Publié en 1936, Autant en emporte le vent est un roman de l’écrivaine américaine Margaret Mitchell. Situé en Géorgie durant la guerre de Sécession (1861-1865) et la période de la Reconstruction — les années chaotiques qui ont suivi la défaite du Sud —, il retrace le destin de Scarlett O’Hara, fille d’un immigré irlandais devenu planteur de coton, et sa relation tumultueuse avec l’insaisissable Rhett Butler. Le roman a reçu le prix Pulitzer en 1937 et a été adapté au cinéma en 1939 dans le film éponyme de Victor Fleming, avec Vivien Leigh et Clark Gable (récompensé par huit Oscars). Vendu à des dizaines de millions d’exemplaires à travers le monde, il reste l’un des romans les plus lus de l’histoire de la littérature américaine.
Si vous venez de refermer ce pavé de mille pages et que vous ne savez plus quoi faire de vos soirées, voici quelques recommandations : suites directes, romans-miroirs ou récits qui abordent la même époque sous un angle différent.
1. Scarlett (Alexandra Ripley, 1991)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Commençons par l’évidence. Scarlett est la suite officielle d’Autant en emporte le vent, commandée et approuvée par les héritiers de Margaret Mitchell à l’issue d’un concours organisé pour trouver l’autrice idéale. Le roman reprend là où Mitchell avait laissé ses lecteur·ice·s en suspens : aux obsèques de Mélanie Hamilton, Scarlett se retrouve isolée, rejetée par la bonne société d’Atlanta et abandonnée par Rhett, qui demande le divorce.
Incapable d’accepter cet échec — l’obstination est chez elle une seconde nature —, Scarlett décide de reconquérir l’homme de sa vie. Son chemin la conduit jusqu’en Irlande, la terre d’origine de son père Gerald O’Hara. C’est d’ailleurs en souvenir de la colline sacrée de Tara, en Irlande, que la plantation familiale porte ce nom dans le roman de Mitchell. Sur place, Scarlett se trouve prise dans le conflit entre indépendantistes irlandais et couronne britannique, et tente de se bâtir une autre vie. Le roman a été un best-seller mondial (plus de six millions d’exemplaires vendus) et a donné lieu à une mini-série télévisée en 1994. Si vous avez besoin de savoir ce qu’il advient de Scarlett et Rhett après le mot « fin », c’est ici qu’il faut aller. Précision utile : Alexandra Ripley n’est pas Margaret Mitchell, et personne ne l’a jamais prétendu.
2. Le Clan Rhett Butler (Donald McCaig, 2007)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Et si, au lieu de reprendre après la dernière page, on remontait avant la première ? Le Clan Rhett Butler est la seconde suite autorisée par les héritiers de Margaret Mitchell, mais c’est en réalité un roman à double fond : à la fois préquelle et suite. Donald McCaig y a consacré six années de travail, et le résultat change radicalement de perspective — ici, c’est Rhett Butler qui occupe le devant de la scène. Le roman se déploie en trois parties — « Antebellum » (l’avant-guerre), « Reconstruction » et « Tara » — et couvre une période qui s’étend de 1848 à 1874, soit bien avant et un peu après les événements d’Autant en emporte le vent.
On y découvre l’enfance indocile de Rhett à Charleston, au sein de la grande bourgeoisie de Caroline du Sud : son duel fatal avec Shad Watling, sa relation empoisonnée avec son père Langston (un propriétaire terrien rigide qui voit dans son fils un aventurier indigne), et ses liens avec sa sœur Rosemary et Belle Watling, la tenancière de maison close secrètement amoureuse de lui. Des personnages secondaires du roman original — Ashley Wilkes, Wade et Ella (les enfants de Scarlett issus de ses deux premiers mariages) — ont enfin droit à une vraie trajectoire, avec des décisions à prendre et des erreurs à commettre. Pour celles et ceux qui ont toujours voulu comprendre pourquoi Rhett Butler est devenu Rhett Butler.
