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Que lire après « L'art de la joie » de Goliarda Sapienza ?

Que lire après « L’art de la joie » de Goliarda Sapienza ?

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L’art de la joie (L’arte della gioia) est un roman de l’écrivaine italienne Goliarda Sapienza (1924-1996), rédigé entre 1967 et 1976. Il retrace le destin de Modesta, née le 1er janvier 1900 sur les pentes de l’Etna, en Sicile, qui traverse le XXe siècle avec une soif de liberté absolue — amoureuse, politique, intellectuelle. Refusé par tous les éditeurs italiens du vivant de l’autrice, le roman n’est publié intégralement en Italie qu’en 1998, à titre posthume. C’est la traduction française de Nathalie Castagné, parue en 2005 aux éditions Viviane Hamy (puis rééditée au Tripode en 2016), qui lui offre enfin la reconnaissance : près de 300 000 exemplaires vendus en France, une adaptation en série télévisée italienne en 2024 et, en avril 2025, un marathon de lecture publique de 24 heures à Strasbourg.

Si vous venez de refermer ce roman-fleuve et que vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques pistes.


1. Rendez-vous à Positano (Goliarda Sapienza, 2015)

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Rédigé en 1984 mais publié en Italie seulement en 2015 — plus de vingt ans après la mort de Sapienza —, Rendez-vous à Positano est un roman d’amour dédié à la fois à une femme et à un lieu. À la fin des années quarante, pour les besoins d’un tournage, Goliarda découvre Positano, modeste village de la côte amalfitaine accroché au flanc d’une colline qui plonge dans la mer. Elle y fait la connaissance d’Erica, une jeune femme fortunée et insaisissable, avec qui elle noue une relation quasi amoureuse qui durera près de vingt ans.

Bien après la disparition d’Erica, l’écrivaine revient sur cette amitié pour la sauver de l’oubli — et, par la même occasion, sauver le souvenir d’un Positano pas encore dévoré par le tourisme de masse. Le livre est un double hommage : portrait d’une femme secrète dont les confidences révèlent les fêlures derrière la façade dorée, et élégie d’un village encore épargné par le monde, où, pour reprendre la formule d’un personnage, « on ne peut échapper à l’impulsion de la vérité ». Si L’art de la joie vous a conquis·e par l’ampleur de son souffle, Rendez-vous à Positano en est le versant intime, celui où Sapienza se livre à voix basse.


2. L’Université de Rebibbia (Goliarda Sapienza, 1983)

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En 1980, Goliarda Sapienza est incarcérée à Rebibbia, la plus grande prison pour femmes d’Italie, à Rome. Le motif : un vol de bijoux dont les raisons restent à ce jour une énigme. Aveu de dénuement ? Acte de désespoir ? Provocation ? Elle sort à peine de dix années consacrées à L’art de la joie, et les refus successifs des éditeurs l’ont laissée moralement à terre. Pourtant, comme un pied de nez au destin, elle transforme l’enfermement en une expérience de liberté paradoxale.

Au contact de prostituées, de voleuses, de toxicomanes et de jeunes militantes d’extrême gauche, l’intellectuelle retrouve ce qui lui manquait dehors : des conversations franches, une solidarité brute, un rapport au réel sans faux-semblants. Elle rebaptise la prison « université », à la fois avec ironie et avec une sincérité qui prend au dépourvu. Publié par Rizzoli en 1983, le livre est le seul vrai succès commercial que Sapienza connaîtra de son vivant. Ironie supplémentaire : malgré les bonnes ventes, Rizzoli continuera de refuser L’art de la joie. Ce récit autobiographique, drôle et féroce, se lit comme un cours accéléré sur la nature humaine — et sur ce que les murs d’une prison peuvent révéler de la société qui les a érigés.


3. L’amie prodigieuse (Elena Ferrante, 2011)

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Premier volume de la tétralogie napolitaine d’Elena Ferrante (l’autrice dont personne ne connaît le visage, et c’est très bien ainsi), L’amie prodigieuse suit Elena Greco, dite Lenù, et Raffaella Cerullo, dite Lila, deux fillettes qui grandissent dans un quartier pauvre de Naples dans les années 1950. Leur amitié, faite d’admiration réciproque, de rivalité sourde et de dépendance, va structurer toute leur existence sur plus de soixante ans.

Comme L’art de la joie, le roman ancre un destin féminin dans l’histoire politique et sociale de l’Italie d’après-guerre. Mais là où Modesta fonce, brise les obstacles et impose sa volonté au monde, Lenù et Lila avancent dans un corps-à-corps permanent avec leur milieu — la violence du quartier, le poids du patriarcat, l’assignation de classe. Jamais, ici, un personnage ne sert d’illustration à une thèse : chaque figure possède ses contradictions propres, ses angles morts, ses lâchetés. Quatre tomes, plus de 2 000 pages en tout, et l’on en sort avec le sentiment d’avoir vécu une autre vie. Voire deux.


4. La Storia (Elsa Morante, 1974)

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Rome, 1941. Un soldat allemand ivre viole Ida Ramundo, une institutrice timide dont la mère était juive. De cette agression naîtra Useppe (Giuseppe), un enfant à la joie contagieuse, condamné à grandir au milieu des bombes, des privations et des rafles sans jamais les comprendre. Autour de ce duo improbable, la mère terrifiée et le fils radieux, Elsa Morante déploie un roman-monde qui couvre l’Italie de 1941 à 1947.

