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Que lire sur la bataille de l'Yser ?

Que lire sur la bataille de l’Yser ?

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En octobre 1914, après la victoire franco-britannique sur la Marne, les lignes de front ne sont pas encore fixées. Aucun des deux camps n’a réussi à prendre l’autre à revers. Chaque armée tente de contourner son adversaire par le nord — c’est ce que l’historiographie appelle la « course à la mer » : non pas une ruée vers le littoral, mais une série de manœuvres de débordement qui s’étend, semaine après semaine, en direction de la côte. L’armée belge, affaiblie par la chute d’Anvers le 10 octobre, se replie sur l’Yser, un petit fleuve côtier de Flandre occidentale long d’à peine 80 kilomètres. C’est sur cette ligne — entre Nieuport, sur le littoral, et Dixmude, à une quinzaine de kilomètres à l’intérieur des terres — que se joue le sort du dernier verrou avant Dunkerque et Calais. Si les Allemands le font sauter, ils accèdent aux ports de la Manche et coupent les lignes de ravitaillement entre la France et la Grande-Bretagne.

Le roi Albert Iᵉʳ ne dispose plus que de six divisions épuisées pour tenir un front de 38 kilomètres — trois fois la longueur qu’elles pourraient défendre en conditions normales. La France envoie en renfort la brigade de fusiliers marins du contre-amiral Ronarc’h : environ 6 500 hommes, pour la plupart des réservistes bretons et de très jeunes marins issus des communautés côtières, dont beaucoup n’ont pas dix-huit ans. Rassemblés à Paris dès le mois d’août pour y maintenir l’ordre, ces marins reconvertis en fantassins frappent les Parisiens par leur jeunesse. On les surnomme les « demoiselles aux pompons rouges », d’après le pompon rouge de leur bâchi, la coiffe des marins. Face à eux, sur l’Yser : quelque 40 000 soldats allemands du duc de Wurtemberg.

Du 16 octobre au 10 novembre, la bataille fait rage à Dixmude et le long de l’Yser. La brigade reçoit l’ordre de tenir quatre jours ; elle résiste près de quatre semaines. Les combats dégénèrent en corps à corps à la baïonnette. Les pertes sont effroyables : un fusilier marin sur deux est tué, blessé ou porté disparu. Dixmude finit par tomber le 10 novembre, mais l’offensive allemande est enrayée. Dès la fin octobre, les Belges prennent une décision radicale : ouvrir les écluses de Nieuport pour laisser l’eau de mer envahir les polders — ces terres basses, situées sous le niveau de la mer et protégées par un réseau de digues. La plaine se transforme en un marécage impraticable où ni l’infanterie ni l’artillerie ne peuvent progresser. Le front se fige. Avec la Marne, la bataille de l’Yser constitue l’un des tournants décisifs de l’automne 1914 : elle verrouille l’extrémité nord du front, qui se stabilise désormais en une ligne de tranchées continue de la mer du Nord à la frontière suisse, et prive définitivement les Allemands de tout accès aux ports de la Manche.

Voici les principaux ouvrages qui lui sont consacrés.


1. Dixmude, 19 octobre-10 novembre 1914 : marins et Belges défendent l’Yser (Jean-Philippe Gury, 2023)

Disponible sur HistoricOne

Chercheur rattaché au Centre de recherche bretonne et celtique, Jean-Philippe Gury reconstitue la bataille de Dixmude au jour le jour : assauts successifs du XXIIᵉ corps de réserve allemand, défense des tranchées inondées, coordination entre forces belges et françaises sur un front étroit et vulnérable — le tout replacé dans le cadre plus large de la campagne de Belgique et de la bataille de l’Yser. Paru dans la collection « Les Batailles oubliées » chez Historic’one, ce livre de 96 pages est illustré de cartes en couleur, de photographies d’époque et de dessins de Florent Vincent.

Surtout, Gury rend justice à l’ensemble des combattants de Dixmude. La mémoire collective a longtemps réduit la bataille aux seuls fusiliers marins et a nourri une « légende dorée » — un récit embelli, héroïsé, centré sur les seuls Français — que Gury déconstruit pied à pied. Il rappelle que fantassins de ligne et artilleurs belges, chasseurs à pied français et tirailleurs sénégalais ont combattu et péri aux côtés des marins de Ronarc’h. La bataille de Dixmude est l’épreuve fondatrice des fusiliers marins — au même titre que Camerone (1863) pour la Légion étrangère ou Bazeilles (1870) pour l’infanterie de marine — mais l’auteur la restitue dans sa dimension interalliée, loin de la perspective strictement française qui a longtemps dominé.