3. Le Voyage de Ruth (Donald McCaig, 2014)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Toujours avec la bénédiction des héritiers Mitchell, Donald McCaig s’est cette fois attaqué à un personnage aussi omniprésent que méconnu : Mama, la nourrice de Scarlett, à qui il donne enfin un prénom — Ruth, en référence à la figure biblique de loyauté et de fidélité. Car dans le roman de Mitchell comme dans le film, on ne savait presque rien d’elle, pas même comment elle s’appelait.
Le récit débute en 1804, sur l’île de Saint-Domingue (l’actuelle Haïti), ravagée par la révolution des esclaves contre les colons français. Un massacre n’épargne qu’un seul nourrisson : une petite fille noire, recueillie par un couple de Français, Augustin et Solange Fornier, qui la prénomment Ruth et l’emmènent à Savannah, en Géorgie. Le roman couvre ensuite plus d’un demi-siècle : on suit Ruth depuis son enfance à Savannah jusqu’à son mariage avec Jehu, un Noir libre, puis sa vente comme domestique à la famille O’Hara. Au fil des décennies, elle sert successivement Solange, la grand-mère de Scarlett, puis Ellen, sa mère, avant de devenir la Mama de la jeune Katie Scarlett — jusqu’au fameux pique-nique aux Douze Chênes qui ouvre Autant en emporte le vent.
Derrière le masque de la servante dévouée, McCaig restitue une vie entière : ses amours, ses deuils, ses pensées. Le roman montre sans détour ce que Mitchell avait largement laissé hors champ — la vie quotidienne des esclaves, leur hiérarchie interne, leur culture — et donne à une femme réduite au rôle de figurante comique la dignité d’un personnage à part entière.
4. La Bicyclette bleue (Régine Deforges, 1981)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Voici la version française — et assumée — du schéma narratif d’Autant en emporte le vent. Régine Deforges a ouvertement reconnu que la trame du roman de Mitchell servait de base à son propre récit, au point d’être poursuivie pour contrefaçon par les ayants droit de l’autrice américaine. Le procès a duré des années, mais l’essentiel est ailleurs : La Bicyclette bleue est le premier tome d’une saga en dix volumes, et son héroïne, Léa Delmas, a conquis des millions de lecteur·ice·s.
Été 1939. Léa a dix-sept ans et vit une existence insouciante dans le vignoble familial de Montillac, près de Bordeaux. Éprise de Laurent d’Argilat — qui en épouse une autre, la douce Camille —, elle croise la route de François Tavernier, un homme aussi cynique que séduisant. Les correspondances avec Autant en emporte le vent sont limpides : Léa, c’est Scarlett ; Laurent et Camille, c’est Ashley et Mélanie ; François, c’est Rhett. Mais la déclaration de guerre fait basculer le récit dans un territoire entièrement neuf : débâcle de 1940, exode, Occupation allemande. Léa s’engage dans la Résistance et parcourt les routes sur sa bicyclette bleue pour franchir la ligne de démarcation — cette frontière intérieure qui coupait la France en deux entre zone occupée et zone dite « libre ».
Là où Mitchell racontait le Sud ravagé par la guerre de Sécession, Deforges transpose le drame dans la France occupée — familles déchirées entre collaboration et résistance, sœurs amoureuses du mauvais camp, amis dénoncés, représailles. La saga s’est vendue à dix millions d’exemplaires et a été traduite dans une vingtaine de langues. La similitude avec Mitchell s’estompe dès le deuxième tome — le reste de la saga appartient pleinement à Deforges.
5. Louisiane (Maurice Denuzière, 1977)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Ancien grand reporter au journal Le Monde, Maurice Denuzière a mené une longue enquête à La Nouvelle-Orléans avant d’écrire cette saga en six tomes qui retrace, de 1830 à 1945, la vie de la famille Damvilliers, propriétaires du domaine cotonnier de Bagatelle, au bord du Mississippi. Prix des Maisons de la Presse et prix Alexandre-Dumas en 1977, Louisiane a été traduit en vingt-cinq langues et adapté au cinéma par Philippe de Broca.