Chaque chapitre s’ouvre sur un résumé froid et factuel des événements mondiaux de l’année concernée, avant de replonger dans le quotidien d’Ida, de Nino (son fils aîné, rebelle et canaille), et de tout un peuple de figures broyées par le siècle. D’un côté, la grande Histoire et ses décisions stratégiques ; de l’autre, la faim, la peur, les abris de fortune et le bonheur volé d’un enfant qui court après un chien. Le contraste fait mal. Publié directement en poche chez Einaudi, le livre s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires en Italie et a été comparé à La Guerre et la Paix. Si vous avez aimé la manière dont Sapienza entrelace les destins individuels et les séismes collectifs, La Storia vous attend — et ne vous épargnera pas.


5. Elles (Alba de Céspedes, 1949)

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Alessandra grandit à Rome dans une famille modeste. Sa mère, pianiste de talent, a renoncé à sa carrière pour donner des leçons ; son père est un homme vulgaire et autoritaire. Après le suicide de sa mère, la jeune fille est envoyée dans un village traditionnel des Abruzzes, où l’on espère qu’elle rentrera dans le rang. C’est mal la connaître. De retour à Rome au début de la Seconde Guerre mondiale, elle épouse Francesco, un professeur antifasciste, persuadée d’avoir trouvé un homme capable de la voir comme une égale. Sa déception sera à la mesure de son espoir.

Sur fond de montée du fascisme, de guerre et de Résistance, Alba de Céspedes déroule en plus de 600 pages un roman qui prend à bras-le-corps la condition féminine dans l’Italie du XXe siècle. Publié en 1949 sous le titre original Dalla parte di lei, réédité par Gallimard en 2022, il a précédé de plusieurs décennies les grandes sagas italiennes de Ferrante ou Sapienza — dont il constitue, à bien des égards, le modèle secret. Alba de Céspedes, résistante antifasciste, fondatrice de la revue Mercurio, est longtemps restée injustement reléguée au rang de « romancière sentimentale ». Ce livre prouve que c’était une erreur.


6. Une femme (Sibilla Aleramo, 1906)

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Publié en 1906, Une femme (Una donna) est considéré comme le premier roman féministe de la littérature italienne. Sibilla Aleramo — pseudonyme de Rina Faccio — y raconte, sous la forme d’une autobiographie romancée, le parcours d’une jeune fille mariée de force à seize ans à l’homme qui l’a violée, sa soumission à un époux brutal, sa tentative de suicide, puis son éveil intellectuel et sa décision de partir — au prix de l’abandon de son fils, dont la loi italienne de l’époque lui interdit la garde.

L’onde de choc fut considérable. Anatole France lui consacra un article enthousiaste dans Le Figaro, Rodin, Apollinaire et Colette se disputèrent sa compagnie, et Stefan Zweig déclara : « Qui n’a pas vu Sibilla Aleramo à Rome en cette première décennie du XXe siècle n’a rien vu. » Ce qui frappe, plus d’un siècle après, c’est que le propos n’a pas pris une ride. La narratrice, dont le nom n’est jamais mentionné (comme si elle pouvait être n’importe quelle femme), refuse le rôle que la société lui assigne et choisit la liberté, même mutilée. Un livre fondateur, et l’ancêtre direct de Modesta.


7. La Bâtarde (Violette Leduc, 1964)

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Violette Leduc n’a pas eu la vie facile — et elle ne fait rien pour que son lecteur l’oublie. Née en 1907 à Arras, fille illégitime (d’où le titre), au physique qu’elle juge ingrat, elle livre dans La Bâtarde une autobiographie sans concession qui couvre trente années de sa vie : ses amours avec Isabelle puis avec Hermine, sa passion totale et non réciproque pour Maurice Sachs, ses trafics au marché noir sous l’Occupation, son entrée dans le milieu littéraire parisien grâce à Simone de Beauvoir, qui signe la préface et la soutient sans relâche.

Ce qui rapproche Leduc de Sapienza, c’est ce refus absolu de se ménager. La honte, la jalousie, le désir, la mesquinerie : elle expose tout, ne se pardonne rien. Beauvoir écrivait dans sa préface : « Une femme descend au plus secret de soi et elle se raconte avec une sincérité intrépide, comme s’il n’y avait personne pour l’écouter. » Pressenti pour le prix Goncourt à sa sortie, le livre s’est vendu à 170 000 exemplaires et a offert à Leduc, à 57 ans, la reconnaissance qui lui avait toujours échappé. Comme Sapienza, elle aura attendu longtemps.


8. Accabadora (Michela Murgia, 2009)

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Sardaigne, années 1950. La petite Maria, dernière-née d’une veuve démunie, est confiée à Tzia Bonaria Urrai, une vieille couturière sans descendance. En sarde, on appelle cela une fill’e anima — une « fille d’âme ». Maria grandit entourée de soins, accède à l’éducation, trouve en Bonaria une seconde mère aimante et pudique. Mais certaines absences nocturnes de la vieille femme la troublent. Et pour cause : Tzia Bonaria est aussi l’accabadora du village — la « dernière mère », celle qui aide les mourants à s’en aller quand la souffrance n’a plus de sens.

Le jour où Maria découvre la vérité, le lien entre les deux femmes se brise net. Il faudra des années — et un retournement que l’on se gardera bien de révéler — pour que la « fille d’âme » comprenne ce que sa mère adoptive essayait de lui transmettre. Michela Murgia (1972-2023), figure de la nouvelle vague littéraire sarde, a reçu le prix Campiello 2010 pour ce roman traduit en quinze langues. Accabadora aborde de front la question de la mort choisie et de la filiation hors du sang — et le fait en moins de 200 pages, là où Sapienza en déploie 800. La preuve qu’on peut secouer un·e lecteur·ice avec très peu de bruit.