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Que lire sur la CIA ?

Que lire sur la CIA ?

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La Central Intelligence Agency naît en 1947, deux ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Signé par le président Truman, le National Security Act lui confie la mission de centraliser le renseignement américain pour éviter qu’un nouveau Pearl Harbor ne prenne Washington par surprise. Installée à Langley, en Virginie, derrière une clôture électrifiée et des bergers allemands peu enclins à la conversation, la CIA devient vite autre chose qu’un simple bureau d’analyse. Dès ses premières semaines d’existence, la guerre froide la transforme en bras armé clandestin de la Maison-Blanche. Coups d’État au Guatemala, en Iran, au Chili ; tentatives d’assassinat contre Fidel Castro (on en dénombre au moins huit, avec un sens de l’improvisation certain) ; expériences chimiques sur des cobayes humains ; financement de guérillas anticommunistes sur tous les continents — l’Agence s’impose comme l’instrument privilégié de la politique étrangère américaine, celui dont les succès sont revendiqués par la Maison-Blanche et dont les échecs restent classifiés.

Paradoxe fondateur : aucun service secret au monde n’a été autant scruté, critiqué et documenté que la CIA. Progressivement déclassifiées depuis les années 2000, ses archives livrent des dizaines de milliers de pages qui permettent de reconstituer, sinon la vérité, du moins une partie du tableau. Du 11 septembre 2001 — fiasco du renseignement qui a coûté près de 3 000 vies — aux prisons secrètes de la « guerre contre le terrorisme », sans oublier la surveillance de masse révélée par Edward Snowden en 2013, l’Agence reste au cœur des crises politiques et militaires du XXIᵉ siècle.

Les huit livres réunis ici permettent d’aborder ce vaste sujet sans s’y perdre. Ils dessinent le portrait d’une organisation qui, selon la formule de Leon Panetta (directeur de l’Agence de 2009 à 2011), a toujours su « retrouver les terroristes et les tuer », mais jamais vraiment compris comment les empêcher de le devenir.


1. CIA : Une histoire politique, 1947 à nos jours (Franck Daninos, 2007)

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Première monographie en langue française consacrée à la CIA, ce livre de Franck Daninos — journaliste et chercheur au Centre français de recherche sur le renseignement — fournit le socle nécessaire pour aborder tout le reste de cette liste. L’auteur s’appuie sur des archives déclassifiées pour retracer six décennies d’histoire, de la création de l’Agence au lendemain de la Seconde Guerre mondiale jusqu’aux techniques d’interrogatoire dites « renforcées » (privation de sommeil, simulacre de noyade) pratiquées après le 11 septembre. Son approche est résolument politique : il s’agit moins de raconter des opérations spectaculaires que de comprendre les rapports de force entre la CIA, la Maison-Blanche et le Congrès.

L’un des grands mérites de cet ouvrage est de démonter méthodiquement plusieurs fantasmes tenaces. La CIA, « État dans l’État » qui tirerait les ficelles de la planète ? C’est plus compliqué que cela. Daninos montre que l’Agence a souvent été l’exécutante — parfois zélée, parfois récalcitrante — de directives présidentielles plus ou moins explicites. La fameuse doctrine du « déni plausible » (plausible deniability) fonctionnait ainsi : le président fixait de grands objectifs sans laisser de trace écrite, et la chaîne de commandement se chargeait d’interpréter ces souhaits en opérations concrètes. Résultat : lorsque le Congrès a enquêté sur les assassinats politiques orchestrés par l’Agence dans les années 1970 (commission Church, 1975), il lui a été impossible d’impliquer directement la Maison-Blanche. Si vous ne devez lire qu’un seul livre pour comprendre comment la CIA fonctionne institutionnellement, c’est celui-ci.


2. Des cendres en héritage : L’histoire de la CIA (Tim Weiner, 2007)

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Journaliste au New York Times et lauréat du prix Pulitzer, Tim Weiner livre ici une histoire à charge de l’Agence. Fondé sur plus de 50 000 documents d’archives — dont beaucoup issus des fonds de la CIA elle-même — et sur des centaines d’entretiens avec d’anciens agents et dix directeurs de la « Centrale », Des cendres en héritage retrace l’histoire de l’Agence de 1947 à 2007. Le titre reprend une expression d’Eisenhower qui, à la fin de son mandat, aurait explosé de colère devant Allen Dulles — alors directeur de la CIA — et affirmé que le bilan du renseignement américain se résumait à un « héritage de cendres ».