Au centre du premier volet, Virginie Trégan, femme belle et déterminée, qui consacre toute son énergie à faire prospérer Bagatelle. À ses côtés, Clarence Dandrige, l’intendant de la plantation, secrètement amoureux d’elle depuis des années — un amour qu’il ne s’autorisera jamais à déclarer ouvertement. Autour d’eux gravite tout un monde : esclaves, immigrants, aristocrates d’origine française, hommes politiques, aventuriers.
De l’âge d’or du Roi-Coton (l’époque où le coton faisait la richesse du Sud) à la guerre de Sécession, de la Reconstruction aux Années folles, Denuzière a construit un roman historique d’une précision peu commune, nourri par un vrai travail de terrain : hormis quelques figures fictives, presque tout ce qu’il relate est authentique. Si vous avez aimé Autant en emporte le vent pour son décor — les plantations, le Mississippi, une société entière balayée par la guerre —, Louisiane vous y replonge avec le regard d’un journaliste qui a vérifié ses sources.
6. Jubilee (Margaret Walker, 1966)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Souvent présenté comme l’Autant en emporte le vent des Noirs américains, Jubilee raconte l’histoire de Vyry, fille d’une esclave noire et du maître blanc de la plantation Dutton, en Géorgie. Ce n’est pas une fiction pure : Margaret Walker s’est inspirée de la vie de sa propre arrière-grand-mère, et a consacré des années de recherches aux archives, registres de naissance et récits oraux pour écrire ce roman, publié en 1966 — un siècle exactement après l’émancipation de son aïeule.
Le récit se divise en trois parties : l’enfance et la vie d’esclave de Vyry avant la guerre ; le conflit lui-même, avec ses atrocités dans les deux camps ; puis la Reconstruction — cette période où les anciens esclaves, théoriquement émancipés, se heurtent à la misère, à la redistribution ratée des terres et à la terreur du Ku Klux Klan. Là où Mitchell observait la guerre depuis la véranda des planteurs, Walker la montre vue depuis les cases des esclaves — un renversement de perspective radical. Vyry tombe amoureuse de Randall Ware, un Noir libre, mais ne peut l’épouser légalement tant que son maître est en vie. Après la guerre, elle refait sa vie avec Innis Brown et traverse l’Alabama à la recherche d’un lopin de terre et d’un toit. Des cantiques et des spirituals (ces chants religieux nés dans les plantations) scandent le texte et donnent au récit son rythme et sa tonalité propres. Un roman qui permet de lire la guerre de Sécession avec les deux yeux ouverts — et pas seulement celui des propriétaires de Tara.
7. Retour à Cold Mountain (Charles Frazier, 1997)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Premier roman de Charles Frazier, couronné par le National Book Award en 1997 et adapté au cinéma par Anthony Minghella en 2003 (avec Jude Law, Nicole Kidman et Renée Zellweger), Retour à Cold Mountain est une odyssée — au sens strict. La structure du récit suit celle de l’Odyssée d’Homère : un soldat tente de rentrer chez lui après la guerre, tandis que la femme qui l’attend doit, seule, défendre son foyer.
Nous sommes dans les derniers mois de la guerre de Sécession. Inman, soldat sudiste grièvement blessé à la bataille de Petersburg (l’un des derniers grands sièges du conflit, en Virginie), déserte l’hôpital militaire et entreprend à pied le long chemin du retour vers Cold Mountain, en Caroline du Nord, où l’attend Ada Monroe, la femme qu’il aime. De son côté, Ada — fille de pasteur élevée dans la bonne société de Charleston, habituée aux livres et au piano plutôt qu’aux travaux des champs — reste seule après la mort de son père, sans la moindre idée de la façon dont on fait tourner une ferme. Elle est sauvée par l’arrivée de Ruby Thewes, jeune femme d’une débrouillardise redoutable, qui remet le domaine sur pied à la force du poignet. Le roman alterne les chapitres entre le périple d’Inman — semé de rencontres tantôt bienveillantes, tantôt menaçantes — et l’apprentissage d’Ada, qui découvre le travail de la terre au fil des saisons.