Gury détaille quelles unités ont été engagées, dans quel ordre, avec quels résultats, et comment Dixmude s’articule avec les combats menés simultanément sur le reste du front de l’Yser. La reconstitution la plus récente et la plus aboutie de cette bataille — et la seule à rendre leur place aux combattants belges et sénégalais aux côtés des fusiliers marins.


2. Les fusiliers-marins sur le front de l’Yser, 1914-1915 (Vice-amiral Pierre-Alexis Ronarc’h, 1921 ; rééd. 2016)

Disponible sur EncredeBretagne

Le témoignage direct le plus complet sur l’engagement de la brigade de fusiliers marins en Belgique. Publiés pour la première fois chez Payot en 1921 sous le titre Souvenirs de la guerre, ces mémoires ont été réédités en 2016 par les éditions De Schorre avec 185 illustrations — dont une centaine de photographies prises par Jean Ronarc’h, neveu et ordonnance de l’amiral —, 13 cartes et 8 lithographies de Charles Fouqueray. Ronarc’h y relate quatorze mois de guerre, d’août 1914 à novembre 1915 : la création de la brigade, la défense de Paris, le repli de l’armée belge, la résistance à Dixmude, les combats de Steenstrate, la tenue du front à Nieuport — et enfin la dissolution d’une unité qui a perdu plus de la moitié de ses effectifs. Cette réédition est préfacée par le capitaine de vaisseau Philippe Vauterin, commandant de l’école des fusiliers-marins, et introduite par l’historien André Gysel.

L’épisode de Dixmude a suscité, dès la guerre elle-même, des récits héroïques et romancés — comme le Dixmude de Charles Le Goffic (1915), écrivain breton et académicien qui s’en était fait le chantre officiel. Ronarc’h tranche par la sobriété de son ton : il s’en tient aux faits, sans emphase ni lyrisme. Quand il reçoit l’ordre de défendre Dixmude « tant qu’il restera un fusilier marin vivant », il note simplement : « Du moment qu’il ne s’agit que de tenir bon jusqu’à destruction totale, je récupère immédiatement toute ma sérénité d’esprit. » Cette retenue, rare chez un officier général de la Grande Guerre, donne à ses mémoires leur force de conviction. Le critique de la Revue du Nord observait d’ailleurs, dès 1922, qu’aucun officier de son grade n’avait écrit sur la guerre dans des termes aussi proches de ceux des simples soldats — comme si le fait d’avoir partagé leur quotidien sous le feu, pendant soixante jours consécutifs, avait aboli la distance hiérarchique jusque dans la langue.

Les photographies et les cartes de la réédition de 2016 ancrent le récit dans la réalité physique du front : paysages dévastés des Flandres, tranchées gorgées d’eau, visages d’hommes épuisés.


3. Les Demoiselles aux pompons rouges : la résistance héroïque des fusiliers marins à Dixmude (Benjamin Massieu, 2014)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Historien de la Marine nationale, déjà reconnu pour sa biographie Philippe Kieffer, chef des commandos de la France libre (2013) — récompensée par la médaille de l’Académie de marine —, Benjamin Massieu signe un livre de mémoire plutôt qu’une étude des opérations. Préfacé par Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, ce bouquin de 160 pages rassemble plus de 150 photographies, pour beaucoup rares ou inédites.

Massieu suit les fusiliers marins d’août à décembre 1914, depuis Paris — où ils débarquent des arsenaux de Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort et Toulon pour défendre la capitale — jusqu’aux tranchées de Dixmude. Il insiste sur l’hétérogénéité de cette brigade improvisée : des apprentis engagés à seize ans comme mousses côtoient des vieux pêcheurs mobilisés, des timoniers (hommes de barre), des gabiers (matelots de voilure), des soutiers (chauffeurs de machines) — « et des canonniers sans canon », comme le notait Paul Petit-Dutaillis, l’un des médecins de l’unité. Bretons à plus de 80 %, ces hommes de mer qui n’ont pour la plupart jamais combattu à terre se retrouvent dans les tranchées humides des Flandres, où ils apprennent la guerre sous les obus. Dixmude est, dans l’histoire de la Grande Guerre, un épisode à part : celui d’hommes de mer jetés dans une guerre de tranchées pour laquelle rien ne les avait préparés.

La qualité et la rareté du corpus photographique réuni par Massieu en font la meilleure entrée en matière sur cette bataille. Les lecteur·ices qui souhaitent une analyse des opérations militaires gagneront cependant à le compléter par les deux ouvrages précédents.