La thèse de Weiner est sans concession : la CIA a échoué, de façon quasi systématique, à remplir sa mission première — comprendre le monde. Des agents parachutés derrière le rideau de fer et éliminés presque sans exception ; des coups d’État salués à l’époque comme des victoires (Iran 1953, Guatemala 1954) mais qui, à long terme, ont produit des régimes autoritaires et un antiaméricanisme durable — le Shah d’Iran renversé par la révolution islamique de 1979, le Guatemala plongé dans quarante ans de dictature et de guerre civile ; une incapacité chronique à anticiper les grandes ruptures — effondrement de l’URSS, attentats du 11 septembre. Le livre a reçu le National Book Award en 2007, mais il a aussi suscité des critiques vives dans le milieu académique du renseignement : Historien interne de la CIA, Nicholas Dujmovic a publié une recension dévastatrice : il reproche à Weiner des erreurs factuelles et un parti pris systématique qui transformerait même les réussites de l’Agence en échecs. Ce désaccord fait partie de l’intérêt du livre : il oblige à lire avec un regard critique et à confronter les versions.


3. La Mission : L’enquête choc sur la CIA (Tim Weiner, 2025)

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Suite directe de Des cendres en héritage, La Mission reprend le fil là où le premier volume s’arrêtait, pour couvrir le premier quart du XXIᵉ siècle. L’Agence, orpheline de la guerre froide, a perdu sa raison d’être au tournant des années 2000 : plus de trente bases à l’étranger fermées, des effectifs décimés, une technologie vieillissante. Puis vient le 11 septembre — la catastrophe que le directeur George Tenet avait tenté de prévenir — il avait multiplié les alertes sur la menace Al-Qaïda auprès d’une administration Bush qui n’a pas jugé bon d’agir. Weiner raconte la mue de la CIA en force paramilitaire : après les attentats, l’Agence se transforme en machine à tuer, avec ses prisons secrètes (les fameux black sites disséminés en Europe de l’Est et au Moyen-Orient), ses interrogatoires sous torture et ses frappes de drones, au détriment de ses missions fondamentales d’espionnage et de contre-espionnage.

Le livre bénéficie d’un accès sans précédent : six anciens directeurs de la CIA, treize chefs de station et des dizaines d’officiers clandestins ont accepté de témoigner à visage découvert — du jamais-vu pour des agents dont le métier est précisément de ne jamais parler. Weiner traverse les administrations Bush, Obama, Trump et Biden, et montre à quel point la politisation de l’Agence a affaibli sa capacité à fournir du renseignement fiable : chaque président a tendu à ignorer ou à rejeter les analyses qui contredisaient sa politique. Le récit est dense, parfois difficile à suivre en raison de la profusion de noms et de situations, mais il constitue un document indispensable pour saisir les défis actuels du renseignement américain : le cyber-espionnage chinois (en 2015, des hackers chinois ont volé les dossiers de 22 millions de fonctionnaires fédéraux, y compris ceux d’agents de la CIA), la guerre en Ukraine, et la menace que représente, selon Weiner, un président — Donald Trump — ouvertement hostile à l’idée même de renseignement indépendant.


4. Le livre noir de la CIA (Yvonnick Denoël, 2007)

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On change ici de registre : après l’histoire politique et la fresque critique, place au catalogue des opérations inavouables. Historien et spécialiste du renseignement, Yvonnick Denoël dresse un inventaire méthodique des méthodes les plus douteuses de l’Agence, de ses origines à la période contemporaine. Assassinats de dirigeants étrangers, coups d’État, trafic d’armes et de drogues, soutien à d’anciens nazis recyclés comme agents anticommunistes après 1945, financement de groupes qui deviendront plus tard des ennemis des États-Unis, détentions arbitraires et torture — le sommaire ressemble à un menu dont on préférerait ne pas connaître les ingrédients.

L’ouvrage se structure en une vingtaine de dossiers, chacun présenté de façon synthétique puis étayé par des documents d’archives reproduits in extenso : mémos confidentiels, rapports de commissions d’enquête, témoignages d’acteurs directs. On y trouve des éléments peu connus sur des épisodes célèbres — le coup d’État au Chili en 1973, où la CIA a contribué à renverser le président élu Salvador Allende au profit de la junte militaire de Pinochet ; les innombrables tentatives de meurtre contre Fidel Castro — mais aussi des révélations sur les activités de la CIA en France, son implication dans le trafic de drogue international et son rôle indirect dans la montée en puissance d’Al-Qaïda (les moudjahidines afghans armés par la CIA dans les années 1980 pour combattre l’URSS comprenaient dans leurs rangs des hommes qui allaient fonder les réseaux islamistes des années 1990). Certains lecteur·ice·s regretteront que les documents reproduits, parfois longs et touffus, alourdissent la lecture. Mais c’est précisément ce qui fait la valeur de ce livre : il fournit les pièces du dossier, pas un simple résumé.


