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Que lire sur la bataille de Solférino ?

Que lire sur la bataille de Solférino ?

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Le 24 juin 1859, sur les collines de Lombardie, deux armées se heurtent par surprise. D’un côté, les forces franco-sardes de Napoléon III et de Victor-Emmanuel II, roi de Piémont-Sardaigne ; de l’autre, l’armée impériale autrichienne de François-Joseph. Près de 300 000 soldats s’affrontent sur un front d’une quinzaine de kilomètres, entre les villages de Medole, Solférino et San Martino. Cette bataille s’inscrit dans la deuxième guerre d’indépendance italienne — la lutte menée par le Piémont-Sardaigne et ses alliés pour libérer le nord de la péninsule de la domination autrichienne. Lors des accords secrets de Plombières (1858), Napoléon III s’est engagé auprès de Cavour, Premier ministre piémontais, à intervenir militairement contre l’Autriche ; en contrepartie, la France doit recevoir Nice et la Savoie. Après la victoire de Magenta le 4 juin, les armées alliées progressent vers l’est. Mais les Autrichiens, qui ont repassé la rivière Mincio, reviennent en force. Aucun des deux camps ne s’attend à un engagement de cette ampleur. Le combat dure quinze heures, sans répit. L’artillerie française, équipée du nouveau canon rayé — dont le tube intérieur strié imprime une rotation aux projectiles, ce qui leur confère une portée et une précision bien supérieures à celles des canons traditionnels —, s’avère décisive. En fin de journée, les Autrichiens reculent. Le bilan est effroyable : environ 40 000 hommes hors de combat — morts, blessés, disparus — dans les deux camps.

L’ampleur du carnage, conjuguée à la menace d’une intervention prussienne sur le Rhin, pousse Napoléon III à négocier en hâte. L’armistice de Villafranca, signé le 11 juillet, cède la Lombardie au Piémont mais laisse la Vénétie aux Autrichiens, au grand dam des patriotes italiens. La campagne d’Italie n’en reste pas moins un tournant dans l’histoire européenne : elle ébranle l’ordre issu du Congrès de Vienne de 1815, qui avait redessiné les frontières du continent après la chute de Napoléon Ier pour garantir la stabilité européenne ; elle ouvre la voie à l’unification de l’Italie ; et, par l’horreur qu’elle suscite chez un témoin civil, un certain Henry Dunant, elle donne naissance au droit international humanitaire et à la Croix-Rouge.

Trois livres, trois approches : la stratégie militaire et ses ressorts politiques, le récit heure par heure de la journée du 24 juin, et le témoignage du civil qui, de cette horreur, a fait naître la Croix-Rouge.


1. Magenta et Solférino (1859) : Napoléon III et le rêve italien (Raymond Bourgerie, 1993)

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Publié chez Economica dans la collection « Campagnes & stratégies », ce livre de Raymond Bourgerie — officier du Génie et contrôleur général des Armées, qui a enseigné l’histoire militaire dans les écoles d’officiers — aborde la campagne d’Italie dans sa globalité stratégique et politique. Là où d’autres se concentrent sur la seule journée du 24 juin, Bourgerie remonte aux causes profondes du conflit : le rêve d’unité italienne porté par Cavour, les manœuvres diplomatiques entre Turin, Paris et Vienne, et surtout l’attentat d’Orsini. En janvier 1858, le nationaliste italien Felice Orsini tente d’assassiner Napoléon III à Paris. Depuis sa cellule, il adresse à l’Empereur une lettre où il l’adjure de venir en aide à l’Italie. Ce geste achève de décider Napoléon III — lui-même carbonaro dans sa jeunesse, c’est-à-dire membre d’une société secrète engagée pour l’indépendance italienne — à passer à l’action. Or l’armée française n’est nullement préparée à ce conflit décidé dans le secret.

L’analyse porte sur les failles structurelles de l’appareil militaire français : un état-major quasi inexistant, des insuffisances logistiques lourdes, une armée qui triomphe davantage par le courage individuel et l’initiative de ses soldats que par la rigueur de sa planification. Bourgerie montre comment les réformes nécessaires après 1859 n’aboutissent que partiellement — ce qui contribue à expliquer la défaite face à la Prusse en 1870, onze ans plus tard, et l’effondrement du Second Empire.

Bourgerie relie aussi les batailles de Magenta et Solférino à leurs conséquences géopolitiques sur l’ensemble du continent. L’Italie entame son unification ; la France annexe Nice et la Savoie ; mais l’affaiblissement de l’Autriche ouvre un espace à la Prusse de Bismarck, qui profitera de ce nouveau rapport de force pour fédérer les États allemands autour d’elle. En 150 pages, une synthèse concise et rigoureuse, du champ de bataille aux chancelleries, qui montre comment cette campagne a durablement redessiné la carte de l’Europe.


