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Que lire après « Americanah » de Chimamanda Ngozi Adichie ?

Que lire après « Americanah » de Chimamanda Ngozi Adichie ?

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Publié en 2013 aux États-Unis et traduit en français en 2015 aux éditions Gallimard, Americanah est le troisième roman de l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie. On y suit Ifemelu, une jeune femme originaire du Nigeria qui quitte Lagos pour Philadelphie afin d’y poursuivre ses études, et Obinze, son grand amour resté de l’autre côté de l’Atlantique. Sur trois continents et quinze ans de vie, le roman déploie une réflexion incisive et souvent drôle sur la race, l’immigration et l’identité — le tout porté par une héroïne blogueuse au regard acéré, qui découvre qu’on « devient noir·e » dès qu’on pose le pied en Amérique. Récompensé par le National Book Critics Circle Award et classé en 2025 par Télérama parmi les vingt-cinq meilleurs romans du XXIe siècle, Americanah a conquis des millions de lecteur·ices à travers le monde.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici des recommandations dans la même veine : des histoires d’exil et de retour, de double culture et d’identité contrariée.


1. Voici venir les rêveurs (Imbolo Mbue, 2016)

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New York, automne 2007. Jende Jonga, immigré camerounais en situation irrégulière, décroche le poste dont il rêvait : chauffeur de Clark Edwards, un cadre haut placé chez Lehman Brothers. Sa femme Neni peut enfin reprendre ses études de pharmacie, leur fils Liomi fréquente une école correcte, et la carte verte semble à portée de main. Mais la famille Jonga fait un pari dangereux : arrimer tous ses espoirs au destin d’une banque qui, on le sait aujourd’hui, n’aura bientôt plus de destin du tout.

Le roman oppose deux foyers — les Jonga dans leur appartement du Bronx infesté de cafards, les Edwards dans leur penthouse de l’Upper East Side — et révèle une ironie cruelle : la crise des subprimes va frapper les deux familles, mais pas avec les mêmes conséquences. Imbolo Mbue, elle-même originaire de Limbé au Cameroun, s’appuie sur sa propre expérience d’immigrée pour raconter le fossé entre le rêve américain fantasmé depuis l’Afrique et la réalité à l’arrivée. Là où Americanah s’intéresse au racisme vécu par une Nigériane éduquée, Voici venir les rêveurs montre ce qui se passe quand on n’a même pas le luxe de réfléchir à la question : on survit d’abord, on philosophe après.


2. Il nous faut de nouveaux noms (NoViolet Bulawayo, 2013)

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Chérie a dix ans et vit dans un bidonville du Zimbabwe ironiquement baptisé Paradise. Avec sa bande de copains — Bâtard, Chipo, Dieusait, Sbho et Stina — elle vole des goyaves dans les beaux quartiers, joue au « jeu des pays » (chacun choisit d’être le Canada, l’Australie ou, mieux encore, les États-Unis) et observe avec une lucidité d’enfant la décomposition de son pays sous le régime de Robert Mugabe. Un jour, elle part pour de bon rejoindre sa tante Fostalina en Amérique. Le rêve se réalise — et s’avère bien différent de ce qu’elle avait imaginé.

Le roman se divise en deux parties très distinctes. La première, au Zimbabwe, déborde de vie et d’inventivité : le regard de Chérie transforme la misère en terrain de jeu, sans jamais l’édulcorer pour autant. La seconde, aux États-Unis, est plus sourde, plus amère — celle d’une adolescente qui découvre que l’abondance matérielle ne compense pas ce qu’on a laissé derrière soi. Finaliste du Man Booker Prize 2013, NoViolet Bulawayo donne voix à toute une diaspora zimbabwéenne et laisse une question ouverte : que reste-t-il de soi quand le pays qu’on a quitté s’est effondré et que celui où l’on vit refuse de vous voir ?


