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Que lire sur Amerigo Vespucci ?

Que lire sur Amerigo Vespucci ?

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Né à Florence en 1454, Amerigo Vespucci grandit dans l’entourage des Médicis, la puissante famille de banquiers qui domine alors la vie politique et culturelle de la cité toscane. Formé au commerce et à la cosmographie — cette science qui, à la Renaissance, rassemble astronomie, géographie et cartographie —, il s’installe à Séville à la fin du XVe siècle pour le compte de la maison Médicis et se rapproche du milieu des navigateurs ibériques.

Entre 1497 et 1504, il prend part à plusieurs traversées de l’Atlantique, au cours desquelles il longe les côtes du continent sud-américain. Ce qui le sépare de ses contemporains — et de Christophe Colomb en particulier — tient à une intuition décisive : là où Colomb croit jusqu’à sa mort avoir atteint les rivages orientaux de l’Asie, Vespucci comprend que les terres abordées constituent un continent inconnu, un Mundus Novus. Il couche cette conviction dans des lettres adressées à son protecteur Lorenzo di Pierfrancesco de’ Medici — un cousin éloigné de Laurent le Magnifique —, des textes qui connaissent une diffusion rapide dans toute l’Europe grâce à l’essor récent de l’imprimerie.

En 1507, un groupe d’érudits réunis à Saint-Dié-des-Vosges — une petite ville de Lorraine — autour du cartographe Martin Waldseemüller et de l’humaniste Mathias Ringmann produit un planisphère accompagné d’un opuscule, la Cosmographiæ Introductio, où le nom America apparaît pour la première fois, forgé à partir du prénom du navigateur florentin. Mais Vespucci n’a jamais revendiqué la paternité de cette dénomination : il meurt en 1512 sans même savoir qu’un continent porte désormais son nom.

Voici les principaux ouvrages disponibles en français à son sujet.


1. Le Nouveau Monde : récits de Christophe Colomb, Pierre Martyr d’Anghiera, Amerigo Vespucci (Christophe Colomb, Pierre Martyr d’Anghiera, Amerigo Vespucci, Jean-Yves Boriaud, Tzvetan Todorov, 1992)

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Paru aux éditions Les Belles Lettres, ce livre réunit pour la première fois en français les textes qui ont façonné l’image européenne du Nouveau Monde à la fin du XVe siècle. On y lit la lettre de Colomb sur les îles des Caraïbes qu’il vient d’atteindre en 1492, dans laquelle l’amiral génois décrit l’abondance d’or et la luxuriance de la végétation. On y découvre les récits de Vespucci — le Mundus Novus et la Lettera sur ses quatre voyages — où le Florentin identifie un continent et livre le tout premier tableau des mœurs des peuples autochtones : habitudes alimentaires, organisation sociale, rites funéraires, pratiques anthropophages. À ces deux voix s’ajoute celle, moins connue, de Pierre Martyr d’Anghiera, chapelain de la reine Isabelle la Catholique et ami de Colomb, qui rédige en latin une sorte de reportage à destination de l’Europe lettrée.

Tout l’intérêt tient à la confrontation de ces trois témoignages, mis en perspective par les commentaires du philosophe et historien des idées Tzvetan Todorov et les traductions du latiniste Jean-Yves Boriaud. Placés côte à côte, les trois récits révèlent trois rapports très différents à un même événement : Colomb voit des terres de conquête et de richesse, Vespucci perçoit un monde radicalement nouveau, Pierre Martyr d’Anghiera ordonne et diffuse l’information pour ses lecteurs européens. On saisit ainsi comment l’Amérique, avant d’être un lieu connu et cartographié, a d’abord été une construction intellectuelle : pendant plusieurs décennies, les Européens n’ont eu accès à ces terres lointaines qu’à travers des lettres, des récits de seconde main et des projections héritées de l’Antiquité — et c’est cette image, forgée par les textes bien plus que par l’observation directe, qui a déterminé leur compréhension du Nouveau Monde. À peine 136 pages pour accéder à l’essentiel des sources latines en traduction française.