Frazier a puisé dans l’histoire de son propre arrière-arrière-grand-oncle et dans cinq années de recherches sur les traditions, la musique et les registres militaires de la Caroline du Nord au XIXe siècle. Le vrai sujet du roman n’est pas tant de savoir si Inman retrouvera Ada que de mesurer ce que quatre années de carnage ont fait de l’un et de l’autre — et s’il est possible de reprendre une vie normale quand le monde tel qu’on le connaissait a cessé d’exister.
8. La Foire aux vanités (William Makepeace Thackeray, 1848)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Un choix surprenant dans cette liste ? Pas tant que ça. Si Autant en emporte le vent vous a séduit·e par son héroïne sans scrupules et son portrait acide d’une société bousculée par la guerre, alors Becky Sharp va vous ravir. Publié sous forme de feuilleton entre 1847 et 1848, La Foire aux vanités est le chef-d’œuvre de Thackeray et l’un des piliers du roman anglais. Son sous-titre, « roman sans héros » (A Novel Without a Hero), annonce la couleur : ici, personne n’est tout à fait recommandable.
Becky Sharp et Amélia Sedley sortent ensemble du pensionnat, mais tout les oppose. Amélia est douce, naïve, issue d’une famille bourgeoise fortunée. Becky est orpheline — fille d’un peintre alcoolique et d’une danseuse de théâtre —, sans le sou, et dotée d’une intelligence féroce qu’elle met tout entière au service de son ascension sociale. Tour à tour gouvernante, épouse d’un militaire endetté, protégée d’un lord douteux et aventurière sur le déclin, Becky traverse toutes les strates de la société anglaise du début du XIXe siècle, sur fond de guerres napoléoniennes et de la bataille de Waterloo.
Le lien avec Autant en emporte le vent ? Il est plus profond qu’il n’y paraît : même duo d’héroïnes antithétiques (l’arriviste et la candide), même toile de fond guerrière qui redistribue les fortunes, et même fascination pour une femme qui refuse de se plier aux conventions. Thackeray, rival de Dickens en son temps, porte sur ses personnages un regard d’une ironie corrosive — les hommes y sont vaniteux ou corrompus, les femmes manipulatrices ou aveugles, et l’argent reste le seul vrai moteur de cette vaste comédie sociale. Plus de mille pages, certes, mais l’ironie de Thackeray est si efficace qu’on tourne les pages pour le seul plaisir de voir le prochain personnage se ridiculiser.
9. Les Roses de Somerset (Leila Meacham, 2010)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Howbutker, Texas, 1916. Mary Toliver n’a que seize ans lorsque son père meurt après l’avoir désignée comme unique héritière de Somerset, la plantation de coton familiale. À charge pour elle de rembourser les dettes, de subvenir aux besoins de sa mère et de son frère aîné — qui s’estiment tous deux spoliés — et de faire prospérer le domaine auquel elle tient plus qu’à n’importe qui. Mais Somerset a un prix : lorsque Percy Warwick, son amour de jeunesse et magnat de l’exploitation forestière, la demande en mariage, Mary refuse. Elle ne peut pas quitter sa terre.
Cette décision initiale contamine tout le reste du roman, qui se déploie sur un siècle et trois générations de Texan·e·s. Trahisons, secrets de famille, sacrifices : la « malédiction des Toliver » pèse sur chaque descendant·e qui hérite de Somerset, car la terre exige toujours qu’on lui donne la priorité sur tout le reste. Traduit dans vingt-cinq pays, ce premier roman de Leila Meacham (enseignante retraitée de San Antonio) a été comparé à Autant en emporte le vent par le Publishers Weekly — et la parenté est évidente : même attachement viscéral à une terre, même héroïne prête à tout perdre pour la garder. L’intrigue repose davantage sur les dialogues et les retournements que sur de longues descriptions, ce qui rend ses 640 pages étonnamment rapides à avaler.