3. Chaque jour appartient au voleur (Teju Cole, 2007)

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Après quinze ans d’absence, le narrateur — New-Yorkais d’origine nigériane — retourne à Lagos pour trois semaines. En vingt-sept chapitres brefs, il consigne les scènes qui rythment ce séjour troublé : les pots-de-vin exigés dès le consulat à New York, les courses suicidaires en danfos (ces minibus jaunes bondés qui foncent dans les rues de la mégapole), les cybercafés où la jeunesse se spécialise dans l’arnaque sur Internet, et le châtiment brutal des voleurs au marché. Le titre, tiré d’un adage yoruba, résume bien l’ambiance : « Chaque jour est pour le voleur, mais un jour est pour le propriétaire. »

Ce livre occupe une place à part dans cette liste. À la croisée du récit de voyage, du reportage intime et de la fiction, il est né d’articles publiés quotidiennement sur le blog de Teju Cole après son retour à New York, avant d’être remanié pour devenir un roman. Des photographies prises par l’auteur lors de son séjour ponctuent le texte et accentuent l’effet de carnet de route. Là où Ifemelu, dans Americanah, retrouve un Lagos en plein boom et s’y réinstalle, le narrateur de Teju Cole, lui, repart — incapable de se résoudre à rester mais incapable, aussi, de ne pas aimer cette ville. Un portrait de Lagos tendre et lucide, qui ne passe rien sous silence.


4. Les belles choses que porte le ciel (Dinaw Mengestu, 2007)

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Sépha a fui l’Éthiopie encore enfant, pendant la terreur qui a suivi le coup d’État du colonel Mengistu — son père n’y a pas survécu. Des années plus tard, il tient une petite épicerie sur Logan Circle, à Washington — un commerce qu’il peine à faire tourner et qu’il ouvre quand bon lui semble. Ses deux amis, Kenneth le Kenyan et Joseph le Congolais, le rejoignent régulièrement dans l’arrière-boutique pour boire des bières, jouer aux échecs et se livrer à leur passe-temps favori : répertorier les dictateurs et les coups d’État africains avec un cynisme qui tient lieu de thérapie. L’arrivée dans le quartier d’une jeune femme blanche, Judith, et de sa fille métisse Naomi, va fissurer cet équilibre précaire.

Dinaw Mengestu, lui-même né à Addis-Abeba et arrivé aux États-Unis à l’âge de deux ans, a reçu pour ce premier roman le prix du Premier Roman étranger 2007. Le livre emprunte son titre à L’Enfer de Dante, et cette référence n’est pas décorative : Sépha vit bel et bien dans une forme de purgatoire, coincé entre un pays qu’il ne peut plus habiter et un autre qui ne lui offre qu’une existence en suspension. La relation entre Sépha et la petite Naomi — ils lisent ensemble Les Frères Karamazov dans l’épicerie — donne au roman ses pages les plus lumineuses, parce qu’elle laisse entrevoir une vie de famille que Sépha sait déjà ne pas pouvoir avoir.


5. L’autre moitié de soi (Brit Bennett, 2020)

Couverture du livre L'autre moitié de soi de Brit Bennett

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1954, Mallard, Louisiane : une bourgade si particulière que ses habitant·es, tou·tes noir·es, se marient depuis des générations avec des personnes à la peau plus claire qu’eux, au point de pouvoir passer pour blanc·hes. Desiree et Stella Vignes, sœurs jumelles de seize ans, fuient cette ville étouffante pour la Nouvelle-Orléans. Puis leurs chemins se séparent. Quatorze ans plus tard, Desiree revient à Mallard avec une fille à la peau très noire. Stella, elle, a disparu : elle vit à Los Angeles sous une identité blanche, mariée à un homme qui ignore tout de ses origines.