2. Le Nouveau Monde : les voyages d’Amerigo Vespucci, 1497-1504 (Amerigo Vespucci, Jean-Paul Duviols, 2005)

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Publié aux éditions Chandeigne dans la collection « Magellane », cet ouvrage propose la première traduction intégrale en français de l’ensemble des écrits de Vespucci : le Mundus Novus, la Lettera — qui contient le récit de ses quatre voyages — et les lettres familières manuscrites. Professeur émérite de l’université Paris IV-Sorbonne et spécialiste de la civilisation latino-américaine, Jean-Paul Duviols accompagne chaque texte d’une introduction et de notes qui éclairent le contexte de rédaction. Il y retrace notamment les erreurs de copie, les interpolations de traducteurs et les attributions fantaisistes qui ont altéré ces documents au fil des siècles.

Au cœur de l’ouvrage, la recension critique de ce que Duviols appelle « l’affaire Vespucci » : une polémique née au XVIe siècle et encore vivace de nos jours. Le dominicain Bartolomé de Las Casas lit un mot — « Paria » — abusivement inséré par un traducteur dans le récit du premier voyage de Vespucci. Or, Paria désigne un golfe de l’actuel Venezuela où Colomb a débarqué en août 1498, lors de son troisième voyage. Si ce toponyme apparaît dans le récit du premier voyage de Vespucci (daté de 1497), cela implique que le Florentin s’y serait rendu avant l’amiral génois — et qu’il lui aurait donc volé la primauté de la découverte. Las Casas en tire cette conclusion, l’accusation fait mouche, et la légende noire du « Florentin usurpateur » se propage pendant des siècles — de Voltaire en 1756 à l’encyclopédie Larousse en 1966.

Duviols s’appuie sur les travaux pionniers d’Alexander von Humboldt, qui dès le XIXe siècle avait établi deux faits essentiels : Vespucci possédait de réels mérites en tant que navigateur et cosmographe, et il n’était pour rien dans le « baptême » de 1507 à Saint-Dié. L’argument le plus solide en sa faveur est simple : personne, de son vivant — ni Colomb lui-même, ni ses partisans, ni les autres marins — ne l’a accusé d’imposture. Ces textes, longtemps inaccessibles au grand public, permettent de comprendre comment s’est forgée en Europe, au seuil du XVIe siècle, une représentation fantasmée des terres d’outre-Atlantique, nourrie autant de merveilles que de terreurs — ce que les historiens appellent le « mirage américain ».


3. Amerigo : récit d’une erreur historique (Stefan Zweig, Dominique Autrand, 1944)

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Rédigé en 1941 alors que Stefan Zweig vient de s’installer au Brésil après avoir fui le nazisme, cet essai d’à peine 120 pages est l’un de ses tout derniers textes — peut-être le dernier achevé avant son suicide en février 1942. Il se lit comme une enquête : pourquoi l’Amérique s’appelle-t-elle Amérique et non Colombie ? Comment un modeste marchand florentin, qui n’a ni découvert le continent ni revendiqué un quelconque privilège, a-t-il pu donner son nom à toute une partie du globe ?

Zweig reconstitue l’enchaînement de circonstances, de hasards et de malentendus à l’origine de cette dénomination. Il retrace d’abord cinq siècles de représentation du monde pour faire mesurer le bouleversement que provoque, chez les Européens du XVe siècle, la découverte de terres que nul auteur antique n’avait mentionnées : ni Ptolémée, ni Strabon, ni Pline l’Ancien n’en soufflent mot. Puis il montre comment les récits de Vespucci, copiés et déformés par des éditeurs qui, en l’absence de tout droit d’auteur, les remanient librement, finissent par parvenir à un petit cercle de géographes vosgiens. Ceux-ci, convaincus que Vespucci est le véritable découvreur du continent, inscrivent le mot America sur leur planisphère de 1507 — sans que l’intéressé en sache jamais rien.

Exilé lui-même sur ce continent dont il raconte le baptême accidentel, Zweig mesure aussi l’écart entre ce que les hommes accomplissent, ce qu’ils croient accomplir et ce que les siècles futurs retiendront d’eux. Vespucci a fait des voyages et rédigé des lettres ; l’histoire a retenu son prénom et oublié presque tout le reste. Si le texte peut par moments sembler rapide — certaines questions biographiques sont à peine effleurées —, c’est qu’il ne prétend pas à l’exhaustivité : il vise à raconter, en 120 pages, comment un quiproquo éditorial a pu donner son nom à deux continents.