5. Les armes secrètes de la CIA : Tortures, manipulations et armes chimiques (Gordon Thomas, 2006)

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Si Le livre noir de la CIA passe en revue l’ensemble des opérations douteuses de l’Agence, l’enquête de Gordon Thomas se concentre sur l’un des chapitres les plus sinistres de l’histoire de l’Agence : les programmes de contrôle mental et d’expérimentation chimique. Dès le début de la guerre froide, la CIA a cherché à percer les secrets du « reconditionnement mental » : comment briser la volonté d’un prisonnier, le forcer à livrer des informations, voire le reprogrammer comme agent double. Le programme MK-Ultra, lancé en 1953 sous la direction d’Allen Dulles (directeur de la CIA de 1953 à 1961), est le plus tristement célèbre de ces projets. Pendant plus d’une décennie, des médecins financés par l’Agence ont administré à des patients psychiatriques, des détenus et des objecteurs de conscience des doses massives de LSD, d’électrochocs et d’autres traitements — souvent sans le moindre consentement des sujets, parfois sans que ceux-ci sachent qu’ils faisaient l’objet d’une expérience.

Thomas s’appuie sur les trajectoires de deux figures centrales : le scientifique Frank Olson, mort en 1953 après une chute depuis une fenêtre d’hôtel new-yorkais — officiellement un suicide, mais survenu peu après qu’on lui eut administré du LSD à son insu dans le cadre de MK-Ultra —, et l’officier William Buckley, chef de station de la CIA à Beyrouth, enlevé par le Hezbollah en 1984 et mort en captivité. Des centaines de documents officiels complètent le tableau, dont des notes internes de la Maison-Blanche des années 1970 signées George Bush père, Donald Rumsfeld et Dick Cheney. Journaliste d’investigation gallois célèbre pour son Histoire secrète du Mossad, Thomas structure son enquête autour de ces destins individuels, ce qui rend la lecture étonnamment fluide pour un sujet aussi lourd. Il faut toutefois signaler que Gordon Thomas a été critiqué par plusieurs spécialistes du renseignement pour des imprécisions et un usage parfois approximatif de ses sources. Le livre reste une porte d’entrée solide sur MK-Ultra, à condition de ne pas le prendre pour argent comptant sur chaque détail.


6. L’Agence : Histoires secrètes de la CIA (Antoine Mariotti, 2024)

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Journaliste de France 24 et spécialiste du terrorisme et du renseignement, Antoine Mariotti a fait le voyage aux États-Unis pour recueillir les témoignages de ceux qui ne parlent d’habitude jamais : anciens espions, directeurs de la CIA, officiers de terrain. Le résultat est un récit qui couvre les vingt-cinq dernières années de l’Agence, du suivi des premières cellules islamistes avant le 11 septembre jusqu’à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. L’approche est à la fois chronologique et thématique, et le livre se lit presque comme un roman d’espionnage — à ceci près que tout est vrai, ce qui en fait l’un des plus immersifs de cette liste.

Ce qui rend ce livre précieux, c’est la parole directe des acteurs. On suit la traque de Ben Laden heure par heure, on assiste au face-à-face avec Saddam Hussein dans sa cellule, on découvre les dessous du discours de Colin Powell à l’ONU en 2003 (celui où il brandit une fiole censée prouver l’existence d’armes de destruction massive en Irak — armes qui n’existaient pas) et la réalité des prisons secrètes — le tout raconté par ceux qui y étaient. Mariotti n’élude ni la torture (George W. Bush a personnellement validé la liste des techniques d’interrogatoire proposées par la CIA — toutes sauf deux, dont on ignore lesquelles), ni les trahisons internes, ni les rapports houleux entre la CIA et Donald Trump. Il met aussi en lumière les collaborations étroites — et parfois ambiguës — entre la CIA et la DGSE, le service de renseignement extérieur français : on échange du renseignement, on coopère sur le terrain, même si chacun sait pertinemment que les Américains espionnent aussi leurs alliés.


7. Undercover : Avoir 20 ans à la CIA (Amaryllis Fox, 2020)

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Tous les livres précédents parlent de la CIA vue d’en haut ou de l’extérieur. Celui-ci raconte ce que c’est que d’y vivre au quotidien. Amaryllis Fox a vingt et un ans lorsqu’elle est recrutée par la CIA, à la suite d’un parcours peu banal : études de théologie et d’aérospatiale, bénévolat dans un camp de réfugiés birmans, passage par les geôles de Rangoon, master en conflits et terrorisme à Georgetown, et conception d’un algorithme capable de prédire l’implantation de cellules terroristes — c’est cet algorithme qui attire l’attention d’un officier de l’Agence. Sa première mission consiste à synthétiser des centaines de communications classifiées pour le rapport quotidien remis au Président des États-Unis. À vingt-deux ans, elle intègre « la Ferme », le centre d’entraînement des officiers opérationnels, où l’on apprend à manier un Glock, à se libérer de menottes dans un coffre de voiture et — point final du programme — à choisir la meilleure façon de mettre fin à ses jours en cas de capture.