Ce qui fait la force du roman de Brit Bennett, c’est le refus de la résolution facile. Stella n’est jamais démasquée et ne se repent jamais. Le roman suit ensuite la génération suivante — Jude, la fille noire de Desiree, et Kennedy, la fille blonde de Stella — dont les destins finissent par se croiser. Une scène en particulier reste en mémoire : Stella, en banlieue résidentielle de Los Angeles, s’oppose avec véhémence à l’installation d’une famille noire dans son quartier — terrifiée à l’idée que son mensonge soit découvert. L’autre moitié de soi traite du « passage racial » (racial passing) sans jamais juger ses personnages, et pose une question à laquelle le roman se garde bien de répondre : peut-on se couper de soi-même et continuer à vivre ?


6. Fille, femme, autre (Bernardine Evaristo, 2019)

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Douze personnages, presque tou·tes noir·es, réparti·es sur cent vingt ans d’histoire britannique : Amma, dramaturge lesbienne d’une cinquantaine d’années qui voit enfin sa pièce La Dernière Amazone du Dahomey jouée au National Theatre ; Carole, issue d’une cité, devenue vice-présidente d’une grande banque à la City ; Morgan (anciennement Megan), influenceur·euse non binaire ; Hattie, née en 1900 dans une ferme du Northumberland. Le lien entre ces personnages se révèle peu à peu — une ancienne prof et son élève, une mère et sa fille qui ne se comprennent plus, deux amies d’enfance que tout a séparées — jusqu’à la soirée de la première d’Amma où tout converge.

Ce roman choral a valu à Bernardine Evaristo le Booker Prize 2019 — ex æquo avec Les Testaments de Margaret Atwood — et l’a rendue première femme noire à remporter ce prix. La forme est aussi remarquable que le fond : pas de points, pas de majuscules (sauf pour les noms propres), des phrases qui s’étirent et se relancent comme un souffle continu, quelque part entre la prose et le poème. Si ce parti pris formel peut dérouter pendant les premières pages, il impose vite son propre rythme — on se surprend à lire à voix haute. Ce qui se dessine, au fil des douze voix, est un vaste portrait de la condition afro-britannique, qui prouve qu’il n’existe pas une, mais mille façons d’être une femme noire au Royaume-Uni.


7. De la beauté (Zadie Smith, 2005)

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Howard Belsey, universitaire britannique spécialiste de Rembrandt, gauchiste convaincu et plutôt ennuyeux, vit près de Boston avec son épouse afro-américaine Kiki et leurs trois enfants : Jerome, Zora et Lévi. Sa vie déraille quand deux événements se télescopent : Kiki découvre son infidélité, et Monty Kipps, son ennemi intellectuel — un conservateur anglo-antillais aux idées diamétralement opposées — débarque à la même université en tant que professeur invité. Il est accompagné de sa famille et notamment de sa troublante fille Victoria. S’ensuivent des complications sentimentales en cascade : les épouses des deux rivaux se lient d’amitié, Zora Belsey s’entiche d’un jeune slammeur du ghetto, son frère Lévi d’un groupe de réfugiés haïtiens.

De la beauté est une comédie de mœurs universitaire qui doit autant à E.M. Forster (le roman est librement inspiré de Howards End) qu’à la sitcom. Mais la légèreté est trompeuse. Les questions de fond sont redoutables : discrimination positive, héritage colonial, rapports de classe, métissage culturel, et cette interrogation qui traverse tout le livre — la beauté est-elle un langage universel ou un « masque du pouvoir » ? Le personnage de Kiki, femme généreuse et chaleureuse dans un monde d’hommes qui pérorent, est probablement la plus belle réussite du roman. Si vous avez aimé le ton irrévérencieux d’Americanah, l’ironie de Zadie Smith est du même acabit — en plus britannique.


8. La brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao (Junot Díaz, 2007)

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Oscar de León — surnommé Oscar Wao par déformation d’Oscar Wilde — est un adolescent dominicain-américain du New Jersey, obèse, fou de science-fiction et de jeux de rôle, qui rêve de devenir le « Tolkien des Caraïbes ». Son problème le plus urgent : mourir puceau. Le récit, mené par Yunior, un ami de la famille, ne se limite pas à Oscar : il remonte sur plusieurs générations, jusqu’à la grand-mère La Inca et la mère Beli, dont les destins ont été broyés par la dictature de Trujillo. Car la famille est frappée par le fukú, une malédiction caribéenne ancienne dont on ne sait jamais si elle relève de la superstition ou de la fatalité historique.