4. La fortune d’un nom : America, le baptême du Nouveau Monde à Saint-Dié-des-Vosges (Albert Ronsin, Pierre Monat, Norbert Sumien, 1991)

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Historien et conservateur de bibliothèque, Albert Ronsin (1928-2007) a consacré l’essentiel de sa carrière à l’étude du rôle joué par la petite ville vosgienne de Saint-Dié dans la naissance du mot America. Son ouvrage, publié aux éditions Jérôme Millon dans la collection « Orbita », reprend et traduit en français (grâce aux latinistes Pierre Monat et Norbert Sumien) le texte intégral de la Cosmographiæ Introductio, le livret de 52 feuillets publié à Saint-Dié le 25 avril 1507 par le Gymnase vosgien. Ce « Gymnase » (en latin Gymnasium Vosagense) désigne un cercle informel d’érudits rattachés au chapitre des chanoines de Saint-Dié : Vautrin Lud, son neveu Nicolas Lud, l’humaniste alsacien Mathias Ringmann, le cartographe Martin Waldseemüller et le latiniste Jean Basin. Le livre reproduit également les lettres de Vespucci à Pier Soderini, gonfalonier de Florence, traduites depuis l’italien original.

L’apport principal de Ronsin est d’avoir restitué la Cosmographiæ Introductio au Gymnase vosgien en tant que collectif, là où la tradition l’attribuait tantôt à Waldseemüller seul, tantôt à Ringmann seul. Il montre comment un mot — America — apposé sur trois documents cartographiques et justifié dans un bref paragraphe d’un opuscule latin a suffi à supplanter toutes les appellations concurrentes proposées par les marins espagnols et portugais : Indes occidentales, Terre de la Vraie Croix, Terre des Perroquets. Un ouvrage qui intéressera ceux et celles qui veulent comprendre le mécanisme par lequel un nom géographique s’impose : non par la volonté d’un souverain, mais par le prestige du texte imprimé — environ 1 000 exemplaires de la carte de 1507 ont été tirés, un chiffre considérable pour l’époque. Le fac-similé de l’édition originale de la Cosmographiæ Introductio, inclus dans l’ouvrage, permet de consulter le document même où le mot America a été proposé et justifié pour la première fois.


5. La quatrième partie du monde : la course aux confins de la Terre et l’histoire épique de la carte qui donna son nom à l’Amérique (Toby Lester, Bernard Sigaud, 2012)

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En 2003, la Bibliothèque du Congrès de Washington acquiert pour dix millions de dollars l’unique exemplaire connu du planisphère de Waldseemüller (1507), considéré comme « l’acte de naissance de l’Amérique ». C’est autour de cette carte que le journaliste américain Toby Lester — collaborateur régulier de The Atlantic et rattaché à la John Carter Brown Library de l’université Brown — construit son récit, traduit de l’anglais par Bernard Sigaud et publié chez JC Lattès.

L’ambition du livre dépasse de loin la seule carte de 1507. Lester retrace l’évolution de la représentation du monde depuis l’Antiquité jusqu’à la Renaissance : la Géographie de Ptolémée (IIe siècle), les mappemondes médiévales dites « en T-O » — où la terre est figurée comme un disque divisé en trois parties (Europe, Asie, Afrique) par un T formé de cours d’eau —, puis les portulans, ces cartes de navigation fondées sur l’observation directe des côtes et utilisées par les marins à partir du XIIIe siècle. Il montre au passage que les savoirs géographiques ne circulaient pas seulement par les ports et les comptoirs marchands : les conciles de l’Église et les cours princières jouaient un rôle tout aussi décisif dans la diffusion des récits de voyage et des cartes. Le récit se resserre ensuite sur Saint-Dié, où Waldseemüller et Ringmann élaborent leur planisphère et leur Introduction à la cosmographie.

Le livre soulève une énigme restée sans réponse : les auteurs de la carte affirment dès 1507 que le nouveau continent est entouré d’eau de toutes parts — or, à cette date, personne n’a encore contourné l’Amérique par le sud ni aperçu l’océan qui la sépare de l’Asie. Balboa ne verra le Pacifique depuis l’isthme de Panama qu’en 1513 ; Magellan ne s’y engagera qu’en 1520. Sur quelles sources ou quelle intuition les géographes de Saint-Dié se sont-ils fondés ? Accompagné de nombreuses reproductions de cartes et de planisphères, l’ouvrage couvre vingt siècles d’histoire de la représentation de la Terre.