’élite de guerrières. Çeda, jeune combattante des arènes issue des quartiers pauvres, rêve secrètement de renverser ces tyrans. Tout bascule la nuit de Beht Zha’ir, une nuit sainte pendant laquelle les asirim sont lâchés dans la ville pour réclamer des sacrifices humains. Cette nuit-là, au lieu de la tuer, un asirim coiffé d’une couronne d’or murmure à Çeda des paroles qu’elle reconnaît — des mots lus dans un livre hérité de sa mère assassinée.
C’est une saga au long cours — six tomes en tout — qui déploie une géopolitique dense : tribus nomades du désert opposées aux sédentaires de Sharakhaï, royaumes voisins aux ambitions territoriales, rébellion clandestine. La cité est rendue palpable par ses marchés saturés d’épices, ses arènes sanglantes et ses ruelles où l’information se monnaye. Saluée par Robin Hobb, la série de Bradley P. Beaulieu partage avec Daevabad un même ressort : une héroïne issue d’en bas — Nahri l’arnaqueuse du Caire, Çeda la combattante des bas-fonds — qui s’infiltre dans un système politique millénaire pour tenter de le faire vaciller de l’intérieur.
7. Les Royaumes ardents – Tome 1 : Le Trône de jasmin (Tasha Suri, 2022)

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Changement de cap : on quitte les djinns et le sable pour un univers nourri par les mythologies indiennes. Tasha Suri, autrice britannique issue de la diaspora indienne, s’inspire du Mahabharata et du Ramayana (les deux grandes épopées fondatrices de la littérature indienne) pour bâtir un monde où la nature est à la fois source de vie et de corruption. Au royaume d’Ahiranya, autrefois indépendant, l’empire du Parijatdvipa — une puissance composée de plusieurs États — a tout écrasé : le temple sacré, les Eaux immortelles (une source de magie liée aux yakshas, esprits de la nature dans la mythologie hindoue), et jusqu’à la langue et les rituels du peuple ahiranyi. Depuis, un mal étrange ronge les habitants : des fleurs poussent sous leur peau, des feuilles dans leurs yeux, la sève des arbres se change en sang. On appelle cela la pourriture.
C’est dans ce contexte que deux femmes se trouvent. Malini est une princesse impériale emprisonnée par son propre frère, l’empereur Chandra, pour avoir refusé de monter sur le bûcher sacrificiel qu’il avait dressé pour elle. Priya est une servante ahiranyi qui dissimule les pouvoirs qu’elle tire des Eaux immortelles. Leur relation — une romance saphique — se construit dans la clandestinité et pèse directement sur les enjeux politiques du récit : chacune a besoin de l’autre, mais pour des raisons qui ne sont pas tout à fait les mêmes. Lauréat du prix World Fantasy 2022, Le Trône de jasmin parle de la destruction d’une culture par un empire, de la religion comme arme politique, et de ce qu’il en coûte de résister. Si Daevabad vous a marqué·e par ses tensions entre peuples dominés et empires arrogants, les mêmes questions se posent ici — dans un cadre inspiré de l’Inde plutôt que du Moyen-Orient.
8. Les Sables d’Arawiya – Tome 1 : Chasseurs de flamme (Hafsah Faizal, 2019)

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« Les gens vivaient parce qu’elle tuait. Les gens mouraient parce qu’il vivait. » Zafira est la Chasseuse : dans un royaume où les femmes n’ont pas le droit de s’aventurer seules, elle se déguise en homme pour pénétrer dans la forêt maudite de l’Arz — une forêt consciente, dont les arbres squelettiques semblent observer quiconque s’y risque — et ramener du gibier pour nourrir son village affamé. Nasir est le prince de la Mort, un assassin au service de son père, le sultan d’Arawiya, qui tue sur ordre sans poser de questions — ou presque, car sous l’obéissance se cache une compassion qu’il n’a pas le droit de montrer. Tous deux sont envoyés, chacun de leur côté, à la recherche d’un artefact capable de restaurer la magie perdue du royaume. Mais Nasir a reçu une mission supplémentaire : éliminer la Chasseuse.
Le royaume d’Arawiya, composé de cinq califats, est un monde inspiré de l’Arabie ancienne où la magie a disparu et où l’Arz, qui borde toutes les frontières, gagne du terrain chaque jour. Hafsah Faizal, autrice américaine d’origine sri-lankaise, a volontairement ancré son univers dans les traditions arabes et non sud-asiatiques — une distinction qu’elle tenait à marquer. Autour de Zafira et Nasir gravite un groupe de personnages secondaires solides, dont Altaïr, le prince sarcastique qui sert de contrepoids comique, et Benyamin, un érudit immortel dont la loyauté coûtera cher. La duologie se conclut avec Libérons les étoiles.