Pendant dix ans, Fox vit sous couverture comme marchande d’art ethnique, alors qu’elle traque en réalité des trafiquants d’armes et des réseaux terroristes au Moyen-Orient et en Asie. Elle est la première femme à donner naissance à un enfant dans l’exercice de ses fonctions à la CIA — accoucher sous une fausse identité résume assez bien l’absurdité de cette double vie. Loin de l’imagerie hollywoodienne, son récit insiste sur ce que le cinéma ne montre pas : les fausses identités qui finissent par éroder l’identité réelle, le mensonge permanent envers les proches, la solitude, les doutes. Fox refuse le patriotisme de façade : elle raconte comment, à force de côtoyer des combattants ennemis pour tenter de les recruter comme informateurs, elle a compris que la violence — celle des terroristes comme celle des États-Unis — naît souvent de la même peur. Après avoir quitté l’Agence, elle s’est reconvertie en militante pour la paix et la résolution non violente des conflits. Ce virage à 180 degrés colore l’ensemble du récit : Fox ne raconte pas sa carrière avec nostalgie, mais avec le recul de quelqu’un qui a changé d’avis sur à peu près tout.


8. Mémoires vives (Edward Snowden, 2019)

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En 2013, un informaticien de vingt-neuf ans force les services de renseignement américains à admettre publiquement ce qu’ils niaient depuis des années : l’existence de programmes de surveillance de masse capables de collecter les communications téléphoniques, les courriels et les données de navigation de centaines de millions de personnes à travers le monde — citoyens américains compris. Edward Snowden, ancien sous-traitant de la CIA puis de la NSA (la National Security Agency, chargée du renseignement électronique), disposait d’un accès administrateur aux systèmes informatiques de la NSA — ce qui signifie qu’il pouvait voir comment les différents programmes de surveillance s’emboîtaient. Ce qu’il y a découvert l’a poussé à tout sacrifier : son salaire de 120 000 dollars, sa vie à Hawaï, son pays, sa liberté de mouvement. Mémoires vives retrace le chemin qui l’a mené de l’enfance dans une famille de militaires patriotes du Maryland jusqu’à l’exil forcé à Moscou. Un mot sur le titre : l’original anglais, Permanent Record, jouait sur un double sens — le dossier administratif permanent d’un fonctionnaire habilité secret-défense, et l’enregistrement perpétuel de toutes nos données numériques, soit exactement ce que Snowden dénonce. Le titre français, qui renvoie à la mémoire vive d’un ordinateur (celle qui s’efface quand on coupe le courant), dit presque le contraire.

La première moitié du livre raconte comment un jeune patriote américain est devenu lanceur d’alerte. Snowden évoque son enfance bercée par la NES (la console Nintendo) et les débuts d’Internet, son engagement post-11 septembre — il voulait servir son pays —, sa montée en grade rapide dans les services de renseignement grâce à des compétences informatiques hors norme. La prise de conscience est progressive : d’abord un malaise diffus devant l’ampleur des données collectées, puis la découverte d’un rapport classifié qui atterrit par erreur sur son bureau et qui lui révèle l’étendue réelle de la surveillance — non pas ciblée sur des suspects, mais exercée en masse sur des populations entières, y compris celles des pays alliés.

La seconde moitié bascule dans le récit d’espionnage pur : l’exfiltration des documents sur des micro-cartes SD, la fuite vers Hong Kong, les négociations avec les journalistes Glenn Greenwald et Laura Poitras (dont le documentaire Citizenfour, tourné pendant ces événements, a reçu l’Oscar du meilleur documentaire en 2015), puis l’escale à Moscou qui devait durer quelques heures et qui dure encore — le département d’État a annulé son passeport pendant le transit, et Snowden s’est retrouvé bloqué en Russie sans l’avoir choisi. Le jour de la sortie du livre, le gouvernement américain en a réclamé l’intégralité des recettes pour violation des accords de non-divulgation. Ce témoignage pose une question qui dépasse largement le cas Snowden : à partir de quel moment la sécurité nationale cesse-t-elle d’être un argument recevable pour justifier la mise sous surveillance de populations entières ?