Prix Pulitzer et National Book Award 2008, ce premier roman de Junot Díaz fait cohabiter dans un même paragraphe le régime de Trujillo, les sœurs Mirabal, Le Seigneur des Anneaux et la street life du New Jersey. La langue est un patchwork d’anglais, d’espagnol et d’argot, truffé de notes de bas de page qui sont de véritables leçons d’histoire dominicaine (et souvent désopilantes). Le ton est aux antipodes du réalisme tranquille : ici, tout est excessif, flamboyant, simultanément tragique et hilarant. Un roman qui partage avec Americanah le refus de cantonner l’expérience de la diaspora à un registre unique — le drame ou la comédie — et qui choisit, résolument, les deux.


9. Un nom pour un autre (Jhumpa Lahiri, 2003)

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À Cambridge, dans le Massachusetts, Ashoke et Ashima Ganguli attendent une lettre de la grand-mère restée à Calcutta : c’est elle qui, selon la coutume bengalie, doit choisir le prénom de leur fils. Mais la lettre n’arrive pas. Pressé par l’administration hospitalière, Ashoke improvise et inscrit « Gogol » — en hommage à l’écrivain russe Nikolaï Gogol. Le choix n’est pas anodin : Ashoke lisait une nouvelle de Gogol la nuit où un accident de train a failli lui coûter la vie. Ce prénom de substitution, censé être temporaire, va coller à la peau de l’enfant pendant des années et devenir le symbole de tout ce qui le sépare de ses parents.

Le roman suit Gogol sur trois décennies — de son enfance américaine à ses amours avec des femmes occidentales puis bengalies, jusqu’à sa décision de se faire appeler Nikhil, son « vrai » prénom. Jhumpa Lahiri, née à Londres de parents bengalis et lauréate du prix Pulitzer pour son recueil L’Interprète des maladies, excelle à capter les micro-scènes de la double culture : Ashima qui consulte ses « minutes américaines » sur sa montre, Gogol mortifié quand ses camarades de classe rient de son prénom, le malaise des vacances en Inde où l’on est trop américain pour la famille. L’identité, ici, tient à deux syllabes — et tout le roman raconte le prix que l’on paie à vouloir s’en débarrasser.


10. Pachinko (Min Jin Lee, 2017)

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Corée, début des années 1930. Sunja, fille d’un couple modeste qui tient une pension, se laisse séduire par Ko Hansu, un riche négociant coréen lié aux yakuzas. Enceinte et trahie (Hansu est déjà marié au Japon), elle refuse de devenir sa concubine et épouse Isak, un pasteur chrétien qui accepte de reconnaître l’enfant. Le couple part pour Osaka, et c’est le début d’une saga familiale qui court sur quatre générations et soixante ans d’histoire — de la colonisation japonaise de la Corée à la fin des années 1980.

Le titre fait référence au pachinko, un jeu d’argent japonais — croisement du flipper et de la machine à sous — dont les salles ont longtemps été le seul moyen pour les Coréens du Japon — les zainichi — de gagner leur vie dans un pays qui les traitait en parias. Finaliste du National Book Award, traduit en trente langues et adapté en série sur Apple TV+, le roman de Min Jin Lee éclaire un pan d’histoire rarement raconté : celui de ces immigré·es coréen·nes, pris·es en étau entre un pays d’origine déchiré en deux et un pays d’accueil hostile. C’est le regard de Sunja — obstinée, droite, qui refuse la pitié comme la résignation — qui donne au roman sa colonne vertébrale. Mais contrairement à Ifemelu, qui peut choisir de rentrer au Nigeria, les personnages de Pachinko n’ont pas cette option. La Corée qu’ils ont connue a cessé d’exister — et le Japon ne veut pas d’eux.