2. Solférino : 24 juin 1859 (Pierre Pellissier, 2012)

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Journaliste au Figaro et auteur de nombreux récits et biographies historiques — dont Diên Biên Phu, La Bataille d’Alger ou encore Fachoda et la mission Marchand —, Pierre Pellissier consacre à la seule journée du 24 juin 1859 un bouquin entier, publié chez Perrin. Son ambition : restituer la bataille heure par heure, tantôt du point de vue des états-majors, tantôt à hauteur des soldats — légionnaires, tirailleurs, zouaves — pris dans la brutalité des combats.

Les deux premiers chapitres posent le cadre : les origines de la campagne d’Italie et les batailles antérieures (Montebello, Turbigo, Magenta) qui ont conduit à cet affrontement décisif. Les chapitres centraux se resserrent sur le choc du 24 juin : la violence de l’artillerie, les assauts à la baïonnette, les villages conquis maison par maison. Les derniers chapitres traitent de l’après-bataille : les négociations de paix et la naissance de la Croix-Rouge. Le va-et-vient entre vue d’ensemble et scènes rapprochées peut parfois déstabiliser, mais l’affrontement que les manuels d’histoire réduisent souvent à quelques lignes retrouve ici une épaisseur humaine.

Pellissier fait surtout voir ce à quoi ressemble une guerre à l’aube de l’ère industrielle : des canons rayés et des fusils à la précision inédite, des pertes massives, une logistique débordée, des blessés abandonnés faute de moyens sanitaires suffisants. Pellissier rend aussi compte des gestes de courage et de solidarité entre soldats — des officiers qui couvrent la retraite de leurs hommes, des brancardiers improvisés sous le feu, des adversaires qui se secourent une fois le combat terminé.


3. Un souvenir de Solférino. Suivi de L’avenir sanglant et autres textes (Henry Dunant, 2023)

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Paru aux éditions Florides Helvètes, ce livre réunit le texte fondateur de Dunant et plusieurs écrits ultérieurs, dont le pamphlet L’avenir sanglant. L’édition, établie par Corinne Chaponnière (auteure de la biographie Henry Dunant. La croix d’un homme), s’accompagne d’une postface de Denis de Rougemont. Homme d’affaires genevois, Henry Dunant se rend en 1859 en Lombardie pour tenter d’obtenir de Napoléon III une concession de terres en Algérie. Mais ce n’est pas l’Empereur qu’il trouve : c’est un champ de bataille jonché de milliers de corps — morts, agonisants, blessés sans soins. Il improvise alors des secours avec les habitants de Castiglione, sans distinction de nationalité, sous la devise « Tutti fratelli » (« tous frères »).

De retour à Genève, Dunant ne parvient pas à surmonter ce qu’il a vu. Il publie Un souvenir de Solférino à compte d’auteur en 1862 et en envoie un exemplaire aux principales personnalités politiques et militaires d’Europe. Le livre est traduit en onze langues en quelques années. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence totale de rhétorique guerrière — fait rare pour un récit de bataille au XIXe siècle. Pas de glorification, pas de grandes phrases : Dunant se contente de rapporter ce qu’il voit — les plaies ouvertes, les amputations sans anesthésie, le manque de charpie et d’eau, les agonies dans les églises et les cours de ferme reconverties en hôpitaux de fortune. Cette sobriété factuelle — Dunant n’a pas besoin de condamner la guerre, il lui suffit de la décrire — confère au texte une force de conviction redoutable. À l’issue de son récit, Dunant formule deux propositions : la création de sociétés de secours volontaires pour renforcer les services de santé des armées en campagne, et l’adoption d’un principe international de protection des blessés. Ces deux idées débouchent, dès 1863, sur la fondation du Comité international de la Croix-Rouge, puis, en 1864, sur la première Convention de Genève — le premier traité de l’histoire à protéger les soldats blessés quel que soit leur camp.

L’édition de 2023 enrichit le texte de 1862 par les écrits tardifs de Dunant, notamment L’avenir sanglant, rédigé une trentaine d’années plus tard. Le ton a changé. Reclus dans un hospice de Heiden, en Suisse alémanique — il reçoit en 1901 le tout premier prix Nobel de la paix —, Dunant n’est plus l’homme d’action de 1859. Il est devenu moraliste et pacifiste. Ce n’est plus seulement l’horreur des conséquences de la guerre qui le révolte, mais ses causes mêmes : les responsables politiques, les industriels de l’armement, les profiteurs — ce que l’on appellerait aujourd’hui le complexe militaro-industriel. Il prédit une guerre européenne généralisée, portée par des armements d’une puissance destructrice sans précédent — en somme, il décrit la Première Guerre mondiale avant qu’elle n’advienne.